‹ Description nautique des côtes de l'Algérie (volume 2)Chapitre 28 sur 35 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Comprise entre Alger et les îles Zafarines.

Le cap Caxine. — Pointe Pescade.

Le cap Caxine est cette masse de terres qui s'avance à i'O. de la baie d'Alger, dont Abou-Zaryah est le sommet le pîus élevé, et la pointe Pescade l'extrémité, la plus saillante vers le N. Il se termine à îa mer par des couches de roches qui sont taillées à pic presque partout, excepté vers îa pointe Pescade, où elle descend par une pente douce jusqu'à fleur d'eau. Celîeci se divise en deux ; îa mer pénètre au milieu, et vient former une petite crique assez profonde, avec une piage où îes bateaux de pêche et les sandaîes du pays vont souvent se réfugier. La partie de I'O. est basse ; celle de l'E. a quelques mètres d'élévation, elle s'avance moins au îarge, et se termine d'une manière abrupte; on voit sur son extrémité îes dernières fortifications ou batteries qui ont été établies pour défendre îes approches de la baie, et à queîque distance au N. deux petites îles plates, à peine élevées de quelques pieds au-dessus de l'eau, qui peuvent servir d'amers pour éviter la roche Mtahem lorsqu'on entre dans îa baie en serrant îa côte; iî s'agit pour cela, comme nous l'avons déjà dit, de îes tenir ouvertes par îa pointe des Consuls.

Reconnaissances d'Alger.

Les terres qui forment îe mont Abou-Zaryah et îe cap Caxine paraissent isoîées dès qu'on se trouve éloigné à 1 2 ou

1 5 milles, dans quelque direction que se soit. Elles deviennent ainsi une très-bonne reconnaissance pour Alger; mais on doit leur préférer encore ces hautes montagnes situées au delà de la plaine de la Mitidja, qui font partie de ce qu'on appelle le petit atlas, et dont les formes et les contours sont si remarquables. Il est impossible de confondre la montagne de Mouzaïa avec une autre, et de ne pas faire attention à cet espace vide, qu'on a appelé la Coupée, qui existe entre cette montagne et Bény-Ssalah. Le mont Ammal est aussi un des sommets de cette chaîne les plus faciles à reconnaître à une grande distance.

Pointe des Consuls.

A l'E. de la pointe Pescade la côte s'arrondit peu à peu vers le S., elle est très-dentelée et bordée de débris de roches, mais sans aucun danger caché; elle continue ainsi avec le même aspect jusqu'à la grande plage des jardins du Dey. On remarque sur cette étendue un assez grand nombre de batteries placées aux endroits un peu saillants. Parmi ces derniers, celui qui s'avance le plus a été appelé pointe des Consuls; il est utile de la connaître à cause du relèvement que nous avons donné plus haut pour éviter l'écueil qui porte le nom deMtahem.

On voit des jardins, des maisons de campagne, des terrains défrichés sur toutes les hauteurs des environs, jusqu'à un mille à l'O. de la pointe Pescade; mais au delà les versants des collines n'offrent plus, du côté de la mer, qu'une teinte de vert grisâtre assez uniforme, occasionnée par les broussailles et les petits arbustes dont ils sont couverts. A 2 milles et demi, il y a une falaise plus élevée que le reste de la côte, d'une couleur jaune et rousse, qui s'avance un peu au N. avec quelques roches à son pied , c'est ce qui est le plus communément appelé le eap Caxine. On le reconnaît à sa teinte jaunâtre et à un petit sommet de montagne, situé à environ un mille vers le S. O., qui, dans quelques positions, prend une forme conique saillante , et qui est connu sous le nom de Djerba,

Entre ce point et le Ras-Aqnathyr au milieu de falaises d une hauteur uniforme , on trouve les carrières d'où l'on a tiré presque tous les matériaux qui ont servi à construire les fortifications d'Alger.

Ras-Aqnathyr.

Le Ras-Aqnathyr est une pointe basse ; la côte après elle tourne au S., et forme ensuite une grande anse où l'on peut mouiller avec les vents d'E. Dans la partie la plus au N. , il y a une petite crique où les sandales se tirent quelque fois à terre; les Algériens ont appelé cet endroit le Port Calfate ; là, la mer est arrêtée par quelques falaises rocailleuses, après lesquelles vient une plage immense qui va joindre sans interruption la presqu'île de Sydy-Ferougj. Deux petites rivières se jettent à la mer dans cet intervalle; mais leurs embouchures sont barrées, de sorte que les eaux s'écoulent à travers le sable, et qu'il est alors difficile de les découvrir; celle qui est la plus voisine du Ras-Aqnathyr est la plus abondante, on y fait facilement de l'eau , les embarcations pouvant accoster jusqu'à terre. Une ceinture de dunes couvertes de petits arbustes règne le long de cette plage, laissant quelques intervalles qui paraissent comme autant de grandes taches blanches,

Sydy-Ferougj.

La presqu'île de Sydy-Ferougj est large d'environ un tiers de mille, elle s'avance d'un mille vers le N. O. et forme ainsi deux baies très-ouvertes, remarquables par les grandes plages et les dunes qui les bordent ; elle est défendue du côté de la mer par une bande de rochers escarpés qu'on peut approcher de très-près. A la partie N. E. il y a une île de peu d'étendue et de hauteur qui laisse un passage si étroit qu'on peut le franchir à pied sec. A la pointe S. O. on voit d'abord à une trèspetite distance deux îlots plats, et plus loin deux autres semblables, entre lesquels les embarcations légères peuvent passer, et dont la position contribue beaucoup à mettre à l'abri les ba-

beaux de la côte qui viennent relâcher dans cet endroit pendant le mauvais temps. Sur le sommet de cette presqu'île on voit un marabout, et une petite mosquée surmontée d'une tour carrée , qui servent beaucoup à la reconnaissance de cette parlie de la côte, surtout lorsqu'on vient du large, car alors ils se détachent en blanc sur les terres de l'intérieur.

La baie du N. E. est rarement fréquentée , à moins que ce ne soit par les petits caboteurs ou les bateaux ; celle du S. O. offre un bon mouillage pour toute espèce de bâtiments avec des vents d'E. ou de N. E. ; on y trouve fond de sable près de terre, et de la vase quand on est à la distance d'un miîle. H y a une batterie au bord de la mer qui avait été établie pour en défendre les approches et en même temps pour exiger le droit d'ancrage des navires de commerce. Avec les vents de N. O. on ne peut y rester sans danger, la mer devenant très-grosse.

C'est là qu'est venue mouiller en 1830 l'armée française qui a fait la conquête d'Alger. On fit un camp rechanché de la presqu'île, et pendant un mois ce point isolé de la côte d'Afrique, présenta l'aspect animé d une ville d'Europe. Aujourd'hui ces plages solitaires offrent à peine les traces de ce séjour; mais elles rappelleront sans cesse à celui qui passera devant elles l'un des beaux faits d'armes de notre époque, et peut-être le seul qui ait été utile à la civilisation et à l'humanité.

A un mille au S. de Sydy-Ferougj , il existe un petit ruisseau qui se jette à ïa mer à travers des sables, où l'on peut faire de l'eau assez facilement ; la côte à partir de là suit une direction générale vers le S. O. ; elle est peu élevée et conserve un aspect assez monotone jusqu'à Ras-el-Amousch , où elle paraît former une baie très-profonde : du moins c'est ainsi qu'on en juge quand on est au mouillage de Sydy-Ferougj ; cette illusion est causée par la hauteur des terres qui forment le cap et le creux d'nne grande vallée qui se trouve derrière lui au S. Une plage de plus de 3 milles de long, conduit du ruisseau dont nous venons de parler jusqu'à la rivière Maa-cl-Zafran , elle est bordée de dunes à moitié couvertes de broussailles; dans fin-

térieur, ie terrain est très-accidenté, et s'élève graduellement. Avant d'arriver à cette rivière, à un mille du rivage, on remarque un marabout blanc qui est appelé par les habitants Sydy-Abdel-Kader.

Maa-el-Zafran ou Mazafran. — Fouka. — Qobr-el-Roumyah ou Tumulus.

Le Maa-el-Zafran est une des grandes rivières de ï' Algérie; on peut reconnaître sa position en venant du large aux deux collines entre lesquelles elle coule , qui sont plus élevées que les autres terres de la côte ; celle de la rive gauche est la plus haute, elle a deux sommets arrondis. A partir de son embouchure , des plages et des falaises alternatives forment le bord de la mer ; à 4 milles il y a une partie avancée, une espèce de cap au haut duquel on a bâti un marabout, appellé Fouka, qu'on distingue de loin à cause de sa blancheur. Nous avons mouillé h environ un mille et demi dans leN. de ce point, par 30 brasses sur un fond de vase grise, mêlée de gros débris de coquilles et de madrépores capables d'endommager les câbles en peu de temps. Le marabout est situé sur des terres qui conservent assez longtemps une hauteur uniforme ; dans le milieu de l'intervalle qui ïe sépare de Ras-el-Amousch , elles s'élèvent cependant un peu et forment un petit mamelon à sommet très-obtus, où l'on voit une petite élévation qui a la forme d une pyramide ; c'est là un monument très-ancien , appelé dans le pays Qohr-el-Roumyali (tombeau de la chrétienne), aujourd'hui très-respecté par la superstition des Arabes, et sous lequel on croyait autrefois qu'il existait des trésors. C'est un point facile à reconnaître qui a été bien déterminé.

A l'E. du Ras-el-Amousch, il y a une baie assez ouverte où l'on peut se mettre à l'abri des vents de la partie de 10. ; on ne saurait y être bien durant le règne des vents d'E. ou de N. E.; cependant notre pilote Mohamet y a passé quelque temps de cette saison , avec un brick , pour y prendre des bois de construction ; il avait eu la précaution de mouiller vers le large deux ancres en barbe; une troisième amarre, fixée à

terre, le tenait évité à fa lame pendant le calme de la nuit, et servait en même temps pour les communications. II y a éprouvé des vents d'E. assez frais et une mer grosse, les ancres ont tenu bon. Une petite rivière se jette dans la partie orientale de cette baie, c'est celle que Shàw désigne sous le nom de Gourmaat, qui est encore conservé parmi les habitants; à un mille environ pins vers l'E. , auprès d'une petite pointe, nous avons vu des ruines qui sont probablement celle de Tefessad, dont parle le même voyageur. Le milieu de cette baie est occupé par une plage; la partie N. l'est par des roches, dont quelques-unes sont isolées, mais ne s'écartent pas de manière à devenir dangereuses; il y a dans cet endroit des points trèsescarpés.

Ras-el-Ainousch. — He Bérinsheî.

Les terres qui forment Ras-el-Amousch sont hautes; elles occupent une grande surface, de l'E. à l'O. ; la montagne principale, dont le sommet a 8 50 mètres de hauteur, s'appelle Schcnouah. Elles sont détachées des montagnes de l'intérieur par une vallée assez large, ce qui est cause que de loin ce cap paraît commeunepresqu'île, surtout en venant de l'O.; lorsqu'on passe auprès on est étonné d'y voir de grands espaces de terrains cultivés jusque dans les parties les plus difficiles à atteindre; il est très-habité, mais par des hommes perfides et cruels. A son extrémité la plus avancée vers le N., on voit l'île Bérinsheî, rocher d'environ 20 mètres de hauteur, d'un accès peu aisé , au sommet duquel il est resté un peu de terre végétale avec quelques plantes, des raquettes surtout ; sa distance au cap est de plus d'une encablure, il est entouré de roches , principalement du côté du S.; à l'E. la côte est abrupte et garnie d'un grand nombre de petites roches, tandis que vers l'O. elle présente quelques grandes plages, coupées de temps à autre par des falaises. Ce cap est souvent couvert de nuages , particulièrement avec les vents d'E., ce qui lui donne un aspect

sombre. Pendant la belle saison on le trouve presque toujours enveloppé de brumes.

Entre le cap Caxine et Ras-el-Amoush, comme nous l'avons fait remarquer, les terres qui forment le cordon de la côte ne sont pas hautes; derrière elles il y a des plaines immenses, et plus loin, ces grandes montagnes parmi lesquelles nous avons distingué Beny-Salah etMouzaïa ; si nous allons plus vers 10. nous en verrons d'autres très-remarquables aussi ; Soumata, facile à reconnaître à son isolement ; le mont Geckar, situé à environ 1 6 milles au S. du Schénouah , et dont le sommet domine toute la chaîne à laquelle il appartient ; lorsqu'on l'aperçoit du coté de l'E., des environs d'Alger, il paraît tenir aux montagnes de Ras-el-Amousch.

Les terres de ce dernier cap s'abaissent peu à peu vers 10., et finissent par une poinle très-allongée , à l'extrémité de laquelle il y a deux petits îlots ; au delà on voit un léger enfoncement et une belle plage, où se trouve l'embouchure d'une rivière. On éprouve encore, de ce côté-ci du cap, la même illusion qu'on a eue de l'autre : on suppose à la première vue qu'il doit y avoir une baie ou un abri convenable pour les vents d'E.; mais la côte suit une direction uniforme, sans aucune sinuosité profonde ; l'intérieur offre un paysage varié, et surtout très-accidenté. On remarque avec plaisir les cultures dont le nombre augmente à mesure que l'on s'approche de Scherschel.

Lorsqu'on vient de l'E. on peut reconnaître la position de cette ancienne capitale, 7 ou 8 milles avant d'y arriver, à une pointe basse et longue , au bout de laquelle paraît un petit îlot couronné par une fortification; il y a un autre château fort sur la partie la plus haute de la pointe. A mesure que l'on avance , ces terres s'élèvent, l'île se joint au continent; on découvre deux marabouts blancs à côté l'un de l'autre, et enfin la ville avec ses minarets pointus et blanchis à la chaux.

( 157 ) Schersclief.

Le port de Scherschel, situe dans une petite anse circulaire dont l'ouverture est tournée vers le N. O. , n'est aujourd'hui praticable que pour ïes petits bâtiments et les barques de la côte. Une presqu'île forme un des côtés de cette anse et la protège contre les vents d'O.; une autre pointe plus avancée et située au N. E. , à environ un demi-mille, la met à l'abri des vents d'E. Entre les deux il existe d'abord, du côté de la presqu'île, une petite roche peu élevée au-dessus de l'eau, puis vers l'E. une seconde roche plus grande , et en continuant dans la même direction , un banc de pierres et de sable qui va jusqu'au côté opposé, et qui abrite le port, de la mer soulevée par les vents de N. et de N. E. Pour y entrer il faut passer entre la presqu'île et la première roche, où l'on trouve tout au plus une brasse d'eau, et dans le port deux brasses, sur un fond de galets.

Le fort le plus en dehors est de forme hexagonale, il paraît bien bâti et en bon état. Celui de l'intérieur est une grosse tour près de tomber en ruines. La ville s'étend en amphithéâtre à une grande distance vers le S.; ses maisons, bâties en pierre et recouvertes de tuiles, sont presque toutes entourées d'arbres ou de jardins; ses environs présententdes points de vue agréables, sous le rapport de la végétation. Les montagnes qui sont derrière elle semblent l'isoler du reste du continent , elles sont très-remarquables par la manière dont elles sont cultivées jusqu'à leurs sommets.

Cette ville a dans son enceinte même beaucoup de ruines romaines. Au milieu de son petit port, lorsque le temps est calme, on voitsous l'eau quelques-unes de ces constructions que la mer a couvertes lors d'un tremblement de terre. Notre pilote nous a souvent entretenu de cette tradition qui s'accorde avec tout ce que Shaw a vu dans cet endroit. D'après l'opinion de ce savant et judicieux voyageur, Schersche! est sur l'emplacement de l'antique Julia Caesarea.

De chaque côte de ïa presqu'île la cote est formée par des falaises de moyenne hauteur, taillées à pic, qui se prolongent à une assez grande distance; lorsqu'on les considère avec attention, on est porté à croire qu'elles n'ont dû prendre cet aspect qu'à la suite d'un éboulement considérable.

Pendant le beau temps on peut mouiller devant le port et à l'O. de la presqu'île.

Depuis Scherschel jusqu'au capTénès, la côte suit une ligne presque régulière vers i'O. sans offrir de grands enfoncements ou des baies commodes pour mettre les bâtiments à l'abri. Les terres de l'intérieur sont hautes, elles se présentent sous plusieurs plans qui s'élèvent d'autant plus qu'ils sont plus éloignés.

A 7 milles à i'O. de Scherschel, et tout auprès de la mer, on remarque une montagne isolée , d'une couleur sombre, dont ïe sommet paraît arrondi, lorsqu'on le voit en venant de i'E., et qui, du N. et de l'O., prend la forme d'un cône tronqué obliquement. H y a quelques roches à son pied. Les cultures qui couvrent tout le pays aux environs de l'ancienne Césarée deviennent de plus en plus rares , à mesure qu'on s'en éloigne. II n'y en a aucune sur cette montagne, qui est tout entière d'un vert presque noir. A 6 milles plus loin, on rencontre une pointe basse , liée à un petit mamelon , sur lequel on voit quelque chose qui ressemble à une cabane. On y arrive en suivant une côte légèrement courbée vers le S. où l'on remarque quelques belles plages.

Hot Ashâq.

Au N. 7 5° O. de cette dernière pointe, et à la distance de 3 milles et demi , il y a un rocher noir , à peine hors de l'eau de 2 mètres, qui n'est indiqué sur aucune carte. Parmi les Maures qui font le cabotage, il est connu sous le nom de Ashâq (île de l'amour ou des amants), parce que deux amants malheureux vinrent y terminer leur existence. Il est à peu près à un mille et demi du point le plus voisin de la côte. Il peut être dangereux pour les bateaux àvapeur qui, au cou-

cher du soleil, se trouvant auprès de Tenès ou de Ras-el- Amousch , voudraient aller directement d'un cap à l'autre. Lorsqu'on passe à 2 milles au large de cette roche, on voit sur la côte opposée un marabout très-blanc, placé sur une falaise assez élévée, et à gauche de celle-ci, un mamelon conique qui se détache de la terre et paraît comme une île. Vers l'intérieur les montagnes sont très-hautes.

Lorsqu'on approche du cap Ténès, à la distance de 10 milles, on s'aperçoit que la côte présente quelques sinuosités plus profondes ; mais on ne saurait essayer d'y mouiller qu'avec un beau temps. Elles ne nous ont pas paru offrir un abri convenable aux bâtiments. Auprès des pointes de ces petites baies il y a quelques îlots ou rochers peu éloignés de terre, derrière lesquels les barques du pays seulement peuvent trouver un refuge.

Les montagnes qui forment un rideau presque continu , depuis Ras-el-Amousch jusqu'au cap Ténès, sont souvent couvertes de nuages, surtout avec des vents frais de la partie de l'E. Elles sont ordinairement dégagées avec les vents d'O. Dans quelques endroits voisins de la mer nous avons vu des coteaux bien cultivés.

Cap Tenta.

Le cap Ténès est formé par une grosse masse de roches escarpées qui occupe de l'E. à l'O. une longueur de 3 milles ; il est haut, plus avancé que les autres points de fa côte, ce qui l'isole et le rend facile à reconnaître. Lorsqu'on commence à l'apercevoir en venant de TE. ou de l'O. , il est comme coupé à pic, un peu arrondi vers le haut, avec une petite pointe a. son sommet. Vu de face, c'est-à-dire quand on le relève au S., l'étendue qu'il occupe le fait paraître plus bas. On remarque alors à sa gauche un piton pointu, et plus loin une montagne très-élevée de l'intérieur. Il a à son pied quelques roches isolées qu'on ne peut distinguer dans cette position ; mais les baies qui sont de chaque côté sont au contraire très-visibles,

Celle de l'E. est peu fréquentée; celle de i'O. l'est beaucoup par les caboteurs du pays, qui viennent s'amarrer derrière deux îlots entourés de roches qui sont au fond, à environ un demi-mille du rivage, situés de manière à former, pour ces petits bâtiments, un abri assez sûr. Dans le canal qui les sépare de îa plage, M. Jugan a trouvé de 4 à 6 brasses d'eau, au milieu et un peu plus près des roches; les habitants ont tiré des coups de fusil sur son embarcation pendant tout le temps qu'il a mis à le traverser.

Les bâtiments qui venaient autrefois à Ténès pour faire des chargements de blé, car cette province a toujours produit beaucoup de grains, mouillaient à un mille environ au N. d'une falaise rouge qui se trouve au S. O. des îlots, et sur laquelle on remarque une vieille tour carrée. On y est sur un bon fond et à l'abri des vents d'E. et de N. E. Ce mouillage n'est pas tenabîe avec les vents de la partie de I'O. ; parmi les Maures il a toujours été regardé comme peu sûr. Cependant notre pilote nous a dit que des bâtiments avaient résisté à des vents de N. O. assez frais, étant placés à l'E. des îlots, avec une amarre sur le plus grand et une ancre au N. E.

La ville est bâtie à quelque distance de la mer; on la découvre presque entièrement dans certaines positions ; dans beaucoup d'autres elle est cachée par les terres du N. et les falaises du mouillage. On la reconnaît de loin à son minaret pointu , peint en blanc. Elle est entourée de remparts construits en larges pierres. Un petit ruisseau la traverse et vient se jeter à la mer. Les environs paraissent bien cultivés; quand on les parcourt, on y rencontre souvent des ruines qui annoncent le séjour des colonies romaines. L'endroit où l'on peut faire le plus facilement l'eau est à la partie orientale de la plage.

Les habitants ont de tout temps été regardés comme des hommes très-perfides 1 .

1 « Les habitants d'aujourd'hui sont encore les plus grands fripons tlu pays, et l'on ne doit })as plus se fier à eux qu'a leur rade. » (Sfeaw.)

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La côte, à partir deTënès, est assez droite jusqu'à la première pointe où se trouve un petit îlot très-près de terre; elles'arronditensuitepeuàpeu en tournant vers le S.O., et faisant quelques sinuosités jusqu'à î'îïe Coïombi. Elle est formée par des falaises entrecoupées de plages. Les terres qui avoisinent la mer sont hautes, on voit peu de cultures auprès du rivage; il y en a beaucoup plus dans ies endroits élevés , surtout lorsqu'on se rapproche de I'îïe.

Ile Coïombi.

L'île Coïombi , ou Palomas , est un rocher d'une petite étendue, de 26 mètres de hauteur, éloigné de ïa côte de moins d'un demi-mille. On lui a donné ce nom à cause de ïa grande quantité de pigeons qui viennent l'habiter; nous y en avons vu beaucoup en effet. Les bâtiments d'un tonnage assez fort peuvent passer entre cette îîe et la terre , puisqu'il y a un fond de 4 à 5 brasses.

Après I île Coïombi ia côte se courbe vers le S. O., formant une rentrée peu profonde mais d'une grandeïongueur, et bordée d'une belle plage. Sur celïe-ci sont distribuées quelques roches noires qui forment autant de petits ports où les sandales viennent se mettre à ï'abri. II y avait autrefois un grand commerce sur cette partie de la régence : on y vient prendre encore du blé et de la cire. C'est probablement la baie que Shavv désigne sous le nom de Magrowa. Elle se termine à 10. par un cap peu avancé mais remarquable, parce que c'est ïà que finissent les terres haufes qui depuis Ras-el-Amousch avoisinent la mer. En effet, de ce point jusqu'au cap Ivi, la côte n'est plus qu'une suite de falaises ou de terres peu élevées, formant un plateau assez étendu vers l'intérieur, et au bout duquel paraissent quelques sommets de montagnes. Lorsqu'on arrive à la pointe Magrowa, on s'aperçoit que le sol change d'aspect : à l'O. iï est d'un vert sombre, on y voitpeu de terrains défrichés, tandis qu'à l'E. les vallons et les collines sont presque entièrement couverts de cultures; on remarque là, sur un sommet

isolé et rocailleux, un grand marabout bla ne , célèbre clans ïe pays par les visites continuelles qu'y font les habitants de l'intérieur. Après qu'on l'a doublée, la côte fait une légère courbure; elle est bordée, jusqu'à perte de vue, d'une immense plage de sable et de dunes boisées à demi. Alors se montre au loin le cap Hagmiss ou Ham-mise, qui est bas et assez saillant.

Cap Hagmiss.

Lorsqu'on approche de ce cap, on voit à l'E. et à l'O. deux grandes vallées d'où paraissent sortir deux rivières. C'est à l'embouchure de la première que se trouve le village Hagmiss, où l'on venait autrefois prendre du blé comme à Magrowa. Sur la rive droite de la seconde, au haut d'une falaise, il existe un marabout qu'on peut découvrir à une grande distance. La partie la plus saillante du cap est une falaise rouge taillée à pic . qui brille d'un bel éclat lorsque le soleil l'éclairé, c'est-à-dire depuis 3 h de l'après-midi jusqu'au soir.

Tache-Grise.

Après le marabout, la falaise est interrompue et forme une baie très-profonde et très-ouverte, avec une plage assez grande; elle règne ensuite d'une manière uniforme le long de la côte. A 3 milles de là, on voit une autre interruption où les éboulements ont formé une grande tache triangulaire fort remarquable, qui se découvre de très-loin, surtout lorsqu'on vient de l'O. On trouve par intervalles des coupures pareilles, qui sont occasionnées par des embouchures de rivières ou des aboutissants de ravins; elles sont ordinairement signalées par des plages. Tout ce pays est d'un aspect triste : on n'y voit ni cultures, ni troupeaux, ni habitants.

Pointe-Basse.

A 15 milles de la Tache-Grise est la Pointe-Basse, formée par des rochers presque à fleur d'eau. Après elle la côte rentre pour former une grande baie, où l'on pourrait trouver

un abri momentané pour les vents d'E. : c'est celle que Shavv appelle baie de Teddert. On peut ïa reconnaître de loin aux grandes dunes qui ïa bordent et qui paraissent comme autant de taches blanches. A TE. et à l'O. de la Pointe-Basse, il y a des plages de sable. Si l'on continue à côtoyer plus h l'O., on voit les montagnes se» rapprocher de plus en plus de la mer.

Cap Ivi.

Le cap Ivi est encore formé par des terres de peu de hauleur; mais derrière lui et à peu de distance sont les montagnes du Schelef, qui s'élèvent jusqu'à 320 mètres. II est difficile à reconnaître , parce que dans cet endroit la côte s'arrondit régulièrement; quand on en est très-près, on remarque qu'il a deux pointes rapprochées dont les extrémités sont entourées de quelques rochers, que ces pointes ont chacune un petit mamelon et qu'elles laissent entre elles une plage.

A 4 milles de là se trouve une autre pointe rocailleuse que nous pourrions appeler la pointe du Schelef, parce qu'elle est auprès de l'embouchure du fleuve de ce nom ; elle a été souvent prise pour le cap Ivi. On va de l'une à l'autre par une grande plage : les terres de l'intérieur sont très-élevées et de plus en plus cultivées, à mesure qu'on s'approche de la rivière. On remarque aussi quelques marabouts situés aux sommets de plusieurs collines. La pointe du Schelef peut se reconnaître à deux petits mamelons isolés, ayant la forme de pains de sucre et placés à côté l'un de l'autre sur le penchant de la montagne, à environ un mille vers l'E., et tout près du rivage.

Le Schelef.

A un mille tout au plus au S. de cette pointe se trouve le Schelef, ïa rivière la plus considérable de l'Algérie, tant à cause de la longueur de son cours que du volume de ses eaux ; elle n'est pas obstruée par les sables comme la plupart des autres rivières : on la voit couler librement jusqu'à la mer;

mais à une petite distance de son embouchure, à environ deux tiers de mille vers le N. O., il y a un petit banc qui est souvent à sec, et qui s'étend à un peu plus d'un milie de la côte. Les bâtiments venant de l'E. et qui côtoient pour se rendre à Mostaganem , doivent y faire attention, comme lorsqu'ils appareillent de ce mouillage avec -les vents de 10. au N. O. pour doubler le cap Ivi.

A droite et à gauche de cette rivière s'élèvent de grandes montagnes : la vallée qu'elles laissent entre elles , est large et devient ainsi facile à reconnaître de loin. En effet, quand on vient de l'O., on ne peut s'empêcher de la remarquer ; et si l'on s'en trouve à une très-grande distance, on voit au milieu un petit mamelon qui paraît tout à fait une île. Les montagnes qui sont sur la rive gauche conservent la même hauteur pendant l'espace de 2 milles environ , après quoi elles s'abaissent graduellement, de sorte que ce ne sont plus que des terres basses ou de moyenne hauteur, qui forment la grande baie qui existe entre le Schelef et le cap Ferrât. Dans quelques endroits même elles sont si basses qu'elles disparaissent à 1 2 ou 15 milles , et l'on ne voit plus alors que quelques sommets des montagnes de l'intérieur dans un grand éloignement.

Mostaganem.

La ville de Mostaganem est bâtie sur des hauteurs, à environ un demi-mille de la mer, et à 6 milles au S. du Schelef ; elle est sur les bords d'un ravin au fond duquel il y a un ruisseau. Le fort est du côté de la plus petite partie de la ville, et situé de manière à être aperçu de loin : la teinte blanche de ses murailles y contribue beaucoup. Un peu plus bas et à gauche , on voit deux marabouts qui deviennent aussi , à cause de leur blancheur et de leur position élevée , une des reconnaissances de cet endroit.

Mouillage de Mostaganem.

Depuis la pointe de Schelef jusqu'à quelques milles au S.

de Mostaganem , la cote suit une direction générale, qui est le S. 30° O., sans beaucoup de déviations. Après les plages qui précèdent et suivent ïa rivière , elfe est formée de roches escarpées : on voit dans ï'endroit où finissent les grandes hauteurs une cascade qui tombe à la mer. A la pointe de Mostaganem il y a une rentrée de 3 milles de long où l'on trouve un mouillage, qui n'est bon qu'avec les vents de la partie de ï'E. ; et lorsque ceux-ci varient jusqu'au N. E. et qu'ils fraichissent, ils y causent une grosse mer qui fatigue beaucoup les navires. On mouille vis-à-vis l'ouverture du ravin sur lequel la ville est assise, à la distance d'environ un mille, on trouve alors 14 et 15 brasses fond de vase : on ne saurait y rester avec les vents d'O. et de N. O. Dans la belle saison, on peut mouiller provisoirement sur tous les points de cette côte : le fond est bon , il n'y a aucun danger.

Pendant les divers séjours que M. Léon Du parc a faits à ce mouillage avec ïe bateau à vapeur la Salamandre, il a observé qu'il y a souvent de la houle et quelquefois des ras de marée; que le niveau de la mer y éprouve des changements de G pouces environ selon- les vents; que lorsqu'il fait assez mauvais temps à Arzew pour rendre les communications difficiles, on peut débarquer à Mostaganem; et qu'ici le moment le plus favorable pour ïes déchargements est ïe soir ou ïe matin. M. Duparc fait remarquer qu'on n'en profite pas ordinairement, parce qu'on craint de passer la nuit à l'ancre, sur un point aussi peu abrité.

La partie S. du mouiïlage que nous venons de décrire est terminée par une pointe assez aiguë, qui s'avance vers le N. O. et qu'on a appelée Pointe-de-Missigran , du nom d'une petite ville située à peu de distance vers le S. S. E., sur des collines, comme Mostaganem. A un mille et demi de cette pointe, on rencontre une plage très-longue, qui répond à un terrain bas de l'intérieur; puis viennent des roches et des terres plus élevées : la cote tourne alors peu à peu vers

10, pour former le fond de cette grande baie où Ion voit à l'extrémité d'une grève qui forme le creux, l'embouchure de la Magta. Cette rivière est aussi appelée Habra dans les parties supérieures de son cours : elle est aujourd'hui mieux connue. M. Garnier, lieutenant de vaisseau, à qui nous devons beaucoup de bons renseignements sur ces parages, Ta remontée, en juin 18 32, jusqu'à un mille; il a trouvé 3 pieds d'eau à la barre et ensuite 10 et 12 sur un fond de sable. Devant l'embouchure il y a un petit écueil. Sur la rive gauche, la côte est formée par des rochers bas et s'avance vers leN. à la distance d'un tiers de mille , formant ainsi une pointe à l'abri de laquelle les caboteurs peuvent se mettre. Les Maures appellent ce petit mouillage Mers-Djedja. On remarque sur la pointe une assez grande quantité de ruines qui datent des Romains.

Dans cet endroit les terres qui avoisinent la mer sont un peu plus élevées que dans le reste du fond du golfe. Leur aspect est fort triste; elles continuent à être ainsi, mais en diminuant peu à peu de hauteur jusqu'à la baie d'Arzew. A 4 milles et demi de la Magta on rencontre , sur le haut des collines , à peu de distance du rivage ,• des ruines de la ville d'Arzew, qui n'est aujourd'hui composée que de quelques misérables cabanes. La côte est d'abord formée par des roches pendant 3 milles environ, ensuite elle ne présente que des plages jusqu'aux magasins de la baie d'Arzew. Avant d'y arriver cependant, on trouve une petite île plate, un rocher nu, très-voisin de la plage, appelé île Tujisme.

Baie d'Arzew.

La baie d'Arzew offre un excellent mouillage pour toutes les saisons aux bâtiments ordinaires du commerce, et en général à ceux qui sont au-dessous de la force des frégates, parce qu'ils peuvent mouiller en dedans de la ligne qui joint la pointe du fort aux terres hautes de Schelef. Dans cette position, ils sont à l'abri de la mer que soulèvent les veiits de

N. et de N. £. Les grands navires mouillent en dehors de cette ligne par 6, 7 et 8 brasses fond de sable : ils y sont bien pendant la belle saison seulement.

Autrefois les bâtiments marchands s'amarraient à terre sous les falaises qui sont entre les magasins et le fort, ce qui était très-commode pour les chargements; aujourd'hui cela n'est plus possible , cette partie étant comblée par la grande quantité de lest en pierres qu'on y a jetée.

Pendant une longue station faite dans cette baie , à bord du Loiret, M. Bravais a observé que les vents d'E. au N. E. et au N. régnent presque constamment du commencement du mois de mai à la fin du mois d'août. La nuit il fait calme : les brises du large ne se lèvent que vers 1 heures du matin ; elles sont quelquefois très-fraiches vers 2 heures après midi, et y amènent une forte houle. Les terres de l'E. sont alors cachées par un brouillard vaporeux. En hiver les vents de FO. au N. O. sont les plus fréquents; ils fraîchissent souvent après le coucher du soleil et sont dans le maximum de leur force de 1 heures à minuit : leurs rafales sont moins fortes ici qu'à Oran. Lorsque ces vents sont établis, le sommet du cap Ferrât se couvre d'une panne de nuages.

La corvette de charge la Lionne, en février 1835, a essuyé un coup de vent de N. dans cet endroit; ce bâtiment s'est bien tenu sur ses amarres, quoique tourmenté par une grosse houle; celle-ci contournait la roche de la pointe du fort et venait se briser sur la plage du blockhaus ; elle causait ensuite, dans la partie N. de la baie, un ressac qui empêchait toute communication avec la terre. Plusieurs embarcations ont été chavirées auprès des magasins. M. de Cornulier, enseigne de vaisseau, nous a communiqué ces derniers renseignements.

Les habitants de cette province sont accoutumés , depuis un temps immémorial , au commerce des blés avec les Européens On trouve tout autour de la baie un grand nombre de silos qui servaient d'entrepôt h tous leurs grains. En 18 31, il

y a eu plus de cent bâtiments qui sont venus y faire leur chargement.

On remarque, à peu de distance de la plage, un très-bel emplacement pour la fondation d'une ville ; s'il n'y en a pas aujourd'hui, il faut l'attribuer uniquement au manque d'eau douce; car celle qu'on fait à l'aiguade n'est pas de bonne qualité. Cependant les ruines romaines qu'on y a rencontrées font supposer qu'il y a eu un établissement; on a trouvé même les restes d'un aqueduc qui conduisait jusqu'au bord de la mer les eaux d'une source située vers l'O. dans l'intérieur.

Ce qui existe aujourd'hui aux environs de cette baie se réduit à un fort, un magasin et quelques maisons ruinées.

Cap Carbon.

Lorsqu'on se rend à ce mouillage en venant de l'O., et qu'on côtoie à petite distance, il faut avoir l'attention de donner du tour à l'île d'Arzew, à cause d'une roche cachée sous l'eau, située à une encablure à l'E. 33° N. de cette île. Dans cet endroit, la côte est bien dentelée et remplie d'un grand nombre de débris de roches; elle présente le même aspect depuis la pointe d'Arzew jusqu'au cap Carbon. On vient quelquefois mouiller à l'E. de celui-ci pour se mettre à l'abri des vents d'O. et de N. O.; mais il faut aussi ne pas le ranger de trop près parce qu'il y a une batture de roches qui s'avance au large, à un peu plus de 100 toises. Ce cap est la partie la plus N. de cette masse de terres qui forme le cap Ferrât ; il a un mamelon arrondi assez élevé, mais qui , dans certaines positions, le fait paraître isolé, surtout lorsqu'on est au N. O. à une grande distance. On remarque à son pied quelques rochers isolés.

Cap Ferrât.

A 2 milles plus à l'O. est un autre cap plus élevé que le précédent, composé de roches, présentant une surface raboteuse et des coupes abruptes , qui paraît se rattacher aux

plus hauts sommets de l'intérieur, et qui porte le nom de cap Ferrât, nom qui doit aussi convenir au groupe entier des montagnes interpose'es entre la baie d'Arzew et la baie d'Oran, puisque ce sont eiïes qu'on distingue le mieux quand on est en mer à une grande distance. Le sommet le plus élevé, qui a 626 mètres de hauteur, est appelé sommet du cap Ferrât, et sert de point de reconnaissance aux bâtiments qui fréquentent ces parages.

Entre le cap Ferrât et la pointe Abuja la côte se creuse ; elle présente dans cet espace des accidents très-variés, des éboulements, des falaises coupées, avec des couleurs qui donnent un air triste à tout ce qui avoisine la mer.

Pointe Abuja.

La pointe Abuja est formée par un amas de noches escarpées, presque entièrement dépourvues de végétation, et ressemble dans certaines positions au cap Ferrât ; elle est terminée comme lui par un sommet pointu. Elle a auprès d'elle, à la distance d'une encablure et demie vers le N., un rocher pyramidal d'environ 54 mètres de hauteur, qui a été appelé Aiguille par les Européens, et Seba-Pharaon , (pouce de Pharaon), par les Maures. De loin, cette aiguille ressemble assez à un bâtiment à la voile; elle paraît inaccessible; on voit quelques roches crochues à son pied. Au S. de la pointe Abuja , on trouve une petite baie dans laquelle on peut mouiller avec les vents d'E.; mais quand ils sont frais, on doit s'attendre à y recevoir de fortes rafales.

Montagne des Lions.

Après l'avoir doublée , on voit la cote se diriger au S. et puis ;m S. S. O. jusqu'à la pointe Canastel, où elle forme une baie assez grande, qui est peu fréquentée, si ce n'est par les barques du pays. On y mouille avec les vents d'E. Là on est au pied de la montagne des Lions ou de Saint-Augustin, remarquable par sa forme, sa hauteur et son isolement; c'est

une des reconnaissances les plus utiles pour les atterrages de cette partie de la côte. Lorsqu'on vient de l'O., son sommet se présente comme une table inclinée vers le S. ; il occupe alors un espace assez long. Vue du N., eïïe a encore son sommet aplati; mais quand on est à l'E. du cap Ferrât, elle change totalement d'aspect et prend une forme conique. Sa hauteur est de 615 mètres; c'est une montagne inculte et d'un aspect sauvage ; tout ce qui est près de ïa côte depuis le cap Carbon semble frappé de stérilité ; on y remarque de grands mouvements de terrain; une haute falaise parait régner d'une manière générale jusqu'à la pointe Canastel et continuer bien au delà; mais dans cette première partie elle est souvent coupée par des ébouiements. C'est un peu au S. de Canasteï qu'elle est le plus élevée et qu'elle s'avance en même temps vers l'O.; elle fait en cet endroit un coude ou un angle saillant, qui s'aperçoit dans toutes les directions. Sa pointe elle-même est formée par un mamelon isolé, moins haut que la falaise, avec un sommet arrondi et des flancs trèshachés. Toutes ces terres ont des couleurs très-variées et sont presque entièrement dépourvues de végétation. Elles diminuent progressivement de hauteur jusqu'auprès d'Oran.

Oran.

Au fond du grand enfoncement qui existe à l'O. du cap Ferrât, il y a deux plages de sable entre lesquelles se trouve la ville d'Oran, bâtie sur les bords inclinés d'un ravin où coule une source abondante. La partie qui est assise sur la rive gauche de ce ravin est mal percée et ruinée en quelques endroits; c'est l'ancienne ville, celle qu'habitaient les Espagnols et qui fut détruite par le tremblement de terre de 1 790. Sur la rive droite sont la citadelle et la nouvelle cité.

Les bâtiments de commerce , pendant ïa belle saison , mouillent devant Oran par 8,6 et 4 brasses d'eau, fond de sable. Avec les vents de N. E., ils y sont fort incommodés par la mer. Ce mouillage est défendu des vents d'O. et de N

0. par la pointe du fort Lamouna, formée par des terres qui selèvent rapidement vers l'intérieur et sur lesquelles on a bâti, dans des endroits presque inaccessibles et voisins de ia mer, deux forts, celui de San-Gregorio et celui de Santa-Cruz. Ce dernier, qui est le plus haut, peut être regardé comme imprenable ; il s'aperçoit à une grande distance en mer; le petit mamelon rocailleux sur ïequel il est construit fait, avec l'extrémité d'une crête de montagnes qui vient de i'O., une embrasure fort remarquable, encore bien plus facile à distinguer quand on est très-loin au ïarge.

Le débarcadère est entre le fort Lamouna et ïa ville; il est peu praticable avec des vents de N. E. frais, même pendant la beïle saison. Lorsque les embarcations y sont surprises par le mauvais temps de cette partie, elles ne peuvent pïus retourner à Mers-eï-Kébir, et alors on les enferme dans une grande grotte qu'on a creusée dans ïa montagne, et où la mer entre par une ouverture pratiquée exprès. On ferme celle-ci avec une vanne dès que ïes vagues deviennent trop grosses. On a fait aussi dans le même endroit d'autres grandes excavations qui serven t de magasins ; la roche y est très-facile h travailler. Cependant ces vastes souterrains ne présentent pas une garantie suffisante; car ii y a eu plusieurs ébouïements depuis Tannée 183 1 , ce que l'on doit attribuer à ïa grande largeur qu'on a voulu leur donner.

A la pointe du fort Lamouna, ïa côte tourne à I'O., puis se courbe en remontant vers ïe N.; elle se joint enfin au fort de Mers-el-Kébir, qui s'avance comme un môle vers ï'E. et forme ainsi le meilleur abri qu'on puisse trouver sur tout ïe littoral de ï' Algérie. C'est aussi ïe seuï port où les grands bâtiments séjournent pendant l'hiver. En disposant une cinquantaine de vieux canons sur les roches qui sont au pied du fort, on pourrait en amarrer environ vingt pour le mauvais temps, tandis qu'on aurait de ïa peine à en afïourcher huit ou dix dans ta baie; dans ce dernier cas on devra toujours employer des chaînes et de longues touées ou em-

penneler ïes ancres; car il est difficile de résister aux violentes rafales qui sortent des gorges des montagnes environnantes et contre lesquelles il faut se précautionner même pendant l'été.

Lorsqu'on ne veut pas s'amarrer à terre, on mouille ordinairement de manière à fermer ia pointe Abuja avec l'angle du fort, afin d'être à l'abri de la mer du N. E. Les vents de cette partie pénètrent rarement au fond de ia baie, où Ton éprouve une houle assez forte. II arrive souvent qu'un bâtiment qui vient du large avec des vents frais de N. E. , trouve du calme auprès de Mers-el-Kébir et se voit obligé de rétablir les voiles dont ii s'était débarrassé.

Quand il s'agit de prendre le mouillage avec des vents de la partie de ï'O. bon frais, on ne doit pas perdre de temps à louvoyer, mais plutôt mouiller après avoir rangé de près la pointe du fort et l'avoir dépassée d'environ 3 encablures. Bien entendu qu'il faut serrer le vent afin de se mettre en dedans le plus, possible, parce que le fond diminue trèsrapidement à mesure qu'on s'éloigne vers l'E. Si l'on mouillait trop près de la côte S., on serait alors dans la direction du ravin principal, et par cela même plus exposé que dans tout autre endroit aux rafales, qui sont d'une violence extrême, surtout en hiver.

Le 2 5 décembre 1830, le brick le d' As sas a essuyé sur cette rade un coup de vent d'O.; le commandant Pujol dit ne pouvoir mieux faire pour en donner une idée que de le comparer aux ouragans des Antilles.

Pendant l'été il arrive souvent que la brise de O. N. O. est fraîche à Mers-el-Kébir, tandis qu'à Arzew, dans le même moment, on voit souffler la brise solaire du N.-N.-E.

A l'extrémrté orientale du fort, se trouve le phare, petite tour carrée peinte en blanc , dont le sommet n'est qu'à 28 mètres au-dessus de la mer. On a le projet d'y établir un feu; en attendant, le commandant de la station y fait mettre

des fanaux lorsque le soir ou a aperçu quelque navire au large.

H existait autrefois sur la côte O. une grande citerne destinée à fournir l'eau aux bâtiments; aujourd'hui on n'a plus que la ressource de la citerne du fort, qui esta peine suffisante pour la garnison. On est donc obligé de la faire à Oran , ce qui n'est pas toujours aisé. En général, les communications entre Mers-el-Kébir et Oran ne se font pas sans bien des contrariétés. D'abord, la distance à parcourir est à peu de chose près de 3 milles ; si l'on y va avec des vents d'E. ou de N. E. un peu frais, on peut trouver l'abordage pénible, et même y être retenu, la mer éîant trop grosse pour revenir avec des embarcations : si l'on part au contraire avec des vents d'O., ils fraîchissent ordinairement au milieu du jour, soufflent par fortes rafales; il est difficile d'être de retour à Mers-ei-Kébir avant ie coucher du soleil. Dans le cas où ces derniers sont plus modérés, on revient à l'aviron, en rangeant la côte de très-près jusqu'au point où l'on peut mettre à la voile et atteindre le mouillage de la bordée.

La baie de Mers-el Kébir est entourée de tous côtés par des terres élevées; celles du S., appelées monts Ramérah, sont fort remarquables ; elles forment une chaîne d'une hauteur uniforme dirigée de Ï'O. à î'E. , se terminant par l'embrasure extraordinaire dont nous avons déjà parlé, et une inclinaison très-rapide jusqu'à la mer. Celles du N., ou plutôt du N. O., beaucoup moins élevées, sont tout à fait stériles, remplies de rochers, et se terminent à la mer par des coupes verticales. Entre ces deux chaînes, il y a un^vallée profonde, étroite et tortueuse, où les vents s'engouffrent et produisent ces alternations de force et d'accalmie que Ton éprouve quand ils soufflent de l'O. Le voisinage de ces montagnes est aussi la cause des calmes et des folles brises qui régnent sur la rade pendant le beau temps, tandis que ies vents sont bien établis au large, et qui rendent souvent les appareillages difficiles, surtout pour les grands bâtiments.

Pointe Nord.

AuN. 55° O. du phare, à la distance d'un demi-mille, il y a une grosse pointe coupée à pic, qui a été appelée pointe Nord. La côte après elle tourne vers le S. O., présentant toujours à la mer une muraille de rochers pendant l'espace de plus d'un mille ; elle change ensuite tout à coup d'aspect et de direction, remonte au N. O. vers le cap Faïcon, et forme une baie très-grande et très-ouverte, bordée de sable et de falaises, connue sous le nom de baie de Las-Aguadas , où le duc de Mortemart débarqua en 1732 pour la reprise d'Oran. Derrière elle les terres ne sont plus élevées.

Cap Faïcon,

Le cap Falcon est bas, divisé en deux pointes peu éloignées l'une de l'autre, et faisant entre elles un petit creux au fond duquel il y a un peu de sable. La pointe la plus N, et la plus E. a un mamelon plus élevé que le restant des terres, ce qui, de loin, le fait ressembler à une île. Les deux pointes sont environnées de quelques roches ou îlots peu écartés.

Cap Lindlès.

A 10. du cap Falcon, il existe une autre baie, plus profonde que celle de Las-Aguadas, bordée comme elle de plages et de falaises qui augmentent insensiblement de hauteur à mesure qu'on s'approche du cap Lindlès. Celui-ci est formé par des terres hautes dont les arêtes se dirigent vers l'intériewr et \o\jt rejoindre la chaîne qui finit à Mers-el- Kébir. II est bordé de rochers qui font seulement le contour ou la ceinture du cap.

Ile Pfane.

Vis-à-vis le milieu de cette grande baie qui sépare les deux caps dont nous venons de parler, à moins de 4 milles, il y a un îlot bas qui porte le nom de île Plane. C'est un ro-

cher qui paraît plat en effet, vu de toutes les directions; mais lorsqu'on est dessus on le trouve très-inégal; il offre quatre ou cinq sommets aplatis, distincts entre eux, de hauteurs à peu près égales; sa plus grande dimension est dirigée de l'E. à l'O.; il est entouré de beaucoup d'autres rochers séparés, surtout du côté de l'O.; mais on ne connaît aucun danger dans les environs. Au milieu de tous ces débris rocailieux, on remarque deux petits ports, l'un à l'E., l'autre à l'O. S. O-, dans lesquels les bateaux peuvent se réfugier. Vers le N. E., on voit un assez grand espace d'eau circulaire presque fermé et semblable à un bassin. Cette îïe sert de refuge à une quantité considérable d'éperviers, qui y font leurs nids. MM. Belle et Bravais, qui y abordèrent en septembre 18 33, en prirent 150 jeunes dans l'espace d'une heure.

Le cap Sigale.

Du cap Lindîès au cap Fégalo, la direction générale de fa côte est à peu de chose près le S. O. ; les terres sont de moyenne hauteur, assez uniformes, presque toujours appuyées sur des roches au bord de la mer; on y remarque peu de cultures. Le cap Sigale , le point le plus saillant qui existe entre les deux , est peu élevé ; mais on le reconnaît de loin aux roches blanches inclinées qui le terminent , et qui forment deux taches remarquables, l'une grande, triangulaire; l'autre à droite de celle-ci, petite, ayant son extrémité supérieure arrondie. Il a auprès de lui quelques rochers détachés, un gros îlot, à environ un mille dansi'O. S. O., et dans le N. à un mille et demi trois roches basses, noirâtres, rapprochées et couvertes de moules. M. Bravais y a rencontré un courant de 2 m ,2 qui portait dans l'E.N.E. Ces roches répondent au milieu de l'ouverture d'une baie assez profonde qui se trouve à l'E. du cap Sigale; on reconnaît celle-ci à la plage qui la borde presque entièrement et au beau vallon de l'intérieur qui vient y aboutir.

lfes Habibas.

Au N. 63° O. de ce cap, à la distance de 6 milles, sont lèsftes Habibas, environnées d'un grand nombre de roches isolées et toutes disposées dans une direction générale du N. E. au S. O. La grande îîe esta l'extrémité S. O. : c'est aussi de ce côté que les petites roches s'avancent ie plus au large , c'est-à-dire à environ un mille. Elle est encore la plus élevée , son piton S. ayant 118 mètres. Celle du N. E. est basse et occupe en surface environ le quart de la première. Dans l'intervalle qui les sépare, il y a deux gros îlots bien escarpés qui rendent le passage très-étroit, mais navigable cependant pour les embarcations; nous y avons trouvé des courants très-forts. Les îles Habibas sont au reste d'un aspect fort triste, on n'y trouve pas d'eau; elles ne peuvent offrir d'abri sûr que pour les bâtiments légers, ou plutôt des bateaux ; le fond est presque partout mauvais, surtout pour les câbles. Néanmoins, si l'on était forcé de s'y réfugier avec des vents frais d'O., de N. O. et de N. N. O. , il faudrait mouiller à un tiers de mille au S. E. du milieu de la graude île, par 15 à 17 brasses, sur un fond de gravier, vis-à-vis une petite crique où se mettent ordinairement les barques du pays qui font le cabotage; on pourrait même s'en approcher assez pour mettre une amarre à terre.

On passe entre ces îles et la côte : nous n'y avons pas vu de danger, ni entendu dire qu'il y en eût.

A quelque distance au S. O. du cap Sigale, la côte a un léger enfoncement, au milieu duquel se trouve une presqu'île très-élevée, de forme conique, ayant de chaque côté une petite baie garnie d'une plage de sable, ce qui la fait paraître plus avancée et plus isolée. La baie du S. O. paraît la plus grande et la plus profonde ; c'est îà qu'est le port connu des Arabes sous le nom de Madagh.

Mésaïta.

En continuant vers le S. O., la côte s'élève, elle devient

escarpée et présente du coté du N. une muraille de fer inaccessible; on y remarque un mamelon, appelé Mésaïta, situé « tout auprès de la merde manière à être vu de presque toutes les. directions; sa hauteur de 386 mètres surpasse celle des points environnants. Au Sud de sa position, à un peu plus d'un mille dans l'intérieur, il y a un autre mamelon tout à fait semblable qui ne s'aperçoit que lorsqu'on est un peu au large.

Les terres s'abaissent graduellement à l'O. de Mésaïta, mais elles sont toujours défendues vers ïa mer par des roches abruptes. Avant d'arriver au cap Fégaïo, on trouve deux petites baies ayant chacune une plage , qui paraissent assez bonnes pour de petits bâtimens. Dans cet endroit les terres voisines de la mer sont basses et paraissent correspondre à un vallon qui se prolonge dans l'intérieur.

Cap Fégalo.

Le cap Fégalo est un des caps les plus avancés de la côte , il est très-escarpé, presque taillé à pic; son sommet paraît arrondi de quelque côté qu'on le regarde. H est séparé des terres de l'intérieur par une échancrure qui contribue à lui donner une forme facile à reconnaître. Cependant comme celles-ci sont plus élevées que lui , il en résulte que lorsqu'on ïe voit de face , c'est-à-dire au S. E., il ne se détache plus, et l'on a de la peine à ïe distinguer. Quand on le range de près, on remarque à son pied des couches basaltiques ou trachitiques qui affectent toutes sortes de direction. A l'O. de ce cap , à moins d'un demi-mille, il y a un petit îlot ou plutôt un rocher noir à peine élevé audessus de l'eau, composé de plusieurs assises arrangées en tuyaux comme les basaltes ; nous n'avons vu aucun dange rapparent dans les environs. Lorsqu'on le double , on s'apreçoit que la côte tourne à angle droit vers le S. ; elle forme d'abord une petite rentrée après laquelle on trouve cinq petites îles si voisines de ïa côte qu'on ne peut les distinguer que lors qu'on en est très-près. On nous a dit qu'un bâtiment de guerre

anglais ayant des avaries à réparer ; était venu mouiller 691 cet endroit pour se mettre à l'abri des vents d'E.

Les terres qui appartiennent à ce cap et aux environs sont • d'un aspect fort triste, surtout celles qui forment les falaises de l'O. jusqu'au Rio-Salato. Elfes vont en diminuant progressivement, et présentent de distance en distance des éboulements et des coupures de couleurs diverses, qui annoncent la plus grande stérilité. Au-dessus de ces falaises on voit quelque peu de végétation vers l'intérieur , mais il n'y a aucune culture.

Depuis îe cap Fégalo jusqu'au cap del Agua , auprès des des Zafarines, il nous a été difficile de nous procurer autant de détails que dans nos explorations précédentes , parce que nous n'avons pu trouver un bateau à louer Aussi remarquera-t-on sur les cartes que, dans cette partie des côtes, il y a moins de sondes. Nous avons cependant profité quelquefois des reconnaissances faites dans des embarcations par M. Garnier, qui a toujours mis le plus grand empressement à nous communiquer les documents intéressants qu'il a recueillis.

Le Rio-Salato est à peu près à égale distance du cap Fégaïo et du mamelon Oussa ; il est barré à son embouchure comme presque toutes îes rivières de la côte de Barbarie. Cette embouchure est à l'extrémité N. E. d'une petite baie dont la pointe S. O. s'avance beaucoup plus que l'autre. On peut mouiller devant ; à la distance d'un mille, M. Garnier a trouvé 1 5 et 1 8 brasses fond de sable fin , et à 2 encablures 7 brasses et demie. Mais il ne faudrait pas y rester avec des vents d'O.ou de N. O., à cause de la difficulté qu'on aurait a doubler îe cap Fégalo. Sur la partie N. E., il y a un petit groupe d'habitations parmi lesquelles deux sont construites en pierre. A partir de ce point, les falaises de la côte paraissent s'abaisser en allant vers le S. ; il y a derrière elles de vastes plaines à travers lesquelles on voit au Ion, comme autant d'îles,

1 Voyez te chapitre I e * , mode d'opération, p'agé {j.

GpMmè m, .1'.

plxisïeurs sommets de montagnes en forme Je pains de sucre. Ensuite elles tournent à l'O., presque à angle droit, pour aller rejoindre le cap Oussa , embrassant ainsi une espèce de baie au fond de laquelle nous avons cru reconnaître les embouchures de deux rivières.

Le cap Oussa tient à une montagne isolée , voisine de ïa mer, et qu'on distingue à de grandes distances. Cependant quandon la voit du large dans la direction du S. E., elle est moins saillante, parce qu'elle se projette sur les terres éloignées de l'intérieur, et qu'elle est dominée par elles.

Ile Arcschqoul ou Harchgoun.

A fO. du cap Oussa; à la distance de 7 milles, se trouve l'île Areschqoul ou Harchgoun, située au N. d'une petite anse bordée d'une plage de sable, où se jette la Tafna, rivière de Tlemecen. Cette île est plus haute à sa partie N. qu'à son extrémité S. ; sa plus grande longueur est d'environ un demimille dans le sens du méridien. Son élévation au-dessus du niveau de la mer est d'environ 60 mètres. On mouille à 1 E.. ou à l'O., selon le vent, par 15 ou 20 brasses , sur un assez bon fond , mais de manière à appareiller facilement à la première saute du vent. Les petits bâtiments pourraient peut-être se mettre à l'abri des vents du N. en s'amarrant très-près à îa partie S. où vont ordinairement les barques du pays. L'intervalle qui la sépare du continent est d'un peu plus d'un mille *; il n'y a pas de danger apparent , on y passe en rangeant de plus près l'île que la cote. L'extrémité O. de l'anse où se jette le Tafna est terminée par une grosse pointe entourée d'un grand nombre de rochers noirs dont le plus gros est aussi le plus éloigné vers le large. On le remarque à cause de la manière dont il a été rongé par la mer. L'extrémité E. est formée par une langue de terre étroite sur laquelle on voit une tour

1 1 ,90O,metres d'après les mesures faites par les officiers du génie; 2,100 'nôtres, sur un plan lithographie et publié en mai !S3<>

carrée. Entre ces deux points, ïe fond est très-inégal: il y a des bancs de sable et de pierre où la mer brise souvent.

Au commencement de l'année 1836, on a mis une garnison sur cette île , et fait un établissement militaire sur la rive droite et à l'embouchure de la Tafna. Depuis fors nos bâtiments ont visité fréquemment ces parages; voici les renseignements qui nous ont été communiqués par M. Régnier, capitaine du bateau à vapeur le Brasier :

« On peut mouiller selon lèvent au S. , au S. E. et au S. O. de l'île, à la distance d'une encablure et demie ; on y est par 1 5 et 1 8 brasses, fond de vase mêlée de sable et d'une assez bonne tenue ; cependant il est possible qu'on rencontre des roches au-dessous. Les bâtiments à voile doivent éviter de se mettre au S. à moins d'un très-beau temps. En général, on ne doit rester à ce mouillage qu'en été , et encore alors ne faut-il pas le regarder comme sûr, si les vents d'O. etde N. O. viennent à souffler bon frais. Dans toutes les saisons , ces vents-ïà y rendent les communications dangereuses.

« L'île est très-accore au S. E. et au S. O. ; dans cette dernière partie il y a un petit bassin naturel pour les bateaux , un débarcadère très-praticable avec les vents du N. à TE. , auquel il faut renoncer cependant dès que les vents passent au N. O. et à l'O. On peut alors se réfugier à la partie S. E. ; mais on n'y est pas bien abrité , et les communications sont assez difficiles, le terrain étant très-abrupte.

« Les vents deN. E. , dans la belle saison , soufflent assez régulièrement durant la journée ; auxmois de juillet etd'août, ces brises du large n'arrivent que fort tard auprès de l'île, quoique la houle s'y fasse sentir longtemps d'avance. A cette époque on a souvent des calmes pendant la nuit , et l'on remarque qu'un peu avant le jour il y a des brises de terre du S. E. au S. O., du côté de la rivière, qui durent jusqu'à huit heures du matin.

« A 10. de la pointe de la tour carrée, où est aujourd'hui le fort Râpa tel, on trouve une petite baie assez abritée des vents

et de la mer du N. E. pour y faire avec facilité des débarquements de troupes et de matériei, qui, avec les vents de N. O. , deviennent impossibles. Au N. et à Ï'E. de la tour, il existe une seconde baie où l'on peut aborder lorsque ces derniers soufflent , mais ce n'est pas encore sans quelques difficultés. »

Entre î'île Areschqoul et le cap Oussa , ïa côte est haute et escarpée; elle paraît à pic presque partout et se creuse un peu vers le milieu. A peu de distance de la tour, à environ un mille vers i'E., on remarque un rocher pyramidal très-aigu, à peine éloigné d'une encablure de ïa côte. A son pied, du même côté , il y a une petite crique avec une plage où les embarcations peuvent aborder ; mais on débarque plus facilement à l'O., entre les escarpements de la pointe sur laquelle elfe est bâtie et l'embouchure de la Tafna.

En partant de l'île et se dirigeant vers l'O., en suivant ïa côte de près jusqu'au cap Noé, on voit qu'elle a une direction assez uniforme, avec quelques dentelures, mais sans enfoncements remarquables; qu'elle présente presque partout des murailles rocheuses, et que ïes terres s'élèvent de plus en plus. On voit aussi deux gros rochers ou îlots peu éloignés de ïa côte, et auprès desquels ïes barques du pays trouvent des abris, surtout auprès du second qui est un peu allongé, et qui a quelques roches dans ses environs. Le premier se présente dans la plupart des positions sous la forme d'un cube. A 4 milles avant d'arriver au cap Noé, et h peu de distance du second îlot , on aperçoit une autre tour sur un mamelon voisin de la mer.

Cap Noé. — Monl Noe.

Le cap Noé, quoique formé par des terres hautes et coupées à pic du côté de ïa mer, ne se distinguerait pas facilement, s'il n'avait auprès de lui ïa montagne de Noé, élevée de 930 mètres, si remarquable par son sommet tronqué et aplati A l E. de ce cap, iï y a une petite anse avec une pïage où ïes bateaux du pays peuvent se réfugier et se tirer à terre; on voit

tout près du bord de ïa mer les ruines d'une ville qui occupait un grand espace ; des murailles et des fortifications sont encore debout, mais il n'y a plus d'habitants; il existe cependant quelques champs cultives sur les hauteurs des environs. A 10., la côte est encore escarpée : elle forme un léger enfoncement et se relève ensuite pour former le capHone.

Mont Suffieh.

Lorsqu'on vient de l'E., et qu'après avoir doublé les îles Habibas et le cap Fégalo, on commence à apercevoir le mont Noé, on voit à sa gauche une autre montagne aussi élevée et presque semblable, quant à la forme carrée de son sommet ; c'est le mont Suffieh, qui, dans les autres directions, se présente avec des contours arrondis. On remarque aussi que les terres sont de moyenne hauteur ou basses, à partir de Mersel-Kébir jusqu'au cap Oussa, et qu'après celui-ci, en allant vers l'O., elles s'élèvent dans le voisinage de la côte.

Le cap Hone.

Le cap Hone est difficile à reconnaître de loin; il est formé par des terres plus basses que celles des environs vers l'intérieur; cependant, comme elles s'avancent beaucoup vers la mer et qu'elles se terminent par des falaises jaunâtres, on peut les distinguer à quelque distance. Lorsqu'on y arrive en venant de l'O., et que cette partie de la côte est bien éclairée par le soleil, on aperçoit de bonne heure une maison carrée qui ressemble à une forteresse. Elle est bâtie à 2 milles \ au S. O. du cap, sur une petite presqu'île formée par un rocher assez élevé et taillé à pic du côté du large. II y a tout auprès de celle-ci un village, et plus loin, vers l'intérieur, à quelques milles , un amas considérable de maisons ou de ruines. C'est dans cet endroit que quelques Maures placent encore, comme au temps de Shaw, les limites de la régence et de l'empire de Maroc; on sait néanmoins que ces lignes de démarcation ont souvent changé.

On peut mouiller à l'O, de ce rocher, devant une pelite

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anse, qui, de loin, ressemble à un port profond; mais ce ne peulêtreque provisoirement etaveedes ventsde la partie de l'E.

Le cap Milonia.

Du cap Hone au cap Milonia, il y a 17 milies d'une cote assez remarquable; elle se creuse peu, mais presque uniformément; les terres sont très-inégales, coupées par des montagnes, et se terminent à la mer par des falaises abruptes et presque toutes de couleur rouge. Le cap Milonia a des environs bas à 10. comme à TE., ce qui le fait paraître isolé dans certaines positions, ou du moins détaché du côté de l'intérieur. On voit quelques cultures sur les versants des collines qui existent entre ces deux caps; mais elles sont plus nombreuses auprès du premier. Il y a au pied du .second quelques roches ou îlots. Au S., vers l'intérieur, à Ta distance de 15 milles, il existe une montagne à deux sommets, séparés par une échancrure arrondie, qui se voient de fort loin; celui de gauche, le plus élevé, a 1,390 mètres.

En quittant le cap Miïonia et se dirigeant vers l'O., on > oit auprès de la mer des terres basses très-boisées, tandis que, ,lts l'intérieur, à une grande distance, elles sont au contraire fort hautes; la côte forme d'abord un enfoncement, puis se relève en se dirigeant vers le cap Del-Agua, sans former de bien grandes sinuosités. La mer dans cet endroit change de couleur, ce qu'il faut attribuer à son peu de profondeur, et plus encore à la présence des eaux limoneuses des deux rivières qui viennent s'y décharger. L'une d'elles est fort grande et porte le nom de Molourja ; il est probable que c'est la plus occidentale; mais nous n'avons pas pu nous en assurer. Ce nom a été d'abord mal placé sur la carte générale; il a été ensuite mis plus à l'O.

Cette rivière est signalée dans les vieilles cartes espagnoles comme faede à approcher pour y faire de l'eau ; mais on recommande de se tenir en garde contre les attaques des habitants de cette côte qui sont très-méchants

Le cap Del-Agua.

Le cap Del-Agua est à l'extrémité d'une terre basse tressaillante vers le N., et dont le dessus paraît uni quand on l'aperçoit de loin. Lorsqu'on vient de ï'E. ou de i'O. on remarque qu'il a un petit mamelon, et qu'il est taillé à pic ; vu de face il est difficile à reconnaître ; mais on parvient à le distinguer si l'on fait attention qu'à gauche ou à ï'E. il y a une plage d'une grande étendue, tandis qu'à I'O. c'est une suite de falaises rocailleuses présentant presque partout une coupe perpendiculaire. Les bateaux de la côte , particulièrement connus sous le nom de bateaux de Riffa ou de Riff, viennent quelquefois se mettre à l'abri de cette pointe quand il vente frais de i'O. ou du N. O. On doit se tenir en garde contre eux, car ils sont presque toujours montés par des hommes entreprenants ; ils ont souvent attaqué les bâtiments que les calmes et les courants avaient conduits dans ces parages.

A I'O. S. O. du cap Del-Agua, aune distance de 10 milles, se trouve une montagne que nous avons appelée Peuch , fort remarquable parla forme de son sommet, qui peut servir de point de reconnaissance. Elle a 7 9 8 mètres de hauteur. Nous éviterons les descriptions en renvoyant aux vues qui la représentent.

lies Zafarines.

Les îles Zafarines, au nombre de trois, sont situées au N. du cap Del-Agua, à un mille et deux tiers de distance; elles sont petites et très-voisines l'une de l'autre. La plus à I'O., qui a 135 mètres de hauteur, est la plus élevée. Elle est séparée de celle du milieu par un canal d'un tiers de mille, à travers lequel on peut passer, mais en rangeant de plus près l'île du milieu; car au N. 5° E. de sa pointe N. il y a un haut-fond de roches où l'on ne trouve que 1 2 pieds d'eau , et qui n'en est éloigné que d'une encablure et demie. Tout le reste des enviions est sain.

L'île du milieu a 41 mètres de hauteur; sa forme est presque ronde ; le petit canal qui la sépare de l'île la plus E. est profond et sans aucun danger. Celle-ci n'a pas un demimille dans sa pius grande dimension; elle est très-découpée, fort étroite en certains endroits. Elle a plusieurs sommets qui, de loin, ressemblent à autant d'îlots, et dont le plus élevé peut avoir 40 mètres.

Ces îles offrent un mouillage assez sûr; il faut se placer au S. de celle du milieu, à une encablure, par 6 ou 7 brasses, ayant une amarre à terre et une ancre au large vers le S. E. : le fond y est très-bon. On ne trouve de l'eau sur aucune d'elles; cependant quelques cartes espagnoles marquent une aiguade à la partie S. de la plus grande, dans un endroit où d'énormes rochers viennent aboutir à ïa mer. Leur sol granitique est recouvert d'une petite couche de terre végétale où î'on voit quelques plantes rabougries. On a essayé de les cultiver ; nous y avons vu le chaume d'un blé qui n'était pas très- ancien. L'île du milieu était couverte d'un nombre prodigieux de petits escargots blancs qui avaient dévoré toutes les plantes vivantes. Sur la plus grande il y a beaucoup de figuiers de Barbarie. Les environs abondent en poissons et en coquillages. Les rochers qui sont exposés au N. sont couverts de moules d'une très-grosse espèce.

Le canal qui les sépare de la terre ferme est presque de 2 milles; on peut y louvoyer sans crainte.

Notre séjour dans ces parages a été signalé par des calmes constants avec un ciel vaporeux et de fortes chaleurs, qui ont eu une grande influence sur la santé de l'équipage, car tout le monde à bord a été plus ou moins atteint de maux de gorge , de coliques et de migraines. Quelques auteurs anciens disent que les vents pénètrent rarement dans le fond du golfe où ces iles sont placées, et que les bâtiments marchands ont toujours craint d'y être entraînés par les courants, étant alors exposés aux attaques des embarcations de Rifïà,

Nous voyons aussi sur les vieux plans des îles Zalarines faits par les Espagnols, que ies courants portent ordinairement à l'E. et qu'il faut atterrir plus à i'O. qu elles ne sont.

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