‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 27 sur 583 · FUSION DES RACES · texte numérisé non relu

FUSION DES RACES

ne pouvaient comprendre comment leur secret avait été connu des Espagnols et admirent que les blancs étaient en possession de pouvoirs surnaturels qui leur pennettaient de voir jusque dans le cœur de leurs ennemis. Ils se firent surtout une idée exaltée de l'intelligence et de la justice du gouverneur, et à partir de ce moment obéirent volontiers à se^ ordres. Après ces événements ils montrèrent encore plus d'empressement à donner leurs sœurs et leurs filles aux Espagnols, et se considérèrent comme alliés avec eux, lorsque l'usage fut établi de désigner ces relations de famille par le nom de beau-frère {cunado). Cette soumission est un trait dominant du caractère des Carios et il se manifeste encore plus fortement chez les femmes que chez les hommes. 11 se fit ainsi peu à peu une fusion complète entre les basses classes de la colonie, fusion qui ne fit que tendre à se reserrer de plus en plus à mesure que les nombreux métis, qui en résultèrent, devinrent plus âgés. Les officiers eux-mêmes et les hauts fonctionnaires, en l'absence d'autres femmes, se virent contraints à des unions de cette sorte. Comme le gouverneur lui-même en donna le bon (?) exemple *^ le mélange des races fut bientôt si général qu'on n'en connut et n'en distingua pas d'autre.

Ce rapport entre les blancs et les gens de couleur s'est conservé le même jusqu'à nos jours et a donné aux quelques familles blanches de sang pur une prépondérance considérable au Paraguay. Elle s'est manifestée dans l'oppression inouïe du pays par des individus tels que Franzia et les membres de la famille Lopez. Aucune autre colonie espagnole de l'Amérique méridionale n'est devenue, comme le Paraguay, aussi complètement la propriété d'un seul homme. La dernière guerre contre le jeune Lopez, qui pensait sérieusement à fonder dans sa famille une dynastie héréditaire, a encore prouvé assez clairement la soumission du peuph" envers ses chefs. Ses soldats allaient au combat pour lui avec un vrai mépris de la mort, et bien que chaque joiu' et presqu'à chaque heure, ils fussent témoins des explosions de sa fureur sauvage, contre laquelle sa sœur elle-même et sa mère n'étaient pas en sAreté ils ne l'abandonnèrent pas, mais l'accompagnèrent jus-

ALVARO NUNEZ CABEZA DE VAGA. il

qu'à la (in, lorsque depuis longtemps déjà tout espoir de succès était perdu. De la vient que les serviteurs paraguayens jouissent de la meilleure réputation. Les hommes sont très-estimés comme palefreniers, chasseurs et bergers. Ils se contentent de peu et travaillent plus qu'un Européen dans le même emploi. On vante chez les femmes une certaine grâce naturelle et un abandon de leur personne à celui à qui elles se sont données, qui va jusqu'à leur faire supporter l'oubli du côté de l'homme et les tient attachées à leur affection aussi longtemps que possible.

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