MESURES DES S HAUTEURS DES DIVERS POINTS DES ILES CANARIES
C’est seulement lorsque les observations qui doivent servir. à l'évaluation d’une hauteur, sont entreprises dans le seul et unique but d'arriver à l’estimation de cêtte hauteur, que l’on peut espérer d’obtenir des résultats qui présentent l'exactitude nécessaire au moins pour les mesures géodésiques. Alors tout le temps, toute l'attention de l'observateur peut se diriger sur le baromètre qui doit servir à ses expériences , et sur le résultat, objet principal de ses recherches. Alors aussi toutes les circonstances qui sont nécessaires au succès de ses observations peuvent être rassemblées avec soin, et ika la facilité d'éviter toutes celles qui pourraient les influencer d’une manière fâcheuse.
Mais si, tout en cherchant à déterminer le relief d’une contrée ou d’une partie d’un Continent , on s’est en outre imposé l'obligation de Se livrer à un grand nombre d'autres recherches, on n’a plus la liberté de ‘choisir les conditions dans lesquelles les observations * doivent s’effectuer : il faut alors renoncer à ces observations, ou bien. les faire dans les circonstances défavorables où l’on se trouve placé. Dans le premier cas, on ne peut pas même obtenirl'appréciation de la hauteur cherchée dans les limités des erreurs possibles ; : et, d'aprèsscette manière dé‘procéder, il arrive que pour éviter de commettre quelqu’erreur, On risque à avoir , des résuliats entachés d'erreurs bien plus considérables.
Pour les voyageurs surtout , dont le temps est le plus souvent mesuré avec. tant de parcimonie , l'exactitude des observations doit presque toujours le céder à la rapidité avec laquelle on peut les effectuer : celui qui emploierait une demi-heure à disposer son baromètre (et combien n’y. a-t-il pas d'excellents baromètres de voyage qui n’exigent plus de temps pour être obser- -vés?) ne pourrait faire que quelques observations dans un jour; souvent même il n’en pourrait pas faire du tout, et par conséquent les accidents de:la contrée qu'il aurait parcourue resteraient pour lui inappréciables. On. voit par là combien il faut accorder d’indulsence aux observateurs qui n’attendent pas que toute la colonne de mercure ait pris la même température : et qui fondent leurs résultats sur des expériences barométriques correspondantes, faites souvent plusieurs heures avant ou après leurs propres observations; car c’est un heureux hasard, sur lequel on ne doit jamais
compter , lorsqu'il se trouve dans le pays exploré un observateur habile, dont les expériences faites au bord
de la mer ou en tout autre lieu, d’une hauteur connue, méritent assez de confiance pour être employées dans la détermination des hauteurs.
Les hauteurs qui sont indiquées dans la table sui- Yante, ne doivent donc être considérées que comme des approximations. Bien que la plupart aient été calculées d’après des observations correspondantes , les stations étaient quelquefois tellement séparées par des montagnes et des Yallées, qu’on ne peut guère compter sur une complète exactitude dans les résSultats.
Le baromètre employé pour la mesure de ces hauteurs
était un Englefield fabriqué par Cary, à Londres. Il est ©
resté constamment vide d'air; et il a été très souvent comparé, soit avant, soit après les observations, avec | ri
celui dont se servait Don Francisco Escolar , qui a eù . la bonté de faire à Santa-Cruz les observations correspondantes : j’ai ea soin de tenir compte, dans le calcul de là différence (à peu près 0,02 pouces an- -glais), que présentaient ces deux instruments.
La hauteur du Pic, évaluée par cette méthode le 25 août, présente un résultat fort remarquable. Ce résultat, quoiqu'il n’y ait point eu d'erreur dans les observations , présente, avec la mesure trigonométrique et probablement exacte de Borda, une différence tellement considérable qu'aucune observation n’a jamais offert de pareilles discordances. Peut-être aussi aucune expérience n’a-t-elle été faite dans des conditions plus extraordinaires. Lorsque notre guide remonta vers le soir d'Orotava à Estancia, il se plaignit beaucoup de la chaleur étouffante qu’il y avait trouvée ; plus tard, à Santa-Cruz, on nous rapporta la même chose. Pendant toute la journée le vent sud-ouest, le scirocco de ces îles, avait soufflé avec force. Nous avions ressenti le même vent sur le Pic pendant les quelques heures que nous y avions passées, au lieu du vent d’ouest qui à cette hauteur souffle d’une manière constante. L'air était trouble et tellement vaporeux, que cest à peine si nous pouvions distinguer l’île sous nos pieds, et que nous ne pouvions pas apercevoir la ‘mer. Il n’y avait pourtant point de nuages, car l'air était parfaitement sec, et même, par suite de cette circonstance , ‘très lourd et très fatigant. Vraisemblablement l'air se trouvait chargé de particules solides . apportées du continent de l'Afrique par la violence du vent, et tenues en suspension mécanique dans l’atmo- Sphère. Il arrive de même très souvent que ce Vent de sud-ouestamène sur ces îles des nuées de sauterelles qui les recouvrent entièrement. Dans l’année 1842, elles parurent en si grande quantité à Orotava, qu’on
ne distinguait plus les Vaisseaux qui étaient en rade. Elles furent jetées tout étourdies sur le rivage; puis, peu à peu elles se ranimèrent et dévorèrent toutes les feuilles qu’elles purent atteindre. Les champs de Fuertaventura étaient recouverts de ces animaux, Sur une hauteur de 4 pieds. |
Si le vent peut amener des matières aussi patates que Ces animaux, combien ne doit-il pas avoir de facilité pour apporter vers ces îles les semences légères, qui doïvent tendre vers les lieux où le sol'leur offre les conditions les plus favorables à leur développement ? Cette circonstance peut nous servir à expliquer. Pourquoi les plantes qui croissent dans les Canaries. présentent d'autant moins d’analogié avec celles du continent voisin que ces îles en sont plus éloignées."
L'analyse minutieuse que M. de Hümboldt a faite des travaux de Borda et de quelques autres (Rélat. 1, 275) montre avec évidence qu’on doit accorder toute confiance à ses observations et à la hauteur du Pic qu'il en a conclue , laquelle se trouve être de 41 ,450 pieds. La mesure barométrique de Borda offre avec la mesure trigonométrique plus de discordance que les obser- Vations faites jusqu'ici et avec le plus d’exactitude ; mais ce résultat est d'autant plus remarquable, que cette hauteur considérable a été obtenue à l’aide d’un état du baromètre inférieur à tout ce que les obser- Yateurs qui se sont élevés sur le Pic aient jamais remarqué : on ne devait pas s'attendre, en effet, que ces expériences conduisissent à un résultat trop petit pour la hauteur de la montagne.
On ne doit pourtant pas révoquer en doute |’ exaetie : Tude des observations de Borda, d’après la description
qu il en donne.
Nous atteignimes l'ouverture du cratère, lidoliars. | dit Borda (Manuscrit du Dépôt de sd Marine , Conf.
Humboldt, Rel. 1, 116), le £° octobre 1776, à dix heures et demie du matin. Cette Caldera est creusée obliquement dans le Piton, et sa forme est à peu près -ellipsoïdale ; son plus grand diamètre, dirigé vers le sud: sud-ouest, nous parut avoir 55 à 40 toises de longueur ; le plus petit 25 à 50 toises : sa profondeur est de 5 pieds (il y a probablement là erreur de copiste ). Nous avions placé nos instruments sur le bord le plus élevé du cratère; les deux baromètres étaient à l'ombre. Le mercure se tenait dans le premier à 48° 4! 2, le second à Age 21, Le thermomètre marquait 8° <. ‘On ne doit pas oublier que dans ces observations le mercure en s’abaissant dans la colonne verticale, élève le niveau de celui du réservoir ; de sorte que les hauteurs observées sont plus considérables qu’elles ne devraient l’être réellement. En comparant les diamètres du tube et du réservoir inférieur, j'ai — qu’il fallait diminuer les nombres précédents de -+ de lignes ; ce qui conduit à 18P° 0:,35 pour. le premier, et 18° pour le second : les observations faites à toutes les autres stations doivent être corrigées de la même manière. »
Si l'on admet que la hauteur normale du baromètre est de 28r° 2+r, il en résulte que le diamètre du tube est à celui du réservoir comme 1 : 154,
Les hauteurs du baromètre observées sont les suivantes : | met
Par Porda , Le 1°* octobre 1 776... 16P: à la surface
Rs | de la mer... 28P- 21,8 Par Lamanon. .… 18P: 4,3
Par Cordier, le 16 avril 1803...
Par nous mêmes, le 25 août 1815.
11 faut probablement, de toutes les dernières observations , déduire quelque.chose relatif à la différence de hauteur qui se trouve entre le bord le plus élevé
du cratère et la partie que l’on atteint la première en. partant d'Estancia. Nous avons nous-mêmes observé le baromèlre dans cette partie moyenne, parce que là seulement nous avons pu trouver de l'ombre que ne nous aurait pas présentée le bordle plus élevé. Cette différence, Qui correspondrait peut-être à une ligne dans
la hauteur du baromètre , peut être sans erreur évaluée à 50 ou 60 pieds.
Il est évident que l'air atmosphérique s’accumule en plus grande quantité vers le milieu de l'ile qu'aux bords de la mer. L'air échauffé par le sol s'élève dans. les parties supérieures de l'atmosphère, comme le “Prouvent les nuages qui se forment sur l’île de Téné- Tiffe ; mais cet air reflue des hauteurs vers la surface. Al serait Cependant possible que d’un côté le vent du Sud-ouest, qui par extraordinaire peut souffler dans la hauteur jusque sur le Pic, et le vent ordinaire du sud-est de l’autre, empêchassent le reflux d’air des. tiné à remplacer celui qui s'élève. Il en résulterait * que sur la montagne le mercure s'élèverait dans le baromètre plus haut que dans les circonstances ordinaires. |
D’après les calculs faits par M. Mathieu, sur les ré- Sultats des observations de Borda (Humboldt, Rel. x, 280 ), les hauteurs des divers points seraient:
Hauteur du Pino.del Dornaj ito au-dessus | | de la mer
——— de Cueva del Hielo .
——— du pied du Piton . .
T—— du sommet du Pic
L'observation barométrique donne donc, pour Ja:
hauteur du Pic, 426 pieds dé*plus que la mesure tri. à S0n0Métrique. : +
ten "es 7
PL LT = d ds Pre
La hauteur donnée pour lEstancia de los Ingleses est évidemment trop considérable ; M. Cordier évalue aussi cette hauteur à 9,300 pieds : nous avons seu-
Jement trouvé 8,675 pieds. H est possible aussi que les observations n'aient pas été faites au même point :
en ‘effet , les buissons de retama, qui croissent sur
YEstancia supérieure , sont tellement petits qu’on ne
peut s’en servir pour entretenir le feu qu'il faut y
allumer pendant la nuit ;et depuis long-temps les guides
font rester les voyageurs qui montent au Pic à l'Estancia inférieure. L’Estancia supérieure est tout-à-fait abandonnée, ét on ne la reconnaît que par quelques
blocs d’obsidiennes qui reposent surdes pierres-ponces;
mais comme on en observe aussi plusieurs à diverses hauteurs , il est très facile de commettre une erreur
‘sur la position réelle-de la véritable Estancia Ariba.
Gi à la hauteur que j’ai trouvée le 25 août on ajoute
“même la différence avec la mesure trigonométrique.de + Borda (284 pieds ), le nombre obtenu diffère encore
d’une manière si notable de celui de M. Cordier, qu'il est impossible de ne pas admettre que les observations ont été faites dans des points différents.
Hauteurs des points principau®
Remarque. Les hauteurs da mercure dans le baromètre sont exprimées da }
la seconde colonne en millimètres. Les,calculs ont été effectués d’après les ne
LIEUX
DES OBSERVATIONS