LES ILES DE LIPARI
Les îles de Lipari sont situées au milieu de la sphère d’ébranlement de la Méditerranée , d’après les limites que M. de Hoff a assignées avec autant de justesse que de perspicacité (dans la 2” partie de l'Histoire des révolutions de la surface du Globe), à cette sphère de Paction volcanique, Dès qu'on a jeté un coup d’œil sur
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toute la contrée , on ne peut pas mettre en doute que Stromboli ne soil le volcan-central. de tout le groupe dont:font partie les autres îles, celui duquel dérivent toutes les éruptions. En effet, ce cône volcanique; d’une forme très régulière et bien déterminée, s'élève de beaucoup au-dessus des autres îles, et en outre il donne une issue à une -éruption constante de gaz enflammés , qui depuis longtemps-lüi ont fait donner par tous les navigateurs le nom de Phare de la Méditerranée. Il -y. aura peut-être encore. d'autant plus de raisons de le,considérer comme la principale cheminée volcanique, que -déjà, dès la plus haute antiquité Strongyle était connu comme un volcan en pleine activité (ÆZoff. , ., 255 ). Cependant les phénomèn® volcaniques et les éruptions se manifestent si fréquem” ment dans l’île de Volcano, qu’on serait tenté de croir£ que là aussi il y a une communication libre et facile de l’intérieur avec l’atmos; shère. Stromboli est trés bien représenté dans TRES pittoresque de la Sicile, par Houel , tome r, pl. 70 à 74; or, d’après ces dessin on ne peut. s'empêcher de donner à.ce volcan le pre mier rang parmi toutes les montagnes qui, dans lS îles, sont le siége de phénomènes volcaniques.
La hauteur du mont 2e la crête la plus élevée de l’île de Stromboli, , d’après le capitain® Smith, de 2,037 pieds du resé au-dessus de la nef (v, Zach., cor.x, 851).
Les îles de Lipari se distinguent de tous les group® volcaniques analogues, en ce qu’elles ne sont pas f0f” mées de roches basaltiques, elen ce que mème jusqu ici on-n’a encore découvert aucune trace de roche amygd#” “loïde dans ces contrées. Toutes les montagnes sont cof” Posées de trachyle, ou de masses qui proviennentde l’altération du trachyte par des influences volcaniques"
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PHENOMÈNES VOLCANIQUES. 553 fapport est l’île de Panaria, située entre Lipari et Stromboli ; dans cette île, en effet, aucune éruption paraît avoir Modifié la nature primitive du trachyte. Elle se compose de rochers immenses de formes bi- Zarres et singulières ; qui se divisent en longues colonnes de 3 à 5 pouces d'épaisseur. Strombolino est aussi extrêmement remarquable (Houel, 1, PI. 69) ; le trachyte y est bleu-gris, à cassure brillanté, et tontient de beaux cristaux de feldspath blanc et vitreux : Quelquefois, mais rarement, il renferme aussi de longues -aiguilles de hornblende, qui sont également brillantes (Magasin der Berliner Gesellschaft naturf. Ereunde ; 5x jahrg., p. 302. Ferrara, Campi flegrei della Sicilia, Mess. 1816, p. 249); et d'après lui, M, de Hoff., (11, 260), donnent à tort, à ce trachyte, le nom de granite. F- | à
Stromboli est l'extrémité d’une chaîne ou faille tra- Chytique, qui commence à Volcano, et qui à Lipari se divisé en deux branches , dont la plus occidentale S'étend sur Salinas, Felicudi et Alicudi, etse termine à Ustica. + | Les îles de Lipari ne sont pas moins remarquables Par les masses de matières gazeuses et de vapeurs IWelles rejettent dans l'atmosphère, et qui, pour la Plupart, ont jusqu'ici échappé à nos investigations et ous soht encore inconnues. Les coulées d’obsidienne Aw'on trouve sur ces îles, sont aussi tres caractéristiques. On reconnaît encore, dans ces contrées, que les masses d’obsidienne ne font éruption que dans les Parties où l’intérieur du volcan est à peu de distance au-dessous de la surface extérieure, et jamais dans . les parties qui avoisinent la base d’un volcan élevé, / Les coulées de Lipari sont, d’après les observations du célèbre voyageur M. Ruppel, sorties par sept cralères situés sur la Perrera, entre le Monte Rosso et
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Capo.Bianco, dans la partie est de l’île : elles ont donc été produites par une éruption isolée; et, comme au Pic de Ténériffe , elles ont été précédées par une masse de pierres-ponces assez considérable pour former une montagne entière, le Monte Bianco.
Dans le Val de Muria, au sud-ouest de l'ile et un peu à l’ouest de Volcanello di Lipari, M. Ruppel a découvert, au-dessus d’une lave d’un bleu grisâtre €t contenant du feldspath , une couche de tuf traversée dans toutes les directions . par une grande quantité de plantes.marines , probablement la zostera. Cette localité : est actuellement à 300 pieds au-dessus du niveau dedà mer. Le tuf est formé de nombreuses couches parallèles , qui s’inclinent doucement vers la mer. Souvenf on voit dans l’intérieur de ces végétaux, et aussi dan de petites fissures, de Ia calcédoine en concrétion el de petits fragments de spath calcaire. Tous ces caractères se reconnaissent parfaitement sur les échantitlon$ qui sont conservés dans la collection de la Société de Senckenberg , à Francfort. Ces faits sont certaine ment aussi curieux que nouveaux, et prouvent ‘Ni demment que l'ile .a été soulevée du sein de la mer et repoussent toute idée d’élévation et d’accroisse* ment successifs produits par la superposition d’un grand grand nombre de coulées volcaniques.
Les observations et les recherches de M. Frédérit Hofmann dans les îles de Lipari ,. et l'excellente de$” cription qu’il en a donné (Leipzig 4852, et Poggen” -dorf, Annales de Physique ,:xxV1 , septembre 4852) : nous ont fait connaître beaucoup de rapports gd jettent une clarté inattendue sur la relation des volcans d'Italie avec ceux de la Sicile. Quoiqué les iles de Pa” maria et de Barigazzo soient entièrement composées de trachyte, il n’en est pas de même du volcan de-Strom” boli. Toute la série de ses couches ne fait voir qué
la mème roche dont l’Elna est formé, c’est-à-dire une dolérite à petils grains, un mélange de feldspath labrador avec du pyroxène. M. Hofmann a observé que tes couches descendent vers la mer, en suivant la pente du cône même ; elles entourent un enfoncement circulaire et considérable, très bien exprimé dans un dessin (Vol. #, PI. 1), fait par M. Escher ; enfoncement que M. Hofmann nomme, et très justement, un cratère de soulèvement, Le Pic ou le cône du volcan s'élève du milieu de cette enceinte , et renferme à sa cime un cratère qui a plus de 2,000 pieds de diamètre du sud-ouest au nord-ouest, et une profondeur de 600 pieds. C’est au fond de cécratère que les éruptions conlinuelles de vapeurs, qui $ê succèdent avec une régularité admi-
able, se font jour par de petits cônes, qui souvent changent de placeet de nombre.
La description que M.Hofmann fait de ces éruptions est aussi claire qu'animée. Il paraît évident qu'il s’effectue dans l’intérieur un développement continuel de substances gazeuses , qui s'accumulent lentement jusqu’à ce qu’elles soient en état de forcer la pression de atmosphère : des gerbes de blocs rouges et luisants, et des masses fluides de laves qui débordent, suivent cette éruption gazeuse. On est surpris de Voir que la pression atmosphérique puisse exercer une si grande influence sur ces phénomènes ; on doit l'être bien plus encore, qu'une différence dans la hauteur du baromètre puisse être appréciée par la nature et la -vitesse des ballons qui se dégagent de ce grand laboratoire intérieur. Mais depuis des siècles, et vraisemblable- Ment.du temps des Romains, les marins ont jugé de la direction du vent d’après la vitesse et l'intensité des Serbes de feu que le volcan lance dans l'atmosphère. Le vent du sud-ouest, qui déprime la colonne barométrique, fait succéder les éruptions avec vitesse , et leur
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donne une splendeur qui surpasse de beaucoup ce.qu'on observe tant que les vents du côté du nord ou de l'est continuent à souffler. Ce fait est tellement connu des marins, qu'un naturaliste qui en douterait exciterait autant de surprise que celui qui voudrait contester le plus simple des mouvements réguliers de la journée: M. Hofmann a trouvé que la hauteur du cône était de 2,775 pieds au-dessus de la mer ; le capitaine smyth n’aÿait donné au mont Schicciola, qu'il dit être la cimela plus élevée de l'ile, que 2,037 pieds de Paris. (Zach. Corresp. astronom., x; 591 ). UD Th ‘Les roches pyroxéniques, ou dolérites, dans lésquelles le feidspath labrador prédomine; se retrouvent dans une pärtie considérable de l’île de Lipari, et elles tomposent toute l’île de Salina. Elles alternent ici ave des couches de tuf brun, friable , sans ponces , et vraisemblab'ement composé de détritus de la roche solide. La formation de ces couches est antérieure à celle des trachytes et des éruptions d’obsidienne et de ponces, car M. Hofmann a trouvé que les ponces couvrent tout le côté nord du mont S. Angelo de Lipari, com. posé de ces couthes anciennes , el qu’en général toute la région du tuf brun porte à sa surface une croûte légère et peu épaisse de pierres-ponces, dont on ne voit absolument aucune trace dans les tufs mêmes. Le courant de lave de la Perrera s'étend sur ces tufs. Les fucus qu'on à cru voir dans l’intérieur des couches el dans le vallon de Muria, n’ont pas été observés paf M. Hofmann ; mais il y a trouvé une quantité de feuille” dycotilédones, et d’autres, dans lesquelles il est presque impossible de méconnaitre les feuilles pinnées du dat” tier. C’est un fait très curieux, mais qu'on n’oserait citer comme preuve certaine d’une préexistence d'u partie de l’île même ; car les tufs de Naples contiennent des feuilles de fougères combinées avec des 24ecins
PHÉNOMENES VOLCANIQUES. | 337 des Autres, des petoncles( Hofmann, p. 54) ; il est done certain que les productions terrestres peuvent être déposées sur le fond de la mer, peut-être même à une assez Srande distance du lieu où elles ont existé, et qu’elles peuvent”être soulevées. dans la suite avec les corps Marins qui Vivaient à la même époque dans Ja mer.
Le cratère trachytique de l'ile de Volcano est éga- Jement entouré d’un cratère de soulèvement dans la dolérite, formé par les monts de Colle-Piano et Sarecenico, et dont la composition est (out-à-fait différente de celle de la partie nord de l’île où sont situés le grand cratère et celui de la presqu'île de Volcanello. On voit parfaitement bien cette disposilion dans les vues qui accompagnent le mémoire de M. Hofmann, La roche de l'enceinte fait singulièrement ressortir les cristaux de pyroxène empâtés dans la masse de labrador, comme les cristaux de feldspath dans le porphyre. Ordinairerement d’une couleur très foncée, cette masse se décolore par la décomposition. qui s'opère dans l'atmo-
sphère; les cristaux de labrador deviennent blancs et très reconnaissables, et les pyroxènes s'élèvent en Saillie sur la surface décomposée. Tous ces petits’ ac- Cidents donnent à la roche un caractère général, qui l'éloigne de beaucoup, même au premier aspect, èdes trachytes et des obsidiennes, ainsi que des pierres-
POncCes'qui en résultent, Nous retrouvons donc dans les îles de Lipari, le même phénomène qui se présente si souvent autour des vol- Cans , et qui est si frappant autour du Pie de Ténériff e ; C'est que le basalte et les dolérites s'élèvent en premier lieu, et ordinairement en produisant des cratères de soulèvement, puis ils sont suivis par les trachytes en forme dé cônes placés dans l’intérieur de l'enceinte ba- Saltique, et par lesquels s'établit la communication per- Manente entre atmosphère et l’intérieur de la terre.
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