‹ Description physique des Îles Canaries, suivie d'une indication des principaux volcans du globeChapitre 19 sur 90 · FLORE. HAE · texte numérisé non relu

FLORE. HAE

sur la grande Caparie. [ls y demeurent encore; rarement, une seule fois peut-être dans le cours d’une année, onen voit descendre un à la ville de Las Palmas, et la présence du noir canarien y réveille un étonnement toujours nouveau ; car leur origiñe est entièrement sortie dela mémoire avec le souvenir de Ja culture du sucre. Maintenant, on cultive encore la canne à l’île de Palma, seulement pour fournir aux eloîtres des religieuses de la ville les matériaux nécessaires pour la confection de leurs confitures.

Les vaisseaux revenant d'Amérique ne tardèrent pes à répandre deux plantes, qui se sont maintenant naluralisées dans tout le sud de l'Europe, et appartiennent ; réellement, dans l’état actuel, à la Flore des Canaries, . le Ewvtis opuntia et\ Agave americana. La pre- Mière, qui paraît rechercher de préférence un sol sec et atide: fournit pendant les mois chauds de la fin de l'été, dans son fruit plein de suc , un rafraîchissement précieux aux habitants de la campagne, qui sont obligés d'aller chercher à plus d’un mille l’eau de leur boisson. L’Agave a aussi son utilité. Ses feuilles servent itéquemtnent à la couverture des petites huttes; ses fleurs sont mangées avec délices par les enfants, et les fibres des feuilles travaillées forment des tissus va- | riés. Dans l’intérieur de la grande Canarie, les che- Mins sont, des deux côtés, plantés de ces végétaux, dont les feuilles , du milieu de leur lar ge rosace, lancent leurs longs pédoncules , semblables à des candelabres. Beaucoup d'habitants de la ville souterraine d’Atalaya, où deux mille personnes habitent dans les entrailles de la terre, sans qu’il existe une seule trace de Maison, recueillent les feuilles, les préparent et en forment-des nattes, des sangles et des cordes, qu'on porte énsuité dans toutes les îles.

Elles sont encore redevables, à leurs rapports avec

l'Amérique, de l'acquisition de Ja patate { Convolvulus batätas), qui n'a pu cependant jamais encore se répandre au loin, car elle demande pour réussir une terre fréquemment arrosée et une température moyenne qui ne s’abaisse jamais au-dessous de 14° R. , deux conditions qu'il est rare de pouvoir trouver réunies. Ce n'est qu'à Saint-André de Ténériffe, à Tazacorte de Palma et dans quelques campagnes de Canarie, qu’on cullive ce légûme , et je n’ai pas remarqué que d’autres plantes d'Amérique y aient été transportées avec lui: elles ne pourraient subsister que difficilement, à canse des remuements qu’exige la terre pour la culture des patates. Serait-ce cependant avec elles qu'aurait élé introduit ce singulier Bowlesia ( Drusa) oppositifolia , dont un petit nombre d'espèces analogues s’0bserve seulement au Pérou , et qui ne sé trouve. pas à Téné-… riffe avec les plantes sauvages, mais seulement avec celles des décombres ; genre caractérisé par une forme siparticulière, qu’on se résoudrait difficilement à croire que la nature en eût jeté des espèces diverses sur des points du globe si éloignés entre eux ? |

Enfin , et peut-être après toutes les autres plantes, la pomme de terre y fut aussi cultivée. C’est une tradition qui s’est conservée, que Don Jean-Baptiste de: Castro lapporta avec lui, en 1622, du Pérou, et la planta dans ses propriétés à Icod el Alto. On Ty cultive encore en très grande abondance et avec beaucoup de soin, et de là elle fut répandue à Canarie, Palma et Ferro; cependant elle ne prospère pas.

Quelle terre des Hespérides Ténériffe ne fût pas restée, ne fût de plus en plus devenue, si le zèle d’AI- Phonse de Lugo, pour le défrichement de l’île, eût Mieux consulté l’économie de la nature! I] fut luimême forcé de faire quelques ordonnances poür réprimer la rage avec laquelle on détruisait les bois:

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Mais il eût pu vivre assez pour ne plus apercevoir que de loin les bois qui auparavant fouchaient à sa nouvelle ville de Laguna. Le chevalier Scory (Purchas’ Pilgrims, v. 7, B. 49. cap.) qui s'arrêta, en 1582, à Ténériffe, décrit encore la lagune, dont la ville a tiré son n0M, Comme un grand et charmant lac qui était Couvert d’une grande quantité d'oiseaux aquatiques, audessus duquel des faucons sauvages venaient se réunir Chaque soir, et donnaient aux nègres l’occasion d’une chasse amusante. C’est maintenant un petit marais , que Peu de voyageurs voient , et où il ne s’amasse un peu d’eau qu’en hiver. Il ne descend plus de sources , plus de ruisseaux des bois des hauteurs pour remplir ce asSin. Quand Édens, en 1713, gravit le sommet du Pic, il.trouva encore , à Cinq ou six mille pieds d’élé- Halion, un bois de pins, dont un arbre, par l'extension ‘de ses branches, ressemblait à un petit vaisseau, et était, pour cette cause nommé l& Caravela. Maintenant, toüte la hauteur est dépouillée d’arbres et desséchée. Autrefois, quand les couches échauffées de l'air et les vapéurs s’élevaient de la zone inférieure de la mer et atteignaient la région supérieure du bois, elles n’y trouvaient pas sur le sol de surface qui pût S'échauffer par l’action du soleil et renvoyer cette Chaleur par le rayonnement. L'humidité devait, au milieu d’une température plus froide, s'arrêter sur ces arbres; les gouttes s’amassaient sur leurs feuilles en- Sore plus froides, tombaient sur la terre et formaient des sources. Maintenant le rayonnement du sol pelé éS{tellement fort, queles nuages en général ne viennent Presque plus sur l’île, et l'humidité que l’abaissement detempérature pourrait produire trouve, dans la grande sécheresse de cette hauteur, de quoi T'absorber et Ja Meutraliser, Cette humidité, qui, produite sur l’île, y “etombait pour la fertiliser , est maintenant emporlée

des hauteurs dans des zones peut-être bien éloignées; ou rejetée sans aucune utilité dans la pleine mer. Ainsi, Ténériffe où, pendant un temps, on admirait un miracle de la nature, deviendra comme Santiago, l’une des îles du Cap-Vert, et par suite d’une semblable imprudence, un rocher aride en mer. Nos Flores rapporteront quels arbres et quelles plantes couvraient, à une certaine époque; Ténériffe, ef Ja postérité aura me à y ajouter foi.

De la Flore primitive.

Cinq des îles Canaries s jélaront à des hauteurs assez considérables , pour que, sur le penchant des montagnes, on puisse trouver le climat de régions très

différentes. Ce sont Ténériffe, Palma , Canarie, Gomera” 4

et Ferro. Là, sur le rivage de la mer ,; mûrissent les fruits des palmiers, ce qui demañde une chaleur à laquelle.n’atteint pas même la partie nord de Maroe, et, sur les sommets des montagnes , l’Arabis alpina accuse le climat du nord tempéré. Les produits du sol sont analogues à ces climats divers, et.e'est pourquoi la Flore de ces îles. est beaucoup plus riche qu’elle ne le serait, Si, COMME Lancerote etKuertaventura, elles ne pouvaient, en raison d'une moindre élévation, jouir de la température que d'une seule région, fût-ce même la plus chaude. ! |

Ïl semble que la végé tation de ces îles peut convenablement se distribuer en cinq régions qui se distinguent entre elles d’une manière suffisante et même frappante par Ja nature et.le port des plantes qui y eroissent le plus abondamment.

4° La région africaine (de l'Afrique infertropieate}® jusqu'à 4,200 pieds de haut. Région des bananiers et des palmiers: U

FLÔRE. Re

% La région de la culture européenne (médilerränéenne ), jusqu'à 2,600 pieds. Elle renferme les vignes et blés importés, comprend par suite la plupart des plantes qui s’y sont introduites d'Europe, et rappelle par-là, ainsi que par ses plantes aborigènes , la nature de l'Europe méridionale. FÉRPAUS n ë

5° La région des bois, des arbres à feuilles épaisses el persistantes. Laurters, Ardisiées, Mocanera , [lex perado , Olea excelsa et Myrica, faya. Les nuages re- Posent pendant le jour sur cette région, dontles vapeurs entretiennent l'humidité, et c’est à leur ombre que croissent les plantes forestières propres à ces îles : Digitalis Dracocephalum ; Sideritis , Ranunculus Teneriffæ, Geraniim anemonifolium, Convolvulus cana- TLeNSIs.

4° La région des pins, du Prnus canariensis, jusqu’à 5,900 pieds. Presque tous les arbres à grandes feuilles S’arrêtent assez loin au-dessous de ‘cette région, Le

Brezo ( Erica arborea ) monte Presque jusqu’à sa plus grande hauteur. | RE RÉCTES

5” La région du Spartium nubigenum (Retama blanca:), la Cumbre, jusqu’à 40,580 pieds. Elle commence à peine où disparaît le pin, et couvre de ses fleurs Odoriférantes les champs de ponce et de lave.

1000 pieds au-dessous du sommet du Pie sont én- Üiérement dépourvus de végétation.

Les deux dernières régions sont très élevées audessus dela limite habituelle des nuages. Elles restent done, à l'exception de peu de mois de l’année, dans un Eat de-sécheresse constant et particulier à ces îles. C’est Pourquoi il n’y a qu'un petit nombre de végétaux qui Puissent s'y maintenir, et, quand la liste des espèces qui Y'eroissent présente une somme de 23 seulement, ce n'est pas Parce qu’on a choisi celles qui s’y rencontrent le plus CoOmmunément , c'est bien réellement la totalité

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de ce qu'on à rencontré jusqu'ici entre 5,000 et 10,000 pieds. Les conditions extraordinaires dans lesquelles celte station se trouve placée, sont cause que, des 23 espèces, 19 sont entièrement propres à ces îles, et jusqu'à présent n’ont été trouvées nulle autre part: On ne peut en aucune manière Comparer cette Flore à celle des Alpes, plongée dans une perpétuelle humidité. Û

La somme des plantes phanérogames que nous avons vues dans ces cinq régions, savoir de toutes’ celles qui croissent sans lé secours de l’homme, s'élève à 535 espèces. De ces espèces, 158 sont vraisemblablement importées , de sorte que la Flore propre et originelle des Canaries se compose jusqu'ici de 577 espèces. Il est difficile que des découvertes ultérieures augmentent cette somme d’une quantité notable.

Ce nombre aussi petit dans un climat dont les conditions sont si favorables et si variées, pourrait étonner beaucoup de personnes, surtout quand on pense que le terrain ingrat et uniforme des environs de Berlin nourrit 874 plantes phanérogames. Mais ce résultat caractérise-la nature des îles, où le nombre des plantes diminue en proportion de 1 éloignement des continents, à moins cependant que par leur étendue, elles ne forment un petit continent elles-mêmes. Si nous avions un catalogue.de la Flore primitive des Açores, nous ne le verrions certainement pas atteindre le quart de ce nombre. Le célèbre naturaliste français Du Petit- Thouars ne trouva, sur l'ile de Tristan d’Acugna, située à 37° 21' de latitude australe, et dont les sommets se perdent dans.les nuages, pas plus de 25 différentes espèces de plantes phanérogames, dont les unes rappellent la végétation du Cap, les autres celle de l'Amérique, à peu près également distante , et leur nombre à Sainte-Hélène, d'après le catalogue de Rox-

FLORE; 145 burgh , ne monte pas à plus de 36 espèces (*). Ainsi, dans celui des plantes canariennes, le voisinage d’un grand continent se fait encore sentir, et il ne devrait étonner que si les Açores pouvaient en PR un plus considérable où seulement égal.

Des considérations sur le rapport des espèces entre elles ne peuvent donc servir à déterminer les lois gé- nérales de végétation, mais seulement le degré de facilité avec lequel ces espèces se sont répandues sur les îles ;-ou bien encore on pourrait au plus en conclure quels sont les-genres qui, sous ce climat, se divisent le plus aisément en espètes distinctes et permanentes. Encore, sous ce point de vue, paraîtrait-il bizarre de réunir ensemble dans de telles considérations l’ensemble des plantes de toutes les ‘régions. Les condilions du développement et de la vie sont trop différentes dans chacune d'’elles..Ce serait presque comme si, dans des recherthes sur la Flôre anglaise ; on voulait intro: duire Malte et le Cap, où faire entrer Tranqücbar dans celle du Danemark.

Le rapport des plantes de la Flore (proknbienast originelle) dans les diverses régions, se déduit de Ja ne suivante :

He ) Beatson (Tracts on, n $1 Helena , p.299 et suiy. , De Candolle (Dict. des Sc, natur.., 8:,p. 395) et Schouw (Géogr. des pe 494) disént 61 : mais ils n’en ont pas déduit les fougères.

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