‹ Description physique de la République Argentine (volume 5)Chapitre 309 sur 418 · SEIZIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME FAMILLE

PSYCHOIDES

Papillons nocturnes généralement assez petits et d’une texture tendre, dont les femelles restent aptères, enfermées comme les chenilles dans un fourreau construit de débris secs des plantes par la chenille même, et conservé par la femelle pendant toute la vie, quand le mâle ailé quitte son tuyau au moment de l’éclosion de la chrysalide.

Ces papillons se trouvent assez nombreux sur toute la surface habitable du globe, et subissent des différences assez grandes de la configuration et de la manière de vivre, assez difhcile d'étudier à cause de leur petitesse et leurs habitudes singulières ; depuis longtemps un objet des observations de beaucoup des lépidoptérologistes. Sans entrer ici dans l’examen des travaux anciens et modernes, publiés sur ce thême depuis Réaumur, nous nous bornons d'écrire brièvement les groupes subordonnés à la famille et de donner un résumé sur ce que nous savons de l’espèce très-commune de notre territoire.

Mon feu ami, Herrica-ScHagrrer de Ratisbonne, observateur exact et lépidoptérologiste systématique important, à séparé la famille, comme elle est acceptée ici, en trois sous-familles (Samml. aussereur. Schm. X, page 3, n°59, 10, 11), nommées Oeceticina, Animulina et Psychina, les distinguant comme il suit :

Les Oeceticides ont dans les ailes antérieures deux branches dorsales unies au milieu de leur cours au bord externe, formant ainsi une grande cellule ovalaire, d’où sortent un ou plusieurs rameaux radiaires. Les deux ailes renferment dans la cellule discoïdale une petite cellule accessoire, au côté de la branche médiane, qui donne naissance à quelques rameaux externes de cette même branche.

Les Animulines tiennent une branche dorsale des ailes antérieures simple à la base, qui donne au milieu un petit rameau courbé recurrent, et la cellule accessoire de la discoïdale manque.

Les Psychides ont aussi une branche dorsale simple à la base, qui donne bientôt un rameau au bord postérieur, se divisant en fourchette.

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Les espèces des deux premiers groupes sont tropiques et la plupart viventen Amérique ; les vraies Psychides sont principalement européennes.

Le genre de notre territoire appartient au premier groupe et contient le type le plus connu de lui. Nous le décrivons en détail.

Genre Gecetieus Lansp. GUILDING

Trans. Linn. Soc. tom. XV (1826).

Comme ce genre est le seul du groupe trouvé dans notre territoire ils suffisent les caractères diagnostiques da la sous-famille donnés plus haut pour le reconnaître, les autres qualités sont les suivantes :

Mûle ailé, les antennes assez fortement pectinées à la base, les derniers articles un peu plus allongés, avec de courtes dents à chaque côté ; palpes à peine distincts, intimement attachés à la tête ; spiritrompe nulle ; yeux composés assez grands, sans accompagnement des yeux simples. Thorax robuste, abdomen allongé conique, très-pointu ; les derniers anneaux cylindriques, fort extensibles, le dernier armé avec un fort crochet double, mobile, recliné en avant dans l’état du repos. Aïles assez petites, les antérieures plus courtes que le corps, triangulaires, avec l’angle terminal largement arrondi. Branche costale terminant aux trois-quarts de la côte, la sous-costale avec deux rameaux antérieurs, dirigés à la côte, et quatre postérieurs dirigés à l'angle terminal et au bord externe, les deux premiers unis en fourchette, le quatrième sortant de la nervure recurrente. Cellule discoïdale avec une cellule appendiculaire postérieure, formée par une ou deux nervures rétrogrades, qui courent à la base de l'aile, renfermant la cellule appendiculaire simple ou double avec la branche médiane ; celle-ci très-rapprochée à la base de la sous-costale, les deux étant parallèles au moins à la surface supérieure de l'aile. Cette même branche divisée à la fin en quatre rameaux, tous sortant assez voisins l’un à l’autre, de deux antérieures de la cellule appendiculaire. Branche dorsale très-forte, double à la base, mais la branche postérieure s’unit bientô avec la branche principale antérieure ; celle-ci émet au milieu de son cours un rameau courbé en avant et rétrograde vers la base de l’aile, renfermant la grande

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cellule ovalaire dorsale. De la fin externe de cette cellule sortent un ou deux rameaux à l'angle et au bord postérieur, et quelquefois la branche dorsale accessoire termine aussi avec un petit rameau se dirigeant au milieu du même bord postérieur. Ainsi se forment au bord externe de l'aile antérieure huit cellues marginales bien distinctes et deux ou trois le long du bord postérieur. Voyez pl. XI, fig. 12, À. de l'Atlas.

Les ailes postérieures ({. !. B.) sont un peu plus longue que la moitié des antérieures et d’une figure triangulaire-ovalaire, plus ou moins arrondie à l'angle anal. Leur bord antérieur est élargi en avant et porte à la base un fort crin, soutenu par le frein de la costale des ailes antérieures. La branche costale émet un court rameau courbé au bord antérieur chez notre genre, qui ne semble pas être présent chez les autres (”), etun autre rameau rétrograde courbé avant la fin, se dirigeant vers la sous-costale; celle-ci est faible à la base et souvent unie vers la fin de l’aile à la costale, formant avec elle une cellule allongée linéaire. La cellule discoïdale est très-large et leur nervure recurrente anguleuse émet généralement deux nervures faibles rétrogrades, unies plus tard en une seule. Ainsi se forme une petite cellule accessoire au milieu de la grande discoïdale. De cette cellule sortent deux ou trois rameaux au bord externe, correspondant à la branche sous-costale et trois autres, comme rameaux de la médiane, assez forte à la base. Le nombre des branches abdominales est de deux, mais l’interne est généralement très-faible et cachée par les poils couvrant cette partie de l'aile. Une particularité extraordinaire, déjà avisée auparavant, est la présence d'un petit rameau conjonctif entre la costale et la sous-costale, plus où moins distante de la base de l'aile. Le nombre des cellules marginales externes, entre les rameaux de la sous-costale et de la médiane, est variable, de quatre à six, et trois encore se forment entre celle-ci et les deux branches de l’abdominale et le bord interne.

Les pattes du mâle sont petites, les cuisses et les jambes, comme le corps du papillon, couvertes de longs poils lanugineux, les tarses presque nus, les ongles petits, sans paro-

(*) Wesrwood, qui a donné une bonne description de plusieurs espèces d'Oeceticus (Proc. Zool. Soc. 1854) avec des belles figures, a indiqué le petit rameau de la costale, seulement dans les fig. 3, pl. 35, fig. 32, pl. 36 et fig. 46, pl. 37. Les autres espèces ne me semblent pas appartenir à ce genre.

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nyches, plus ou moins cachés sous les poils assez longs de la terminaison du tarse. Leurs quatre premiers articles sont successivement plus courts et le cinquième plus long que chacun des antérieurs. Les éperons, à la fin des jambes et au milieu des postérieures, manquent (*).

La femelle aptère n’a pas la figure d’un corps de papillon, mais simplement celle d’un vers de corps allongé-ovalaire, la tête et Les trois premiers anneaux très-petits, rétrécis et couverts d’une membrane plus dure cornée, luisante, quand les autres neuf anneaux sont grands, bien séparés, couverts d’une membrane opaque fine, presque transparente, les derniers velus de poils denses soyeux, mais non très-longs. La tête a les organes principaux distinguibles, mais extrêmement petits: des yeux composés ; des antennes très-courtes, inarticulées, quelquefois encore plus rudimentaires ; la bouche fermée, sans organes distinguibles. Sous les trois premiers anneaux du corps sont attachées trois paires de pattes très-courtes, mais bien articulées, au moins chez quelques espèces, comme le prouve la figure de Wesrwoop 1. 1., pl. 35, fig. 11. Dans notre espèce elles sont plus réduites à un cône court, peu courbé, avec l'indication d’une articulation à la fin pointue. Elle reste toujours dans leur enveloppe et même la peau de la chrysalide se conserve dans le fourreau au contour de son corps.

La chenillemontre aussi des qualités remarquables, différentes de celles des autres, car les trois premiers anneaux du corps sont couverts d’une peau cornée si dure comme celle de la tête et de la même manière dessinée et colorée, quand les autres suivants sont mous, avec une peau fine, membraneuse et presque transparente. La tête, couverte d’une calotte cornée, a la fiscure générale de celle des autres chenilles, deux petites antennes, six yeux simples à chaque côté, fortes mandibules et des petites machoires inférieures unies avec la lèvre inférieure, qui porte la filière pour tirer les fils à soie, avec lesquels l’animal unit les débris végétaux pour former son enveloppe. L. Guizpin@& a donné des bonnes figures de la tête et ses organes dans son traité cité plus haut, pl. 7, fig. 8, comme aussi de toute la chenille, que nous ne décrirons pas plus en détail, parce qu'elle est bien connue. Très-mauvaise est seulement la

() WEsTrwoop décrit un grand éperon des jambes antérieures (1. l. page 2922. fig. 2, b), que je ne vois pas chez mes exemplaires bien examinés sous le microscope.

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figure du mâle parfait, pl. 6, fig. 1 ; les autres, de la femelle et de sa chrysalide, sont bonnes et expliquent bien notre description, donnée ici. Les trois premiers anneaux du corps de la chenille deviennent successivement plus larges, quoique plus courtes, et portent chacun une très-forte paire de pattes également plus grandes sur chaque anneau suivant, comparables par leur figure aux crochets d’une tenaille, mais articulées comme celles des autres chenilles. Ils portent quelques poils rigides, comme aussi les neufanneaux suivants successivement plus grêles, mais non plus courts, tenant chacun à chaque côté un stisme, sauf le dernier, qui termine avec une paire de pattes membraneuses, lesquelles se trouvent aussi sur les anneaux 6, 7,8 et 9 du corps entier. Le dernier anneau est recourbé en bas et en avant, les autres étendus droitement en arrière ; les pattes membraneuses des anneaux 6-9 sont petites, celles du dernier anneau plus grandes et plus fortes.

La chenille se fait bientôt d’après l’éclosion de la coque de l’œuf un fourreau de fils de soie, unissant là-dedans des petits débris secs de plantes, principalement des morceaux des pédicules et des tiges. L'animal augmente le tuyau toujours correspondant à son accroissement avec l’âge avancé, et par cette augmentation il prend une figure conique, plus grosse en avant, mais conservant sa figure primitive en arrière, où le fourreau est ouvert comme en avant, d’où sort la tête avec les trois premiers anneaux, la chenille marchant sur les trois paires de pattes de ces anneaux et soutenant son fourreau avec les autres membraneuses bien fixe sur son corps. La chenille change de peau trois fois, comme la plupart des autres, et devient notablement plus grande dans chaque mue. Enfin, venant le moment de se changer en chrysalide, elle attache l'ouverture antérieure plus grande du. fourreau sur une branche d’arbre, les feuilles duquel elle a mangées, et ferme exactement cette ouverture, laissant ouverte seulement la postérieure plus petite. Ayant fini l'attachement fixe, la chenille change de position dans l’intérieur, tournant la tête en arrière du fourreau et la terminaison postérieure en avant, où était l’ancienne ouverture large pour sortir. Dans cette position la chenille se ‘change en chrysalide.

N'étant pas très-différente de figure les chenilles du mâle et de la femelle, sauf une remarquable différence de la grandeur, beaucoup plus petite chez celle du sexe masculin, différence

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déjà reconnaissable par la grandeur différente du fourreau ; les chrysalides des deux sexes prennent une figure complètement diverse. Celle du mâle est allongée, presque cylindrique, rendant visibles par des contours les organes du papillon, et étant armée sur la bordure postérieure de chaque anneau de l'abdomen d’uné couronne de petits crochets courbés en avant et deux plus forts crochets à la terminaison postérieure. La chrysalide de la femelle est beaucoup plus grande, allongée ovalaire, un peu plus mince en avant et signalée au côté ventral des quatre premiers anneaux avec de petites convexités représentant les yeux, la bouche et les trois paires de pattes. Les neufanneaux suivants sont plus gros, signalés chacun à chaque côté d'un stigme aérifère et d’une crête transversale de petites dents sur la partie postérieure du dos de chaque anneau, le dernier terminant obtus, sans crochet, mais avec l'indication de l’ouverture anale, encore fermée.

Au moment de l'éclosion du papillon la chrysalide masculine sort avec la moitié antérieure de son corps de l'ouverture postérieure du fourreau, et reste dans cette position jusqu'à ce que le papillon soit sorti de la peau de la chrysalide, se cherchant un lieu convenable pour attendre l'extension des ailes. Immédiatement après avoir fini cet acte nécessaire de son existence, le papillon vole pour chercher la femelle. Celle-ci reste immobile dans la peau de la chrysalide, qui se fend, au moment de la maturité du papillon, en avant, par une fissure traversant la partie de la tête de haut en bas, jusqu’à la plaque avec la bouche et les pattes rudimentaires, se continuant la fissure à chaque côté de cette plaque, qui reste intacte, et par le dos des trois premiers anneaux du corps. Ainsi se forment trois valvules en avant de la peau de la chrysalide, sans laisser sortir le papillon féminin aptère; elle reste immobile dans sa coque, attendant dans cette position l’accouplement avec le mâle. Celui-ci prend bientôt une activité vraiment furieuse ; il s'attache au fourreau féminin et fait ouvrir son ouverture postérieure la déchirant avec les crochets du dernier anneau de son corps et mettant par l'ouverture ainsi augmentée les trois derniers anneaux minces de son abdomen. Restant ‘immobile dans cette position il envoie avec l'anneau dernier sa verge, sortant comme un fil élastique, couverte de petits crochets, de la gaîne cornée préputiale, par la fissure antérieure de la peau de la chrysalide, entre elle et le corps de la femelle, jusqu’au bout

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postérieur, où l’orifice de la vulve, déjà ouverte, s'incline un peu en avant au côté inférieur du ventre, pour recevoir bien la verge du dernier anneau, jusqu'à la distance de plus d’un pouce étendu. (Voyez la figure de L. Guznine, 1. L. pl. 6, fig. 2.)

M. le professeur BERG, qui a observé plusieurs fois l’accouplement des deux sexes, m'a montré une préparation faite par lui-même, en tuant le mâle momentanément par un gaz asphyxique pendant cet acte, où j'ai vu les trois derniers anneaux du corps du mâle étendu jusqu’à la fin du ventre féminin, et la verge, couverte de petits crochets, entrée dans la vulve et restant encore dans cette même position.

Le mâle ne meurt pas aussitôt après cet accouplement dificile ; il vit encore assez actif et répète probablement l’accouplement avec d’autres femelles. Celle-ei se contente avec un seul, et commence bientôt à pondre les œufs en arrière de son corps, dans la peau restante de la chrysalide, les couvrant avec les poils soyeux des derniers anneaux de son corps. Ayant fini cette occupation elle ne meurt pas aussitôt; elle sort enfin aussi par l'ouverture de la peau de la chrysalide et quitte le fourreau pour mourir au dehors et non incommoder le développement des œufs par la pourriture de son corps. Aïnsi se trouvent pendant l'hiver les fourreaux vides des deux sexes attachés aux arbres avec des feuilles nutritives ; ceux du mâle facilement reconnaissable par la peau de la chrysalide sortie du milieu de l'ouverture postérieure ; celui de la femelle d’une circonférence plus grande, non complètement vide, conservant encore la peau de la chrysalide intacte, sauf ouverte en avant par la fissure décrite et pleine des œufs, souvent presque jusqu’à cette fissure même, couverts en dessus par les poils soyeux du corps de la femelle. D'après le calcul fait par M. Berc leur quantité ascend à 3,000 dans chaque enveloppe.

Nous avons deux espèces de ce genre remarquable dans notre République, dont l’une donne le papillon le plus commun de tous les connus sur notre territoire.

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