CHAPITRE III
Cloîtrants.
On croit généralement qu'il n'y a pas de marées dans la Méditerranée» ou du moins, s'il en existe, elles sont très-faibles et fort irrégulières. On remarque cependant des changements assez notables dans le niveau de la mer, à Messine et sur plusieurs autres points du littoral de la Sicile ; au fond de la mer Adriatique, à Venise; dans divers endroits de TArchipeU et particulièrement à Négrepont ; aux extrémités des grands enfoncements de la côte d'Afrique, tels que les golfes de la Syrte et de Gabès; dans plusieurs ports du golfe du Lion. Mais il faudra des observations minutieuses, faites pendant longtemps, avant qu'on puisse lier ces mouvements à une loi permanente et régulière. Il est plus probable qu'on en verra la cause dans la durée de certains vents et l'état de pression de notre atmosphère.
Les courants que Ton observe dans cette mer ne sont donc pas causés par les marées : aussi devons-nous nous attendre à rencontrer les plus grandes irrégularités dans leur force et leur direction. En général, leur vitesse est moindre que celles des courants de l'Océan ; elle peut être estimée, quantité moyenne, à un demi-mille par heure. Néanmoins nous l'avons trouvée plusieurs fois d'un mille, et dans quelques cas très-rares, comme sur le sommet d'un banc, à l'extrémité d'un cap avancé, elle a atteint jusqu'à 2 milles.
Gourant général.
Si on consulte les divers auteurs qui ont parlé des courants de la Méditerranée, tels que Romme, Tofino et plusieurs ingénieurs qui ont écrit sur Içs atterrissements des plages du Languedoc; si on lit aussi avec attention le& renseignements
fournis par des capitaines de la marine et par quelques anciens pilotes» on remarque qu'ils admettent tous un courant général qui entre par le détroit de Gibraltar, se dirige à TE. le long des côtes de Barbarie, et se fait sentir jusqu'au delà de la Galite, tandis que sur les côtes de Provence on éprouve un courant qui se dirige vers TO. > contourne tout le golfe du Lion, et se rend au détroit en suivant les sinuosités de k côte d'Espagne. Ce courant général modifié par les caps avancés produit la plupart des contre-courants que Ton observe près de la côte et autour des baies profondes.
Caurants du golfe du Lion.
Les pilotes provençaux s'accordent assez à dire qu'il existe entre la France et les iles Baléares un courant constant qui porte au S. 0. , et auquel ils donnent une vitesse d'un mille par heure^ ce qui parait un peu exagéré. Nous ajouterons que, pendant les diverses traversées que nous avons faites dans ces parages, nous avons en effet reconnu l'existence de ce courant ; mais il faut remarquer aussi que nous avons éprouvé un courant contraire, une seule- fois à la vérité, en traversant le golfe du Lion avec un bon fr^is de N. 0.
Aux environs de Cette, les pilotes lamaneurs trouvent aussi un courant dirigé du N. E. au S. 0. , mais. près de terre seulement ; car à 2 ou 3 lieues au large , il a une direction opposée, c'est-à-dire qu'il porte au N. £. Lorsque , auprès de la côte, les eaux se dirigent vers le N. E., ce qui est trèsrare , cela a lieu pendant un petit intervalle de temps , et c'est ordinairement le présage d'un coup de vent du S. au S. S. E.^
Pendant la croisière d'Alger, nous avons eu l'occasion de relâcher plusieurs fois à Mahon ; les pilotes espagnols nous y ont appris qu'à la hauteur de l'ile de Minorque et auprès de sa pointe orientale , il existe un courant qui porte au S* avec une vitesse d'un mille à l'heure, jusqu'à la latitude de l'ile de Cabrera. On rencontre assez ordinairement aux approches de Mahon une houle assez forte du N. ; on croit qu'elle est occasionnée par une hausse de fond, et plusieurs vieilles cartes portent en effet des dangers dans le N. E. et à quelque distance de ce port. Depuis l'année 1830,, il est passé sur ce point
« Ces renseif nements nous ont été fournis par M. Gasquet, lieutenant de vaisseau.
UM grand nombre de bAtimenu et surtout de bateaux à vapeur : on n'y a encore découvert aucun banc dangereux > roaU on a constaté, cette vérité , que la mer y est extrêmement grosse lorsque les vents ont soufBé grand frais dans le golfe du Lion.
Entre les lies Baléares et les cAtes d' Afrique les courants ^ portent en général à TE.; c'est une opinion ancienne» sans doute bien accréditée par l'expérience et qui a encore été confirmée par la navigation active des bâtiments de l'État dans ces , parages, depuis le commencement de la guerre avec la régence d'Alger.
Tels sont les principaux documents que nous avons pu réunir sur les courants qui existent dans le bassin compris entre les côtes de France et celles de l'Afrique. Nous allons maintenant nous occuper des observations que nous avons faites nous-méme pendant notre séjour dans ces derniers parages ; elles pourront être utiles aux bâtiments qui les fréquenteront désormais. Mais auparavant il nous parait esssentiel de dire que nous avons fait tous nos efforts , dans la discussion des résultats , pour nous mettre à l'abri des influences de systèmes. Aussi trouvera-t-on quelquefois des indications qui semblent se contrarier : on ne doit alors les regarder que comme les premiers paSfd'une étude encore fort peu avancée. Espérons qu'elle fera de rapides progrès par la suite; et cela sera facile, car on aura tous les moyens de fixer la position du bâtiment dès qu'on sera • en vue de terre, et, en comparant cette position à celle que donnera l'estime de la route , on en conclura l'effet des courants. Les bâtiments qui navigueront dans ces parages devront, dans ce but, prendre, toutes les quatre heures, les relèvements des sommets des montagnes ou des caps les plus remarquables, et apporter une attention particulière à l'estime de leur route jusqu'au mouillage. Les bâtiments à vapeur pourront à cet égard obtenir les meilleurs résultats, leur navigation étant presque toujours directe et d'une durée convenable.
Gourants obsenrés sur les côtes d'Afrique.
Pendant la croisière de 1827 à 1830, nous avons eu souvent
< 11 y a quelquefois des eourants qui portent â l*Onest. Plusieurs bâtiments à vapeur par l'effet de ces courants ont manqué Mahon. Gela est arrivé à M. Massiou et à H. de Gasquet.
des occasicMAs de remarquer que les courants portaient à F£. Ordinairement la division navale se tenait sur le méridien d'Alger : cette position était facile à conserver avec les vents de la partie de VE^; car lorsque par hasard quelque bàtimeat avait été sous-venté pendant la nuit, à cause du peu de voiles que Ton conservait , il reprenait son poste le lendemain au bput de deux ou trojs bordées. Si» au contraire, avec des vents de la partie de TO., on apportait la moindre négligence dans la manière de gouverner ou dans la voilure du bâtiment, on se trouvait bientôt sous le vent du cap Matifou, et ce n'était qu'en courant de grandes bordées au large^qu'on parvenait à regagner le cap Gaxine, encore y anployait-on une grande partie de la journée*
Presque tous les bâtiments qui venaient de France atterrissaient à l'E. du cap Hatifou; on en a vu même , dans la première année, arriver au cap Bengut, croyant être par la longitude d'Alger. Un petit nombre a atterri à l'O.
Depuis la prise d'Alger , les communications étant devenues plus fréquentes , et surtout plus directes , il a été plus facile de constater l'effet de ces courants. En général , on les a trouvés peu différents de ceux qu'on avait déjà signalés, et aujourd'hui tous les capitaines y ont égard pour corriger leurs routes ^ Plusieurs d'entre eux ont éprouvé qu'à partir du parallèle de Mahon , en gouvernant droit sur Sidi-Ferougj , on arrivait juste dans la baie d'Alger; ils s'accordent tous à dire qu'on trouve presque toujours des différences à l'Est. Cependant il y a eu quelques circonstances où il a é^é impossible de ne pas reconnaître l'influence d'un courant contraire ; c'est ainsi que le brick la Dcmphlnoièe^ capitaine yerdier,'et le bateau à vapeur le Rapide ^ capitaine Alliez, en se rendant de Bougie à Alger, vers la (in du mots de juUlet 1838 , ont été portésde 30 milles à l'Ouesl. Le même jour, la corvette la Di" ligente^ commandant Lapierre , venant de Toulon , atterrissait aux environs d'Alger avec une grande difiérence en longitude, encore vers TO. ; mais on doit dire que ces exemples sont rares.
Nous pourrions réunir un grand nombre de cas en faveur des courants qui portent à TE., nous en citerons un seul qui igst, assey. remarquable:- la corvette de charge le Rhône , com-
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1 Ils font le S. 0. fl/i S. en partant de Mahon et le N. ï:. i/2 N. en partant 4' Alger pour retourner à Mahon.
mandée par M. Paquet, lieutenant de vaisseau, a été transportée d'Alger à Bougie uniquement par le courant ; car, après être sortie de la baie d'Alger, elle est restée presque continuellement en calme.
Les résultats qui vont suivre, et qui nous ont paru de quelque intérêt, ont été obtenus pendant les trois campagnes d'exploration que nous avons faites dans ces parages. Les courants ont été observés à l'ancre et sous voiles : dans le premier cas, c'est au moyen du loch que leur vitesse a été déterminée; dans le second, c'est en comparant les positions de l'estime avec celles que donnaient les relèvements pris, de quatre heures en quatre heures , aux points les plus remarquables de la c6te, ou avec les nombreuses stations que nous faisions dans le courant du jour. Toutefois, il est bon de remarquer que nos travaux n'ont eu lieu que pendant la belle saison , depuis le commencement du mois de mai jusqu'à la fin du mois d'octobre. Nous nous occuperons d'abord des courants observés entre Alger et Tîle de la Galite ; nous verrons ensuite les résultats auxquels nous sommes parvenus en étudiant ceux qui existent entre Alger et les iles Zafarines.
Ëehelle de marées dans le port d'Alj^er.
Pendant notre premier séjour à Alger , en 1831 , une échelle de marées a été placée dans le port et observée du 2 juillet au 7 août; les différences de niveau que l'on a trouvées n'ont paru avoir aucune régularité , mais dépendre plutôt de la pression atmosphérique ou de la permanence de tel ou tel vent ; car nous avons remarqué que la baisse des eaux répondait assez souvent à une élévation de la colonne de mercure dans le baromètre , et en même temps à un vent de la partie de TE. , tandis que les points les plus hauts du niveau de la mer avaient lieu, à quelques exceptions près, justement au moment où le baromètre était bas , et pendant la durée des vents de la partie de TOuest. Ces rapports entre l'état du baromètre et celui du niveau de la mer ont été déjà établis par M. Daussy, ingénier en chef au dépôt des cartes de la marine , dans deux mémoire^ où il a discuté un grand ncunbre d'observations faites dans divers ports de l'Océan. Ce que nous disons ici pour un des ports de la Méditerranée ne doit être regardé que comme une simple indication qui a besoin d'être confirmée par une série d'observations plus suivies et
surtout d'une plus grande durée. Il faut au moins une période d'une année pour que les résultats puissent inspirer quelque confiance.
Différences de niveau.
La plus grande différence entre les observations extrêmes de notre échelle a été de 16 pouces. '
Les marins du pays ont remarqué depuis longtemps que les eaux sont hautes avec les vents d'O. et basses avec ceux de TEst. Ils disent que si, pendant le calme, leur niveau s'élève, on doit s'attendre à voir bientôt arriver les vents d'O.
En hiver la mer est plus haute qu'en été : c'est aussi dans cette saison que les vents d'O. sont le plus fréqi^ents. Remarquons, en passant, que le contraire a lieu sur les côtes de Provence et de Languedoc : la mer est au point le plus bas de son niveau dans le mois de février, époque où les vents de la partie de l'E. sont communs, tandis qu'elle atteint son maximum d'é-^ lévation au mois.de juillet, lorsque les vents d'O. prévalent *.
Baie d'Aller.
Dans la baie d'Alger, les courants sont irréguliers; cependant, d'après nos observations, il semblerait qu'on devrait y trouver assez souvent un courant qui vient du cap Matifou , contourne toute la baie et ressort vers la pointe Pescade. Auprès des batteries du môle nous avons éprouvé bien des fois un courant qui porte au N. avec une vitesse de 0™ 8. Pendant le calme , il peut être dangereux pour les bâtiments qui sortent du port , parce qu'il tend à les rapprocher de la roche Mtahem. Nous avons aussi rencontré un courant opposé et qui avait une vitesse de 1°^ 4 à l'heure; il semblait se précipiter dans la baie après avoir tourné la pointe Pescade ; nous étions alors mouillés à 1 mille du phare, avec des vents frais d'O. N. 0.; le bâtiment évité le cap au N.
Du cap Matifou à Dellys.
Aux environs du cap Matifou , mais principalement au N.,
A On ne parle ici que des courants et des niveaux ordinaires, car à Alger, ayec les coups de vent de N., les eaux sont plus hautes que dans les autres moments; de même que, sur les côtes de Provence, avec les.coups de vent de S. 0., elles s'élèvent jusqu'à 2 pieds au-dessus du niveau moyen.
CÔTES DE l' Algérie. 8
nous avons toujours trouvé des courants dirigés vers TE.; leur plus grande vitesse a été de 2 milles. Nous pensons que sur le banc même elle doit être plus grande, car nous avons eu beaucoup de peine à y fixer un signai flottant.
Depuis ce cap jusqu'à Dellys , ils sont irréguliers ; mais ils portent plus souvent à TE. qu'à 1*0. : leur vitessèmoyenne est de 0*^ 5. Cest dans ces parages que le capitaine Verdier passa la nuit, lorsqu'il trouva dans sa longitude une différence Ouest assez considérable.
Du cap Bengut au cap Si^i.
Dans la partie la plus avancée du cap Bengut , et à petite distance de terre, ils portent à TE. avec une vitesse de i miUes à l'heure.
Au mouillage de Dellys, nous avons vu qu'ils se dirigeaient à rO.» et que leur vitesse était de 0*^ 5.
Entre le cap Bengut et le cap Sigli on trouve encore qu'ils portent plus généralement à TE. , mais que dans quelques cir^ constances , et lorsqu'on est très-près de terre, ils vont vers l'O. On doit se tenir en garde contre ces irrégularités, surtout entre le cap Tedlès et le cap Corbelin , à cause des roches à fleur d'eau qui s'avancent au large dans cet intervalle.
Il est à remarquer que les résultats obtenus entre le méridien d* Alger et celui du cap Sigli s'accordent à démontrer que les courants suivent presque toujours une direction opposée à celle du vent; nous avons eu peu d'exemples du contraire. On doit se rappeler aussi que ces observations ont eu lieu pendant la belle saison , c'est-à-dire pendant le règne des vents d'E.
Du cap digli au cap Boufaroni.
Dans l'espace de mer compris entre le cap Sigli et le cap Bougaroni, nous avons encore ressenti le courant général qui se dirige vers TE., mais nous nous sommes en même temps aperçus qu'il est souvent modifié par le golfe de Bougie. Auprès de l'île Pisan , où nous avons mouillé à trois époques diflerentes, nous avons eu deux fois des courants à l'E. et une fois à rO.; leur vitesse a été constamment d un mille à l'heure. Autour du cap Carbon jusqu'à toucher les rochers , ils sont irré- ' gullers et assez forts , aussi ne faut-il s'en approcher qu'avec un vent fait, si l'on veut les maîtriser. Les capitaines qui sortent
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de la baie de Bougie doivent particulièrement y faire attention, quand ils appareillent avec des brises de terre , car, pour Tordinaire, celles-ci ne s'étendent pas an delà deft caps les plus avancés» Depuis qste nous occupons ce point important de TAlgérie ^ plusieurs bâtiments ont été mis M danger par TefTei de ces courants : la corvette la Circi^ commandant Ferrin , a rangé de très^près le cap Carbon et s'est vue drossée le long de la côte sans pouvoir gouverner; elle ft été <^ligée ée passer entre Tiie Pisan et la terre. Le 28 et le 29 septembre 1834, la Livnne , capitaine Duboueet , et le Loiret , capitaine Bolie, pris par le calme avant d'avoir doublé ce cap ; ont été entraînés et mis à deux doigts de leur perte par une grosse houle aidée de courants assez forts qui portaient vers l'O.
Dans tout le golfe de Bougie, quand on côtoie à moins d'un mille, on rencontre souvent des courants qui portent à TO., mais, lorsqu'on s'approdie du cap Gavallo et de Jigellî, on reconnaft que les courants qui vont à l'E. sont les plus fréquents. An N. de Jigelli, à la distance de 1 bu 2 milies , nous les avons toujours vus dans cette direction ; tandis qu'étant mouillés h l'entrée du port , nous avons trouvé dans le même jour qu'ils portaient d'abord à l'E. N. E. et puis au N. O.
Toutes les fois que nos explorations nous ont conduits aux environs du cap Bougaroni , nous n'avons eu qeré des courants forts qui allaient parâMement à la côte , et dont la direction générale était vers TE.; leur vitesse était de 2 milles à l'heure. M. de Tessan,se trouvant un jour avec un bateau coraiUeur àla partie Nord de ce cap, et voulant sonder, avait fait carguer seulement la voile , sans la serrer; il remarqua qu'il était emporté rapidement contre le vent qui était cependant asse2 fixais. ï)a'ns le cours de nos travaux , nous avons tenté plusieurs foi^ , mai^ inutilement, de louvoyer avec des vents d'O. auprès de ce cap pour le doubler. Il faut, dans ce cas , courir de grandes bordées au large.
Ces courants , comme on le toit , sont souvent opposés aux ventât mats, dans les lieux que nous venons de parcourir, ce n'est pas aussi général que pour les parages que nous avons examinés en premier litôu. Cependant on trouve encore, d'après nos résultats, qu'il y en a. les deux tiers qui sont dans ce cas. ' V
Les courants qui portent à TO., él qui se rencontrent plus otdiÉairement dans le golfe de Bougie , vont aussi quelquefois contt'e le vent.
Du cap Bougaroni au cap de Fer.
Le cap Bougaroni semblerait, d'après nos observations, être la limite à laquelle parvient le courant général qui porte à TE., et néanmoins il y arrive avec une grande vitesse. Peut-être est-il détourné vers le N. et va-t-il s'amortir à une grande distance de la côte ? Ce qu'il y a de certain , c'est qu'à l'E. de ce cap nous ne l'avons retrouvé que rarement.
Au N. du cap de Fer et dans les environs, nous avons éprouvé des courants qui roulaient leurs eaux vers l'O. et qui s'infléchissaient vers le S. 0. et le S. comme pour entrer dans le golfe de Stora. Ceci est d'autant plus remarquable qu'en général on croit que les courants portent à l'E. dans ces parages, et que plusieurs auteurs. recommandent de ne pas trop approcher les îlots et les rochers qui bordent la partie occidentale de ce cap, parce qu'on serait drossé dessus par ces courants. Nous nous sommes trouvés souvent auprès de lui , et plusieurs fois en calme plat ; pendant une journée entière nous avons eu notre bâtiment emporté vers l'O.
Entre le cap de Fer et le cap Bougaroni , la côte forme de grands enfoncements où l'on trouve des courants très-variables, mais , en général , ils nous ont paru plus souvent dirigés vers l'O., en suivant les sinuosités de la côte ; de sorte que , dans quelques localités , comme auprès de Collo, ils sont détournés et portent au N. 0. et au Nord. Dans le même endroit, nous les avons vus aussi dirigés dans un sens opposé, comme s'ils se déversaient dans le golfe en venant du cap Bougaroni.
Aux environs de l'îlot du cap de Fer, dans les parties S . et S. E., nous avons rencontré quelquefois des courants dirigés au N. 0. avec une vitesse assez grande.
Du cap de Fer à l'île de la Galite.
Du cap de Fer à la Galite , nous voyons un grand espace où les courants qui portent à l'O. sont les plus fréquents. Cependant, aux approches du cap de Garde et du cap Rosa, nous les avons trouvés plus souvent dirigés vers l'Est. Les corailleurs qui fréquentent le plus ces parages disent, que la direction des courants n'est pas constante , et qu en général elle est opposée à celle du vent. Nos observations , au contraire, nous font reconnaître que, la plupart du temps, les courants suivent le vent , et que , dans quelques circonstances, ils lui sont opposés. Con-
cluons de là qu'il faudrait encore de nouvelles observations, uniquement dirigées dans le but de les déterminer : c'est pourquoi nous engageons les capitaines qui navigueront sur cette partie de la côte à tenir exactement leur route, et à prendre souvent des relèvements aux points connus et les mieux déterminés.
Au cap Toukousch , mais très-près de terre, les courants contournent la côte , ayant toujours une direction générale versl'O.
A.UX mouillages de Bone et du fort Génois, ils portent trèssouvent au N. N. E.» c'est-à-dire qu'ils suivent les rivages en se dirigeant au Nord. Ils varient beaucoup dans leur vitesse, que nous avons trouvée depuis 0°^ 4 jusqu'à 1 mille par heure. Pendant les matinées de la belle saison, ces courants sont assez communs; ils sont aussi très-favorables pour sortir du golfe et aller prendre les vents du large.
Vis^à-vis la Calle et auprès de terre, ils portent à l'O.
A 2 milles au N. de l'île de Tabarque , M. de Tessan , étant dans un canot mouillé, a rencontré un courant d'environ 0°^ 3, dirigé vers le N. N. O., et entraînant avec lui une grande quantité de méduses et d'autres mollusques.
Lorsque nous avons jeté l'ancre aux environs de la Galite et auprès desSorelle, nous avons toujours trouvé des courants qui portaient à l'O. ou au S. O. Leur vitesse était souvent d'un mille à l'heure, et, sur le danger même, elle a été estimée , par MH. lugan et Gourai de 2 à 3 milles. Il est probable que ces courants sont constants, ou que du moins on peut les regarder comme très-fréquents ; car il existe, parmi les marins du commerce qui fréquentent ces parages, une tradition ancienne qui engage à ne pas louvoyer à l'E. et auprès de la Galite , parce que, dit-on, cette lie attire les bâtiments à elle.
EIVTRE ALGER ET LES ILES ZÀFAlUNES.
Nous allons maintenant donner les résultats de nos observations relativement aux courants que nous avons trouvés sur divers points de la côte, entre Alger et les îles Zafarines. Mais auparavant nous ferons remarquer que ces observations ont été faites , en grande partie , depuis le mois d'août jusqu'à la fin du mois d'octobre de l'année 1833. Quelques-unes d'entre elles ont eu lieu aux mois d'octobre et de novembre de l'année
Dv caj^ Canine à Ru-el^Âmoiuoli.
Aux ^«vfffcui» du eap OmM > te» couraBis porlent phis ordinairement; à r£»; lis «wliwicol aixtti dass la liCfiie (ùredioii j]«Mi«'att (^ KdtifoK; ttn^ s'IdJéfibcsacnt eassite vers lâ baie et y produisent les remous et les contre-courants dont il a été déjà pa«lé (page 83),
A 2 milita tu If . de Àbon^Zaryak » la \itesse des eomaota a été trouvée par nous de O"^ 8, et plus au large, à 12 miUes, or Ta reoQftiHie de 1 mille i Tkanve*
Satire \m oapa Qi^im el Ra^rel-Anouflch» à une petite dur tanee de ten-Q» on. reocqntre quelqaeCotK des courants q/ai por* teot à TOm tandis qu'a» large ils vont à TE.
Au K, d(9 Rai9*^-ABiiQii4çb et dan« les environs de ce caf^ , ibl nous ont paxru fort irréguli^ra, et 'i fyrive <pft*OB y rcMeontre au même instant deux couranta oppeséa» oomne nous ega avons été tén^oîas lé IS août 1833< Is b^iwent était alora en paane» à: 3 eu 4 miles de la cèto; noua le voyions porté vera TO. contre le \wif qui était à la vériié assez; foible» ttaadts qu'une embarcatioe qui avait été envoyée à VUe da Bevinshel» parvenue à un mille de terre, était entraînée rapidement vera rHat. Dana cet endroit , la mer était unie parce que le courant suivait la direction du vent et des vagues; mai& autour du brick elle était clapotQusie U agi(4<9; A 8 ou to milles plus au ISm les eeuravils portent presque toujours, à TE.
Entre RaJi-*el-Amousch et le cap Ténè^, U côte ne ppés^tant aucune baie proloude » il semble que les courants devraieut y avoir une plus grande régularité de direction , mais il u'an est rien : nous retrouvons encore de grands écarts dans leurs mouvements. Pendant le court espace de temps embrassé par nos observations, nous avons reconnu que ceux qui portent à TE. son tlea plus communs; qu'Us régnent presque toujour&avec les vents, qui viennent de cette partie de Thorizoa, et qu'ils sont en général plus forts que ceux qui vont à l'Ouest. Nous avoua vu quelquefois le courant changer avec le vent ; Fon doit se tem d'autant plus en garde contre ces brusques changements, qu'on peut rencontrer, dans le milieu de l'intervalle qui sépare ces deux caps , l'ilot Ashacq , rodber noir peu âevé au-dessus de l'éau , distant de la côte d'environ 1 mille Va-
Du bap Ténès au cap Ivi .
£a parcourant les parages compris entre le cap Ténès et le cap Ivi y nous avons observé qu'à 12 ou 15 milles de terre les courants sont assez réguliers et sont dirigés vers TE.; mais que, lorsqu'on s'approche de la côte, on les trouve quelquefois avec une direction opposée. On remarque cependant que les courants oui portent à TO. sont très-rares avec un vent d'O., et cette observation , qui est générale pour toute l'étendue comprise entre Alger et les îles Zafarines» semblerait prouver que les eaux de la mer ont une tendance naturelle à TE.» et que leur vitesse est seulement modifiée par les vents.
Du cap Ivi au oap Pég^alo.
Du cap Ivi au cap Fégalo, nous avons rencontré une seule fois des courants allant à TO., et encore cette observation a-t-elle été regardée comme incertaine à cause du placement de la station. Partout les courants se sont trouvés dirigés vers l'Ë. ou le N. £. f soit pendant les vents d'E., soit avec des vents d'O. : leur vitesse moyenne était de 0"* 5, mais elle. a été plusieurs fois de 0™ 8, 1™0, et même de 1™6. Les bâtiments qui ont tenu la croisière d'Oran; antérieurement à 1830, ont tous reconnu la constance de ces courants ; et ceux' qui font aujourd'hui les traversées d'Alger à Mers-el-Kébir sont souvent étonnés de leur influence. Le 17 février 1834, M. BoUe, avec le brick le Loiret^ après deux jours de traversée pour se rendre d'Alger au cap Ferrât , a trouvé une différence à l'E. de 52 minutes. Plusieurs capitaines ont éprouvé qu'il est extrêmement difficile de faire cette traversée avec des vents de la partie de l'O., à moins qu'on ne s'élève au N. jusqu'aux îles Baléares.
Aux environs du cap Ivi , à une petite distance de la côte, les eaux tendent à se précipiter dans le golfe d'Arzew, oii il y a probablement des contre-courants qui suivent le contour des plages.
Aux îles Habibas.
Autour des iles Habibas , soit du côté de la terre , soit au large, au mouillage ou iSous voiles, nous avons trouvé les courants à l'E., ayant une vitesse de 1 mille à Theure.
Du cap Fé£;alo aux îles Zafarines.
Si Ton considère la forme que prend le contour de la côte à partir du cap Fégalo en allant vers TO., on remarque qu'elle se courbe brusquement vers le S. et qu'elle s'arrondit ensuite peu à peu, en formant un grand enfoncement presque en dehors dé la direction des eaux qui entrent dans la Méditerranée par le détroit; aussi celles-ci paraissent-elles se diviser en cet endroit, les unes't)our suivre la côte vers l'E., et les autres se dirigeant au S. et venant former » entre ce cap et les îles Zafarines , des contre-courants qui portent à l'O. : c'est ce que nos observations confirment par plusieurs résultats identiques.
Tofino , dans son Derrotero^ dit que près de la côte, à partir d'Oran, le courant porte à l'O. avec d'autant plus de force qu'on s'approche du détroit de Gibraltar.
Nous devons cependant ajouter que dans ces parages nous avons rencontré aussi des courants dirigés vers l'E.
Pendant notre séjour aux îles Zafarines , ils portaient presque toujours à l'O., mais ils étaient faibles. Néanmoins, le jour de notre appareillage, étant à 1 mille au N. de ces îles, nous leur avons trouvé plus de vitesse.