FIGURES DES CHRYSALIDES
nilles assez longtemps, et il y en a qui restent plusieurs mois dans la coque avant de se changer en chrysalide, mais chez la plupart le changement survient rapidement, au moins après deux ou trois jours. S’étant ainsi dépouillé, l'animal montre une figure très-différente de celle de la chenille, la nouvelle prenant celle de la chrysalide (pupa). Dans cette période de sa vie, l'animal reste tranquille, sans se mouvoir et sans manger, respirant seulement par les stigmates bien visibles, les figures des organes externes du papillon étant indiquées par des lignes enfoncées sur la surface externe de la chrysalide. Ces lignes représentent le papillon déjà réformé avec tous ses organes externes, renfermés dans une enveloppe assez dure, qui les unit intimement entre eux, l'animal ressemblant à un enfant emmailloté et par cette ressemblance on l’a nommé aussi poupée ou poupe (pupa). En général, la figure des chrysalides est allongée, ovalaire, un peu plus obtuse à l'extrémité antérieure et plus pointue à la postérieure, mais il y à aussi des figures anguleuses, avec des bordures latérales élargies, des cornes ou des carènes sur le dos et des tubercules ou lames allongées sur la tête. On voit bien, circonscrits par des lignes fixes, un peu enfoncées à la manière de sutures, les organes externes sur la surface de l'enveloppe. Ainsi se distingue en avant la tête, séparée par une faible suture dans la nuque, et sur elle les yeux comme deux petites convexités latérales, elliptiques, et entre eux la base de la spiritrompe, accompagnée de trois petites facettes représentant la lèvre supérieure et les mandibules (*). En arrière des yeux sont situées les antennes prenant leur origine un peu plus en avant, presque au sommet de la tête, et descendant, réelinées, aux côtés des ailes jusqu'à la fin des enveloppes, qui renferment ces organes, les plus grands entre les visibles sur la surface de la chrysalide. On à donné des noms particuliers aux enveloppes qui renferment les différents organes, les formant des mots de la langue grecque, et on nomme l’enveloppe des yeux ophthamolheca, des antennes ceratotheca, de la spiritrompe glossotheca, des ailes pterctheca, des pattes podotheca et de l'abdomen gustrotheca, comptant les anneaux qui le composent, suivant leur position d'avant en arrière. Les enveloppes des ailes, les plus
() Regardez, pour mieux comprendre cette courte description, les figures détachées des chrysalides sur les planches IL, V, VI, X, XIII et autres.
grandes de toutes, prennent leur origine aux côtés du thorax et descendent, sous la figure de lames triangulaires, imitant celles des ailes supérieures, jusqu'à la moitié de l'abdomen, laissant visible une petite bordure des aïles inférieures au bord dorsal des antérieures, entre elles et les premiers anneaux de l'abdomen. Les enveloppes des antennes accompagnent les bordures antérieures des enveloppes des ailes antérieures jusqu'à la fin, et sont accompagnées jusqu'au même point par les deux enveloppes de la spiritrompe, laissant ces enveloppes entre elles, à chaque côté, un espace libre où entrent les enveloppes des pattes, dont seulement deux des antérieures et postérieures sont bien visibles; celles de la paire du milieu, un peu indiquées sous la figure d’un vide allongé elliptique entre les deux autres. Quelquefois les enveloppes de la spiritrompe et des pattes postérieures surpassent libres le corps de la chrysalide, la première surpassant souvent aussi à la base au dehors des autres (Voyez pl. IX et XI). Toutes ces enveloppes sont dirigées vers le côté ventral du corps, laissant libre le côté dorsal. Sur cette surface on voit, en arrière de la tête, le thorax comme une portion un peu plus convexe, souvent carénée au milieu ou même pourvue d’une corne ou tubercule. Aussi les bordures des trois anneaux du prothorax, mésothorax et métathorax sont faiblement indiquées, et à chaque côté de la suture entre le premier anneau et le second se présente bien visible le premier stigmate thoracique. En arrière du thorax suivent les anneaux de l'abdomen, dont les quatre premiers sont couverts en avant par les enveloppes des ailes, des antennes et des pattes. Ces quatre deviennent successivement un peu plus grands, le quatrième étant toujours le plus grand de tous les anneaux de l'abdomen. Chacun de ces anneaux laisse voir un stigmate immédiatement au côté des enveloppes des ailes. Au quatrième suivent encore les cinq derniers anneaux du corps, tous libres, diminuant peu à peu de circonférence et de longueur. Les trois premiers des cinq sont toujours bien distincts, parce qu'ils sont bien séparés, mais les deux derniers restent plus intimement unis et perdent leur séparation quelquefois presque complètement, le dernier terminant plus ou moins en cône par une pointe allongée de différente figure, par laquelle les chrysalides des papillons diurnes sont attachées à leur place de repos. Cet attachement sera fait par des fils de soie, soutenus par une multitude de petits crochets, qui couvrent la surface terminale
ENVELOPPES DES ORGANES DE LA CHRYSALIDE al
plus ou moins étendue de la prolongation ou de la queue de la chrysalide. On voit elairement sur les côtés des quatre premiers des cinq anneaux postérieurs les stigmates, mais ils manquent souvent au dernier et quelquefois aussi au pénultième, ceux-ci étant toujours plus petits et presque invisibles, quand bien même ceux du dernier anneau existent. Le dernier anneau montre toujours parfaitement bien indiquée l'ouverture anale, mais fermée ; aucune chrysalide ne fait des excréments pendant sa vie dans cet état, laissant au papillon éclos cette première fonction de sa vie nouvelle, qui a lieu aussitôt après l’éclosion sous la forme d’un fluide jaune ou brun comparable au méconium des enfants nouveau-nés. Les anneaux abdominaux libres de beaucoup de chrysalides sont complètement lisses comme toute l’autre surface de l'enveloppe, dans d’autres toute la surface est finement ponctuée ou granulée, et il y en a aussi où les deux qualités sont unies sur la même enveloppe. Aïnsi les bords des anneaux libres sont quelquefois garnis de petites granulations ou épines, formant une ligne transversale ou une plaque elliptique sous les stigmates, à chaque côté du corps. Cette particularité se trouve en maximum dans les chrysalides renfermées dans l’intérieur du bois ou d’autres substances dures, et c’est pour le mouvement de l'animal avant l’éclosion jusqu’à l'ouverture de la cavité qui le contient.
Les enveloppes des organes, indiquées sur la surface externe de la chrysalide par des lignes enfoncées, se continuent aussi dans l’intérieur, et forment en vérité des étuis ou des fourreaux complets pour les différents organes qu’elles renferment.
Au premier moment, les étuis ne contiennent autre chose qu'un fluide assez clair, supporté par des nerfs et des trachées fines, et comme ces étuis ont déjà la grandeur complète des organes du papillon parfait, il résulte évidemment, si on regarde la petitesse des correspondants de la chenille, qu'ils ne sont pas faits par croissance antérieure, mais se forment nouvellement d’une substance organique préparée pour ce but dans l’intérieur de la chenille, sous l’ancienne peau. En vérité, on voit les germes bien indiqués sous la peau avant le dépouillement, et on comprend facilement que ce ne sont pas les anciennes pattes écailleuses de la chenille, mais des produits nouveaux, réformés depuis longtemps, comme les germes des ailes, au dessus d'elle dans le corps de la chenille, recevant leur dernière extension pendant son repos, avant le dépouille-
ment. C’est, de tous les points, le plus surprenant de l’évolution du papillon, comme de tous les autres insectes avec métamorphose parfaite, que la chenille, à l’état de jeunesse, ne prouve rien de la figure générale et particulière de l’insecte parfait, et que cette figure, ainsi que les organes externes tous différents, se présentent soudainement quand la chenille dépose sa peau et apparaît comme chrysalide. Aussitôt après que ce dépouillement est fait, les organes nouveaux et toute la figure de la chenille sont encore un peu incertains ; son corps est plus étendu, les organes externes un peu plus séparés, plus convexes et faciles à séparer du contact intime; mais bientôt la figure se consolide; la peau, au premier moment, claire et transparente, devient dure et plus obseure ; les organes externes se fixent entre eux intimement, la portion abdominale du corps se raccourcit plus, et après une demi-journée la véritable configuration de la chrysalide est finie complètement; seulement la couleur reste encore plus claire, devenant peu à peu, avec les jours ou les mois, insensiblement plus obscure. Cette couleur est ordinairement le brun ou le testacé dans presque tous les papillons hétérocères, le brun rougeâtre passant au noir, et le jaune blanchâtre au jaune d’'oere obscur. C’est une exception quand une chrysalide de ce groupe a une autre couleur. Dans les chrysalides des Rhopalocères, qui sont exposées directement à l'influence du soleil, sans être renfermées dans une coque, des couleurs claires, comme vert, jaune, blanc prévalent et ces chrysalides sont généralement ornées de taches ou de bandes brunes ou noires. Plusieurs ont des taches métalliques, imitant l'or et l'argent, et quelquesunes sont complètement dorées. C’est pour cela qu’on a nommé
cet état du papillon la chrysalide, dérivé du mot grec Xpusés,
qui signifie : or.
Nous n’entrons pas davantage dans l'examen des différentes figures des chrysalides, quoique quelques-unes soient véritablement bizarres ; dans notre travail nous aurons plus tard l’oecasion de parler, chez les différents genres et espèces, aussi de leur métamorphose et aviser le lecteur de ce que nous connaissons sur elles; cependant les figures des planches de l’Atlas donneront déjà une idée claire des variations formelles des chrysalides qui ne sont pas en nombre moindre que celles des chenilles. Nous remettons le lecteur sur elles, finissant notre exposé général avec l'avis que la durée de l’état de la chrysalide est également