INSTITUTION DU GOUVERNEMENT DE TUCUMAN
Esteix). Il la sépara de son territoire et institua pour elle et pour les contrées plus au nord un gouvernement indépendant, que l'on appela Tucuman, nom emprunté au chef des Calchaquis Tucumanao, ou au nom de Tucma, par lequel les Indiens désignaient le pays même. Zurita fut nommé gouverneur de ce nouveau gouvernement. Mais les habitants de London se révoltèrent. Ils se plaignirent des règlements rigoureux décrétés par le gouverneur pour punir les violences commises contre les Indiens et demandèrent à demeurer attachés au Chili. Ils envoyèrent secrètement des messagers et firent des offres au gouverneur Franz de Villagran. Zurita, de son côté, occupa la ville et fit décapiter comme rebelles quelques-uns des habitants les plus influents. Le mécontentement n'en devint que plus vif. Villagran profila des plaintes de cruauté élevées contre Zurita pour le déposer et envoya avec des troupes Gregorio Castancda pour rétablir la tranquillité. L'animosité générale contre Zurita était montée si haut, que le gouvernement se vit forcé de l'éloigner de la province et de nommer Castaneda gouveineur à sa place.
Gastaficda irrita aussi les habitants par sa dureté et ses règlements sévères. Il eut bientôt tout le monde contre lui, particulièrement les Calchaquis, qui avaient été habitués à un meilleur traitement par les lois impartiales de Zurita, cause du soulèvement dos colons espagnols contre lui. Les Calchaquis, profitantde l'absence de Castafteda, sorti avec une troupe pour aller fonder sur l'emplacement ou dans le voisinage de Jujuy une ville nommée Nieva du nom du vice-roi, se révoltèrent en 1561 contre les Espagnols, sous la conduite de leur nouveau cacique Juan. Le soulèvement devint général, car les Diaguitas, qui habitaient la vallée de Catamarca et étaient déjà distribués en réductions, y prirent part aussi. L'armée réunie des Indiens se précipita sur les trois villes fondées par Zurita elles délruisil prescpie complètement. Une heureuse bataille, livrée aux Indiens par les deux officiers Nicolas Carrazo et Julian Sîideno, sauva les Espagnols. La défaite des Indiens fut complète et ils demandèrent la paix. Leur chef Juan fut fait prisonnier sur le champ de bataille. Cas-
GUERRE AVEC LES CALCflAQUIS. 91
tineda, de retour de son expédition, lui rendit la liberté par un mouvement de générosité que les Indiens ne comprirent pas. Ils se préparèrent silencieusement à une nouvelle, attaque et à prendre leur revanche. La révolte éclata pendant le voyage de deux officiers espagnols, Damian Bernai et Julian Sadeno, qu'ils massacrèrent avec leur escorte. Gastaneda, qui put échapper avec son armée, se trouva bloqué dans une étroite vallée et fit égorger les prisonniers qu'il avait pour intimider ses ennemis. Mais ce spectacle enflamma de colère les Galchaquis; ils se précipitèrent de tous côtés avec tant de fureur sur les Espagnols, que Gastaneda fut trop heureux de pouvoir leur échapper après de grandes pertes et de se retirer avec ses débris vers les ruines de London. Les Galchaquis l'y poursuivirent et l'enveloppèrent complètement. Il reçut un petit renfort ; mais dans cette triste situation, il reconnut qu'il ne pouvait plus tenir longtemps. Il se décida à s'ouvrir un passage et à chercher un .autre lieu de défense. On forma une colonne d'attaque avec tous les hommes, on plaça les fenunes et les enÊantsau milieu et l'on marcha à l'ennemi, qui se dispersa et laissa tomber aux mains des Espagnols une fille du cacique Juân. Pendant que les Espagnols exécutaient leur sortie de London, les Galchaquis attaquèrent la ville de Cordova et la détruisirent si complètement qu'il n'en est rien resté debout. Dans ces circonstances, Gastaneda jugea le plus raisonnable de faire la paix avec les Indiens. Il fit des avances au cacique Juan. Les Galchaquis devaient payer un tribut annuel et leur liberté personnelle leur serait assurée. Juan accepta sous la condition que sa fille lui serait rendue. Mais lorsqu'il l'eut près lui il continua le siège de Cordova, et les habitants ayant voulu s'enfuir pendant une nuit sombre il tomba sur eux et les tua presque tous. Hernanda Mejia seul échappa ainsi que six soldats, avec lesquels il put se faire jour.
La guerre se continua entre les Indiens et les Espagnols pendant toute l'année 1562, avec des succès variés des deux côtés. La petite troupe des Espagnols i»tait évidemment trop faible pour dompter d'une façon durable une nation aussi belliqueuse que les
n ON ABANDONNE LE TERRITOTRE DES CALCHAQUIS.
Cdlchaquis. On fut obligé de reconnaître que, dans cet état de choses, il serait impossible de conserver des établissements dam cette contrée. Les Indiens rendaient impossible toute installation en dehors des trois villes de London, Cordova et Gaileta que Zurita avait fondées, et forcèrent même les Espagnols qui s'y étaient établis à abandonner leurs habitations. London était déjà une raine, Cordova également, et le même destin approchait pour Caneta. On se décida donc à abandonner la colonisation du terri* toire des €alchaquis et: à se retirera Santia^ delEstero. Les Espagnols accomplirent leur retraite sous la conduite de Castaâeda.
Lorsque la nouvelle de ces tristes événements parvint au Pérou, le vice-roi Garcia Lopez de Castro se décida à envoyer dans ces contrées le terrïble Franz Aguirre. Il le nomma gouver« neur de la province de Tucuman et le rendit entièrement indé^ pendant du Chili, comme son prédécesseur Zuniga avat( déjà eu dessein de le faire, sans y réussir complètement. Mais cet homme énergique ne fut pas plus heureux que ses devanciers. Il batailla sans repos avec les Calchaquis , mais ne réussit pas à les soumet* Ire et Ait deux fois en grand danger de tomber entre leurs mains. Il ne leur échappa que grâce à la grande habileté de son capitaine Gaspar Médina*'. Aguîrre dépêcha enfm cet homme au Chili auprès de ses anciens soldats et amis pour les engager i venir auprès de lui Taider à soumettre les Calchaquis. Mais Médina ne put ramener que quarante-quatre soldats en dehors de sa famille qu'il conduisit à Santiago del Estero, et neuf jevnes dames qui pouvaient aspérer de se marier avantageusement avec les conquérants de Tucuman.
Le Ëiible renfort que ft|edina ramenait n'était pas suffisant pour recommencer la guerre avec les Calchaquis. Aguirre 6e décida donc à se fortifier dans son gouvernement et à se créer un centre d'action solide dans le nord, près du pays des Calchaquis. 11 diargea de cette mission son neveu Diego de Villaroel et renvoya en 1565 avec l'équipement nécesf^ire pour fonder une nouvelle ville^ non pas sur le territoire nièm<' des Cali^mquis, mais dv» le