L'ETNA
- L'Etna est un volcan fort remarquable sous plus d’un rapport. Son étonnante hauteur , qui domine de beaucoup toutes les cimes les plus élevées du reste de la Sicile , et qui surpasse celle de toutes les montagnes d'Italie, a constamment fait l'admiration de ceux qui ont pu l’observer. A cette prodigieuse élévâtion se join une forme si régulière et si frappante, celle d'une cloche ou d’un dôme légèrement aplati au sommet ; qu’on ne peut se refuser à y voir, au premier abord, u” individu, pour ainsi dire , parvenu à sa perfection dès l'instant même de sa naissance. Cette forme ne Pe® -guères , en effet, être le résullat d'un accroissement
lent etirrégulier, déterminé par des éruptions suecessives, car celles-ti auraient produit des protubérances,
des rocs, des escarpements visibles dans le contour ,
ce qui ne s'observe nulle part. Tout-à-fait isolé , on ne sait à quel système de montagnes voléaniques on doit le rattacher. Il est situé à la fin d’une chaîne gra- hitique ou de montagnes primitives , qui de la Calabre passe en Sicile et sépare Messine des côtes dû nord, et se termine à Taomina, yis-à-vis du volcan. De l’autre côté on le croirait nlagé à l'extrémité d’une immense faille ou erevasse , qui parcourt la Sicile du sud-ouest au nord-est, et qui se manifeste par les roches épygéniques qu’on observe dans la roche calcaire domivante, surtout les gypses, le sel gemme, les formations de soufre et même par les phénomènes volcaniques ; car la plupart des tremblements de terre se font ressentir dans cette direction, et l’île de Verita ou de Ferdinañdea, qui a-paru pendant quelques mois seulement,
vis-à-vis -de Sciacca , s’est élevée aussi dans ce même alignement,
L'Ætna se distingue également du reste des volcans du globe par les. roches qui le composent. Quoiqu'en apparence le feldspath qui s’y trouve en immense quanlité, paraisse caractériser ces roches, et par conséquent . Semble les rattacher au trachyte, on doit être surpris que jamais le volcan n’ait présenté la moindre trace d’obsidienne ou qu’il n’ait jamais rejetté un seul morceau de bierre-ponce, et ce fait doit d'autant plus exciterl’attention, que ces substances se retrouvent en très grande Quantité aux îles de Lipari. Mais bientôt on s’apercoit que c’est le feldspath labrador qui entre dans la composition des laves de l’Etua, et que jamais on n’ Y. voit de. feldspath orthoclase ou d’albite. L'amphibole se trouve bien rarement mêlé avec ce labrador, mais le Pyroxène, au contraire , fait cOnslamment partie du
mélange. La roche de l’Etna , ainsi que celles qui coM-
posent ses courants de lave, n’appartiennent donc point
au trachyte ; elles rentrent dans les combinaisons de là
dolérite, roche dont le basalte estprincipalement formé.
Îl n’estdonc pas étonnant que l’obsidienne et les pierres”
ponces dont la formation estsi étrangère à ces roches ,
y manquent entièrement. Le grand escarpement du Val
del Bove, qui permet de pénétrer jusque fort avant dan$
l'intérieur dela montagne, ne découvre point d'autre roche, rien qui puisse être comparé aux roches de tra-
chyte. Mais la-nature du mélange, la grosseur -du
grain, celle des cristaux qui entrent dans ce mélange;
variént sans cessé et permeltent de distinguer presque
chaque couche ow chaque courant par la composition deses masses. Le val.del Bove rappelle d’une manière
frappante l’enfoncement du Val de Taoro au pied du Pic-de Ténériffe, et il est très vraisemblable qu’il
doit son origine à une circonstance analogue, c’ést-
à-dire à un affaissement du flanc du volean; mais
quoique d’une grandeur considérable, cet affaisse”
ment ne change que très légèrement le contour général
et la forme régulière du volean. L'intérieur des couches mis à découvert dans les escarpements est traversé
par une grande quantité de filons, semblables aux fi-
ons de la partie basaltique de l'Islande. Évidem-
ment, ni les couches ni les filons qui les traversent €
peuvent être considérés comme des laves. Ces couches
doivent, du moins pour la plus grande partie, leuf
origine à des phénomènes volcaniques, antérieurs
à l’action du volcan même. En effet, M. Elie de Beau” mont a prouvé, par des observalions précises et exac” tes, faites en septembre 1854 , sur une ‘très grande
quantité de courants de lave tout autour de l’Etné”
qu'un courant de lave ne peul jamais former une couche
régulière et étendue en tous sens ; Que même un cou-
rant dont l’inclinaison surpasse 6 degrés, ne se compose plus d’une masse cohérente, mais qu’il n’est plus formé que de fragments et de scories séparés , qui jamais ne peuvent s’accimuler à une hauteur sensible. Résultat important, directement coftraire à toute idée d’élé- Yation. du volcan par des courants successifs , qui se seraient étendus du grand cratère comme une enveloppe autour de son.éône. Dé nombreux Courants qui se jettent du pied du côrre dansle.fond du Val de Bove, attestent.ce fait de da manière la plus évidente et Ja plus positive. Aussi longtemps-que ces coulées se trouvent sur un penchant incliné de 220 à 540, on croit.vVoir sur ce penchant des stries ;: de légères profubérances en formé de cordés parallèles. Arrivée au pied, toute læ masse. s'étend et semble prendre une autre nature , sans cependant affecter : une forme qui puise rappeler en rien celle d’une couche,
- Une autre particularité qui distingue l'Etna, c’est la grande hauteur à laquelle l’action volcanique peut élever les matières dont les courants de lave sont formés. Il est certain que plusieurs de ces courants-se sont fait jour Sur Je bord même du grand eraière. D'autres éruptions, en grand nombre, se sont effectuées à la häuteur de plus de 9,000 pieds autour du dernier cône.du volcan, Quoi-
| qu'ilse trouve un.assez grand nombre. de cônes d'érupptions fort éloignés de Ja cime, au bas et vers le. pied.de la moniagne, on n’en voit point vers les bords de la mer, dans les parties où la basedela montagnecommence à se Perdre. Les cônes d’ éruptions qui entourent Nicolosi, encore élevé de 2,286 pieds au-dessus .de la mer:, sont Peut-être les plus bas qu’on puisse citer autour del’Etna.,
Il semble, par conséquent, que la masse solide de l’intéticur du volcan est encore assez forte.pour 0pposer une résistance süffisante aux fluides élastiques, ei que ceuxti ne peuvent réussir à faire crever la montagne pour
donner une issue aux courants de lave, qu’à une hauteur déjà très considérable, Le volcan de Bourbon, au COR-
traire, n’a jamais d’éruption vers la cime, elles ont
presque constammént lieu toutes au pied de la mon-
tagne , à peu de hauteur äü-dessus de la mer.
M. Carlo Gemellaro , dans un savant mémoire , à fait voir qu’à l’Etna , aussi bien que dans tous les autres volcans , l'effet dés éruptions est de former de grandes crevasses , qui ont toujours unè direction telle, que Si elle était prolongée , elle passerait par la cime du grahd cratère. D’après les observations qui lui sont particulières, les premiers cônes d’éruption, qui s'élèvent sur cette crevasse, sont aussi ceux qui se trouvent plus haut vers la cime, et successivement il s’en forme d'autres plus bas jusqu’à ce que Ja violente ducourañt pressé par la masse supérieure , empêche l'ouverture de se boucher et la force de rester ouverte jusqu’à la fin de l’éruption même. La grande éruption de 1669, qui élèva les Monti Rossi près de Nicolosi , s'était faite sur uné crevasse qu'on pouvait suivre jusqu’à dix milles de distance; cette crevasse peut donner une idée exacte de ces grandes fentes sur lesquelles se sont élevées les chaînes de montagnes. é
La hauteur de l’Etna a déjà été déterminée avec beaucoup de précision , il y a soixante-deux ans , par Saussure, le 5 juillet 1775 ( Foy. rv , 154). La différence de la hauteur du baromètre à‘la cime et à Catania D6 diffère que de 0,08 lignes.de celle trouvéepar M. SchoW le 9 juin 4819 ( Biblioih. univ., Sc. et Arts , Xux, 155; ) La hauteur de la montagne serait, selon ces obser” vations , de 10,540 pieds , ou 4,725 toises, d’après les tables de Oltmans. TS
Le capitaine Smith rapporte ( Memoir on Siliey and its lsland, 145 ), qu'il a trouvé pour la hauteur de a
: nn, = : } cime, d'après une base mesutée dans la plaine ae
PHÉNOMÈNES VOLCANIQUE.S 531 Catane, 10,597 pieds de Paris ; déterminée au moyen du baromètre, cette hauteur s’est élevée au-delà de 11,200 pieds. Il rejette ces deux évaluations, et leur en Préfère une autre qui résulte d'observations faites sur Une base mesurée en mer, et dont la direction avait été Îxée -avec beaucoup d’exactitude au moyen d'objets dont la position était bien déterminée sur la côte ; de tettemanière, on avait trouvé cette hauteur de 10,206 Pieds de Paris, M. J.F. Herschel porta un beau baromètre de Troughton sur la cime ét compara la hauteur du mércure avec celles observées en même temps par MM. Carlo et Marco Gemellaro à Catania et à Nicolosi ét par M. Cacciatore à Palerme. Ces observations donhérent pour résultat 10,502 pieds pour. la hauteur de la cime. M. Cacciatore, enfin’, avait en même temps Observé la hauteur angulaire de l'Etna, vu de l'Obser- Vatoire de Palerme, et supposant l'arc intércepté entre les deux rayons de 10 28’ 1”, il trouva pour la hauteur de la montagne 10,252 pieds. La correspondance de ces trois déterminations , trouvées d’une manière si diffétente, est frappante, mais il paraît qu’on doit la regarder Comme accidentelle.