‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 93 sur 583 · VÉGÉTATJON DES PAMPAS STÉRILES · texte numérisé non relu

VÉGÉTATJON DES PAMPAS STÉRILES

Cette plante européenne, joue donc déjà un rôle indispensable dans les pampas de Bu^aôs^Ayres ^'.

Ce que nous avons dk des pampas de la plaine argentine s'applique seulement aux parties feililes de la région orientale et surtout méridionale du pays. Elles embrassent la province de Buenos- Ayres, une partie de Santa-Fé et l'intérieur jusqu'au 68* de long, ouest de Paris. Elles finissent par conséquent à peu près sous la même longitude que la Sierra de Cordova, que les pampas fertiles ne dépassent pas à l'ouest. On les retrouve cependant plus au nord, dans la plaine de la province de Tucuman, entre les deux grands cours d'eau du Rio Salado et du Rio Dulce. Ici elles ont un aspect un peu plus riche que dans le sud. Ce changement provient sans doute de difféi'ences spécifiques dans les graminées des deux contrées, mais au reste il n'est pas assez marqué pour fonder une distinction bien profonde des deux régions. Il en est tout autrement des pampas stériles en deçà de la Sierra de.Cordova et à l'ouest du Rio Quinto, entre San-Luis et Mendoza, ainsi qu'au nord dans la région de San-Juan, laRioja et Catamarca. Il n'existe plus de trace de tapis de graminées, et le gazon touffu manque totalement, en dehors des petites plaques qui végètent au bord d'un ruisseau ou d'une ci^n^gfa. Dans ces provinces, le sol dénudé est composé d'un sable meuble *^ dans lequel des groupes de cactus se sont enracinés ça et là. La plupart sont peu élevés et d'un aspect chétif, mais diffèrent les uns des autres par leur forme, tantôt tuberculeuse, tantôt sphérique ; quelques-uns sont revêtus de minces épines de la longueur d'un doigt. On y remarque aussi une espèce qui, au lieu d'épines, porte des feuilles presque aussi longues, larges de deux lignes, recourbées en bas, linéaires, scarieuses et grisâtres. Quelques espèces de Ceretis un peu plus élevées se montrent encore ici ; parmi elles, une porte des fruits rouges très-savoureux de lagrosseuret de la couleur d'unebille de billard. En beaucoup d'endroits il n'existe pas d'autre végétation sur ce sol. D'ordinaire, cependant, il est couvert de fourrés d'arbrisseaux peu élevés, à ramifications extrêmement nombreuses et entrelacées, et à feuilles petites et très-insignifiantes. Quelques-

16â BROUSSAILLES DlSS PAMPAS STÉRILES.

uns manquent tolalement.de feuilles. Ils ressemblent au Spartîum d'Allemagne, avec une taille généralement plus élevée qui atteint 10 à 12 pieds. D'autres, eu plus grand nombre, portent d'épaisses et longues épines, simples ou ramifiées, souvent tricuspides. Sans être très-touffus, ils forment des fourrés impé« nétrables, inaccessibles à l'homme comme aux animaux. Ce n^est pas ici le lieu de décrire en détail ces plantes; nous y reviendrons plus tard dans le volume contenant la flore de la république Ai^entine. Remarquons seulement que ce sont surtout des légumineuses du groupe des acacias et des compo* séesqui constituent la végétation des pan[ipas stériles ou steppes, comme nous avons dénommé ces contrées plus haut (p. 155.) Les plantes du premier groupe dominent. Elles composent la haute broussaille des steppes, mais ne dépassent pas 6 à 8 pieds dans les parties méridionales de la contrée. Un cavalier peut donc dominer des yeux sur ces broussailles. J'ai toujours été étonné lorsqu'en chevauchant à travers ces contrées appelées prétentieusement des forêts (monte**) je voyais la prétendue forêt au-dessous de moi, au lieu de marcher à son abri comme j'y avais été accoutumé dans les forêts de ma patrie. Il y a sans doute aussi de nombreux endroits auxquels cette caractéristique s'appliquerait mal, plus particulièrement dans les districts du nord, où lès broussailles s'élèvent jusqu'à :20 pieds. Mais comme ces arbrisseaux n'ont pas de tronc et se ramifient à l'infini près du sol, la forêt perd encore le caractère qu'on est habitué à lui doniier, à savoir de gmnds et puissants arbres dominant audesstis d'un sous-bois grêle et étiolé. Ici tout est sous-bois, du moins d«1ns la région des pampas que nous avons en vue pour le moment. Comme les pampas stériles sont le plus souvent situées au voisinage de montagnes ou dans les larges vallées qui les sillonnent, un phénomène nouveau, qui manque absolument dans les plaines verdoyantes, vient encore les caractériser, du moins au pied des monUignos : il s'agit de la présence dans leur sol de grands amas de graviei*s et de galets. Cette composition n'est sans doute pas universelle ; mais on peut la constater dans toutes les localités où

FORMATION DÉTRITIQl^E DES PAMPAS STÉRILES. i67

les plaines en question sont enveloppées de montagnes, par exemple à Mendoza et à Catamarca. On y voit au pied de la montagne une couche de débris large d'une lieue environ et plus fortement inclinée que le sol adjacent. Ses éléments, formés de galets entièrement arrondis, presque tous ovales, sont de la grosseur d'une courge, d'un melon, d'un œuf d'oie, ou d'un grain de sable. Ils sont assemblés dans une gangue arénacée finement broyée et grise, dans laquelle ils ne sont pas soudés ensemble, mais demeurent toujours libres et isolés. Ce sol détritique a une grande puissance, surtout dans les montagnes. J'ai vu descoupe& de 30 pieds d'épaisseur sans que la strate fût traversée. En s'écartant des montagnes, ces formations s'amincissent, les galets deviennent plus petits, et lorsque la pampa stérile proprement dite commence, les gros cailloux roulés disparaissent entièrement. Ici le sol est eïicore composé de cette terre arénacée, fine et d'un gris clair qui constitue toutes les alluvions du territoire argentin, tant que la présence d'une végétation touffue n'est pas venue donner par ses produits de décomposition une coloration foncée grise noirâtre due à l'humus, en augmenter un peu l'épaisseur et les rendre plus fertiles. Au pied même des montagnes la surface est recouverte de gros blocs d'un mètre do diamètre et au-dessus. Entre eux, ainsi que sur tout le terrain détritique, croissent les mêmes buissons qui végètent dans les plaines des pampas stériles, plus particulièrement cependant les formes les plus petites, cactées et composées. Les grands acacias, qui prédominent dans la plaine, y manquent.

Il est donc indubitable que celte formation détritique appartient à la période des alluvions, ainsi que toute la surface finement arénacée des pampas tant stériles que fertiles et que les galets proviennent des montagnes voisines au pied desquelles s'étend cette formation. Conformément aux lois de la physique, la grosseur des galets décroît à mesure qu'on s'éloigne des montagnes, puis enfin ils disparaissent entièrement du sol, dont la substance provient de l'usure de ces galets arrondis par le frottement. Comme les pampas fertiles manquent dans le voisinage des grandes chaînes

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a* les dépressions du sol, manquant de l'eau nécessaire, ne

»entpas se remplir. En outre la couche alluviale superlicielle jjsorbe l'eau, qui ne s'arrête que dans sa partie profonde, sur la 0iarne plastique du diluvium située au-dessous. Le peu d'eau de pluie qui tombe disparaît donc aussitôt de la surface, rendanl impossible toute végétation de graminées et autres plantes délicates, et n'accordant que le peu d'humidité infiltrée dans la profondeur du sol aux [liantes ligneuses qui enfoncent profondément leurs racines et à qui leur rusticité donne une plus grande foire de résistance. I^es ««randes rienegas ou marais existent seulement dans quelques endroits des pampas stériles ; les lagunes proprement dites avec eau ouverte, nulle part. On ne trouve que des étangs artificiels, sur des points favorables et toujoui*s trèspetits, pour l'usage des faibles troupeaux de ces localités.

Un autre phénomène est au contraire beaucoup plus fréquent dans les pampiis stériles que dans les fertiles ; nous voulons parler des efflorescences «iliiit^s a la surface du sol. Dans di» nombreuses

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