SUR
aonr vn cxtrait a htn lu a li st.kmct publique dk la ]>»£>iLka£ classe uk l'institut rotal
DE rBANCE ( ACTUELLEMENT ACADÉMIE HOYALE DES BCJEMCES ) , LE 9 lANVlER l8l5(l).
E reçus, au mois tic septembre de Tannée 1810, Tordre de me rendre à Rome, en qualité de membre d'une commission (designée par le nom de Commùswn de l'yïgro Rorfiano) dans laquelle j^avais pour collègues M, le comte Fossombroni ^ de Florence, Tun des savants les plus distingués de TItalie ; MM. hardel Rigaiid de Lille , le premier, membre , et le second, correspondant de TInstitut (Académie royale des sciences); M. Desjbiigères ^ ancien ingénieur et inspecteur divisionnaiiHî du corps royal des ponts et chaussées.
Les instructions qui nous étaient données embrassaient la presque totalité des objets relatifs à la prospérité intérieure de \agro lia- ¥nano;tnsLis le système général des examens et des recherches auxquels nous devions nous livrer , exigeait une variété de connaissances si différentes entre elles , que nous jugeâmes indispensable de faire une division du travail, après laquelle chacun s'occuperait, comme s'il en était exclusivement chargé, du lot qui lui serait échu.
Le mien , composé des projets de dessèchement et d'assainissement
(1) J'ai composa ce Mémoire , pour donner îi l'Inslitut ro^al une idée générale de ce que j*avais écrit sur les marais Pontins. Je Te place à ta t^tc de mon ouvrage sur ces maraÎ5 . ]>arcc qu^il est rédigé de manière h pouvoir tenir lieu d'un discours préliminaire , et que son leste , rt surtout l«s notes que j'y ai jointes^ conilenneni des détails curieux qui ne sont pas dans rouTrage.
MV
MEMOIIU:
des marais Poutiiib, étant de nature à rendre mou séjour en Italie !>eaucoup plus long qtae-oeitti de mes coUegaes, ils me laissèrent seul dans les Etats romains, au mois de février iSii, après avoir rassemblé les matériaux de leurs mémoires respectifs.
Je dois Tavouer , j'avais ambitionné la tâche dont j étais redevable à leur honorable contiance: nourri, dès les premiers temps de mes études d'ingénieur , de la lecture des ouvrages publiés en Italie sur les grandes opérations hydrauliques exécutées' ou projetées dans ce beau pays, le sort des hommes appelés à s'occuper des marais Pontins me paraissait digne d envie; j'étais bien loin de prévoir les circonstances qui devaient me fournir loccasion de m'en occuper moimême.
Chacun de mes collègues a fait un rapport ou Mémoire séparé sur la partie dont il s'était chargé, et M. le comte Fossoml/roni a publié^ dans le xvn^* voltatoe des Actes de lu Société italienne ^ un Mémoire fort intéressant, relatif aux marais Pontins, sur lequel je me permettrai quc^lques observations dans la suite de cet écrit.
Les ojWr»tioiis de 'dessèchement de cv^ marais ont été aiises en aftivittî. des 1810, par la /.o/isulte de Rome ; et j'ai eu à faire, indépendamment de mon travail général, des Rapports spéciaux au Conseil des ponts et chaussées sur les parties de fletail de i:ette vaste entreprise, dont on voulait ou dont on avait commencé lexécutiou eoordoimée avec l'ensemble du projet. On trouvera, dans la iv*^ section de mon ouvrage, ces Rapports approuves par le Conseil susmentionné. Mais, les travaux hydrauliques italiens ayaîit cessé d'être dirigés par des ingéniein^s français, et ne devant plus être, pour nous, que des sujets d étude historiques et descriptifs, j'ai cini devoir abandonner la foriTR» officielle de ma rédaction ,et, envisageant mou sujet sous le point de vue le plus général , du moins quant à ce qui concerne la science de l'ingénieur^ composer un ouvrage où Ton piit tfouver, avec mes projets sur le dessèchement complet du sol Pontin, tous les principes et les faits sur lesquels ces projets sont appuyés, présentés de manière à intéresser les hommes livrés a la culture de diverses branches des sciences physiques et mathématiques.
Tel est Pobjet général du Traité que je vais mettre au jour, et
SLR LES MARAIS PONTliNS.
dont la publication a été considérablement retardée par de longues interruptions que d autres occupations m'ont obligé de faire à tnon travail , et par le changement total du plan de rédaction.
Le sol Pontin , situé entre le 4^*^ t?t ie^/^ti^ parallèle, et ti'aversé par la célèbre voie Appia, occupe la pointe méridionale des Etats romains^ ou de l'antique iMtiuni (voyex la carte générale, planche i); il est baigné, à l'ouest et au sud, par la mer Tyrrbénienne, et enveloppé, dans le surplus de son périmètre, par uu'appendice de la chaine des Apennins, que traverse , au midi, un col situé entre Velletri et Albano^ sur lequel passe la route de Rome à Naplçs. Sa loo-
leur, dans le sens parallèle à la mer, depuis Cistema jusqu'à Terracine, est de 4^000 mètres ; sa largeur , de 17 à 18000 mètres; sa distance moyenne de Rome est denviron 90 kilomètres ( an lieues de poste ).
Laction de la mer a formé, sur la partie occidentale du littoral , une double ligne de dunes , appuyée, d une part , au cap d'Astura , et, de lautre , au mont ou pic de Circé, à partir duquel cette ligne se prolonge, de l'ouest à Test, maïs saiis être double ^ jusqu'à la ville de Terracine, placée à lextrémité sud-est des marais, oii Tappendite de la chaîne des Apennins aboutit à la mer.
Cette circonscription et d'auti^es circonstances locales gênent considérablement la marche, tant des eaux pluviales qui tombent dans le bassin Pontin, que des eaux courantes, soit pérennes^ soit de torrents , qui le traversent. Les principaux lits dans lesquels coulent ces dernières eaux ^ sont, vers la partie orientale , ceux de Xjlmazeno^ de XUJfente et de la Scartv^az^/z ; vers la partie occidentale^ ceux de la Cavata et de la CaK^atella (qui ont une embouchure commune dans un superbe canal que Pie FI a fait creuser sur le boni de la voie Appia), des torrents de Sermonelta et de Tepia^ etenlin de la Ninfa : ce lleuve Ain/a , après avoir traversé la voie Appia, prend, sur le prolongement de son cours, les noms de Rio Fmncesco, Fiante Sisto , Fiume dette Faite.
La totalité de ces eaux n'a qu'un seul débouché à la mer, en un
yvt
MÉMOIRl.
lieu qu'on appelle Dadino , situé à Touest et à environ 5ooo mètres^ de Terracine ; je compte pour rien une petite portion d eau qui s'échappe par le port antique de celte ville , et une autre beaucoup^ plus petite, qui coule au travers de la dune occidentale , en suivant la direction d*une ancienne fosse très - remarquable , appelée Bia Martino. Cependant il ne faut pas attribuer les malheurs du sol Pontin à Tunité d'émissaire à la mer, qui est même une circonstance avantageuse, mais à la difficulté qu'ont les eaux d'y parvenir. '
De grands souvenirs, et poétiques et historiques , liés aux monu» ments que la nature et Tart ont multipliés sur ce sol infortuné et"; dans ses environs, aggravent le sentiment pénible qu'on éprouve it Taspect des maux dont il est accablé. Le premier objet qui se pré^ sente à la vue du voyageur, est le mont de Circé, dominant toute lai plaine, et faisant partie de l'île antique, maintenant réunie au con** tinent, qu'on croit être celle d'AEaea, où Homère fait subir une s? triste métamorphose aux compagnons îi^ Ulysse {i). <
Entre ce mont et Xlle Sacrée , à l'embouchure du Tibre , on parcourt le sol sur lequel Virgile place les scènes des six derniers livres de l'Enéide : là se trouvent Nettuno, Antium ; Ardea ^ oii régnait Turnus , roi des Rutules ; Pratica, qui est l'antique Lavinium ; Lau~\ rentuni , dont les vestiges sont voisins de ceux d'une maison que! Pline possédait sur les bords de la mer , et qui en est maintenant éloignée de 2 kilomètres. '^
En suivant, du côté du nord et de Test, le contour du bassin Pontin , on rencontre Albano, Vclletri , situés au nord et à peu de disJ tance de la célèbre Préneste, aujourd'hui Palestrine ; puis Cori J Nomiaj Sermonetta, Sezzé ; Piperno , bâti près de Tantique Pri^ vemum , où régnait MetabuSy père de la guerrière Camille; enfin' Terracine (l'antique Anœur)^ voisine de la fontaine Feronia^ chan-^ teej)ar Horace dvius la satire où il fait une description si pittoresque' de sa navigation nocturne au travers des marais Pontins(fi).
(1) Odytsêe, liv. x. l'oyez, sur ce point de la géographie Hom^rirpiOf et turd'aiilres parli-4
cularilés relatives au montCircco, la note (6) ci-après , pagervu.
i^) Ora manusqut ttttt lavhrms , Ferorua , lymphà.
T.'eftu de la fontaine Feroina , a>*iez abondante pour faire tourner un moulin à son point da
SUR LES MARAIS PONTINS. xvir
Deux ou trois petites journées de voyage suffisent poui- traverser , sur le contour que je viens de décrire , plusieurs royaumes antiques , imperceptibles sur la mappemonde, mais giands dans les fiistes poétiques, grâce au génie de / irgile.
Si nous passons maintenant auK faits constatés par les historiens^ nous voyons quà l'époque de la fondation de Rome, le sol Pontin était occupé par les Volsques, peuple puissant et belliqueux, à en juger par le nombre des villes qu'il possédait, par les guerres qu'il a soutenues , par les secours qu'il a donnés à Coiiolan contre Rome, etc. Il paraît vraisemblable qu'à ces époques reculées le sol Pontin était cultivé et florissant, soit à raison du travail continu et appliqué à tous les points d'un territoire sur lequel était répandue une ])opulation nombreuse et industrieuse , soit parce que les causes d'obsti'uction des eaux, n'étaient pas alors aussi fortes quelles le sont devenues par la suite (i).
snrgîsscmcnt , (raversc , au-dessous de ce moulin , une superbe route que Pie VI a fait eon- Atruirc aux abords de Tcrracine , en continuation de la voie Appia , que les RomaÎDS avaient détournée au lieu appelt* le Macene^ pour û\iter un immense fond de tourbe et de initrécage. Le pape n'a pas eu à se féliciter d*aToir été plus hardi ou moins prudent quo les Romains \ U mobilit** rt rafTaissement continncî de l.i nouvelle cliausséc ont occasionné et occasionnent encore des dépenses considérables. On trouvera , dans rouvragc ( art. 53C| et sniv. ), les moyens que je propose pour faire cesser cet affaisscmeoi. J'ai rcm.irqué qu'indépendamment du tassement ou mouvement vertical , la route cl le large canal qui la borde sV'taieut infléchis dans le aens horizoutal, sans aucune désunion de parties ni rupture delà paroi du canal, qui s*est courbée en nU(*rant son alignement , comme t'aurait fait une enveloppe flexible et extensible.
Le canal qui borde la route dont je viens de parler , offre, au point où il reçoit l'eau Feronia , le pbênoinène singulier de deux pentes et deux courants o]>posés , partant d'un même point culminant fluide. U se fait ainsi , de part et d'autre de ce sommet formé spontanément , une division de la masse fluide, dont une partie coule au sud-est, et Taulre au nord -ouest. Lltalie offre an autre phénomène semblable , mais dans des dimensions beaucoup plus grandes , près l'ancien lac Trasimène, où deux courants opposés, partant d'un même réservoir supc'ricur, coulent, l'un , vers le Tibre , et l'autre, vers l'Arno. J'ai publié un petit Mémoire sur ce double courant, dans le x' cahier An Journal eit^ t École polytechnique , où l'on tronve un autre Mémoire de noire célèbre confrère M. le baron de Ilumholdt, sur une bifnreatîon de celte espèce qui existe dans l'Amérique septentrionale , et qui établit la cummunicalion entre les deux plus grandes rivières du monde , l'Oréuoque et TAmaKone.
(i) On a fait rënumération de vingt ou vingt-cinq villes ou bourgades anciennement existantes dans les terres Poutines, et dont on voit encore des vestiges remarquables; sur quoi Ton peut consulter l'ouvrage du savant M. l'abbé Nicolai , De' bonijicamenu délie terre Pontint.
xvni
MEMOIRE
On suppose que les Volsques s'etant constitués en états fédérati& cette circonstance occasionna ou facilita la conquête de leur pays par les Romains, et que la perte de leur indépendance entraîna la ruine de leur agriculture et l'inondation de la partie basse de leur territoire, qui peut aussi s'expliquer par des causes purement physiques. Quoi qu'il en soit, il parait assez certain qu'à 1 époque où y4ppias Claudiusût construire la célèbre route qui porte son nom^ commencée Tan de Rome 44^, le sol Pontin était en état de marais. Environ un siècle et demi après Appius^ le consul Cornélius Cetkegus en exécuta ou en entreprit le dessèchement : mais les Romains négligèrent ensuite ces travaux jusqu'à la dictature perpétuelle de Jules- César ^ qui conçut de vastes projets sur les marais Pontins , dont sa mort empêcha l'exécution. Auguste voulut reprendre ces projets, et Ton aperçoit encore les vestiges d'une grande fosse qui porte son nom. Ner\*a et Trajan s'occupèrent beaucoup de la voie Appia, et y firent bâtir, dans la traversée des marais Pontins, des ponts qui subsistent encore; mais il est douteux que le dessèchement ait fortement attiré leur attention. Leurs successeurs donnèrent pareillement des soins exclusifs à la route, et Thistoire ne fait mention d'aucune entreprise, relative au marais, jusqu'à Tliéodoric ^ t^m eit confia le dessèchement et en accorda la propriété au patrice Decius, Si l'on en croit une inscription lapidaire existante à Terracine , et dont j'ai donné une copie exacte dans mon ouvrage, les travaux de DeciuSy exécutés à la fin du vi** et au commencement du vu'' siècle de notre ère, ont eu un succès complet.
Parmi les papes qui ont précédé Pie VI ^ Léon .Y et Sixte A' sont les seuls sous les règnes desquels on ait fait, daiis les marais Pontins, des ouvrages dignes d'être cités, et qui sont Xéniissaire général des eaux et le grand canal d'enceinte appelé Fiume Sisto,
On a faussement attribué au pape Martin V une immense excavation pratiquée au travers des dunes occidentales; il est prouvé que cette fosse, quoiqu'on ne sache rien de bien certain sur son ^ origine, existait à une époque fort antérieure au règne de ce pape : on a pu être induit en erreur par le nom de Rio Martino qu'elle porte, et qui peut n'être qu'une corruption des mots Rio Maritimo;
son creusement, à en juger par les traces subsistantes , vestigia irritœ spei^ a dû avoir le dessèchement pour objet, et n*a pu s'opcrer que par d*enormes travaux. Les questions relatives au Rio Martino sont traitées, dans mon ouvrage, avec beaucoup de soin et de détails.
Aucun pape n'a entrepris, pour le dessèchement des marais Pontins, des travaux comparables à ceux qui ont été exécutés, entre les années 1777 et 1796, par les ordres et l'on pourrait presque dire sous la direction immédiate de Pie VI^ qui avait extrêmement à cœur cette grande et belle opération , et qui y a dépensé une somme équivalente à environ neuf millions de francs. C'est à lui qu'on doit la restauration complète de la voie Appia et de ses ponts antiques dans la traversée des marais, le superbe canal qui borde cette route, les vastes magasins de Terracine , et un grand nombre d'autres édifices destinés à des usages religieux et civils : tout ce qu'il a fait porte le caractère monumental, depuis les temples et les palais jusqu'aux simples maisons de poste. Malheureusement, ses premiers projets de dessèchement étaient établis sur des vues systématiques, très-spécieuses et très-séduisantes, bonnes à beaucoup d'égards , mais qui , trop généralist'cs, ont eu de funestes conséquences. De grands travaux ont été exécutés d'après ces vues; mais plus les espérances conçues dans le début avaient été flatteuses, et plus, lorsqu'elles se sont trouvées déçues, on a eu de peine à prendre et à suivre d'autres déterminations, soit parce que les relations entre les corrections qu'on voulait apporter aux plans primitifs et les effets qui devaient en résulter n'étaient pas aussi bien connues qu elles le sont à présent, soit parce que les ouvrages additionnels que nécessitaient ces corrections, accusant publiquement de premières erreurs, et occasionnant des surcroîts ruineux de dépenses, n'étaient entrepris et continués qu'à regret, quoiqu assez conformes aux bons principes.
Voilà pourquoi les travaux de dessèchement exécutés sous Pie Vi n'offrent, en général, considérés sous le point de vue hydraulique , que de grandes ébauches, dont quelques-unes sont très-imparfaites; et parmi les travaux qu'il n'a pas môme ébauchés, il en est de la plus haute importance (ceux, par exemple, qui concernent les eaux ^^- "pelées supérieures)^ sans lesquels on ne peut pas espérer de jamais
XX' MEMOIRE
obtenir la bonification ultérieure du sol Pontin, et qui n'étaient pas compris dans le projet primitif, parce rpie, d'après les vues systématiques dont j'ai parle pins haut, on les avait juges inutiles. On trouvera, dans mon ouvrage, des détails historiques et critiques trèscirconstancies sur tous ces objets.
Malgré ces observations, je n'en suis pas moins convaincu que le pape Pie AY s'est acquis, dans les marais Pontins^ des droits immortels à la reconnaissance publique, et que, si jamais le dessèchement complet est opéré, on devra à ce souverain pontife une partie notable de la gloire du succès; et cette gloire ne sera seulement pas fondée sur les leçons d'expériences importantes et décisives qu'il nous a données à si grands frais, mais encore sur la diminution sensible d'insalubrité que ses travaux ont procurée, quoiqu'il nen ait pas obtenu, a beaucoup près, les résultats qu'il en attendait (i).
Il était indispensable, avant de procéder à la recherche des moyens de dessèchement, que je connusse bien les faits relatifs à cette recherche, que fournit l'histoire des hommes; mais il est d'autres faits, liés aux époques de la nature, dont la connaissance m'était, pour le moins, aussi nécessaire. Dans ce second objet d'examen, qui, indépendant du premier, semblerait, à plus forte raison, devoir ètn étranger aux traditions poétiques, je me suis trouvé ramené, dès l'abord , aux descriptions du vieil Homère^ où l'on a cru trouver les premières notions sur l'origine géologique des marais Pontins (2).
(1) D'après des rapports qui in*ont élè faits par des persoAoes dignes de foi, une partie des habitans du contre des marais avait, avant 1777^ '^^ chairs, sur la surface entière du corps, tellement œdémateuses, et le système musculaire tellement dépourvu d*t*lasticil<^, que rîmpression du doigt appuyt^ sur la peau y laissait an enfoncement qnî ne sVfTarait qu'après un espace de temps sensible; an pareil effet suppose nne atonie générale, une faiblesse d urganifralion, qui rcud l'étal de vie très-voibia de l'Otat de mort : aussi des morts spontanco» étaient- elles les suites d'un travail un peu forcé; elles arrivaient même sans être provoquées par des fatigues extraordinaires. On a trouvé, dans les cliemins et dans les champs, des paysans qui semblaient s'être endormis, cl qui avaient cessé de vivre. L'état acturl du pay« est moins désastreux qu'il ne l'était à l'époque ilout je viens <1<J parler; mais tout le fruit des travaux de Pie ri sera bientôt perdu , si l'on ne prend les mesures les plus promptes et les plus assurées pour achever le dessèchement complet des marais.
(1) LVpisode du livre X de VOdyxsét^ contenant les aventures ^Vfytsc et de ses com-
SUR LES MARAIS PONTINS. xxi
Les témoignages et les opinions de plusieurs auteurs anciens et modernes , dignes de confhmce , s'accordent avec la tradition home-
pagnons dans Tîle d'^Exa , est communément regardé comme la plus ancienne source des traditions qui nous sont parvenues sur le séjour antique de la mer dans la vallée Poutine; i! sera peut-être agréable au lecteur d'en retrouver ici quelques traits. Uifsse, échappé à la; terrible catastrophe du pays des Lestrygons , arrive près de rhabitation de Circé.
A%a.Wy'9*iç vnffov dftxoJAid* Ma, ^'Ivatt
■i I Noufr arrivâmes à Txled'^sea; là habitait Circé à la belle chevelure. » LaTatîgne.et la douleur tiennent le héros deux jours dans Tinaction ; le troisième jour, il monte sur une éminence; et voici le compte qaHl rend de ses observations :
Et^ov yà^ oxoirtTiv iç tea.vKtû.ôtaav.t àvtXflùv, Ntiocv, rnv Tipl itovtoc «TnipiToc Içsf avurat. AMi ^i yfioi^aX^ xitToei.
« Car j*ai vu, en montant sur on tertre élevé, une tle qu'ertvironne une mer infinie ; mais t elte (celte ife) est très-abaissée. »
Ces vers sont bien loin 'd^ rîtppefcr Pidee d'on mont abropfe coriime le Cîtceo. Vainement prétendrait-on que ce mont n>st autre chose que Téminence ou le tertre sur lequel Ulysse a fait sa reconnaissance : il est manifeste, par la suite de la narratioir, que cette reconnaissance a été très-courte, et que, peu d'instans après, Vfysse s'est retrouvé près de son vaisseau , et a tué un cerf dans la plaine; ce <\m est incompatible avec le temps qu*il aurait employé et la difficulté qu'il anrait eue à gravir le pic. Quand il est question du palais de Circé, on voit que ce palais, quoique placé dans une vallée , devait être situé de manière k dominer le sol environnant.
Hsorotot Xottoat , i;cptaxc'irT«t ivt x^^P?*
t lis trouvèrent , dans une vallée ^ le palais de Circé , b&ti en pierres polies ( taillées) , sur « un emplacement élevé, »
Ce passage semblerait indiquer que le palais était exhaussé au-dessus de la vallée qui l'entourait , mais ne suppose pas l'existence d'une montagne. J'ajouterai que M^ Dacier n'est pas ici d'accord avec Hésjchius et les autres interprètes; elle croit qu'on doit traduire TCtpwxirTo Ivt x^^P? P^^ ^^^ mots .* « (Tans un lieu couvert , ou environné de bois, » Je n'en pense pas moins qne la signification la plus naturelle du grec est : i dans un lieu élevé ou apparent , conspicuo in loco, ■ Un lieu couvert serait wiptffxsxnc > *^ ^^^n «•pwxttrroç.
Si la partie descriptive de l'épisode de Tile d'^Esea était vraiment établie sur des' données géographiques positives et exactes , on pourrait supposer qvCffomére a fait aborder Ulysse sur un des îlots de l'antique lagune Pontine, qui, maintenant liés entre eux et au continent
xui ^^^ MÉMOIRE
rique, pour prouver que le pic de Circë faisait autrefois partie (îè* rarchipel forme au-tlevaut du golfe de Gaëte, par les petites îles de Procida, Ischia, Vandotena, Ponza, Zanona, Palmarola, etc.
Voici maintenant des preuves de fait qui ne laissent aucun doute sur la formation primitive des marais Pontins par attérissement et par décomposition de végétaux. Des soudes faites en i8i i , près des sources de TUffente et à 16000 mètres de distance du rivage actuel de la mer (voyez la carte générale) , ont été poussées jusqu a 32 mètres ( plus de 66 pieds de roi ) de profondeur : le fond des trous de sonde se trouvait ainsi à environ 17 mètres, ou 5i pieds de roi, audessous du niveau actuel de la mer, et on en a retiré du sable marin, des coquillages et des débris de plantes marines assez bien conservées.
Ce fait curieux et important prouve en mùmc temps, et que la mer a baigné le pied des montagnes qui limitent les côtés oriental et septentrional des marais, et que son fond s*abaissait sur un talus très-rapide, à partir de la rive antique; la lagune Poutine a donc pu offrir aux vaisseaux un abri où nos plus gros bâtiments de guerre
le dislingucnt rncore par leur élévation au-dessus de la plaine : lelle est la colline voisine de Terracinc, appelée S, Mariùio. Mais toutes ces conjectures sont on ne |>ent pas plus hasardées : un des grands mnlifs de leur incertitude est le silence absoln garde! par le poète sur un pic aussi remarquable que le Circco, qui» isolé au milieu delà mer, devait frapper les regards et fixer Tattention des navigateurs.
L'élévation de ce pic au-dessus de la racr est de Sa?" (vo^-rs le tableau de l'art. 167 ). Son flanc méridional recèle deux vastes cavités ^ dont l'une, que les babitans du liru appellent encore Groiia délia Maga (Grotte de la Magicienne), est supérieure de 4 ou 5"* aux eaux de la mer; je l'ai mesurée ; elle a 4^°* de longueur , 10 de largeur et 4 de hauteur. A son extrémité , est un passage étroit, qui conduit à une arrière- chambre de 10" de longueur et de î"" de largeur, où Von aperçoit nne galerie qui pcnctrc dans l'intérieur de la monuigne.
L'autre grotte a son sol plus abaissé que le niveau de la mer; son ouverture el sa capacité sont assez grandes pour permettre à de petits bâtiments de roer d'j entrer, et de s*y tenu* on à l'abri ou en embuscade.
On rencontre, sur ce mont, des vestiges de montunents religieux et militaires, parmi lesquels les ingénieurs el les architectes remarqueront de très-antiques constructions, de la nature de celles que Ton dislingue par IV'pithète de Cyclopéennei , et qui fournisseut aux artistes érudits une ample matière de recherche» , etc.
SUR LES MARAIS PONTINS. xxiii
actuels auraient pu mouiller et trouver beaucoup plus d'eau qu'il île leur en faut pour être à flot.
Les conséquences que je déduis de l'opération de i8i i , sont pleinement confirmées par d'autres opérations semblables faites postérieurement, et surtout par une fouille très-profonde que M. Fingénîeur Scaccia a exécutée, au travers de la voie Appia, en i8i3, pour fonder lé pont sous lequel le canal de la Schiazza devait traverser cette voie (i). L'emplacement de cette fouille se trouvé situé, à peu
(i) Je croîs devoir insérer ii-i, à l'appui de ce qui est dit dans le texte , la traduction française d*an fragment d*une lettre qui m*a été adressée par M. ringt^nieur en chef ^caccûi, et je m'y détermine d'autant plus volontiers, que cette lettre contient sur la construction de la célèbre voie Appia des détails descriptifs nouveanx , et propres à cdaircir et même a rectifier ce qne des auteurs estimés ont écrit sur les voies Romaines.
EXTRAIT d^ une Lettre y en date du "ii juillet i8i3, adressée à V Auteur par M. V Ingénieur en chef Scaccia , traduit de l'italien.
« Voici quelques renseignements sur la voie Appia. Dans la fpuiUe que j'ai faite ponrlepont de la Schiazza; j'ai eu l'occasion d*observer exactement, non- seulement la construction de l« « route , mais encore les diverses couches de matières naturelles qui se trouvent an-dessous. « La construction diffère entièrement de celle qui est décrite par les antiquaires et les archî- « tectes tels que Bergier , Histoire des grands chemins \ Rondelet, Art de bâtir ^ etc. ; et Tob- « servation des couches naturelles inférieures fournit des données curieuses, tant sur la for- « mation de la plaine Pontine , que sur les propriétés de la tourbe dont elle est couverte.
« Je voulais faire graver le profil transversal de la voie Appia , que j'ai levé dans cette cir- « constance , et l'accompagner de notes pour l'académie d'architecture ; mais , réfléchissant qne « ce travail, d'après ses rapports avec votre ouvrage sur les marais Pontins, pourrait vous « être utile , j'ai préféré de vous Tenvoyer, afin qne vous en fassiez l'usage qne vous jugerez « convenable.
« Je joins à mon envoi une cassette contenant les échautillons des cinq premières couches de < matières naturelles , matières qne vous connaissiez déjà.
« La première coache A (aj est une argile ou terre à brique ( argUla plastica etjigulina ) , « formant le terrain primitif, que j'ai pu sonder jusqu'à 3*° au-dessous de sa superficie, avec « une sonde de ferenfoococ à grands coups de masse, et je l'ai trouvée de la même na- « ture sur toute cette hauteur.]^ CVst dans cette couche que sont fichés les pieux de fon- ■ dation du pont.
(«) Fhytt U pUache XIV.