‹ Description nautique des côtes de l'Algérie (volume 2)Chapitre 27 sur 35 · C. Serrai S. (fafO. à Ji nulle · texte numérisé non relu

C. Serrai S. (fafO. à Ji nulle

couler et contribue beaucoup ainsi à l'insalubrité du climat. La Boujimah, petite rivière dont ie cours est très-lent, vient aussi verser une partie de ses eaux dans cette plaine; elle se jette à la mer à un demi-mille de Bone. Un peu plus au S., à un tiers de mille, est l'embouchure de la Seybouse, rivière plus considérable et plus profonde, dans laquelle les grosses embarcations et les caboteurs du pays, les sandales, peuvent entrer et naviguer jusqu'à une assez grande distance de la mer.

Entre ces deux rivières on remarque un mamelon isolé qui naguère était couvert d'une végétation superbe, et où l'on a maintenant établi un camp; c'est là qu'était autrefois la ville d'Hippone 1 . II y a encore quelques ruines.

La côte , à partir de la Seybouse , se courbe peu à peu vers le S. E., puis vers TE., et enfin remonte à l'E. N. E. pour aller rejoindre le cap Rosa, à la distance de 13 milles. Dans la première moitié de cette étendue elle est formée par des plages et des dunes au S. desquelles sont des plaines immenses, aujourd'hui non cultivées, mais où l'on récolte cependant une grande quantité de très-beaux fourrages. On voit dans la partie E. de cette suite de plages, l'embouchure d'une belle rivière, la Mafragg 2 , qui a environ une encablure de largeur, et dans laquelle les bateaux corailleurs vont souvent se réfugier.

A l'E. de cette rivière les terres s'élèvent peu à peu , lés plages continuent encore jusqu'à 3 milles, ensuite viennent des falaises rocailleuses, et la côte en général s'élève progressivement jusqu'au cap Rosa. Dans le milieu de cet intervalle on trouve une petite crique embarrassée de quelques roches où les corailleurs trouvent cependant un abri. Elle est connue sous le nom de Cale traverse. A î'O. du cap Rosa on en trouve deux autres qui sont encore des points très-fréquentes

1 Hippo-Regius. Ubbo (sinus, stagnum) des Carthaginois. ( Shaw. ) s Le Muthul de Salluste , d'après les savantes recherches de M. Dureau de Lamallc.

par les pécheurs. Les environs étant tout à fait incultes et inhabités, ils y font de l'eau et du bois avec un peu plus de sûreté, L'une d'elles, la plus O., appelée l'anse du Prisonnier, bordée d'une plage de galets, a, dans sa partie S., sur un rocher escarpé, les restes d'un magasin qui dépendait autrefois du bastion de France.

Cap Rosa.

Le cap Rosa est formé par des terres peu élevées- le mamelon de l'intérieur qui en fait la principale masse a 330 mètres de hauteur, le cap lui-même, composé de roches coupées à pic, n'a que 90 mètres. On n'y remarque aucune culture; il n'y a que des broussailles. C'est au N. N. O. et à la distance de 4 à 5 milles de ce cap que les coraiiïeurs étaient rassemblés pour la pêche pendant l'année 18 33. Ils changent tous les ans de place, sans s'éloigner beaucoup de ces parages. On trouve partout dans les environs un fond de gros sable, gravier, coquilles brisées et madrépores. C'est le point de la côte d'Afrique où l'on pèche le plus beau corail, et c'est aussi l'endroit où il est le plus abondant. La profondeur ordinaire de laquelle on le retire est entre 40 et 50 brasses. Quelques bateaux isolés vont pêcher dans le golfe de Stora , d'autres à la partie N. O. du cap Bougaroni, enfin un groupe assez nom breux se réunit pour aller explorer le golfe d'Oran.

La portion de côte que nous venons de décrire, depuis le cap de Garde jusqu'au cap Rosa, forme ce qui est connu depuis longtemps sous le nom de golfe de Bone. Lorsqu'on y arrive en venant du large, il paraît beaucoup plus grand qu'il n'est réellement. Les terres du cap de Garde, qui vont en grandissant à mesure qu'elles s'éloignent vers l'intérieur, paraissent de loin comme une masse isolée ; et lorsqu'on commence à apercevoir le cap Rosa , on ne voit entre lui et Bone que quelques sommets de montagnes très-éloignées aux pieds desquelles on croit tout d'abord que la mer vient aboutir, car toutes les terres basses qui remplissent cet espace sont noyées.

Parmi ces sommets on peut en remarquer deux, situés au S. de ïa Mafragg, donties formes changent peu, et qu'il est facile de reconnaître de presque tous les points où on les voit.

Les Caniers.

A l'E. du cap Rosa il y a deux petites anses bordées de plages de galets , qui ont été appelées Caniers à cause des roseaux qui croissent dans les environs. Les vents de N. E. y élèvent tout à coup une mer très-grosse. Lorsque le bastion de France et la Cale existaient , ïes bâtiments de commerce venaient quelquefois y chercher un abri pour attendre un vent favorable. La côte semble ici formée alternativement de falaises taillées à pic et de plages. A 4 railles du cap Rosa, dans l'endroit où elle paraît se creuser le plus, on remarque une coupée dans le terrain, semblable à l'entrée d'une rivière, C'est par là que la mer communique à un étang très-poissonneux dans lequel le corailleurs entraient souvent autrefois, et qui était connu parmi eux sous le nom d'étang du Bastion.

Le Bastion.

La côte remonte ensuite vers l'E. N. E., ayant encore des falaises et de petites plages, mais avec des terrains plus accidentés et qui s'élèvent davantage. C'est à un peu moins de 2 milles de l'embouchure de ce lac que se trouvent, sur un escarpement rougeàtre, les ruines d'une tour qui appartenait à l'ancien bastion de France, un des premiers établissements des Français en Afrique, et qui a précédé la domination des Turcs. Il fut abandonné pour former celui de la Cale. Aujourd'hui on y voit un petit village.

Cap Gros.

A un mille du bastion il y a une pointe formée par un terrain de moyenne hauteur et difficile à distinguer à moins qu'on n'en soit très-près. La côte, après elle, tourne à l'E. en se courbant un peu et vient former le cap Gros dont les contours sont

arrondis, mais qu'on peut reconnaître de loin aux terres élevées dont il est formé. On voit, en effet, sur celles-ci, dans ïa partie orientale, une saillie assez remarquable, qui a été appelée Bec de l'Aigle, et qu'on distingue très-bien quand on vient de l'O.

La Cale.

La Caïe française , ancien établissement de la compagnie d'Afrique , est à 2 milles du cap Gros. II y a une calanque de 200 toises de profondeur, abritée du N. et du N. E. par une presqu'île sur laquelle étaient bâtis tous les magasins. Les bateaux coraiileurs et les petits caboteurs peuvent s'y mettre à l'abri ; mais pendant les vents frais de N. O., ils doivent se tirer à terre, car ces vents y donnent en plein et la mer y est trèsgrosse. On trouve 20 pieds d'eau à l'entrée, 10 et 11 au milieu, sur un fond de sable. A la partie O. de l'ouverture, sur un mamelon de moyenne hauteur, est un moulin fortifié qui servait autrefois de reconnaissance pour l'attérage; on l'aperçoit de loin, quoiqu'il soit projeté sur des terres plus hautes. Cet établissement a été incendié en 1827, lors de la déclaration de la guerre entre Alger et la France ; les murailles qui sont encore debout se voient à une assez grande distance.

Monte-Rotondo.

A l'E. de la Cale la côîe continue à être formée par des falaises parfois rocailleuses. On découvre de ce côté, à 4 milles de distance, une montagne conique au sommet un peu arrondi, que son isolement rend plus remarquable et plus facile à distinguer du large. C'est le Monte-Rotondo qui n'est pas cependant bien élevé. Une petite rivière qui coule à son pied du côté de l'O. et vient se jeter à la mer tout près de lui, a longtemps servi de limite aux deux régences de Tunis et d'Alger. Elle vient d'un lac intérieur appelé étang de Toneguc sur nos vieilles cartes, où l'on en voit encore un second , qui porte le nom de Ragoube , à une petite distance au S. S. O. de l'ancien établissement français.

Cap Roux.

A 4 milles et demi du Monte-Rotondo est le cap Roux, formé de rochers de couleur rousse. II est escarpé de tous les côtés. On y voit une grande rigole partant du sommet et descendant jusqu'à la mer, par laquelle on faisait descendre autrefois le blé qui avait été acheté aux Arabes et qui arrivait ainsi directement dans les bateaux. La compagnie d'Afrique y avait un magasin dont on voit encore les restes sur un roc qui paraît inaccessible. Ce cap est facile à reconnaître de loin, et alors il peut servir à éviter le danger des Sorelle qui se trouve juste sur le même méridien à 27 ï/3 milles de distance.

Du cap Rosa au cap Roux les terres qui avoisinent la mer ont une moyenne hauteur; elles sont presque partout recouvertes de broussailles épaisses , ce qui leur donne une couleur sombre. On n'y remarque presque aucun défrichement. Celles qui sont plus loin vers l'intérieur paraissent fort élevées.

Ile fie Tabarque.

Après le cap Roux la côte devient haute et très-escarpée; elle est presque entièrement composée de roches dont quelques débris sont tombés à la mer. On voit cependant des endroits cultivés dans les vallons. Le cap de Tabarque est de même nature et d'un aspect aussi triste ; à son pied même il y a une ligne de roches peu élevées au-dessus de l'eau et qui s'avancent jusqu'à une encablure et demie au large. La côte en ce point se courbe vers le S. E. de manière à former une baie beaucoup plus large que profonde, à l'ouverture de laquelle on remarque tout d'abord Kîle de Tabarque , rocher stérile couronné de fortifications en assez bon état, quant à l'extérieur, peu accessible du côté du N. et couvert, dans les autres parties, de mines d'anciennes murailles ou d'anciens travaux de défense. Cette île a appartenu pendant plusieurs siècles à la maison des Lomellinide Gênes, qui y entretenait unecolo-

nie 1 . En 1738 elle fut livrée par trahison au bey de Tunis.

Elle forme avec la côte deux baies, l'une à TE., l'autre à i'O. Celle-ci, qui est la mieux abritée, ne peut être fréquentée que par les petits bâtiments et les caboteurs. Une ligne de roches élevées de quelques pieds au-dessus de l'eau et qui se prolonge à l'O. vers la terre ferme, les met, d'après certains marins, à l'abri de tous les temps. Cependant il paraît, d'après d'autres, qu'en hiver les grands vents de N. soulèvent quelquefois une mer très-grosse qui passe par-dessus cette digue naturelle et occasionne dans ce petit port un ressac véritablement dangereux.

La baie de l'E. offre un mouillage où les bâtiments de toute grandeur peuvent venir pendant la belle saison pour se mettre à l'abri des vents d'O. ou de N. O.; on mouille par 7, 8 et 9 brasses; on trouve presque partout un fond de sable dur dans lequel la lance ne pénètre que de 6 pouces; on rencontre quelques mattes en s approchant de l'île, mais cette partie est environnée d'un grand nombre de roches détachées qui semblent avoir été jetées là par la main des hommes. A l'extrémité de la pointe qui s'avance le plus à i'E., on dirait qu'il a existé autrefois un môle dont les grosses pierres auraient été dispersées par la mer; plusieurs de celles-ci sont encore assez près de la surface pour que les vagues y brisent au moindre vent ; les plus éloignées de l'île sont à deux encablures et se trouvent sur l'alignement de la guérite du S. et du fort bâti sur le continent. En dedans de cette ancienne jetée on trouve 14 et 15 pieds d'eau ; si on la rétablissait, on formerait un port assez commode pour les bâtiments de commerce; c'est la que mouillaient, il n'y a pas longtemps encore, ceux qui venaient y prendre des chargements de blé; ils avaient soin de mettre une amarre à terre.

Lorsque les vents sont au N. O., bon frais, on éprouve à ce

1 Cet établissement était assez considérable, puisqu'on y comptait 1,500 personnes, y compris 80 soldats de ta garnison et tes équipages des bateaux corailleurs.

mouillage une houle assez forte, mais qui n'est pas à craindre pendant la belle saison.

La partie S. de Tabarque se termine en pointe et se réunit à la côte ferme par un banc de sable dont une petite partie seulement est submergée, et qui était moins élevé autrefois, puisqu'on dit que les gaïères y naviguaient librement, tandis qu'aujourd'hui ii n'y a que des embarcations légères qui puissent passer au milieu ; on assure aussi que ce banc s'est formé sur une digue construite par les troupes du bey de Tunis pour s'emparer de l'île.

Vis-à-vis la baie dans laquelle se trouve l'île de Tabarque, correspond sur le continent une grande vallée où coule une rivière; à partir de là jusqu'au cap Nègre, les terres qui sont au voisinage de la mer sont basses et formées en grande partie par des dunes on des terrains sablonneux assez remarquables par leurs taches jaunes; on voit au loin, dans l'intérieur, les sommets de quelques montagnes. La rivière dont nous venons de parler se jette à la mer au S. de l'île ; c'est elle qui probablement contribue le plus à faire élever le banc de sable qui peut-être un jour la joindra au continent. A quelque distance de la rive gauche, sur un terrain de moyenne liafiteur, on voit un fort bâti par les Tunisiens , et quelques habitations dans les environs.

Cap Nègre.

A l'E. de la rivière on trouve des plages, puis quelques falaises autour d'un terrain un peu plus haut; les plages reprennent ensuite sur une très-grande étendue. Quelques milles avant d'arriver au cap Nègre les falaises reparaissent, la côte s'élève de plus en plus, elle devient rocailleuse à mesure que les montagnes se rapprochent de la mer; enfin au cap Nègre une chaîne de 490 mètres d'élévation court parallèlement au rivage pendant plus de 6 milles, et d'une manière si uniforme, que de loin il est difficile de reconnaître ce cap; il correspond à peu près au point le plus élevé; il paraît

ordinairement d'une couleur sombre; ses pentes, du coté de la mer, sont rapides et assez accidentées, mais on ne voit cela que de près; sa partie la plus occidentale s'avance en pointe aiguë garnie de quelques roches, et forme une petite anse, peu fermée, où l'on peut trouver en été un abri provisoire contre les vents d'E. et de N. E. La compagnie d'Afrique a eu un établissement dans cet endroit, dès 1604, pour le commerce des grains, des laines, des cuirs, de la cire, etc. Les bâtiments n'y restaient pas plus de trois jours en chargement, et malgré cette précaution il y avait de fréquents naufrages; on y mouille par 6 et 10 brasses, sur vin très-mauvais fond, où les ancres ne tiennent pas; auprès de la côte il y a un grand nombre de petites roches; c'est à la partie N. E. qu'était l'établissement, qui consistait en un petit village entouré de murailles avec un château fort à côté, sur un mamelon, pour le protéger.

Cap Serrât.

Après les hauteurs du cap Nègre, les terres s'abaissent insensiblement et semblent présenter une grande vallée entre elles et le cap Serrât. La côte rentre un peu dans cette partie; au cap Serrât elle est formée par des falaises de roches , mais elle est saine partout; ce cap se reconnaît à deux mamelons arrondis, plus élevés que le reste de la côte et qui^ de loin, paraissent comme deux îles; lorsqu'on l'a doublé, on trouve à l'E. une baie où les petits bâtiments peuvent trouver un abri.

Ile de la Galite.

L'île de la Galite est située à 25 milles au N. du cap Nègre; sa plus grande dimension est d'un peu moins de 3 milles; elle est formée par des terres assez hautes dont les sommets sont bien distincts et très-faciles à reconnaître de loin. Celui de l'E., qui est appelé communément le pic de la Galite, a 377 mètres de hauteur ; sa forme est celle d'un pain de sucre;

de près il se présente avec un aspect sauvage, étant presqu'entièrement composé de grands rochers nus et très-escarpés. Le sommet le plus élevé, qui a 476 mètres, se trouve presque au milieu delà longueur de ï'île; sa forme est plus évasée et un peu arrondie; entre les deux il existe un affaissement qui est cause que deloin le pic paraît comme une île. Vers le S. O., à la distance d'un milfe et demi y il y a deux îlots ou grands rochers qui sont d'un accès très-difficile; le plus grand est désigné sur plusieurs cartes sous le nom de Galiton de l'ouest ou du Ponant, ou simplement Galiton; l'autre, qui est remarquable par sa forme conique très-élancée, est connu sous le nom d' 'Aiguille ou Aiguille du Galiton; à toucher celui-ci, dans sa partie S. O., il y a un troisième rocher beaucoup plus bas et qu'on n'aperçoit que lorsqu'on passe très-près. Il existe trois autres îlots dans la partie N. E. de la Galite, appelés les Canis ; ïe plus gros d'entre eux, qui est aussi le plus en dehors, à un mille de l'île principale, porte le nom de Galiton de l'Est ou du Levant ; il a un petit rocher peu élevé à sa pointe N. O.

On peut passer auprès de l'île et de ses rochers sans craindre d'autre danger que les rafales , les accalmies ou les courants.

On trouve un assez bon mouillage à la côte S. de la Galite dans une petite baie très-ouverte, située à 10. du pic; les seuls vents qu'on ait à y redouter sont ceux du S. O. au S. et au S. E. qui sont extrêmement rares en été et peu communs en hiver. Pendant toute la belle saison on peut donc y mouiller avec confiance; mais depuis la fin du mois de septembre jusqu'au commencement de mai, on ne doit y aller que pour s'y mettre, en cas d'avaries, à l'abri des vents de 10. au N., auN. E. et à l'E. N. E. Cependant, en février 1832, la Béarnaise, capitaine Fréart, s'y réfugia par un coup de vent de N. qui passa au N. O. et au S. O.; ce bâtiment n'y fut pas tourmenté par la mer, comme on aurait pu le croire; mais il y éprouva des rafales extrêmement violentes, et l'on remarqua que celles-ci, étant repoussées par les terres, venaient à l'encontre des vagues et les empêchaient de se former et de

briser auprès du rivage, tandis que, à un mille plus au large, on les voyait dans toute leur force et leur majesté.

II faut jeter l'ancre vis-à-vis le milieu de la grande plage de gaïets qui existe au fond de cette baie, par 10, 12 ou 14 brasses sur un fond de sable et mattes, à une ou deux encablures du fond de la baie. II arrive presque toujours qu'on estime mal cette distance , à cause des hautes terres qui vous environnent, et qu'on s'en trouve fort éloigné quand on croit en être très-près. Lorsqu'on arrive à ce mouillage avec des vents de N. E. ou de N. O., H faut se tenir en garde contre les rafales qui descendent des gorges des montagnes dans toutes les directions; c'est surtout avec ces derniers que leur arrivée est subite et que leurs changements sont brusques.

Aiguade.

On y trouve en toute saison suffisamment d'eau douce pour un bâtiment. L'aiguade est située sous un rocher, dans une espèce de grotte basse, peu profonde, vis-à-vis le débarcadère à l'E. de la grande plage de galets que nous venons de signaler. A droite de la grotte, à une petite distance, on voit un petit filet d'eau qui provient d'une source située dans un ravin plus élevé. II existe encore trois autres sources sur la côte N.; nous n'avons vu que celle de la pointe N. O.

La chasse et la pêche y procurent abondance de gibier et de poisson; on y trouve quantité de lapins et de chèvres; pour la pêche il est préférable d'employer le trémail à cause du peu d'embarras qu'il occasionne.

Le soi de la Galite pourrait être cultivé, quoique la couche de terre végétale ne soit pas bien épaisse; ce qui contribue beaucoup à lui donner cet air triste et désolé , ce sont les ravages continuels qu'y font les lapins et les chèvres : toutes les plantes naissantes sont détruites.

Il y a eu des établissements sur cette île ; on y rencontre

des débris d'anciennes constructions, des tas de pierres qui forment encore des enceintes. Nous avons vu au sommet du pic un pan de muraille, probablement ie reste d'une tour de garde; son ciment, d'une dureté extrême, nous a paru composé de petits morceaux de briques.

Cette île a été souvent le refuge des pirates , des corsaires et des contrebandiers. Pendant les guerres de l'empire, les croiseurs anglais y avaient des vigies; aujourd'hui c'est le rendez-vous et le dépôt des contrebandiers italiens qui apportent des munitions et des armes aux Arabes; les bateaux corailleurs, qui font presque tous ce métier, y relâchaient souvent avant que nos bâtiments de guerre vinssent ïa visiter.

Sorelle ou banc de la Galite.

Au S. 65° 30' O. du pic de la Galite, àia distance de 1 7,5 milles ou à 1 4 milles de l'Aiguille , il y a un danger sur lequel on ne trouve que 5 pieds d'eau; c'est un banc de roches d'une petite étendue, d'une encablure dans sa plus grande dimension. Lorsqu'on est sur le point le plus élevé, la pointe de l'Aiguille correspond au pied du pic de la Galite; le sommet du Galiton reste droit au milieu de l'intervalle qui sépare les deux pitons de l'île; on se trouve alors juste N. et S. avec le cap Roux, qui n'est pas toujours facile à distinguer, à moins qu'il ne fasse un temps bien clair; en général, dans fa belle saison, il règne sur ce côté de l'horizon des brumes légères qui changent un peu l'aspect des terres. S'il arrive que l'air soit bien transparent et qu'on puisse distinguer les accidents de celles-ci , on remarque, à gauche du cap Roux, une montagne de l'intérieur très-éïoignée, et à droite plus rien que l'horizon. Au S. de la partie la plus élevée du cap Nègre , il y a un sommet de montagne qui correspond à très-peu de chose près à une grande tache blanche des dunes de ïa côte. Le cap Serrât paraît comme une île.

Ce danger a été appellé banc ou basse de ta Galite ;

sur les cartes du capitaine Smyth il porte le nom de Sorelli, que nous avons adopté en écrivant S or elle ; ce nom semble indiquer qu'il y a deux écueiïs ou que du moins le même banc a deux têtes rapprochées de la surface de l'eau; nous n'en avons trouvé qu'une , mais aussi nous avons été fort contrariés par le temps dans nos recherches, et nous sommes loin de ïes regarder comme complètes. La seconde tête, sur laquelle ïe capitaine Smylh a trouvé 4 brasses 1 est à un peu moins de 2 milles de la première, et sur le même alignement par rapport au pic de la Galite; nous l'avons portée sur nos cartes d'après cette seule indication. On trouve aux environs du sommet que nous avons exploré, 6, 8 et 10 brasses; il a été très-difficile à sonder, le courant, qui portait au S. O. avec une vitesse de 2 à 3 milles, obligeait de mouiller l'embarcation pour chaque sonde. En allant vers ïa Galite , ïe fond augmente rapidement jusqu'à 30 brasses, après quoi il varie entre 30, 40 et 50 brasses, mais graduellement. Du côté de i'O. le banc est tout à fait accore, le plomb tombe tout à coup de 1 à 40 brasses ; c'est ce qui nous a induits en erreur pour ïa recherche de la seconde tête.

Ce banc est véritablement dangereux à cause de son éïoignement de toute terre, et de ïa difficulté qu'on a à l'apercevoir. Pendant les beaux jours de l'été , lorsqu'un ciel vaporeux se réfléchit en blanc sur toute la surface de la mer, au moment des calmes surtout, il devient difficile de reconnaître sa présence par ïe changement de couleur des eaux ; il n'y a qu'une houle un peu forte qui puisse ï'annoncer, car alors ïa mer brise dessus.

Dans tous les mouillages que nous avons faits autour de la Galite et auprès des Soreïle, nous avons éprouvé des courants qui portaient à I'O. et au S. O. avec une vitesse d'un mille par heure, et sur le danger même ils ont paru filer de 2 à 3 nœuds. Si ïes vieilles traditions sont les bons résultats de ï'ex-

1 Quatre brasses anglaises équivalent à 4 1/2 brasses françaises.

perience, il faut croire que la. direction de ces courants doit être constante pendant une bonne partie de Tannée; car les vieux marins de ïaMéditerrannée recommandent, lorsqu'on se trouve à l'E. de la Galite, de ne pas trop s'en approcher parce que cette île attire les bâtiments à elle; citation que nous avons déjà faite à la fin du chapitre des courants, et que nous croyons devoir renouveler ici à cause de son importance.

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