‹ Description physique des Îles Canaries, suivie d'une indication des principaux volcans du globeChapitre 18 sur 90 · RS · texte numérisé non relu

RS

€) La plus grande partie de ce conpd’æil sur la botanique des Canaries a été traduite par M. de Jussieu, et insérée dans le premier volume des Archives de Botanique, d’où on Va tirée textuellement en remplissant la lacune qui ÿ avait été laissée , et en supprimant le catalogue.

FLÔRE. 147

Tatlacher à la terre ferme; et le nombre et le rapport des formes végétales sur des îles plus ou moins éloignées du continent nous feront ainsi connaître, d’une ‘manière cerlaine, quelles sont les formes susceptibles de se propager avec plus de promptitude et de facilité; quelles Sont, au contraire , celles qui sont nécessairement plus circonscrites autour de leur point d’origine. L'étude de la Flore de ces iles est donc , SOUS ces Tapports, digne de quelque attention > et il paraît utile, dans cette vue, de déterminer exactement quelles plantes la nature leur a départies ; et: quelle place ces plantes y occupent. Malheureusement cette détermination nous fait faute presque partout. À peine pouvons-nous dire que nous connaissions encore. la Flore d’une seule île de l’Océan atlantique; cependant, Nous ne saurions assez nous hâter d'acquérir cette conhaissance , si nous voulons connaître la nature sous. sa Vraie forme. Car, partout où l'homme s'établit, le suivent en foule les animaux et les plantes de sa patrie, qui. s'étendent el poussent, et étouffent enfin les premiers habitants de cette terre. Alors on se demande en vain ce qui est sorti du sein de la nature et ce que la cullure y a introduit ; on ne peut plus établir la distinc- Üôn, et l'on est forcé de se contenter de conjectures. A Sainte-Hélène, le nombre dès plantes introduites et devenues sauvages surpasse, déjà maintenant de beaucoup celui des plantes primitives. A Saint-Michel, lune des Açores, où trouve à présent peu de plantes qui appartiennent originairement à l'île, et qui n'y aient. pas été apportées du Portugal ou du Brésil; et aux Bermudes, ces îles si remarquablement isolées, et dont il serait si intéressant de savoir si la Végé{ation à PU être plus puissamment influencée ou par celle d'Eu- TOP EL d'Afrique, au moyen des vents réguliers d’est, QU par celle d'Amérique , au moyen du grand courant.

du golfe mexicain; aux Bermudes, on aurait peine à nommer un petit nombre de plantes qui n'aient pas évidemment suivi les Anglais dans leur établissement. Le même sort attend les îles Canaries et Madère. Les races de plantes disparaîtront toutes entièrement comme les Gouanches, anciens habitants de ces îles. On ne saura plus de quelle espèce , où, et dans quelle station étaient ces plantes. Dans les îles mêmes, il sera aussi impossible d’avoir un renseignement à ce sujet, qu'il l'est maintenant d’en avoir sur la langue qu'a pu parler le brave peuple qui, il y a deux siècles, et pendant un siècle entier, défendit ce pays. contre les belliqueux Espagnols.

Déjà le magnifique Statice arborea ne croît plus que dans quelques jardins d’Orotava, nulle part peut-être sauvage, et cependant, on ne l’a jamais vu hors de Ténériffe. Le Solanum vespertilio se trouve seulement sur quelques rochers, où il ne paraît pas sauvage non plus. Le Bosea yerva mora ne se rencontre plus que dans les haïes qui entourent les vignes et les champs. Le bel Ærbutus callicarpa, dont on mangeait les fruits et qui faisait autrefois l’un des principaux ornements des bois ; est maintenan si rarement disséminé, que les propriétaires connaissent exactement le nombre de leurs pieds d'arbres; el, lorsqu'on cherche cet arbre, il est quelquefois nécessaire de faire beaucoup de chemin avant de le rencontrer. Un grand arbre, d’un bois précieux et odorant, assez semblable au Ju- niperus oxycedrus, qui formait jadis des bois entiers, dont les hauteurs étaient couvertes , n’est plus connu à Ténériffe que par quelques pieds oubliés à quinze cents loises d'élévation , au milieu des déserts brûlés au bas du dernier cône du Pic. À Palma, quelques pieds s’en sont Conservés dans la presque inaccessible Caldera. Les Espagnols, quand ils conquirent Ténériffe, trou-

vèrent trop long d’arracher les arbres de la famille des Conifères, qui couvraient tout l'espace, depuis les pentes jusqu’à la mer, ils les brûlèrent. La plupart des botanistes qui sont venus à Ténériffe n’en ont pas une fois Vu un seul pied; et il était réservé à Chr. Smith de montrer avec évidence que ces bois étaient formés par une espèce très remarquable de Pin. On voit maintejant les paysans et les bergers, avec une inconcevable légèreté, brüler et réduire en Charbon les bois d'Erica , sur les hauteurs de Santa-Cruz et Saint-André, pour gagner ainsi quelques acres productifs pendant quelques années. On détruit sans prévoyance el sans retour l’alambic du grand atelier de distillation de la nature, d’où se répand sur File Ja fertilité, la beauté, le bien-être: Le Texo (Ærica scoparia) qu'on âéracine, est le seul arbre qui vienne sur ces hauteurs. Sous son. abri, et Jà seulement, s'élève et s'étend l£Exacum viscosum doré. Privée de cet abri, celte belle plante disparaîtra et finira par ne plus se trouver

que dans les jardins botaniques. Alors peut-être croirat-on que c'était à tort qu'on en avait fait une plante canarienne, ef, par une raison semblable, on ôtera de la Flore maintes espèces qu’il eût été nécessaire d'y Connaître pour Ja recherche des lois naturelles de leur dissémination. Quelle nouvelle source de confusion dans la détermination de ces lois, quand, trompé par

les noms, on pren

dra pour une production des Canaries le Phalaris cana:

1ensis, qui croît spontanément dans plus grande partie de l'Europe, et à Ténériffe dans les guérets seulement et à un seul. endroit, ou Je Sida canariensis, qui ne s’écarte jamais des habitaüons, ou les Pelargonium canariense, Quercus canariensis W., Hyoscyamus canariensis, plantes qu'on ne VIT jamais sur ces îles !

AVant donc de hasarder quelques considérations sur

les rapports de la Flore primitive des Canaries, il paraît nécessaire de rechercher l’histoire de la Flore introduite, pour établir entre elles une séparation aussi nette qu'il est maintenant encore possible, et pouvoir examiner la première pure et dégagée.

De la Flore introduite.

Le peu de mots qu’on trouve dans Pline sureles îles Canaries sont les plus anciens documents présentant quelques caractères d'authenticité, que nous ayons sur ces îles. Il ne laissent au moins aucun doute que les îles Fortüunées ne soient identiquement les mêmes que celles auxquelles nous avons donné le nom de Canaries.

Quant à la distinction des diverses îles qui composent ce groupe, les commentateurs de Pline ne sont

nullement d'accord entre eux et émettent chacun une opinion différente. Je n’entreprendrais pas de discuter ces opinions, ou d’en émettre une particulière, parce que je ne possède pas tous les éléments nécessaires à cette recherche, si la détermination exacte des îles n'avait pas une grande influence sur l’histoire de la Flore de ces contrées, et s’il ne me paraissait pas évident qu'avec quelques connaissances des caractères de leurs productions, le passage de Pline est facile à interpréter.

Pline a tiré sa description des OEuvres du roi Juba, qui, élevé à Rome par les soins de Scipion le Jeune , s’est principalement attaché, à son retour de Mauritanie, à l'étude du climat de l'Afrique et des productions de cette contrée.

Deux voyageurs avaient été envoyés aux îles For- # tunéeS bar le roi Juba, dans lè but spécial d'obtenir des renseignements sur la situation et là nature de ces îles, Leurs relations doivent donc être précises et

ne point présenter le vague de célles de navigateurs qui auraient été accidentellement poussés dans ces régions ; et si Pline avait cru devoir reproduire avec plus . de détails qu’il ne l’a fait la description du roi Juba, nous ÿ aurions probablement reconnu les différentes îles avec aussi-peu de difficulté que dans la relation d'un voyage de Borda. as met à Voici le passage de Pline : Lib. vr, cap. 57 : Juba de Fortunaiis ita inquisivit : sub meridié quoque po- Sitas esse propè occasum à Purpurarüs DCX XV mille Passuuim ste ut CCL supra occasum navigetur, deindè Per LX XF mille passuum ortus petatur. Primam vocari Ombrion, nullis œdificiorum vestigiis ; habere in mon- Ous stagnum , arbores similes ferulæ, ex quibus aqua EXprimatur, ex nigris amara, ex candidioribus polui ju- Cunda; alteram insulam Junoniam appelari, in ea œdiculam esse, tantum lapide exstructam. Ab ea in vicino eodem nomine minorem. Deindè Caprariam lacertis grandibus refèrtam. In conspectu earum esse Nivariam, quæ hoc nomen äccepit a perpetua nive nebulosam. Proximam eiCanariam vocari a multitudine Canum ingentis magnitudinis , ex quibus perducti sunt Jubæ duo : apparenique ibi vestigia œdificiorum. Cum autem omnes copiæ pomorum el avium omnis generis abundent, hanc et palmetis caryotas ferentibus ac nuce pinea abundare. Esse copiam et mellis. Pa- PYTuUmMm quoque et siluros in amnibus gigni. | D’après le P. Hardoüin , Junonia Magna serait l'ile de Gomera, et Junonia Minor serait probablement recouverte par les éaux de la mer (Jorte jam aquis Obruta ). Capraria serait l’île -de Palma, Nivaria Ténéiffe, Canaria l’île à laquelle nous donnons le nom de + Canarie enfin Ombrios serait l'ile Ferro. Au conlraife, apres deux -autetrs du pays, le P, Galindo €E Nunez de la Penna, Junonia Magna serait ile de

Palma, et Junonia Minor l'ile de Goméra ; mais ils s'accordent également: à dire que Ombrie être l’île Ferro.

Il y avait autrefois dans l’île Ferro un til ( Laurus fœtens) gigantesque, dont les feuilles charnues étendaient au loin leur épais ombrage. Chaque jour, deux ou trois heures après le lever du soleil, Les feuilles de cet arbre commencaient à condenser de l'eau qui , tombant de feuille en feuille comme des gouttes de pluie, se rassemblait au pied de l'arbre en un ruisseau très pur. Les habitants de l'ile, complètement dépourvus d’eau de sources, venaient vers le milieu du jour puiser cette eau, et rebaihcsenié le soir à leurs habitations avec leurs crüchés pleines. L’arbre regardé comme sacré passait pour une merveille du monde : un gardien établi par les habitants avait soin de rassembler l'eau dans des citernes et présidait à ça répartition entre {ous ceux qui venaient y puiser. Cet arbre remarquable existait encore en 1689, et était situé à l'est au-dessus de la petite ville de. Valverde; et le P. Galindo qui l’a observé en donne une description détaillée. T1 vécut encore long-temps après cette époque; mais bientôt ses feuilles diminuèrent, et il perdit ses propriétés bienfaisantes. La nécessité força les habitants de recourir à une autre source d’eau, et l'arbre fut oublié. Cependant tous les voyageurs qui accourent vers le nouveau continent de l'Amérique n’oublient jamais, malgré le nombre et la diversité des objets qui frappent l’imagination dans ces contrées, de parler de l'arbre de l'ile Ferro : aussi at-il conservé en D ag une grande célébrité,

On pensait que cet arbre représentait la Fenila d'où. l'on retirait une Peau poiahie, qui caractérise l’île d’'Om brios.

D'autres personnes cherchent ces îles rs près du

pourrait

continent de l'Afrique; Moreri et Eckardt prétendent que Junonia Magna serait Lancerote, et Junonia Minor la petiteîle deGraciosa ; mais d'Anville pense que les îles de Lancerote et de Fuertaventura sont celles connues sous le nom de Purpurariæ, que Canaria serait l’île qui porte encore ce nom, Nivaria Ténériffe, Pluvialia l’île de Fer, Junonia l'ile de Gomera , et Capraria celle de Palma. D'après Malte-Brun, qui‘a comparé et discuté un grand nombre d'opinions différentes, les deux Junonia ne seraient autre chose que les deux petits rochers de Clara et de Lobos, Ombrios serait l'ile de Lancerote, Capraria celle de Fuertaventura, Canaria la Canarie , et Nivaria l'ile de Ténériffe : il suppose que les îles situées plus à l’ouest n'étaient pas connues des anciens. Cependant, les îles situées vis-à-vis les unes des autres ne sonf jamais fort éloignées, et prin- Cipalement celles qui se distingnent par leur hauteur et par la rapidité de leurs pentes. Dans le voisinage de ces îles élevées, Clara, Alegranza et Lobos ne peuvent évidemment paraître, même aux navigateurs les moins exercés, que ce qu'elles sont réellement, c'est-à-dire, de simples rochers sortant de‘lamer. Quand on étudie de plus près les places assignées aux différentes îles par Pline, on en trouve parmi elles, deux qui se distinguent par des caractères toutà-fait Particuliers, inhérents à leur nature et qui ne peuvent en être séparés en aucune manière : Nivaria caractérisée par. la neige et les nuages qui la recouvrent perpétuellement, et Ombrios par son nom même. La première ne peut être. que Ténériffe : la neige, en effet, reste souvent sur le sommet du Pic … iuSqu'au mois de mai. Dans Ja grande Canarie on ne —"oit-jamais de neige, ou quand il s’en forme dans Quelques années rigoureuses ; mais toujours fort rares, elle ne reste jamais que quelques jours. Dans l’île de

Palma la neige ne parait que quelques semaines dars le mois de janvier. Pendant tout l'été, les nuages s'élèvent chaque jour de la mer et couronnent le sommet du Pic entre huit et neuf heures. L'île: de Ténériffe, vue de la Canarie où mème de Fuertaventura,

semble donc toujours. être recouverte de nuages, et elle mérite ainsi à juste titre le nom: d’ZZe des nuages et des neiges. Certainement il serait impossible d'appliquer ce nom même à l'ile de Palma. Quant aux îles de Ferro, de Lancerote et de Fuertaventura, Ja neige y est aussi inconnue que dans les déserts de la Libie. ;

Il est à peine douteux que Ombrios soit la même île que Pline, dans un autre endroit, désigne sous le nom de Pluvialia ; ; nom qui lui aurait été donné parce qu'elle ne fournit aux besoins de ses habitants d'autre.

eau que: celle qui provient des pluies : èx Pluvialia non esse aqua rist ex imbribus. C’est le cas à Lancerote et à Fuertaventura. Dans la première de ces îles, surtout, l’eau que l’on conserve dans des citernes se vend Cher à la fin de l'été, et il n’est pas rare que la disette d’eau force des milliers“d’habitants , dans quelques cas même, la population tout entière , à une prompte retraite vers Canarie ou Ténériffe, ou même n’en détermine à émigrer jusqu'à Buënos-Ayres, où ils. sont reçus & bras ouverts. parce que ce sont des tra- Vailleurs actifs et infatigables. Plus de 5,000 personnes qui habitent les environs de Téguize et de Porto-de- Naos, n’ont vraisemblablementj jamais bu de l’eau d’une source ou d’une fontaine.On se demande avec étonne- ‘ment ce qui peut déterminer des hommes à habiter une ferre si brülée et si repoussante, où un arbre ne À peui subsister sans être abrité du souffle destructeur du ventdemer etabreuvé comme un animal, où le petit.” nombre de plantes croissant SUÉ Un désert desséché ,

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au lieu de se couvrir de feuilles , se hérissent de lon gues épines? C’est qu'au bout de neuf mois, sous ce ciel brûlant et constamment sans nuages, la pluie parait enfin à la fin d'octobre et en novembre. Aussitôt la pioche esten travail pour entr’ouvrir le sol endurci én pierre: ce labour est suivi immédiatement, et peut-être le même jour, de la semaille, et quatre jours à peine écoulés, Comme par enchantement, le sol pelé s’est Changé par la germination commençante du biéen une Verle prairie; et là où il n’y à pas de blé, les vallées ét les pentes se couvrent de la Glaciale (4 esembrian- Themum cristallinum ) aux feuilles parsemées de cristaux brillants. Trois mois plus tard, la terre donne trente ou quarante fois autant de blé qu’on en a employé pour la semence. La Glaciale incinérée pour faire de la potasse ( éarilla) fournit des milliers de quintaux d’un produit lucratif, et un riche superflu de froment se transporte à Ténériffe, Palma et Ferro. Ainsi, c’est cette île privée d’eau et stérile, qui, avec un peu de pluie, devient un riche grenier pour les autres îles couvertes pourtant, pendant toute la durée de l'annéé, des riches productions de la nature. Qu'on ait nommé cette île desséchée Pluvialia, Ormnbrios, Ile .de la Pluie, du nom de cette pluie biénfaisante qui la fait vivre, Cest une étymologie qui plaît et satisfait l'imagination C'est dans cette île d'Ombrios que doivent se retrouver les deux, Ferulæ, dont l'une de couleur foncée donne un suc amer au goût, tandis que l’autre plus claire donne un snc:très agréable àboiré.

Vierà , qui est né dans ces îles et qui en connaît parfaitement toutes les particularités, se demandait, il ya plus de quarante ans, pourquoi on n'admettrait pas “ Auedes Ferulæ ne sont autre chose que les plantes auxquelles on a donné les noms de Cardon et de Tabay ba. Ces plantes sont deux espèces d'euphorbes, l Eu

phorbia canariensis et | Euphorbia balsamifera, toutes deux particulières aux Canaries, et qui, d’après les asserlions de Viera, ne se présentent nulle part aussi fréquemment: et en pieds aussi considérables que dans la partie sud-ouest de Lancerote. Toutes ‘deux croissent simultanément dans les régions chaudes et brûlantes , que je désigne par le nom de régions de nature africaine , et atteignent la hauteur de 15 pieds; et même celle des figuiers, dans les parties où le climat leur est assez favorable. Dans l’ile de Ténériffe le climat n’est pas assez chaud pour ces plantes, et l’Euphorbia balsamifera n’y est jamais que fort peu développée. À Palma elles se trouvent seulement dans la partie occidentale ; elles sont probablement très rares dans l’île Ferro; et dans l’île de Canarie elles ne se présentent avec la même grosseur qu’à Lancerote, que dans la partie méridionale ; dans les __—— de Arguaneguin et de Mogan.

__ Ces deux euphorbes sont remarquables par fabts dance de leur lait, que la plus légère blessure fait sortir et jaillir au loin comme un trait, surtout dans le Zabayba (E. balsamifera) dont l'écorce gonflée par celait, paraît entièrement blanche et luisante. Celui du Cardon (Æ. dt sn, est caustique , brülant et âcre, et ne pourrait être avalé sans de fâcheuses conséquences. Celui du Zabayba, au contraire, par une propriété bien remarquable ‘et tout-à-fait anomale dans cette plante, est si innocent et doux qu’on ne le craint nullement , et les habitants le font épaissir en gelée pour le manger ensuite sous forme de pâte dans l'occasion. C’est pour cette raison même qu'on le nomme 7. abayba W +. dulce, Le bois spongieux du canal médullaire est em-A ployé dans les contrées vignobles pour faire des bou chons aux bouteilles, usage auquel on ne pourrait sans inconvénients faire servir le bois d'aucune autre espèce

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FLÔRE. 127 d'Euphorbe. La plante entière est fort singulière, peu Connue des botanistes » et n’a, pour ainsi dire , Pas entore été décrite. La tige s'élève d'abord on se courbe , entièrement dépourvue de branches ; puis elle se par-

lage en un grand nombre de branches disposées en cercle , lesquelles se subdivisent en d’autres plus petites et innombrables. 1] ne se montre de feuilles que tout-àfait à l'extrémité des rameaux’ qu'elles entourent. Elles Sont courtes, étroites , lancéolées, grises et munies à Eur extrémité d’une petite épine. Celles qui sont im- Médiatement situées sous la fleur, sont un peu plus arges, ovales, plus pâles , un peu charnués , et se déachent après Ja fleur. Celle-ci est solitaire, jaune , avec. des pétales ronds et il en sort un fruit gros comparalivement à celui des autres espèces de cesiles. La surface de ce fruit est couverte de poils courts. é, Le Cardon appartient plus encore aux formes bizarres de la nature. Plusieurs tiges privées tout-à-fait de feuilles s'élèvent ensemble d’une racine commune, se.courbent en demi-cercle sur le Sol, et à quelque distance de leur point d’origine se dressent de nouveau, de telle sorte, dit Viera, qu'elles donnent à l'arbre l'aspect d’un monstrueux Candélabre, avec une grande Juantité de cierges fichés et en feu. Leurs branches considérées à part, ont bien un demi-pied de circonférence , et sont déc prismes à quatre ou plus commu- Nément cinq côtés, Les angies sont dans toute teur longueur armés de courtes épines réunies deux à deux. À l'extrémité de ces branches épaisses , anguleuses et Charnues » Poussent les fleurs ééarlates, qui, dans l'éloignement, ressemblent à un charbon ardent, Les # Mieilles branches se Subdivisent plus haut etforment | Fr à Cändélabres plus petits et séparés sur l'appareil { Commun. Tantôt l’arbre se trouve sur le penchant

ei? * d'un TOCRSR, d'où les branches. tom

bent avecles courbes

les plus bizarres, pour se redresser ensuite. Tantôt if croît sur une plaine unie, et les branches , appesanties sur le sol par leur vieleha ol leur grosseur , ne commencent à se relever qu'à une distance considérable du centre , d’où résulte l’aspect singulier d’un petit bois de prismes pentagones. Il n’y a rien là qui puisse rappeler la forme habituelle d’un buisson ou d’un arbre, même les fleurs au sommet des branches ; car, même de près , on les prendrait pour des boutons garnissant ces branches extraordinaires.

Les envoyés de Juba ayant pour mission expresse de visiter les îles Canaries, il était tout naturel que leur attention fût plus Difioulrem attirée. par les propriétés si-remarquables et si intéressantes des deux 4 espèces d’Euphorbes. Dans les recits de Mela, ces deux plantes se sont changées en-deux sources différentes, dont l’une contracte les nerfs de la bouche et cause la mort, tandis que l’autre rappelle à la vie.

D'après le passage de Pline , au milieu des montagnes de l’île d’'Ombrios se trouvait une lagune. Viera pense que cette lagune se rapporte au marais qui se trouve

à Lancerote, à la Gran Marcia plutôt qu'à tout autre localité de ces îles. Cepéndant les éruptions du volcan de 14750 , qui ont ravagé et couvert à peu près le tier$ de toute la surface de l’île, doivent avoir apporté de grandes modifications à l’état de cette surface.

Si l'on admet que Ombrios et Nivaria sont deu* points bien déterminés, les autres îles se reconnaitront avec la plus grande facilité , surtout si nous sup posons qu’on les ait nommées dans l’ordre où elles s£ psleil: ce qui a lieu généralement.

. Juniohä Magna , la deuxième île, doit, d’ après celas être l'île de Fuertaventura. En effet, après PAR :

cette île est la plus longue et la plus considérable toutes les Canaries.

Juniona Minor serait

brès de la précédente et a

Servateur placé dans

Canarie ; qui est tout- Coup plus petite.

Ensuite vient Ca

île de Canaria : elle est tout ussi plus petite. Pour un obl'ile de Fuertaventura, l'ile de à-fait ronde, doit paraître beau-

praria ; cette île ne peut pas se rapporter à Ténériffe, que nous avons reconnue être Ja Nivaria des anciens : d’après le nom que porte cetteile, elle ne peut guère être que l'île Ferro ; celle-ci, en effet , s'aperçoit de l’île Canarie, et se trouve après elle dans l’ordre que suivent toutes les îles précédentes. Au temps de Pline ,.on y trouvait de grandes espèces de lézards, lacertis grandibus referta; ces animaux n'existent plus. Toutefois on doit remarquer que Bontier, le confesseur du premier conquérant de ces îles, Jean de Béthencourt, dans la description qu’il donne

de l’île de Ferro à l’époque où il s’y trouvait, rapporte gros comme des chats, et

qu'on y voyait des lézards bien hideux à regarder ; et rien dans tous ses écrits ne peul faire supposer qu’il eût connaissance de Ja description de Pline, Où au moins qu’il l’eût alors sous les yeux. Il ne mentionne rien de semblable dans les

autres Canaries.

En face de Junonia M Nivaria. Nous avons vu Ténériffe. | |

Enfin se présente Canarix, située tout près de Nivaria , et qui tirait Son nom de la quantité considérable &e grands chiens et des vestiges d'habitations qu’on y trouvait. Ces deux circonstances ne caractérisent pas l'île ;mais cependant celle qui est ainsi désignée ne peut être que Palma, car cette île est trop élevée, trop con-

Sidérable et trop facile à observer dans toute son éten

ue; de l'ile de Nivaria, ‘pour avoir pu être oubliée où inapercue.

ajor et de Capraria se trouve que ce nom n’est applicable qu’à

Pline a évidemment passé sous silence l’une des sept iles principales du groupe des Canaries, €ar il n’en . nomme que six. Un coup d'œil sur la carte de ces contrées suffit pour montrer que Gomera peut très facile ment être masquée par l’île de Ténériffe, eta pu échapper ainsiaux observations des envoÿés du roi Juba, qui probablement n’ont pas parcouru toutes les îles, et se sont bornés à visiter les plus importantes. Gomera est de trois côtés entièrement cachée par lilé élevée de Fénériffe, et du côté-de l’ouest aussi elle se confond avec cette île dont elle cac ne former qu'une portion.

Je ne puis m niisiens de faire remarquer combien il est surprenant'que , d’après la description de Pline, il n'y eût alors aucun habitant dans ces îles : il n’y mentionne que des vestiges d'habitations , et l'existence d’une race dé chiens , traces certaines du passage d’un peuple qui les avait amenés , Car ces animaux n’ont pu être transportés que de cette manière dans ces îles si éloignées, Ce peuple n'étaient pas les'Gouanches ou Berberen qu’on a trouvés plus tard dans les Canaries, car ceux-ci habitaient des cavernes creusées dans les rochers, et jamais dans des maisons. Quels ont done été ces hommes ? Et quels motifs ont pu les déterminer à abandonner cet heureux climat? Peut-être ces haäbitants ne formaient-ils que quelques familles isolées jetées sur .ce rivage et rentrées plus (ard dans s leur patrie.

Les. pommes; les.dattes et les pins croissaient autrefois , dit Pline, en grande quantité sur ces îles. Quand aux pins, nous savons que le Pinus canartensis cou-

vrait les rivages des îles les plus grandes , même long- M

temps après, Nous reconpaissons les pommes dans les fruils de l’A{rbutus callicarpa , qui étaient partout mangés COMMe ceux du pommier. Que les palmiers s'Y

sbient trouvés dès-lors, et même en grand nombre, c’est ce qui est fort remarquable et rend vraisemblable que ces arbres, l’ornement dû désert, trouvèrent d’euxmêmes leur chemin jusqu’à ces îles , sans y être trans - portés par les hommes. Peut-être est-ce la mer qui en charria des fruits.

‘Le peu de mots.que nous trouvons dans Pline nous représentent donc avec assez d’exactitude l’état de ces îles au temps du roi Juba ; renseignements d’autant,plus précieux, que pendant quatorze siècles en- Suite nous ne trouvons plus sur leur compte un seul témoignage. Dans cet intervalle, s'y était établi un peuple pauvre, sortant sans doute du désert, et Yenant de la côte d'Afrique la plus voisine : il s'était creusé des retraites dans les rochers , Vivait des fruits de l’île, du lait des chèvres qu’il avait amenées avec lui , et des produits d’une faible culture. Ces habitants devaient cultiver du froment, puisqu'on dit qu’ils nommaient le froment yricher. Cependant , Cadamosto dit, au contraire, expressément (fiamusio, 1, 98), que sur toutes es Canaries on ne mangeait que de l'orge, et pas du tout de froment, même à Lancerote , “Et il répète qu'à Ténériffe (qui alors n’était pas conquise) les habitants vivaient d'orge, de la chair et du lait des chèvres, et de quelques fruits, notamment de figues. Il serait Presque permis de croire que le célèbre voyageur se trompe en ce Point, car Bontier nomme en propres termes , le froment parmi les céréales des habitants de la grande Canarie (p: 127). Viera, de son côté, nous apprend que Jean de Béthencourt envoya à la terre ferme d'Afrique, Probablement à Mogador, deux vais. seaux pour en rapporier du blé à Eancerote. Le P. Espinoza , qui écrivit peu de temps après, nie aussi qu'on ÿeuttivât du blé. On pourrait SUpposer que cette céréale y avait postérieurement disparu ; mais cette

supposition serait peu admissible, En tous cas, celte

culture ne doit avoir été que bien insignifiante ( et bornée exclusivement à Canaria; car l'expédition Béthencourt prouve assez que dans Lancerote, cette terre du froment, il n'y en avait pas alors en abondance. Il est certain, dit Viera , que les Gouanches connaissaient la vesce et la fève, mais rien de plus. Pendant quatorze siècles de possession, ils n’ont donc eu que peu d’influence sur la Flore des îles ; ils ont introduit peut-être quelque culture de l’orge, peut-être quelques plantes herbacées ; comme’ Æeliotropium plebeïum, ke Buphtalmum aquuaticurn , ou le Teucrium iva , où encore le Chenopodiun ambrosioides, dont on bourrait les momies, et qui, croissant dans la partie Ja plus voisine de ie. ne se rencontre sur les îles qu’au voisinage des lieux cultivés ; mais ils n’ont introduit aucun arbre. C’est un phénomène digne de remarque dans l’histoire des hommes, qu'un peuple, qui n’était pas

nomade, mais fixé nécessairement sur un lieu borné,

ait pu y rester tant de siècles sans faire le moindre pas dans l’agriculture. N’est-il pas surprenant que ces hommes pussent voir ces îles autour d’eux, sans concevoir la pensée de creuser les arbres de leurs forêts et de passer d’une île à l’autre sur cette mer trranquille ? L'état différent , le dialecte entièrement distinct de chacune des îles , le peu de part que chacune prenait au sort des autres, montrent suffisamment qu’il n'y avait aucune communauté entre elles, et dans l’histoire de Béthencourt ou de Pierre Viera, nous ne trouvons pas une seule fois la plus légère mention faite d’un canot. Ce qu'a produit l’industrie de ces hommes est du genre le plus grossier et le plus simple. Des fibres végétales, qui n’ont subi aucune préparation, Sont réunies en un tissu lâche. Il ne nous est resté aucun instrument qui indique le plus faible degré d'invention. Et cepen-

dant, ils ne Mmanquaient pas de cœur, comme le prouve assez leur Courageuse résistance contre les Espagnols à Canarie , à Ténériffe et à Palma. de

Une tradition rapporte que, dans le milieu du quatorzième siècle, des Majorquains vinrent dans la iplus grande des Canaries, mais qu’ils y furent retenus et enfin mis à mort par les habitants, qu'ils avaient des figues sur leurs vaisseaux , et que ce fut par. eux que les figuiers se répandirent sur celte île; c’est ce: qui n'est nullement dépourvu de vraisemblance. Ce ne füt en effet que soixanté ans plus tard, que les Français parurent pour la première fois sur la côte de Canarie, et ils peuvent ainsi avoir appris, par des témoins oculaires même, le sort des Majorquains. Les indigènes qui vinrent pour les recevoir sur la côte leur apportèrent des figues. Mais comment le figuier serait-il passé à Ténériffe, car Cadamosto dit que la figue est la prineipale nourriture des habitants de cette-dernière île ?

La relation de Bontier, de l’an 1403, nous fournit, depuis Pline, le premier tableau un peu fidèle de ces îles , et nous y apprenons quelques faits très importants pour l’histoire de la Flore. G

Après la soumission presque pacifique de Lancerote, les aventuriers français n’essayèrent pas encore de se saisir des îles plus grandes; mais Gadifer de La Salle alla à l’île Ferro, qui était trop petite pour op- Poser de la résistance. Là il trouva sur la côte un pays Slérile, mais à l’intérieur montueux , beau « et bien délectable » , garni de bois toujours verts, en grande Partie composés du Z#baum ( Laurus fœtens) et d’une Si grande quantité de pins, qu’il estime leur nombre 4 Cent milliers, si gros d’ailleurs que deux hommes ne. POuvaient jes embrasser. Il n’y à plus Maintenant que peu de pins à Ferro, et lg temps n’est peut-être pas bien <loigné où l'on se demandera si ces arbres ont pu se

répandre si loin à l'ouest , et dans une île aussi petite, Parmi les animaux domestiques des rares habitants ; outre les chèvres, on nomme encore les porcs et les moutons; et lorsque de La Salle, en juillet 1404, aborda près d’Arguaneguin, dans la grande Canarie, les habitants promirent de lui améner des cochons. On ne nomme -pas en général ces animaux parmi ceux que possédaient les Gouanches. Les moulons sont encore maintenant rares dans les îles, où leur utilité ne se fait pas sentir.

J. de Béthencourt, ne resta que peu de temps sur.la côte occidentale de Palma, Là Bontier vitle-sang-dragon et autres arbres « portant lait de médecine.» Ceuxci étaient le 7abayba dulce (Euph. balsanufera) qu'il connaissait déjà de Lancerote et de Fuertaventura, car, ainsi qu'aux envoyés de Juba, ces Ferula lui parurent fort remarquables. «-Le pays est moult garni de bois qui: porte lait de grande médecine, en manière de baume » (usage auquel les pharmaciens l'emploient encore aujourd’hui), «et autres arbres de merveilleuse beauté, qui portent beaucoup de lait et sont €arrés de plusieurs carres » Es 129), ce qui s'applique au Cardon (ÆEuph. canariensis }. Les sang-dragonniers étaient parmi les arbres venant également de Cauarie, et, en effet, les habitants de cette île, dans leur première rencontre avec les nouveaux Venus, apportèrent pour la valeur de 200 doublons d’or de sang-dragon, qu’its donnèrent pour-des hameçons et autres ouvrages en fer. Ainsi, ces arbres remarquables y croissaient Vrai- : semblabiement sauvages dans Forigine, où bien y avaient été amenés par le peuple venant du continent ; mais , en tout cas, ils ne ie furent pas par les Portugais ou les Espagnols des Indes-Orientaies , où se rencontrent Pour la première fois des formes sembiables , et où l’on à même cru retrouver ce même arbre.

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Bontier vit aussi l'olivier à Canarie et même à Fuertaventura: Maintenant il est rare partout. C’est près du. village de Tamisas , au milieu de la grande Canarie, qu’on peut en trouver d’une beauté particulière. Là, ils sont grands et hauts comme des saules { Stralauer weiden), et en quantité assez considérable, ce qui autorise.à croire qu "us apHtresnEnt primitivenient au pays. SAR

Ge qui le frappa le. plus vivement à Fuertaventura, ce furent des arbres, croissant en épais buissons, au bord des ruisseaux et sur les rivages. Ils laissaient Suinter de la gomme, ,avaient un bois de mauvaise qualité, ressemblaient, par leur feuillage , à la bruyère, el élaiènt-appelés tarhais, et mêmé encore cette espèce

d'arbre est. particulièrement abondante à Fueërtaven-

lura. C’est un Zamarix que de Candolle ne croit pas distinet du Z! gailica , mais.que Willdenow, avec plus de raison probablement , a décrit comnre ure espèce différente , sous le nom de 7°. canar iensts. |

Ténériffe resta une île impénétrable et fermée aux Français. Ils aväient navigué autour, mais ne l'avaient jamais Vue que de loin. Bontier en parie comme d'une terre couverte partout jusqu'au bord de la mer, -de

bois épais. On ne l'avait donc pas encore:décrite.

Le 29 avril 1483, quatre-vingts ans après la pre- Mière invasion, Pierre de Viera compléta la conquête de Canarie. Les narehee furent chassés alors de leurs Possessions, et la terre fut distri ibuée aux soldats etaux Espagnols. Avec cetle étonnante activité et cette indus irie qui signalait autrefois les Espagnols à la-têle des

autres nations , le général y fit transporter de l Espagne : À de l’île Madère toute espèce d'arbres früitiers, de Potägers et de plein champ , mais notamment la canne à-sucre, Le prince Henri le navigateur, l'avait transplantée de Sicile à Madère : : leclimat de Sidi ne lui était

pas très favorable ; elle réussit mieux à Madère, mieux encore à Canarie. En peu d'années, on vit des plantations de sucre sur tous les terraine où l’on pouvait diriger un Cours d’eau, et onze moulins étaient continuellement en activité. Les bois de pins, de lauriers de thérébinthes et de lentisques, firent place à la culture, et les vallées se remplirent de Caroubiers , de pêchers, de grenadiers et d’orangérs. Avec les céréales d'Espagne, en parürent des herbes , et la Flore européenne vint s’y méler pe la première fois à la Flore d'Afrique.

Alphonse. Lugo déciyb: par le combat de Vittoria, maître de Pile de T énériffé, et aussitôt “le 25 juillet 1495, il jeta les indiens de la nouvelle ville de Saint-Cristoval de la Laguna. Ainsi que cela s'était fait

à Canarie, il partagea les propriétés des Gouanches entre

ses soldats, et obligea les anciens possesseursà devenir les serviteurs des nouveaux. Ses réglements pour le défrichement de la terre , seraient encore aujourd’hui fort sages. On ne laissa, sans l’ essayer, rien de ce qui paraissait susceptible d’être cultivé avec avantage ; des châtaigniers même furent introduits et plantés sur le terrain où est aujourd’hui la ville d'Orotava. Les bois de pins et d’Æ£rica y furent détruits, et les Châtaigniers y forment encore aujourd’hui un bois, qui: par la quantité de plantes européennes croissant sous son abri, trahit son origine. Ce n’est qu’au milieu de ces châtaigniers qu’on trouve le fraisier des bois, qui produit jà seulement des fruits mûrs et mangeables (ils ne le sont plus à Sainte-Hélène) ; ce n’est aussi que là que croissent le Jalerianella olitoria, Xe Myosotis oblongata, le Satyrium diphyllum, et, en plus grande abondance, Æelianthemum guttatum. Sur les champs de Ja hauteur se montrent les Sherardia arvensis, Silene maritimia, Papaver Somniferum ; Myagrum hispanicum, Rapha-

ELORE. 157 us sativus ; plantes entièrement étrangères à la nature de ces îles: © 1, ; |

L'an 1505, Alphonse de Lugo partagea tout le Val- Taoro, là vallée d'Orotava, en petites portions, et la donna à ses officiers, avec l’injonetion expresse d’y planter la canne à sucre. Cependant elle n’y réussit pas aussi bien que sous le climat plus chaud. dé Canarie. En l’année 1507, le gouverneur se convainquit luimême que la vigne y était plus susceptible d’acclimalation , et loute la vallée fut plantée de vigne. On la fit venir de Madère , où elle avait été transportée de Candie et du Péloponèse par le prince Henri. Les noms Malvasiers d’Icod, vignes de Malvoisie, ont encore trait à ces plantations. Des plantes de Grèce firent route,

avec ces plants aux îles Cararies. Telles sont les 4ne-

» thum foœniculum , Coix lacryma, Rumex bucephalo- Phorus, Rumex spinosus, Panicum crus-galli, et vraisemblablement aussi Delphinium staphysagria.

Alphonse de Lugo eut le mérite d’avoir le plus rapproché les vignobles du climat des tropiques. On voit subsisler encore maintenant les vignes productives de Golfo, dans l’île Ferro, sous le 27° 48, point le plus méridional de l'hémisphère boréal, et le plus voisin de la ligne, où la culture de la vigne s’avance , car les vignes d’Abuschar sont situées sous le 29° 2’, ct On les cache dans les puits pour les protéger contre le soleil (Voy. de Niebuhr, 2, 99). Schiraz est sous le 29 56, et au Cap àe Bonne-Espérance Ja culture de la vigne a peine à réussir au-delà du 32° degré. D’autres produits des contrées plus australes furent aussi de bonne heure transplantés dans nos îles, Le travail des plantations de sucre et des moulins , en si STa0d nombre à Canarie, demandait plus de bras quele PAYS n’en pouvait fournir. On fit en conséquence venir des esclavesde Ja côte de Guinée, el avec eux futapporté

158 DESCRIPTION DESMILES CANARIES.

J'utile bänanier. Gonzalo Fernando Oviédo raconte, dans son Æistoire des Indes, que, dans l’année 1516, vingt-deux ans seulement après la conquête de l'île, le P. Thomas de Bérlanga, évêque de Castillo del Oro, dans son voyage à Saint- -Domingue, y porta avec lui cet arbre, acquisition d’un prix indicibie pour l'Amérique , Où il est maintenant répandu sur tout le continent. Combien cette tradition donnerait de satisfaction à l'esprit, en lui présentant ce bananier comme un riche équivalent donné à l’Amérique en échange de la pomme de terre, si de Humboldt n'avait montré que plusieurs espèces de Musa , et, probablement en particulier la plus précieuse de toutes, l’arton, y étaient déjà naturelles et employées avant la découverte ( Nou-

veau-Mexique, 3, 24). Oviédo dit avoir vu le bana- M nier au couvent des Franciscains à Las Palmas, dans

l'île. de Canarie. 11 pouvait done y avoir déjà longtemps.qu'on l’y eùüt importé. Maintenant, dans toutes les parties les plus chaudes des îles, partout où coule un ruisseau, où jaillit une source, on est sûr de voir des bananiers à l’entour ; dans plusieurs vallées, ils semblent même venus spontanément. > est ce qu’on trouve sur la rive, riche en sources, de la Rambla, près Orotava à Ténériffe: ce qu'on observe dans la délicieuse vallée d'Yguesta. L'esclavage, avec lequel ce bel arbre fut transporté dans nos iles, en fut heureusement banni et renvoyé en Amérique; car la eulture du sucre fut bien vite établie à Saint-Domingue, et avec tant de succès el d'avantages, que les planteurs des Canaries ne purent plus soutenir la concur rence avec Ceux d'Amérique. Après cent ans, presque toutes ces plantations furent changées en Champs de mais et de froment. Les nègres disparurent; il n’en resta qu'une petite colonie, qui se maintint entièrement isolée"dans les cavernes des rochers de Tiraxana,

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