COURANTS
On croit généralement qu'il n'y a pas de marées dans la Méditerranée, ou du moins que s'il en existe, elles sont trèsfaibles et fort irrégulières. On remarque cependant des changements assez notables dans le niveau de la mer, à Messine et sur plusieursautres points du littoral de la Sicile; au fond de la mer Adriatique, à Venise; dans divers endroits de l'Archipel, et particulièrement à Négrepont; aux extrémités des grands enfoncements de la côte d'Afrique, tels que les golfes de la Syrte et de Gabès; dans plusieurs ports du golfe du Lion. Mais il faudra des observations minutieuses, faites pendant longtemps, avant qu'on puisse lier ces mouvements à un loi permanente et régulière. Il est plus probable qu'on en verra la cause dans la durée de certains vents et l'état de pression de notre atmosphère.
Les courants que l'on observe dans cette mer ne sont donc pas causés par les marées : aussi devons-nous nous attendre à rencontrer les plus grandes irrégularités dans leur force et leur direction. En générai, leur vitesse est moindre que celle des courants de l'Océan ; elle peut être estimée, quantité moyenne, à un demi-mille par heure. Néanmoins nous l'avons trouvée plusieurs fois d'un mille, et dansquelques cas très-rares, comme sur le sommet d'un banc, à l'extrémité d'un cap avancé, elle a atteint jusqu'à 2 milles.
Courant général.
Si on consulte les divers auteurs qui ont parlé des courants de la Méditerranée, tels que Romme, Tofino et plusieurs ingénieurs qui ont écrit sur les atterrissements des plages du
Languedoc; si on lit aussi avec attention les renseignements fournis par des capitaines de la marine et par quelques anciens pilotes, on remarque qu'ils s'accordent tous à admettre un courant général qui entre par le détroit de Gibraltar, se dirige à l'E. le long des côtes de Barbarie, et se fait sentir jusqu'au delà de la Galite, tandis que sur les côtes de Provence, on éprouve un courant qui se dirige vers 10. , contourne tout le golfe du Lion, et se rend au détroit en suivant les sinuosités de la côte d'Espagne.
Courants du golfe du Lion.
Les pilotes provençaux s'accordent assez à dire qu'il existe entre la France et les îles Baléares un courant constant qui porte au S. O., et auquel ils donnent une vitesse d'un mille par heure, ce qui paraît un peu exagéré. Nous ajouterons que pendant les diverses traversées que nous avons faites dans ces parages , nous avons en effet reconnu l'existence de ce courant; mais il faut remarquer aussi que nous avons éprouvé un courant contraire, une seule fois à la vérité, en traversant le golfe du Lion avec un bon frais de N. O.
Aux environs de Cette , îes pilotes lamaneurs trouvent aussi un courant dirigé du N. E. au S. O., mais près de terre seulement; car à 2 ou 3 lieues au large, ii a une direction opposée, c'est-à-dire qu'il porte auN. E. Lorsque, auprès de la côte, les eaux se dirigent vers le N. E., ce qui est très-rare, cela a lieu pendant un petit intervalle de temps, et c'est ordinairement le présage d'un coup de vent du S. au S. S. E. 1 .
Pendant la croisière d'Alger, nous avons eu l'occasion de relâcher plusieurs fois à Mahon ; les pilotes espagnols nous y ont appris qu'à la hauteur de l'île de Minorque et auprès de sa pointe orientale, il existe un courant qui porte au S. avec une vitesse d'un mille à l'heure, jusqu'à la latitude de l'île de
1 Ces renseignements nous ont été fournis par M. Gasquet, lieutenant de vaisseau.
Cabrera. On rencontre assez ordinairement aux approches de Mahon une houle assez forte du N.j on croit qu'elle est occasionnée par une hausse de fond, et plusieurs vieilles cartes portent en effet des dangers dans le N. E. et à quelque distance de ce port. Depuis l'année 1830, il est passé sur ce point un grand nombre de bâtiments et surtout de bateaux à vapeur: on n'y a encore découvert aucun banc dangereux, mais on a constaté cette vérité, que la mer y est extrêmement grosse lorsque les vents ont soufflé grand frais dans le golfe du Lion.
Entre les îles Baléares et les côtes d'Afrique les courants portent en général à l'E.j c'est une opinion ancienne, sans doute bien accréditée par l'expérience et qui a encore été confirmée par la navigation active des bâtiments de l'Etat dans ces parage% depuis le commencement de la guerre avec la régence d'Alger.
Tels sont les principaux documents que nous avons pu réunir sur les courants qui existent dans le bassin compris entre les côtes de France et celles d'Afrique. Nous allons maintenant nous occuper des observations que nous avons faites nous-mêmes pendant notre séjour dans ces derniers parages; elles pourront être utiles aux bâtiments qui les fréquenteront désormais. Mais auparavant il nous paraît essentiel de dire que nous avons faittous nos efforts, dans la discussion des résultats, pour nous mettre à l'abri des influences de systèmes. Aussi trouvera-t-on quelquefois des indications qui semblent se contrarier : on ne doit alors les regarder que comme les premiers pas d'une étude encore fort peu avancée. Espérons qu'elle fera de rapides progrès par la suite ; et cela sera facile, car on aura tous les moyens de fixer la position du bâtiment dès qu'on sera en vue de terre, et en comparant cette position à celle que donnera l'estime de la route, on en conclura l'effet des courants. Les bâtiments qui navigueront dans ces parages devront, dans ce but, prendre toutes ies quatre heures, les relèvements des sommets des montagnes ou
des caps les plus remarquables, et apporter une attention particulière à l'estime de leur route jusqu'au mouillage. Les bateaux à vapeur pourront à cet égard obtenir les meilleurs résultats, leur navigation étant presque toujours directe et d'une durée convenable.
Courants observés sur les côtes d'Afrique.
Pendant la croisière de 1827 à 1830, nous avons eu souvent des occasions de remarquer que les courants portaient à ÏEi. Ordinairement la division navale se tenait sur le méridien d'Alger : cette position était facile à conserver avec les vents de la partie de l'E.; car lorsque par hasard quelque bâtiment avait été souventé pendant la nuit, à cause du peu de voiles que l'on conservait, il reprenait son poste le lendemain au bout de deux ou trois bordées. Si, au contraire, avec des vents de la partie de 10. on apportait la moindre négligence dans la manière de gouverner ou dans la voilure du bâtiment , on se trouvait bientôt sous le vent du cap Matifou , et ce n'était qu'en courant de grandes bordées au large qu'on parvenait à regagner le cap Caxine, encore y employait-on une grande partie de la journée.
Presque tous les bâtiments qui venaient de France atterrissaient à l'E. du cap Matifou • on en a vu même, dans la première année , arriver au cap Bengut , croyant être par la longitude d'Alger. Un petit nombre a atterri à l'O.
Depuis la prise d'Alger, les communications étant devenues plus fréquentes et surtout plus directes, il a été plus facile de constater l'effet de ces courants. En général on les a trouvés peu différents de ceux qu'on avait déjà signalés, et aujourd'hui tous les capitaines y ont égard pour corriger leurs routes. Plusieurs d'entre eux ont éprouvé qu'à partir du parallèle de Mahon, en gouvernant droit sur Sidi-Ferougj , on arrivait juste dans la baie d'Alger ; ils s'accordent tous à dire qu'on trouve presque toujours des différences à l'E. Cependant il y a eu quelques circonstances où il a été impossible de
ne pas reconnaître l'influence d'un courant contraire; c'est ainsi que le brick la Dauphinoise , capitaine Verdier, et le bateau à vapeur le Rapide, capitaine Alliez, en se rendant de Bougie à Alger, vers la fin du mois de juillet 1833, ont été portés de 30 milles à 10. Le même jour la corvette la Diligente , commandant Lapierre, venant de Toulon, atterrissait aux environs d'Alger avec un grande différence en longitude, encore vers ï'O.; mais on doit dire que ces exemples sont rares.
Nous pourrions réunir un grand nombre de cas en faveur des courants qui portent à l'E., nous en citerons un seul qui est assez remarquable : la corvette de charge le Rhône , commandée par M. Paquet, lieutenant de vaisseau, a été transportée d'Alger à Bougie uniquement par le courant; car après être sortie de la baie d'Alger, elle est restée presque continuellement en calme.
Les résultats qui vont suivre, et qui nous ont paru de quelque intérêt, ont été obtenus pendant les trois campagnes d'exploration que nous avons faites dans ces parages. Les courants ont été observés à l'ancre et sous voiles : dans le premier cas, c'est au moyen du loch que leur vitesse a été déterminée; dans le second, c'est en comparant les positions de l'estime avec celles que donnaient les relèvements pris de quatre heures en quatre heures aux points les plus remarquables de la côte, ou avec les nombreuses stations que nous faisions dans le courant du jour. Toutefois , il est bon de remarquer que nos travaux n'ont eu lieu que pendant la belle saison , depuis le commencement du mois de mai jusqu'à la fin du mois d'octobre. Nous nous occuperons d'abord des courants observés entre Alger et l'île de la Galite; nous verrons ensuite les résultats auxquels nous sommes parvenus en étudiant ceux qui existent entre Alger et les îles Zafannes.
Echelle de marées dans le port d'Alger.
Pendant notre premier séjour à Alger, en 1831, une
échelle de marées a été placée dans le port et observée du 2 juillet au 7 août; les différences de niveau que l'on a trouvées n'ont paru avoir aucune régularité , mais dépendre plutôt de la pression atmosphérique ou de la permanence de tel ou teï vent; car nous avons remarqué que la baisse des eaux répondait assez souvent à une élévation de la colonne de mercure dans le baromètre et en même temps à un vent de la partie de ï'E., tandis que les points les plus hauts du niveau de ia mer avaient lieu, à quelques exceptions près, justement au moment où ïe baromètre était bas et pendant la durée des vents de la partie de 10. Ces rapports entre l'état du baromètre et celui du niveau de la mer , ont été déjà établis par M. Daussy, ingénieur en chef au dépôt des cartes de la marine, dans deux mémoires où il a discuté un grand nombre d'observations faites dans divers ports de l'Océan. Ce que nous disons ici pour un des ports de la Méditerranée ne doit être regardé que comme une simple indication qui a besoin d'être confirmée par une série d'observations plus suivies et surtout d'une plus grande durée. H faut au moins une période d'une année pour que îes résultats puissent inspirer quelque confiance.
Différences de niveau.
La plus grande différence entre les observations extrêmes de notre échelle a été de 16 pouces.
Les marins du pays ont remarqué depuis longtemps que les eaux sont hautes avec les vents d'O. et basses avec ceux de ï'E. Ils disent que si pendant le caïme leur niveau s'élève, on doit s'attendre à voir bientôt arriver les vents d'O.
En hiver îa mer est plus haute qu'en été : c'est aussi dans cette saison que les vents d'O. sont le plus fréquents. Remarquons en passant que ïe contraire a lieu sur îes côtes de Provence et de Languedoc : la mer est au point le plus bas de son niveau dans le mois de février, époque où les vents de la partie de ï'E. sont communs, tandis qu'elle at-
teint son maximum d'élévation au mois de juillet , lorsque les vents d'O. prévalent.
Baie d'Alger.
Dans la baie d'Alger les courants sont irréguliers ; cependant , d'après nos observations, il semblerait qu'on devrait y trouver assez souvent un courant qui vient du cap Matifou , contourne toute la baie et ressort vers ïa pointe Pescade. Auprès des batteries du môle nous avons éprouvé bien des fois un courant qui porte au N. avec une vitesse de m ,8. Pendant le calme il peut être dangereux pour les bâtiments qui sortent du port , parce qu'il tend à les rapprocher de ïa roche Mtahem. Nous avons aussi rencontré un courant opposé et qui avait une vitesse de l m , 4 à l'heure; il semblait se précipiter dans la baie après avoir tourné la pointe Pescade; nous étions alors mouillés à un mille du phare, avec des vents frais de O. N. O.; le bâtiment évité le cap au N.
Du cap Matîfou à Deltys.
Aux environs du cap Matifou, mais principalement au N., nous avons toujours trouvé des courants dirigés vers l'E.; leur plus grande vitesse a été été de 2 milles. Nous pensons que sur le banc même elle doit être plus grande, car nous avons eu beaucoup de peine à y fixer un signal flottant.
Depuis ce cap jusqu'à Dellys ils sont irréguliers, mais ils portent plus souvent à l'E qu'àl'O. : leur vitesse moyenne est de 0"',5. C'est dans ces parages que le capitaine Verdier passa la nuit, lorsqu'il trouva dans sa longitude une différence O. assez considérable.
Du cap Bengut au cap Sigti.
Dans la partie la plus avancée du cap Bengut et à petite distance de terre , ils portent à l'E. avec une vitesse de 2 milles à l'heure.
Au mouillage de Dellys. nous avons vu qu'ils se dirigeaient à l'O., et que leur vitesse était de m ,5.
Entre le cap Bengut et ie cap Sigli on trouve encore qu'ils portent plus généralement à I'E. , mais que dans quelques circonstances, et lorsqu'on est très-près de terre, ils vont vers l'O. On doit se tenir en garde contre ces irrégularités, surtout entre le cap Tedles et le cap Corhelin, à cause des roches à fleur d'eau qui s'avancent au large dans cet intervalle.
II est à remarquer que les résultats obtenus entre le méridien d'Alger et celui du cap Sigli s'accordent à démontrer que les courants suivent presque toujours une direction opposée à celle du vent ; nous avons eu peu d'exemples du contraire. On doit se rappeler aussi que ces observations ont eu lieu pendant ïa belle saison , c'est-à-dire pendant le règne des vents d'E.
Du cap Sigli au cap Bougaroni.
Dans l'espace de mer compris entre le cap Sigli et ie cap Bougaroni nous avons encore ressenti le courant général qui se dirige vers ï'E. , mais nous nous sommes en même temps aperçus qu'il est souvent modifié par îe golfe de Bougie. Auprès de l'île Pisan, où nous avons mouillé à trois époques différentes, nous avons eu deux fois des courants à I'E. et une fois à l'O.; leur vitesse a été constamment d'un mille à l'heure. Autour du cap Carbon jusqu'à toucher les rochers, ils sont irréguîiers et assez forts , aussi ne faut-il s'en approcher qu'avec un vent fait, si l'on veut les maîtriser. Les capitaines qui sortent de la baie de Bougie doivent particulièrement y faire attention , quand ils appareillent avec des brises de terre, car pour l'ordinaire celles-ci ne s'étendent pas au delà des caps les plus avancés. Depuis que nous occupons ce point important de l'Algérie, plusieurs bâtiments ont été mis en danger par l'effet de ces courants : ïa corvette la Circé , commandant Ferrin , a rangé de très-près le cap Carbon et s'est vue drossée le long de la côte sans pouvoir gouverner ; elle a été obligée
de passer entre l'île Pisan et la terre. Le 28 et le 29 septembre 1834, la Lionhe ^-capitaine Dubouzet, et le Loiret, capitaine BoIIe , pris par le calme avant d'avoir doublé ce cap , ont été entraînés et mis à deux doigts de leur perte par une grosse houle aidée de courants assez forts qui portaient vers 10.
Dans tout le golfe de Bougie , quand on côtoie à moins d'un mille, on rencontre souvent des courants qui portent à i'O. Mais lorsqu'on s'approche du cap Cavallo et de Jigelli on reconnaît que les courants qui vont à l'E. sont les plus fréquents. Au N. de Jigelli, à la distance de 1 ou 2 milles, nous les avons toujours vus dans cette direction; tandis qu'étant mouiïlés à l'entrée du port nous avons trouvé dans le même jour qu'ils portaient d'abord à l'E. N. E. et puis au N. O.
Toutes les fois que nos explorations nous ont conduits aux environs du cap Bougaroni, nous n'avons eu que des courants forts qui allaient parallèlement à la côte et dont la direction générale était vers l'E.; leur vitesse était de 2 milles à l'heure. M. de Tessan se trouvant un jour avec un bateau corailleur à la partie N. de ce cap, et voulant sonder, avait fait carguer seulement la voile, sans la serrer ; il remarqua qu'il était emporté rapidement contre le vent qui était cependant assez frais. Dans le cours de nos travaux, nous avons tenté plusieurs fois, mais inutilement, de louvoyer avec des vents d'O. auprès de ce cap pour le doubler. H faut, dans ce cas, courir de grandes bordées au large.
Ces courants, comme on le voit, sont souvent opposés aux vents; mais dans les lieux que nous venons de parcourir ce n'est pas aussi général que pour les parages que nous avons examinés en premier heu. Cependant on trouve encore d'après nos résultats qu'il y en a les deux tiers qui sont dans ce cas.
Les courants qui portent à l'O. et qui se rencontrent plus ordinairement dans ïe golfe de Bougie, vont aussi quelquefois contre le vent.
Du cap Bougaroni au cap de Fer.
Le cap Bougaroni semblerait, d'après nos observations, être ïa limite à laquelle parvient le courant général qui porte à i'E. , et néanmoins il y arrive avec une grande vitesse. Peutêtre est-il détourné vers le N. et va-t-il s'amortir à une grande distance de la côte 1 Ce qu'il y a de certain c'est qu'à i'E. de ce cap nous ne Favoris retrouvé que rarement.
Au N. du cap de Fer et dans les environs nous avons éprouvé des courants qui roulaient leurs eaux vers i'O. et qui s'infléchissaient versle S. O. etleS. comme pour entrer dans le golfe de Stora. Ceci est d'autant plus remarquable qu'en général on croit que les courants portent à i'E. dans ces parages, et que plusieurs auteurs recommandent de ne pas trop approcher les îlots et les rochers qui bordent la partie occidentale de ce cap parce qu'on serait drossé dessus par ces courants. Nous nous sommes trouvés souvent auprès de lui et plusieurs fois en calme plat; pendant une journée entière nous avons eu notre bâtiment emporté vers l'O.
Entre le cap de Fer et le cap Bougaroni , la côte forme de grands enfoncements où l'on trouve des courants très- variables, mais en général ils nous ont paru plus souvent dirigés vers l'O. en suivant les sinuosités de la côte; de sorte que, dans quelques localités, comme auprès de Collo , ils sont détournés et portent au N. O. et au N. Dans le même endroit nous les avons vus aussi dirigés dans un sens opposé, comme s'ils se déversaient dans le golfe en venant du cap Bougaroni.
Aux environs de l'îlot du cap de Fer, dans les parties S. et S. E., nous avons rencontré quelquefois des courants dirigés au N. O. avec une vitesse assez grande.
Du cap de Fer a ï'He de ïa Gaîite.
Du cap de Fer à la Gaîite nous voyons un grand espace où les courants qui portent à l'O. sont les plus fréquents. Cependant aux approches du cap de Garde et du cap Rosa nous
les avons trouvés plus souvent dirigés vers TE. Les eorailleurs qui fréquentent le plus ces parages disent que la direction des courants n'est pas constante et qu'en général elle est opposée à celle du vent. Nos observations, au contraire, nous font reconnaître que la plupart du temps les courants suivent le vent, et que dans quelques circonstances ils lui sont opposés. Concluons de là qu'il faudrait encore de nouvelles observations uniquement dirigées dans le but de les déterminer : c'est pourquoi nous engageons les capitaines qui navigueront sur cette partie de la côte à tenir exactement leur route et à prendre souvent des relèvements aux points connus et les mieux déterminés.
Au cap Toukousch, mais très-près de terre, les courants contournent la côte ayant toujours une direction générale vers f O.
Aux mouillages de Bone et du fort Génois, ils portent trèssouvent au N. N. E., c'est-à-dire qu'ils suivent les rivages en se dirigeant au N. Ils varient beaucoup dans leur vitesse que nous avons trouvée depuis m , 4 jusqu'à 1 mille par heure. Pendant les matinées de la belle saison ces courants sont assez communs ; ils sont aussi très-favorables pour sortir du golfe et aller prendre les vents du large.
Vis-à-vis la Calle et auprès de terre ils portent à I'O. A 2 milles au N. de Tîle de Tabarque, M. de Tessan , étant dans un canot mouillé, a rencontré un courant d'environ m , 3 dirigé vers le N. N. O. et entraînant avec lui une grande quantité de méduses et d'autres mollusques.
Lorsque nous avons jeté l'ancre aux environs de la Galite et auprès des Sorelle, nous avons toujours trouvé des courants qui portaient à I'O. ou au S. O. Leur vitesse était souvent d'un mille à l'heure, et sur ïe danger même elle a été estimée par MM. Jugan et Coural de 2 à 3 milles. Il est probable que ces courants sont constants, ou que du moins on peut les regarder comme très-fréquents; car il existe parmi les marins du commerce qui fréquentent ces parages, une tradition an-
cienne qui engage à ne pas ïouvoyer à i'E. et auprès de ia Galite, parce que, dit-on, cette île attire les bâtiments à elle.