Casininadae
PREMIÈRE FAMILLE PAPILIONIDAE
Les Papilionides sont un groupe assez distinct de toutes les autres familles des papillons diurnes; ils se distinguent déjà par leur figure générale assez bien d'elles, soit par la petitesse de la tête, les grands yeux, les antennes en massue ronde recourbée, ou soit par les ailes allongées, les antérieures plus ou moins courbées, les postérieures par le manque de la saillie abdominale et souvent par des longues queues ou des dentelures fortes qui les caractérisent. Aïnsi tous les organes externes du corps donnent quelques caractères particuliers que nous réunirons dans notre descripcion générale.
Des antennes, nous avons déjà dit que la massue, assez forte, très-allongée et recourbée en arc (‘), donne un caractère distinctif. On peut adjoindre que leur position très-rapprochée au milieu du front augmente cette particularité. De moindre
() Les genres où cette massue est droite, comme chez Doritis et Eurycus, manquent dans l'Amérique méridionale,
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importance sont les palpes, assez petits, quoique la spiritrompe soit très-longue, mais assez fine. Les grands yeux d'une couleur noire ou d’un brun obscur augmentent la particularité de la tête.
Le trone du corps est passablement grand et le thorax fort convexe, à cause de la grandeur des ailes; il est généralement presque nu, orné de taches d’écailles et en outre couvert de poils, principalement le thorax. La différence sexuelle de la pointe de l'abdomen est très-forte, plus renflée chez le mâle que chez la femelle, et les deux valvules couvrant les génitaux masculins sont très-grandes, mais celles de la femelle petites. Ce sexe a un abdomen renflé au milieu et plus ovalaire que Île mâle.
D'une grande importance est la configuration des ailes. Ces organes sont très-grands et principalement les ailes antérieures très-allongées ; leur bord antérieur est fortement courbé au dehors, la pointe largement arrondie et le bord externe faiblement courbé, principalement chez les mâles qui ont toujours des ailes antérieures un peu plus étroites et la courbure externe un peu dirigée à l’intérieur, c’est-à-dire concave au lieu d'être généralement convexe. Les deux ailes ont une cellule discoïdale fermée, d'où sortent deux rameaux au bord externe. Les antérieures présentent un caractère tout particulier dans le nombre des cellules marginales qui sont de huit, tandis que tous les autres papillons diurnes n’en ont que sept. Cette difference dépend de la direction du dernier rameau antérieur de la sous-costale, qui se dirige chez tous les autres papillons diurnes immédiatement à la pointe terminale de l'aile, tandis que chez les Papilionides ce rameau se dirige plus en arrière au bord externe et le pénultième antérieur avant lui, à la pointe terminale. De cette manière s’intercale avant la petite cellule à fourchette une huitième cellule au bord externe. Cette cellule existe aussi chez les autres diurnes, mais elle est dirigée au bord antérieur, étant la branche antérieure de la cellule à fourchette, correspondant au dernier rameau antérieur de la sous-costale, la nervure qui occupe la pointe terminale de l'aile. Chez les Papilionides cette position prend le pénultième rameau sous-costale antérieur, et par cette raison nous avons à compter seulement trois de ces rameaux au bord antérieur chez cette famille et quatre chez la plupart des autres (comparez les figures 10-16 de la pl. D).
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Aussi le tronc dorsal, courant parallèle au bord postérieur interne de l’aile, a un petit rameau courbé tout près de la base, dirigé à la bordure postérieure, lequel manque chez tous les autres papillons diurnes (voyez les mêmes figures). Les ailes postérieures sont longues, dans la direction d'avant en arrière, mais moins larges dans la direction latérale de droite à gauche, parce qu'il manque la saillie abdominale interne. Par ce manque elles recoivent une figure plus ou moins courbée. De la cellule discoïdale sortent six rameaux à la bordure externe. La bordure antérieure est très-élargie à la base et contient le petit rameau dirigé en avant, formant le erin chez les papillons qui en sont pourvus; ce rameau sort d'une petite cellule parallèle à la branche costale. La bordure interne abdominale est sans dilatation sous la forme d’une saillie abdominale, et leur nervure simple sans rameau. Dans beaucoup de mâles, cette même bordure forme une poche allongée par le repli du bord en dessus, et l’intérieur de cette poche est couvert de poils blancs soyeux.
Les pattes des Papilionides se distinguent paï leur longueur, principalement les antérieures qui sont aussi longues que les postérieures et plus longues que celles du milieu. Les jambes de la première paire ont l'éperon interne élargi, lequel manque aux autres papillons diurnes, sauf aux Castniades qui l'ont aussi. D'une longueur exhorbitante sont les tarses, mais les articles restent dans la relation générale entre eux, le premier et le dernier étant les plus grands. Chaque article porte au-dessous un double rang de petites épines, ressemblantes aux éperons plus grands qui terminent les jambes; ces éperons semblent manquer par leur petitesse aux jambes de la première paire des pattes. Très-caractéristiques sont les ongles des Papilionides, par leur grandeur allongée, la figure peu courbée et la petitesse de la plantule qui les porte sans s’élargir beaucoup entre eux, les enveloppant un peu à la base de chaque côté externe (voyez pl. I, fig. 21).
Les chenilles et les chrysalides des Papilionides donrient aussi de très-bons caractères pour déterminer le groupe; car les chenilles ont un organe particulier qui se trouve seulement chez elles. C’est une sorte de tentacule, tantôt double, tantôt de figure d’une fourchette qui sort soudainement, d’après les besoins de l'animal, d’une ouverture au sommet de la bordure antérieure du premier anneau du corps, avec une couleur rcu£e
ou orange, s'étendant plus ou moins long par ces deux branches jusqu’à la longueur d'un tiers du corps (voyez pl. IL, fig.2). J'ai examiné cet organe avec soin et j'ai trouvé qu'il est formé d'une membrane fine cylindrique, vide, fermée à la fin des deux branches en pointe, et ici munie de deux muscles étroits, plats qui retirent les deux branches, quand elles sont sorties par la pression aux organes contenus dans l'intérieur du corps. La surface interne des tubes devient l'extérieur, quand l'organe est renversé, et cette surface est opaque, mais lisse, sans aucun appendice. L'animal fait usage de cet organe, quand il est troublé par des attaques de l’homme et des ennemis, et il lui semble être utile pour chasser les insectes parasites de la famille des Ichneumonides qui attaquent ces chenilles comme toutes les autres. En outre, la figure externe des chenilles des Papilionides est très-variable, quelques-unes étant nues et d’autres couvertes de prolongements externes charnus, mais aucune velue de poils, quoique lesdits appendices portent généralement quelques poils fins au sommet. La tête est luisante et noire, la surface du corps sans lustre, mais généralement teintée de très-belles couleurs. J’ai donné sur la planche IT de l'Atlas plusieurs figures avec les détails de la tête, que j’expliquerai dans le texte de cette partie de l'ouvrage. Toutes les chenilles ont dix pattes charnues sur les cinq anneaux du corps, qui les portent généralement. Ces pattes sont presque toujours noires, au moins au côté interne et sur les deux lambeaux de la plante. Aussi les crochets sont noirs et fort luisants.
Les chrysalides ne sont pas moins variables, comme le prouvent les figures de notre planche Il. Le caractère le plus prononcé est leur configuration anguleuse, qui se présente tantôt sur la tête, en forme d'oreilles, tantôt sur le thorax comme une forte bosse où un cône assez haut, même un cylindre, et principalement sur les côtés de l'abdomen comme des angles latéraux aigus, en continuation des enveloppes saillantes des ailes, enfin sur le milieu de sa surface supérieure, répétant la bosse du thorax. La pointe terminale de l’abdomen n’est pas très-longue, mais assez forte, et attachée avec les crochets qui la couvrent par des fils de soie à la place de repos de la chrysaide. Un autre moyen d’attachement forme le lien transversal au milieu du thorax, composé de plusieurs fils de soie et fixé aux deux côtés tout près du corps de la chrysalide. Ces deux moyens tiennent la chrysalide en position perpendiculaire, la
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tête en haut le dos au dehors, comme c’est la loi générale des succeints. La surface externe du corps de la chrysalide est en général opaque, granuleuse ou ruguleuse, jamais lisse et luisante. Quelques chenilles des espèces noires tachetées de rouge montrent une figure particulière, très-courte avec le thorax petit, armé d’une grande corne, l'abdomen globuleux renflé en boule. La couleur dominante des chenilles est d’un jaune obseur ou vert; quelquefois, comme chez la chrysalide du Papilio Grayi, les deux couleurs sont unies sur le même individu.
Les espèces des Papilionides vivent de préférence dans la zone tropicale, et quelques-uns des plus grands et des plus magnifiques papillons appartiennent à ce groupe.
Des genres connus, nous en avons seulement deux dans notre République, dont l’un est tout particulier au pays. Les deux senres se distinguent comme suit :
1. Papilio. Alae utriusque sexus densissime squamatae, cellula marginalis secunda furcata breviter petiolata ; valvulae genitalia maris oblegentes latae, squamosae.
2. Euryades. Alae marum squamatae, feminarum sub-nudue, hyalinae ; cellula marginalis secunda furcata longius petiolata ; valvulae genitalia maris obtegentes parvae, nudae ; feminarum vuloa post coitum lamellis duabus peculiaribus basi unitis circumfusa.