‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 37 sur 583 · DÉPOSITION DU GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DU GOUVERNEUR

honte. Schmidt avoue sans déguisement le traitement fait aux Orejones, qu'il nomme Surucosis. 11 ne rougit pas de raconter qu'on en tua trois mille, brûla leur village et emmena en esclavage environ deux cents femmes et enfants.

On est bientôt fatigué de raconter ces scènes de carnage» accomplies le plus souvent sans aucune nécessité et qui étaient devenues une habitude chez les soldats. Il est incroyable que les Espagnols, qui par la réunion de leur pays avec l'empire d'Allemagne tenaient la première place parmi les nations européennes et dans leur bigotisme religieux se donnaient pour le peuple le plus chrétien, aient pu se croire appelés à de semblables impiolations et avec leur féroce prosélytisme en arriver à s'imaginer qu'ils faisaient tout cela en l'honneur de Dieu et de la religion chrétienne. Comment pouvait-on admettre que des hommes traités aussi cruellement que les Indiens ajouteraient la moindre foi dans la religion de leurs bourreaux. Ne devaient-ils pas plutôt mépriser les prêtres hypocrites, qui leur promettaient une vie supérieure, et cependant vivaient en bonne intelligence avec de pareils monstres. Jamais on n'a abusé de la religion d'une façon aussi exécrable que les Espagnols à la découverte de l'Amérique. Jamais il n'a existé de conquérants plus impitoyables et de plus mauvais chrétiens (à l'exception peut-être des sectateurs vaudois et huguenots) que ne Fêlaient ceux qui portèrent en Amérique les premiers enseignements de cette doctrine si douce et si humaine. Car christianisme et humanité sont synonymes, ou en d'autres termes le vériUible esprit religieux ne va pas sans l'humanité.

Cette seconde expédition de Cabeza de Vaca fut sa dernière entreprise comme gouverneur. A son arrivée à l'Assonjption, 8 avril 1544^*, il était si faible, qu'il pouvait à peine se mouvoir. Cotétnt dura quatorze jours, durant lesquels il ne put quitter sa rhambre. Les mécontents profilèrent de cet état d'immobilité et d'impuissance du gouverneur, et trois d'entre eux, le payeur Alonzo de Cabrera, son ennemi principal, le secrétaire du gouvernement Franz de Mendoza et un certain Garcia Vencgns, pénétrèrent, durant la nuit du 26 avril, avec deux cents hommes armés dans

5i CABÉZA DE VACA EST RENVOYÉ EN ESPAGNE.

sa demeure et le firent prisonnier. On renferma dans une prison solide, où on le retint comme un malfaiteur jusqu'à ce qu'on eiit achevé la construction d'un navire destiné à le transporter en Espagne, pour le remettre aux mains du roi avec les plaintes de la colonie. Dix mois se passèrent ainsi, pendant lesquels Cabeza de Vaca vécut dans une rigoureuse séquestration sous la garde de ses ennemis. Lorsqu'une nuit on le tira enfin de sa prison pour le conduire au navire, il s'écria plusieurs fois qu'il nommait Juan Salazar pour successeur au gouvernement ; mais on l'embarqua sans l'écouter et le navire partit aussitôt, emportant ses acx;usateurs, qui continuèrent à le traiter comme un prisonnier".

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