LES DEUX PETITES SALINES MÉRIDIONALES
salée, à côté de laquelle existent encore quelques flaques d'eau dans les points les plus déprimés. Le niveau du fond est à environ
155 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les bords sont plus élevés et oscillent entre 180 et 200 mètres. Vers le Rio Dulce l'élévation devient uniforme, car le lit de cette rivière s'étend dans cette région en un large marais, avec une altitude de
156 mètres. Comme la gi*ande lagune n'a pas de déversoir et qu'elle n'a qu'une faible inclinaison vers le Rio Dulce, l'eau de pluie qui s'y accumule de temps à autre, chargée de sel de cuisine mélangé avec du carbonate de soude, ne trouve pas d'écoulement. L'évaporation laisse retomber ces sels sur le sol et la lagune demeure ce qu'elle était : un marais salé à fond boueux. Les pluies les plus violentes ne remplissent jamais complètement la dépression pour en faire un lac. Elle reste toujours à l'état de marécage, dont la surface partiellement couverte d'eau se modifie sous l'action des vents régnants et présente tantôt ici, tantôt là, de grandes flaques d'eau, mais toujours d'une courte durée**.
Deux autres salines plus petites existent dans le sud de cette dépression. Elles sont situées sur le bord occidental, au pied de la Sierra Famatina. Cette partie sud est interrompue par les chaînons étroits de la Sierra de los LIanos, qui court parallèlement â la Sierra Famatina et se conlinue jusque près de la Sierra de San- Luis. L'extrémité sud de la grande saline s'étend dans la moitié orientale, à côté de la Sierra de los LIanos à l'est. Dans la moitié occidentale, entre l'extrémité de la Sierra Famatina, qui prend ici le nom particulier de Sierra de lalluerta et celle de los LIanos, se trouvent l'une à la suite de l'autre deux salines étroites analogues. Celle du nord, entre la Sierra de los LIanos et la Sierra de la Iluerla. a environ 35 lieues de long et seulement â à i lieues de large. A son (extrémité méridionale elle est à peu près à 4'iO mètres d'altitude et probablement ne s'élève pas au nord, car sa plus grande largeur va encore en s'y accroissant, ce qui sembla plutôt indiquer une inclinaison. La saline sud s'étend au pied oriental des petites monUignes isolées qui accompagnent le Rio Desaguadero à l'est et se terminent avec la Sieri*a del Gigtote
LE DÉSERT D'ÂCATAM.A. 181
par 33* 14'. Elle est presque aussi longue que la précédente, mais beaucoup plus étroite, du moins au sud, ou elle n'a plus guère que 2 lieues de large, tandis qu'à son extrémité septentrionale elle en a plus du double. Son altitude est de 425 mètres, tandis que le Desaguadero, qui coule sur le côté occidental de cette chaîne, un peu plus au sud, n'est plus qu'à 416 mètres au passage de la route. La saline se termine presque sous la même latitude que San-Luis, etdanslamème direction, au sud, se trouve la lagune Bevedero. Celle-ci est le réservoir de toutes les eaux de la contrée qui descendent des Cordillères, et son altitude est de 400 mètres. On peut la considérer comme le point du sol le plus déprimé de cette région.
LES CORDILlilRES ET LEURS DÉPENDANCES.
Nous avons décrit dans le précédent chapitre la plaine ai^entine dans ses caractères les plus importants ; nous allons passer maintenant aux chaînes de montagnes qui constituent les grandes inégalités de son niveau.
En première ligne viennent les Cordillères, qui bornent le territoire à l'ouest et dont les prolongements constituent la véritable charpente de l'Amérique du Sud. Cette puissante chaîne de montagne forme dans le territoire argentin, vers ses frontières septentrionales, un haut plateau qui passe sans interruption dans le triste désert d'Alacama. L'auteur a traversé ce grand plateau dans le voisinage de 28* do lat. S. et le connaît par lui-même. Il en parlera donc d'après ses impressions personnelles, telles qu'il les a consignées dans son Voyage, t. 11, p. 245 et suiv.
Le désert d'Atacama, qui s'étend de 22° à 26° de lat. S., est suffisamment connu par les descriptions de Philippi dans son Voyage (Halle, 1800, in-4). C'est une haute plaine inclinée de l'est à Touest, avec un sol arenacé ou caillouteux entièrement stérile, sur lequel se dressent çà et là des cônes volcaniques et que parcourent de petites chaînes de roches trachytiques. Ces dernières
i82 PLATEAU DES CORDILLÈRES ARGENTINES.
seules rompent runiformité du désert ou l'on ne rencontre que quelques rares établissements fixés à côté des ruisseaux presque toujours à sec qui entretiennent la misérable végétation des petits coins cultivés. L'élévation au-dessus de la mer de l'intérieur du désert oscille entre 2500 et 3500 mètres ; il s'abaisse graduellement vers la mer jusqu'à iOOO mètres.
Le plateau des Cordillères est un peu plus élevé. A partir du désert d'Atacama, il s'élève vers le sud jusqu'à 28*, lentement il est vrai, mais cependant d'une façon sensible et sous le 28* delat. S. il atteint une altitude de 4300 à 4600 mètres. En cet endroit le plateau se montre sous son aspect le plus complet et nous le choisirons comme le plus approprié pour en donner une description.
Le point, ou j'ai touché le pied oriental de la montagne, se trouve presque exactement sous le 28* de lat. S. Il existe là, dans une étroite vallée qui court parallèlement au pied des Cordillères, plusieurs établissements bien entretenus que la rivière alimente d'eau et qui sont très-florissants. Sur la carte jointe au journal de mon voyag:e dans Petermann's geograph. Mittheilf pour 1860 (p. 369 et suiv.), j'ai inscrit le grand village de Copacavana a peu près sous le 28* de lat. S. Mais d'après de nouvelles déterminations, celte position serait un peu trop au nord, et le petit village Anillaco, marqué 4 lieues plus au nord, correspondrait mieux avec le 28* delat. S. Cette erreur a peu d'importance pour la description des Cordillères, car elles sont les mêmes dans les deux localités. Ces doux villages sont sans doute situés dans la partie la plus étroite du plateau, raison qui les aura fait choisir pour point de dépari du passage. Cette largeur minimuia est à peu près de 2 degrés de longitude, c'est-à-dire de 30 mill»s géographiques ou 40 lieues communes. Mais la route, qui fait beaucoup de courbes et suit des vallées abruptes, doit être de beaucoup plus longue.
Aux points désignés l'ensemble du massif montagneux sp divise en trois parties principales, séparées les unes des autres par des vallées assez profondes et étroites, qui courent du nord au sud, parallèlement à la direction des Cordillères. La première
LES TUOIS SEr/riONS DU PLATEAU. i83
partie orientale n'offre point l'aspect d'un plateau, mais de mon* tagnes en terrasse. Les indigènes ne les considèrent pas encore comme faisant partie des Cordillères, mais comme un prolongement de la Sierra Famatina. Jusqu'en cet endroit elles courent avec les Cordillères et ne s'en détachent qu'un peu plus au sud, dans le voisinage de 29* delat. S., où obéissant à une légère courbure, elles prennent la direction sud-sud-est. Les deux autres parties constituent le grand plateau des Cordillères, sont tout à lait semblables et séparées en deux parties un peu inégales par une seconde vallée encore plus étroite, dirigée exactement dans le sens de la montagne. La partie occidentale est plus étroite que la partie orientale, qui forme la région centrale de l'ensemble du système. Ces deux parties sont un peu plus élevées que la première section et, comme elle, s'élèvent des deux côtés en terrasses jusqu'au centre. Mais les gradins sont inclinés de façon que leur partie la plus élevée est sur leur bord et la plus basse au pied du gradin suivant. D'après mes mesures, le second gradin du premier plateau est à 4348 mètres d'altitude et le bord occidental du même plateau s'élève à 4462 mètres, d'après la carte de M. de Moussy (Atlas, pi. XXVI, fig. 3.)
Xous allons maintenant décrire ce système de montagnes en suivant la route que Tauteura parcourue dans sa traversée. Les détails plus complets^^ se trouvent dans son jRe/se (t. II, p. 245etsuiv.).
Ainsi que nous l'avons déjà dit, une profonde vallée longitudinale s'étend au pied des Cordillères et de leurs premiers versants dans la république Argentine. Cette vallée descend du bord du plateau de la Bolivie et, s'élargissant peu à peu, elle va se perdre dans la plaine des pampas sous le 34' delat. S. A son origine, c'est-à-dire entre 26^ et 28° de lat. S., elle est très-étroite, notiimment dans sa partie la plus septentrionale où elle est trèsêlovée et confine au désert d'Atacama, solitude sans eau et sans végétation. Ce désert ne reçoit qu'un seul cours d'eau permanent au sud du 27' de lat. S., qui descend des montagnes de l'ouest et sur les bords duquel on trouve de la végétation et quelques établissements. Dans cette vallée, on rencontre du sud au nord les
181 LA QUERRADA DE LA TROYA.
localités suivantes : Copacavana déjà mentionnée, Tinogasta, Anillaco et Fiambala. L'altitude du premier village, d'où je suis parti pour traverser la montagne et dont j'ai mesuré l'altitude, est à H 08 mètres. L'altitude du second nommé est fixée à 4586 mètres dans l'étude de la passe de San-Francisco exécutée par M. Wheelwrigth *• . La rivière sur les bords de laquelle se trouvent ces localités sort de deux sources principales. Celle du nord vient du sommet neigeux du Cerro San-Francisco et quitte la montagne à Fiambala ; celle du sud a son origine dans le système de Famatina. Elle n'est alimentée par aucun sommet couvert de neige et entre dans la plaine par la Quebrada de la Troya. Cette rivière porte le nom de Rio de la Troya, près de la gorge ; c'est en remontant son cours jusqu'à la source que je m'enfonçai dans la montagne.
Le point où il sort de la montagne est l'embouchure de la Quebrada de la Troya et se trouve d'après mes mesures à lit U mètres au-dessus du niveau de la mer. La vallée dans laquelle il débouche devient très-étroite un peu plus au sud, à Anillaco. Deux chaînons, entièrement séparés des Cordillères, raccompagnent parallèlement, se rapprochent l'un de l'autre en cet endroit, ne laissant plus entre eux qu'un étroit passage pour la rivière. Les deux villages d' Anillaco et de San-José sont dans ce passage étroit et fertile, le premier à l'extrémité méridionale, le second à l'extrémité nord. Jusque-là la rivière coule immédiatement entre le pied de cette partie de la Cordillère qui appartient à la Sierm Famatina et les pentes parallèles de la Sierra Gulunipaja. Après avoir traversé la gorge elle est flanquée à l'ouest par l'étroite et courte Sierra Copacavama, qui la sépare de la vallée située au pied des Cordillères et la force à s'infléchir à l'est pour venir déboucher dans les plaines de la province de Catamarca, après avoir contourné le piton du Cerro Negro. Lii gorge se trouve à peu près à mi-hauteur entre Copacavana et Fiambala. Son extrémité sud à San-José peut être fixée à 1240 mètres, et son extrémité nord à Anillaco a l.i48 mètres. Tn peu avant Ânillaio, e bras de la rivière qui desrend de Fiambala et qui j)orle le
FORMATIONS SÉniMENTAIRES DES GORDIIXÈRES. 185
même nom se réunit avec le Rio de la Troya. Le point de jonction est un assez large épanouissement de la plaine avant laQuebrada de la Troya qui se prolonge jusqu'à la gorge entre deux chaînes secondaires. Comme ces chaînes sont légèrement inclinées à Test, les rivières décrivent de grands arcs à travers cette plaine avant de se réunir à Anillaco.
Lorsqu'on est parvenu à leur point de jonclion et qu'on a traversé la plaine à l'ouest, on aperçoit devant soi, dans la même direction, une paroi montagneuse abrupte, nettement stratifiée et qui se prolonge loin au nord et au sud. A côté, la sierra étroite de Copacavana, qui se termine à Anillaco, se prolonge au sud, mais en laissant une petite lacune, une vallée étroite entre elles deux. Cette vallée court en ligne droite au sud et laisse apercevoir au loin la lacune ouverte entre les deux montagnes. Le caractère de ces deux montagnes si rapprochées l'une de l'autre est irès-différent. La Sierra Copacavana a une couleur claire, gris jaunâtre, passant au rouge, et ne laisse voir aucune stratification apparente des roches ; tandis que l'autre paroi montagneuse, escarpée et nettement stratifiée, prend un ton moins clair, gris sombre, et paraît bouleversée en maints endroits. La première est formée de schistes métamorphiques, la seconde de sédiments argileux arenacés, dont la coupe déchirée se montre du côté de la plaine, tandis que le plan de stratification s'incline vers le N.-N.-O. et est dirigé au N.-N.-E. La paroi montagneuse nue et pelée, sans aucune végétation, se dresse du-dessus de la plaine, qui est aussi misérable, avec quelques buissons dispersés .}à et là, et offre une solitude à peu près complète, comme presque toute la moitié occidentale du territoire argentin au pied des Cordillères et de leurs premiers ressauts.
La Quebrada de la Troya s'ouvre à environ 5 lieues au nord d' Anillaco, sous la forme d'une fente étroite mais profonde, qui descend jusqu'à la plaine en coupant la montagne schisteuse. Les caractères de la roche qui la compose se reconnaissent aisément *ux deux côtés, sur ses parois déchirées, jusqu'à une hauteur de plusde 1000 pieds. Dans le fond, la rivière roule ses eaux peu ahon-
186 PRBHJËRE TERRASSE DU SYSTÈME DE FAMATINA.
daiites et se fraye difficilement un passage en creusant son lit entre d'énormes blocs de roches. Il faut marcher dans ce lit, car on ne trouve que de temps à autre un espace suffisant sur le bord pour y tracer un sentier. Ceci dure environ deux heures ; ensuite on arrive à une large place, à un plateau en forme de cuvette, dirigé du nord au sud, qui coupe le fleuve dans la direction du nord-ouest au sud-est. La largeur de ce plateau est de plusieurs lieues ; son sol n'est pas uni, mais ondulé, avec des bouquets dispersés çà et là d'agarrobas de petite taille, ne dépassant pas 20 pieds et d'une végétation chétive et pauvre. A l'ouest de cette haute vallée, il existe une autre montagne pelée, mais moins escarpée et plus en forme de gradins. Elle la limite de ce côté, tandis qu'à l'est la vallée est bornée par le bord du plateau qui forme une légère saillie. A Touest, au pied de la pente, il se forme çà et là de petits dépôts humides dans de légères dépressions, sur lesquels se développe une fraîche végétation. J'établis mon camp de nuit sur une de ces prairies de montagne, nommée Cienega redondu, située à 2050 mèlres d'altitude, à H lieues d'Anillaco et G du débouché de la Quebrada de la Troya.
Les pentes, d'une inclinaison modérée à l'ouest de la vallée, forment le bord oriental d'un second gradin très-élevé, coupé par le lit étroit du Rio de la Troya comme la terrasse inférieure par la Quebrada de la Troya. Cette partie supérieure de la coupure est un peu plus large que la partie inférieure. Ici oa marche sur la rive nord do la rivière, et l'on a toujours à côté de soi les mêmes roches sédimonlaires escarpées, rougeàtres, fortement argileuses. Plus loin, en haut, elles passent dans des assises jaunes, grises et enfin brunes, noirâtres, foncées; toutes pelées et slérilrs, sans Irare de végétation. A mi-chemin, où la goi^e devient très-étroite, on se trouve arrêté devant une masse trèsescarpée que la rivière contourne en décrivant une longue parabole et s'appliquant si immédiatement sur ses flancs qu'il ne reste plus de place pour le sentier. On escalade avec peine la paroi esciu^pée du côté est, jusqu'au sommet de l'obstacle, et l'on se trouve sur l'autre paroi, à Touest, également escarpée, en
SECONDE TERRASSE DU SYSTÈME DE FAMATINA. i87
face d*une degccnte d'un peu plus de cinq minutes de marche. Alors la vallée s'élargit en une dépression d'une profondeur moyenne, dirigée et ascendante vers le nord-ouest, et elle se nivelle de plus en plus dans la même direction. On reste plusieurs heures avec un paysage analogue, puis la vue s'étend et l'on arrive sui une seconde terrasse. Ici encore de petites pi-airies ont pu se développer dans les dépressions près de la rivière gui, ici, n'a qu'une faible pente. Un gazon frais et vert les recouvre et en fait d'excellentes stations de campement de nuit pour les hommes et les animaux. Nous nous installâmes dans un de ces endroits, appelé Tamberia, qui se trouvait à une altitude d'environ 3 500 mètres. Un petit ruisseau qui descendait latéralement de la montagne et se jetait dans le Rio de la Troya avait une température de 8* R. Au lever du soleil, le lendemain, mon thermomètre inarquait seulement 4° R.
Le prolongement de la vallée en amont, à l'ouest, conserve le même caractère. Les rives de la rivière sont formées par des surfaces nues, couvertes d'un fin gi-aviei*. Elle coule lentement, et avec des eaux complètement pures, sur ces galets, au milieu desquels on ne voit pas de gros blocs parce qu'elle n'a plus la force suffisante pour les mettre en mouvement. On ne voit aucune végétation : elle ne doit cependant pas manquer complètement, car on rencontre souvent, à cette hauteur, deux espèces d'oiseaux granivores (Phrygilus fruticeti et Columba melanoptera). Plusieurs petites ombellifères naines, parmi lesquelles Azorella Gilliesiiy croissent rii et là, et les oiseaux doivent rechercher Hvs fniits. On arrive bientôt à une troisième gorge appelée les TresQuebradaSy qui, par une pente d'abord très-roide, ensuite plus douce, conduit au sommet de la troisième terrasse, et le fcassin de la rivière va toujours en s'aplanissant. Je passai la nuit près du milieu et trouvai le lendemain Teau de la rivière gelée Jusqu'au fond. Vers l'extrémité supérieure du bassin les pentes deviennent rapidement plus escarpées, et il se forme de nombreuses prairies desquelles les eaux de la rivièie sortent en iïiinces filets. La dernière terrasse forme une crête de 200 à