CUMBRE DE LA CALDERA
Il est entièrement impossible de monter du fond@e la Caldera vers l'arête, ou de descendre de celte crête Vers le fond. On n’atteint le sommet que par la pente du circuit extérieur » Mais alors avec facilité. Quoique eScarpé, le chemin qui y conduit depuis Santa-Cruz n'est que pénible, et nullement dangereux ; maïs ce Au'il permet de voir de Ja composition de l'enceinte est lrès uniforme. Du basalte, avec de l’augite et du Péridot, forme habituellement le recouvrement supé- Tieur des roches; et dans les barancos , par lesquels Passe le chemin, on voit ce même basalte alterner avec des couches puissantes formées de débris grossiers de Scories. Les couches compactes n’ont guères plus de 10 à 45 pieds de puissance, Au-dessus, dans les parties les plus élevées, la surface CORsis{e en couches de Scories rouges et jaunes ; et parmi elles s’élèvent,
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vers l’arête de la Caldera, de grosses écailles de masses plus solides, anguleuses, et se présentant avec des formes remarquables et singulières. Ces écailles, comme celles des courants de laves , ‘sont partout remplies de beaux cristaux petits et brillants d’augite, et aussi de péridot ; la décomposition qui s’effectue sur ce sol dénudé enlève la masse principale, et les cristaux qu elle englobait se trouvent alors isolés à la surface qui est parsemée d’une quantité innombrabie de ces cristaux. Les cri£taux de péridot montrent nettement la forme. de la chrysolithe (Æaüy, p. 70, fig. 132), ce qui est d'autant plus frappant, que par l’aspect des morceaux cassés , on n’accorderait pas du tout à ces AE ar des contours aussi réguliers.
On ne s’apercevrait pas de la hatisur infiônse à laquelle on s’est élevé en montant jusqu’à cette arête, si on n’en avait pas élé averti par la disparution successive des arbres sur la pente, d’abord des palmiers et des opuntia ; puis des vignes et des orangers , ensuite les lauriers, à hauteur de 5,500 pieds ; des Myrica faya, à 5, 930 pieds ; plus tard des Érica arboréea, à la hauteur de 4,160 pieds ; enfin des beaux pins des Canaries, à à 6,500 pieds. L’arête elle-même, au Pico del Cedro , sur le côté sudest de là Caldera, s'élève jusqu’à 6, 805 pieds. Plus loin, vers le nord, s'élève le Pico de la Cruz, à 7°082 pieds , ét enfin encore une lieue plus loin, et toujours en suivant l’arête, se montre le Pico dE los Muchachos, Ja plus haute pointe de l'ile, élévée de 7, 254 pieds au déssus du niveau de la mer.
Vue d'en haut, la Caldera présente un coup- d'œil non moins frappant que d’en bas dans son intérieur. son effraÿante profondeur, qu'on peut alors embrasser dans toüt son ensenibte, lui donne l'aspect d’un abime immense , tel qu’il doit s’en présenter rarement à là
surface de là terre. Le milieu du fond de la Caldera est
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élevé de 2,257 pieds ; la base des rochers verticaux 6st de très peu plus élevée, en sorte que ces rochers forment jusqu’à leur sommet des escarpements à pic de plus dé 4,000upieds de hauteur, Où pourrait-on trouver rien d'aussi prodigieux 9 Où existe-t-il un entourage de cratère aussi gigantesque, dans lequel les rochers environnants viennent dévoiler à observateur, Sur une Si étonnante hauteur, la nature des masses cachées SOUS le sol qu’il foule à ses pieds? ï
Des crêtes isolées ét arides s'élèvent sur les bords de l'enceinte , et par elles on peut facilement juger de la COMposition de l’ensemble. Aussi Join qu'on peut Voir das la Profondeur, ce sont des couches de basalte solide, entremêlées de couches plus püissantes de tuf et de con- Slomérat, formées de scories. En häut, sur le bord , les couches s’inclinent très fortement vers l'extérieur, et loujours de moins en-moins dans la profondeur ; en sorte que sur le côté Septentrional elles plongent vers le nord, et sur le côté méridional, au contraire, vers le sud. Ici on serait encore tenté de croire que les nombreux filons basaltiques, qui se montrent partout de- Puis le sommet jusque dans la plus grande profondeur, sont les liens à l’aide desquels les couches formées de masses aussi décomposées sont maintenues dans cette Situation hardie: Ils Sont pour la plupart verticaux, ou S’inclinent dans différentes directions, mais (toujours en S'écartant peu de la verticale, et ils ne se traversent pas aussi fréquemment qu'au fond du baranco, au éonluent des deux ruisseaux. g
La pente extérieure de Ja Caldera est comme faite au tour, depuis le sommet jusqu’au bord dela mer. On ne voit pas l’entaille des barancos, où bien l’on ne voit ue des fentes peu apparentes, et de nouvelles éléva- ‘ions: ne $e-rnontrent nutié part'Sur celte surface ‘qui
s'abaisse uniformément. Ceci est un phénomène très remarquable, et il le devient encore davantage, lorsqu’on parcourt les barancos.qui s'étendent en quantilé incroyable depuis le sommet jusqu’au pied, ou bien qn'’on les examine seulement sur la carte de l'ile. On peut se trouver très près d'eux sans les voir, et souvent On ne les pressent pas du tout avant d’avoir atteint le dernier sentier sur le bord. Alors il faut descendre le long d’un rocher à pic de 4 à 500 pieds, puis remonter à la même hauteur; mais à peine a-t-0n fait un quart de lieue, qu’on trouve un nouveau baranco, aussi profond, et bordé également par des es- carpements verticaux. Ces ravins se succèdent ainsi de telle sorte, que les habitations trouvent à peine assez de place sur cette surface. Aucune eau ne coule dans ces baranco:, si ce n’est pendant les pluies d'hiver , ou quand la neige fond sur les montagnes.
Les chemins, pour arriver à une hauteur un peu considérable au-dessus du niveau dela mer, deviennent tellement pénibles par suite de ces interruptions continuelles, de ces montées et descentes consécutives , que les habitants préfèrent en toute saison monter toute la hauteur depuis Santa-Cruz jusqu’à la Caldera , puis redescendre par un grand détour lelong du baranco, plutôt que de prendre le chemin , ‘bief plus direct et plus court, à travers tant de profonds barancos. Ceux-ci partent tous des bords de la Calder4 comme d'un centre ; mais ils ne s'étendent pas plus loi que la Caldera elle-même. Sitôtque la Cumbre s'éloigne du cratère et se retire vers la pointe.méridionale, le$ barancos deviennent rares, et ne-sont st à der que près des bords de la mer.
Ces phénomènes s'accordent entre eux Je plus par” failement possible, de manière à être rattachés à Un©
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cause commune, Qu'est-ce en effet que la Caldera, sinon la grande cheminée , le cratère de soulèvement, par lequel s’est fait jour la force qui a soulevé toute cette île du fond de la mer au-dessus de sa surface. C’estpour cela Que les couches ont la même inclinaison que la pente extérieure , plus forte vers le haut que vers le bas , et la surface du cône nouvellement soulevé, a dû éclater sur SON contour en fentes et en. barancos innombrables, puisqu'elle s'étend sur un espace. beaucoup plus considérable que celui qu'elle occupait auparavant sur le fond de la mer. De pareilles fentes sont rares loin du cône d’éruption, parce que les mêmes causes de rupture n’y existent plus. S'il avait pu s'élever Un pic au milieu de la Caldera, il. en serait ré- Sulté un volcan, un canal de communication de lintérieur avec l'atmosphère : mais l'immense masse Soulevée. est retombée au milieu du cratère, et a-rebouché l’orifice de communication qui avait tenté de s'établir, . RER ET" :
Le profond canal qui s'étend depuis le cratère jusqu'au pied du cône ; le baranco de las Angustias, n’est pas particulier à l'ile de Palma : c’est un phénomène Commun à tous les cratères de soulèvement. Si le bord Supérieur seulement, et non le fond d’un pareil cratère est élevé au-dessus. de la surface de la mer ,; alors il arrive ordinairement que l’eau de la mer s’introduit Par ces sortes de fentes, el, remplissant l’espace intérieur, forme une grande baie circulaire. C'est ce qui a lieu pour l'île d'Amsterdam, .au sud de l'Afrique ; pour Barren Island, à l’est des îles Nicobar (PL V1;5), où l’on Croit voir le Picde Ténériffeavec le cirque qui l'entoure, Placé à la surface de la mer, À Gran Canaria les fentes se trouvent dans le profond baranco de Galega, auprès de Mas. Palomas,. vers le côté méridional, Mais dans
‘aucune de ces îles ces rapports remarquables ne sont
aussi nets, aussi manifestes, et sur une aussi grande échelle que dans l’île de Palma.
ÉRUPTION DE FUEN-CALIENTE.
On n’a jusqu’à présent examiné aucun cratère de soulèvement, dans le milieu duquel on ait trouvé seulement une trace d’une éruption ou d’un courant de lave. Toutefois ce cas se présente au circuit extérieur, mais seulement loin du grand cratère, et ordinairement à une très grande profondeur, presqu’au pied de la montagne. Encore ne remarque-t-on pas que ces éruptions se rangent autour du cratère, comme autour d’un centre, et que par suite, elles indiquent là, comme dans les grands volcans, une direction commune. À Palma, il n'y à vraisemblablement nulle part, sur le circuit extérieur du cône qui cache la Caldera, aucun cône d’éruption, ni aucun courant de lave; l’éruption de la Lavanda même, arrivée l’an 1585, est déjà très éloi- gnée de la Cumbre de la Caldera, C’est encore bien plus loin , et à une grande distance de cette Cumbre, que se trouvent les éruptions les plus récentes, celles de Fuen- Caliente, sur le côté méridional le plus extérieur de l'ile, ét non loin de Ja mer. Viera parle peu de cet événement, Glas pas du tout; mais il se trouve con- ‘signé dans un manuscrit du Hbénise Don Juan Pinto de Guisla, fait à Palma le 17 janvier 4678, qui est encore conservé à Ténériffe, et où toute la suite des phéno” mènes est racontée avec assez de détails.
Les premiers signes de l’éruption du volcan, dit Don Juan Pinto, furent des trembléments de terre, qui commencèrent le samedi 43 noYembre 1677, danS
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là partie méridionale de l'ile, éloignée de six leguas de la capitale, là où sortait celle source, qui à cause des Propriétés médicinales de ses eaux élaitnommée Fuernte-
anta ; et, COMMe celles-ci jaillissaient chaudes du sein de la terre, tout le district avait recu le nor de Fuen- Caliente. Les tremblements de terre conlinuerent jus- Qu'au 17; puis il se forma, avec un ‘violent bruit Souterrain , plusieurs ouvertures , desquelles il sortait des vapeurs brûlantes accompagnées d’une forte odeur de soufre : Ja plus grande de toutes se fit sur la monlagne los Corrales, à une demi-legua de Ja mer.
Le même jour, une heure avant le coucher du:s0leïl, la terre s’ouvrit avec un grand fracas dans la plaine , au-dessus de la Fuente-Santa, sur la Cuesta Canrada. Immédiatement ensuite se formèrent les unes après les autres, dans l’espace d’une heure, sur la Pente de la montagne , dix-sept autres ouvertures , par lesquelles jaillirent des masses épaisses, fluides.et in- Candescentes , qui se réunirent en un courant de feu dirigé vers la mer. Trois nouvelles ouvertures se formèrent plus haut, au-dessus .de la montagne, et il en sortit une masse fluide semblable, qui se joignit à celles provenant des autres ouvertures, ef atteignit aVec.elles la mer au Porto Viejo, là où les Espagnols abordèrent pour la première fois dans le pays, pour faire la Conquête de l'ile. Un bras se précipila sur la Fuente- Santa, et la: recouvrit d’une telle quantité de débris, Tueémaintenant:on a perdu toute espérance de jamais la “evoir. La destruction de cette source chaude a été une Perte considérable pour l'ile de Palma. . hr 2
‘Le 21 novembre, la grande ouverture de la monlagne (dos Corrales) dégagea beaucoup de fumée ; puis tlle s'agrandit brusquement avec un bruit considé- Table ;des.flammes en sortirent et s’élevèrent jusqu’à lue très grande hauteur ; elles étaient mêlées de pierres
incandescentes en si grande quantité, que par leur accumulation autour du nouveau cratère, la montagne s’éleva d’une quantité notable, Mais aucun courant ne jaillit de cette ouverture.
Plus tard, entre cette montagne et la mer, dans la partie de la contrée qui a été appelée Fenianya, la terre se fendit, et il se forma de nouvelles ouvertures éloignées de plus de cinquante brazas des premières, et il en sortit des courants de laves. Ils se dirigèrent également vers le Puerto Viejo, et, se joignant avec ceux des autres ouvertures, ils formèrent une sorte de Malpays d’une demi-legua de largeur. La mer fut repoussée de plus de deux cents brazas par ces courants.
Dans l’intérieur même de la montagne, on entendait un pétillement continuel, comme de matières enflammées, entremêlé de plus fortes détonations qu’on entendait dans toute l’île, et qui ressemblaient tantôt au bruit du tonnerre, tantôt à l’explosion d’une batterie. De temps en temps les flammes cessaient de jaillir de la grande ouverture du sommet; mais elles étaient immédiatement suivies par une épaisse fumée, et par une éruption d’une si égorme quantité de sable, que tout le pays environnant en fut recouvert jusqu’au-delà de la hauteur de huit palmes, et qu'une grande partie du Malpays, près de la mer, formant ün rivage rocailleux, fut changé en une plage sableuse, en une P/1ya. Au milieu de cette fumée épaisse , il se produisait des éclairs si éclatants, qu'on les voyait jusque dans la ville; comme les éclairs des orages , ils étaient suivis de violents coups de tonnerre: Aujourd’hüi, dit le licencié, 18 janvier 1678, tous les phénomènes n’ont pas encore cessé. La montagn® dégage toujours de la fumée et des’ vapeurs, et, dan” les environs du nouveau volcan, il y a maintenant des endroits qui émament des exhalaisons si pestilen”
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lielles , qu’on y à trouvé un homme asphyxié , ainsi
qu'un grand nombre d'oiseaux morts aux environs.
Plus tard, vingt-sépt chèvres y périrent en même temps, Pour s’être apprôchées de cet endroit, où les vapeurs émanént de la terre sans famée apparente. Des trem- * blements de terre continuèrent à se succéder, ét ondes ressentit surtout ‘très fortement le 5. janvier, vers cinq heures du matin. Toutefoïs, lé monticule du soinmet resta seul dans un. état d’éruption ; mais de nou- VEaux courants de laves , sortis de quelques oùvertures plus profondes, recouvrirent Compléterñent ‘Plüsiéurs orifices situés encore à de plus grandes Profondeurs, d’où étaient sortis auparavant d’autres Courants. D'après Viera, tous ces phénomènes cessèrent comp'étement le 24 janvier. LE D’après cette relation , la suite des phénomènes de
cette éruption remarquable est encore conforme à ce. qu’on observe sisouyent dans des volcans: D'abord la
terre s'agite, ensuite ilse produit une fente qui, ici, se trouve représentée par dix-huit petits cratères, et cette fissure donne issue à des courants de ‘lave fluide.
Puis'un cratère plus élevé répand des pierres, des :
cendres et du sable, et enfin des’ mofèttes pestilenlielles se dégagent du sein de la terre ébranlée, <
La masse de la lave sortie du volcan est extrèmement remarquable. Elle est complétement ‘bâsaltique,
renferme des cristaux d’augite et de très gros mor
Ceaux de péridot, de la gfosseur d’un citron. Ceux-ci Se trouvent dégagés de la masse, et s'élèvent au-dessus Comme des pointés soutenues par -de petites colonnes de laveë. Lorsqu'ils sont entièrement entourés , ils ne SOnt pourtant pas renfermés solidément dans la masse, mais ilS sont environnés comme d’une bordure de ca- Vités. On ne voit pas du tout de feldspath dans cette “lave : elle dérive certainement de roches basaltiques , ; 19
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et vraisemblablement elle provient du basalte de l’enceinte la plus Voisine ,: cap, jamais les laves ne paraissent. être formées des rÉéro sortiés des profondeurs de la terre. Elles-semblent’ n'être rien autre chose que des portions dé la: roche la plus voisine de la surface, que traversent les vapeurs dégagées de l’intérieur du volcan:
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