CHAPITRE IV
Travenées de Toulon à Alger et d'Alger à Vonlon.
D'après les observations qui précèdent et qui sont plus particulièrement relatives aux climats de Toulon , des îles Baléares et de la côte d'Afrique , il sera facile à Chaque capitaine de déterminer la route qu'il aura à faire pour les diverses saisons de Tannée, quand il faudra se rendre d une côte à l'autre. Toutefois, nous avons cru que nous pouvions donner ici les résultats auxquels nous avons été conduit en les examinant avec attention.
Ainsi, nous pensons que pendant les mois d'avril, mai, juin, juillet, août et septembre, lorsqu'on veut aller de Toulon à Alger avec un bâtiment à voiles, on doit passer à l'E. des îles Baléares. Dans cette saison , en effet, les vents dominants au N. de ces îles sont ceux de la partie de l'O*, tandis qu'au S. ce sont ceux de la partie de l'E.; on aura donc, de cette manière, des vents favorables pour toute la traversée.
A la même époque , il sera plus avantageux , pour le retour, de passer à l'O. de Majorque ; mais on conçoit qu'il y a des circonstances où l'on peut essayer de passer de l'autre côté : par exemple , lorsqu'en quittant Alger on est accompagné par les vents d'E. jusqu'à la hauteur de cette île, que là on n'éprouve pas de changement de temps , et que ces vents paraissent établis d'une manière générale.
Pendant l'hiver, c'est-à-dire depuis le mois d'octobre jusqu'à la fin des mois de mars ou d'avril, on peut faire route directement de Toulon à Alger ; mais il est probable qu'en gouvernant de manière à laisser l'île de Majorque à l'E. , on rencontrera plus de chances favorables pour abréger la traversée. Nous ajouterons pourtant que, si l'on quitte les côtes de Provence avec un vent de N. 0. établi déjà depuis plusieurs jours, et qu'on
aperçoive du côté de TE. une large panne de gros nuages d'un gris de plomb, quoique le ciel soit clair dans les autres parties de l'horizon ; si, en outre, on voit baisser le baromètre , il est prudent de diriger sa route a TE. de File de Minorque, parce qu'il y a apparence d'une saute de tent du S. E.
En consultant les extraits de journaux qui nous ont été communiqués par MM. Jacquinot, Lefèvre d'Abancourt, Serval et Bolle , qui ont commande ta Meuse , tOise , le Finistère et le Loiret , tous bâtiments de charge ; en nous servant aussi des documents puisés dans les journaux du vaisseau la Provence et du brick le Loiret , pendant ses campagnes hydrographiques , nous trouvons que, sur vingt-huit traversées faites de Toulon à Alger, la moyenne est de six jours, et que, sur un pareil nombre entreprises pour le retour, ta moyenne est de huit jours.
En prenant les données qui sont fournies par les Annales maritimes^ à l'article Mouvements des bâtiments^ nous voyons que, jusqu'en septembre 1834 , il y a eu 134 ^ bâtiments de toute espèce , depuis le vaisseau de 100 canons jusqu'à la goélette et même te chébec, qui ont fait tes mêmes traversées, et que, sur 62 qui ont été de la côte de Provence à ta côte d*Afrique , la moyenne a donné encore 6 jours , tandis que, sur 72 qui ont fait leur retour, ta moyenne a été de 7 jours.
Uarmée expéditionnaire a mis cinq jours pour se rendre deysLUt Alger.
La navigation des bateaux à vapeur peut aussi tirer un grand parti de ces observations. Les documents que nous avons recueillis sur tes nombreuses traversées qui ont été faites par cette classe de bâtiments nous conduisent à donner comme règle que , dans tout le courant de l'année, avec un bateau à vapeur , on doit faire route directement de Toulon à Alger, et que, pour le retour, il vaut mieux quelquefois passer à TO. de Minorque , surtout dans ta mauvaise saison. En général , dans .les jours de beau temps, lorsque tes vents sont faibles, la route directe est évidemment la meilleure.
Les résultats que nous ppésentons sur tes traversées des bateaux à vapeur, ainsi que la plupart des remarques qui tes ac^ compagnent , sont dus aux communications qui nous ont été faites par MM. Lelieur, Lévéque , Janvier, Paris , Dispan et Duparc (Léon). Nous en donnerons ici un tableau.
* Nom n'avons compris dans ce nombre que ceux dont les jours de dépari ti d'arrivée sont bien déterminés.
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Le nombre ^9^ 5 donne, pour la Tkesse moyenne des bateaux à vapeur, ^ 34 par heure.
En examinant attentivement les journaux où toutes ces tra^ versées sont consignées avec détail, on remarque qu'en général celles qui se font du N. au S. sont plus courtes que celh» du S. au N., ce qui tient prd!)ablement à ce que les veats de N. 0. au N. et au N. E. sont les plus fréquents; car, lorsque les vents de S. O. règmmt, ce sont les preipières qui sont les phts Ionises. On pourrait attribuer aussi le retard qu'on éprouve dans tes retours, aux courants, dirigés au S. et au S. O,, qu'on rencontre aux îles Baléares , et entre celles-ci et la côte de Provence.
Les traversées les plus courtes ont été obtenues en hiver, par te Ctisior et le Croeodite ; celle du premier a été de 49** 45", celle du second de bd^.
Lorsqu'on part de Toulon avec des vents lirais de N. O., H arrive souvent qu'ils anordissentà mesure qu^on s^éloigne de la côte, et qu'ensuite ils soufOent grand frais jusqu'aux lies Baléares. En vue de Mahon, on les trouve droit au N. ; ils ont alors beaucoup molli, mais la mer est très-grosse. Pendant l'hiver on remarque que c'est dans ces parages qu'ils sont le plus frais, et qu'après avoir dépassé les lies, ils diminuent de
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vidence et passent à VO. et au S. 0.; mais, s'ils conservent toute leur force à mesure qu'on avance vers le S., on doit s'attendre à un coup de vent général» qui s'étend jusqu'à la côte d'Afrique. Pendant la belle saison, au contraire, c'est là qu'on rencontre assez souvent les vents d'E., qui vous conduisent jusqu'à Alger.
Les plus grands mauvais temps ont lieu entre l'île Minorque et les côtes de Provence. En partant de la côte d'Afrique avec des vents de S. 0. faits et un ciel clair, on trouve qu'en approchant des Baléares, ils tournent à FO., et qu'après avoir doublé ces îles, ils ont passé au N. O. et quelquefois .au N.: on doit remarquer alors qu'ils soufflent d'autant plus fort qu'on s'approche davantage de Toulon. Aussi, dans ces circonstances, les bateaux à vapeur préfèrent-ils passer entre Minorque et la côte d'Espagne, parce qu'on y trouve plus d'abri, et qu'en cas d'avaries on a, dans cette position, des ports à proximité pour tous les vents.
A la suite de ces indications pour les traversées des côtes de France aux côtes d'Afrique, nous pourrions ajouter que, pour communiquer entre Alger et les deux extrémités de nos possesions, il faut avoir égard à ce que nous avons déjà dit du climat et des courants de ces parages. En général, avec des vents contraires, on peut aller de l'O. à l'E. en louvoyant à quelque distance de terre, entre 2 milles et 15 milles; on conserve alors les effets des courants pour soi. C'est ainsi qu'on se rend assez promptement d'Oran à Alger et d'Alger à Bone. Mais, quand il s'agit de faire les routes contraires avec un vent debout, on rencontre des difficultés presque insurmontables, si l'on ne prend pas le parti de courir de grandes bordées au large, Pour se rendre d'Alger à Oran, il y a des capitaines qui n'ont pas craint de pousser leurs bordées jusqu'au delà d'Ivice, et qui même sont arrivés jusqu'aux côtes d'Espagne ; ils ont par là abrégé de beaucoup leurs traversées.
Pour les bateaux à vapeur, cette navigation est un véritable cabotage, et alors il est évident que les routes directes sont les meilleures; cependant il y a des circonstances où ils ne doivent pas se tenir trop près de terre, surtout pendant la nuit, parce que les contre-courants que l'on trouve à l'entrée des golfes ou des baies profondes, ne peuvent pas encore être bien connus. En hiver, ces petites traversées ne sont pas toujours sans inquiétudes. Voici les moyennes obtenues par divers bateaux :
D'Alger à Mers-el-Kébir 53»>
D'Alger à Bougie l 15
De Bougie à Bone 22
Elles donnent encore, pour la vitesse par heure, de 6*" à 6» 5.
Tableau des traversées moyennes, des frégates à vapeur, de Toulon
à Alger et d* Alger à Toulon,
NOMS DES PRÉGÀTB8
à Tapenr.
NOMS des «I commandants.
L'ALBATROS , de i ru^a„H
480 chevaux. . I Clavaud.
Idem...'.
Le Labrador,) ^^,„,
de450chev...^ ^""^^^
Idem.