‹ Description physique des Iles Canaries, suivie dʾune indication des principaux volcans du globeChapitre 27 sur 48 · NATURE DES PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES DANS LES ILES CANARIES · texte numérisé non relu

NATURE DES PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES DANS LES ILES CANARIES

Très souvent on donne le nom de volcan aux ouvertures qui livrent passage à des coulées de laves. On n'entend pas cependant désigner par là le siège de nouveaux phénomènes volcaniques, et on ne se sert de ce terme , au lieu de l'expression propre de bouche d'éruption volcanique, que pour abréger le langage. Ainsi , lorsqu'on donne le nom de volcan , soit aux «Bocche Nuove» qui , en 1794, ont détruit Torre del Greco , soit au Monte Rosso qui a recouvert , en 1669 , une grande partie de Catania de produits volcaniques , on est fort éloigné de penser que ces phénomènes soient autre chose que des éruptions du Vésuve ou de l'Etna.

11 en est de môme à Ténériffe : les traditions qui partent des volcans de Guimar, de Garachico , de ceux de Chio et de S. Iago , ne désignent par ce nom que des éruptions isolées du Pic. On doit concevoir facilement que quand il s'agit de la cuve d'un haut fourneau , on ne peut pas considérer comme des cuves isolées tous les vides qui , produits parla chute d'une brique, donnent passage à quelques fumarollea.

Il suit de là que le Pic est, de même que tout volcan .principal , le point central autour duquel se font les éruptions; et la disposition de toutes ces éruptions autour du Pic montre clairement que ce cône est la principale çommuni cation entre l'intérieur du volcan et la sv^rface du globe.

Il n'est peul-Hre pas aussi évident que la même liai

son existe entre le volcan principal et les éruptions de» îles les plus éloignées, et on pourrait considérer comme hasardée l'opinion qqt rattacherait au Pic de Ténériffe les éruptions de l'île dè Pal ma et même de Lancerote. Cependant, cette relation devient évidente quand on observe que ces éruptions se présentent avec les mêmes caractères que celles qui entourent le pied du cône principal.

En outre , on a'a jamais eu d'exemple , même dans les îles les plus éloignées de Ténériffe , que plusieurs éruptions se soient effectuées par le même orifice , ni qu'elles se soient comme établies sur la même île, et s'y soient succédées à divers intervalles. Au contraire, on doit croire que lorsqu'une éruption est terminée, l'île qu'elle a ravagé peut compter sur une longue période de tranquillité. Généralement, en effet l'éruption suivante se manifeste sur une partie située du côté opposé du Pic ou volcan principal 5 ce qui prouve évidemment que les phénomènes se rattachent constamment à ce centre et se manifestent autour de lui, par une suite d'osoillations qui s'étendent jusqu'aux parties les plus éloignées.

Les éruptions volcaniques sont très rares dans les îles Canaries, mais le petit nombre de celles qu'on connaît, montrent très clairement ces oscillations autour dn volcan principal , et, sous ce point de vue, elles méritent d'être étudiées de plus près.

Les innombrables coulées de lave qui couvrent Tespacecompris entre Icod et Adexe dans l'île de Ténériffe, les courants de l'Isleta dans la Canarie , les petites masses de lave de Vandama; enfin, les coulées d'Oliva, dans la partie nord-est de Fuertaventura , ont tellement les caractères de produits volcaniques modernes, que l'on est autorisé à croire que l'époque à laquelle ces matières se sont répandues à la surface , serait par-

faitement connue si l'histoire de ces îles remontait audelà de trois siècles , et embrassait seulement la moitié de l'espace du temps des traditions de la Métropole.

La première éruption qui ait été observée et décrite d'une manière précise , eut lieu le 15 avril 1585 dans la Lavanda de l'île de Palma ; le courànt de lave qui en résulta , atteignit la mer , après s'être étendu sur un espace de presque deux lieues.

La seconde éruption eut lieu également dans l'île de Palma le 17 novembre 1677 , et détruisit les bains chauds de Fuencaliente.

Les deux éruptions suivantes se succédèrent plus rapidement dans l'île de Ténériffe : l'une auprès de Guimar s'effectua du 51 décembre 1704 au 5 janvier 1705 ; l'autre , qui , sur le côté opposé du Pic > détruisit Garachico , eut lieu le 5 mai 1706*

Du 1er septembre 1750 jusqu'en 1756, les éruptions se continuèrent presque sans interruption dans la partie occidentale de l'île de Lancerote , et ravagèrent à peu près le tiers de toute la surface de cette île.

Le 9 juin 1798 il se fit une nouvelle éruption au pied delà montagne de Chahorra du côté du sud-ouest. La coulée sortit d'un point dont la hauteur au-dessus de la mer est de plus de 6,000 pieds; il y a peu de coulées dans l'île de Ténériffe qui proviennent d'une telle hauteur • dans toutes les autres îles les orifices d'éruption sont toujours beaucoup moins élevés. Celui de tous qui se trouve à la hauteur la plus considérable , est celui de la Lavanda de Palma, et cette hauteur ne surpasse pas 2,600 pieds au-dessus de la surface des eaux de la mer.

Enfin, la dernière éruption eut lieu en novembre 1824, à une lieue au nord-ouest de Puerto de Naos , dans l'île de Lancerote, à peu de distance du cap de losAncones.

Bien que ce petit nombre d'éruptions suffisent pour

montrer que le Pic de Teyde est le centre de toutes les actions qui les ont déterminées, on irait cependant trop loin si on voulait rattacher toutes ces îles à un tout unique , et ne les considérer que comme les débris d'un grand continent, bouleversé et brisé en diverses parties par léS actions volcaniques. Chaque Ile forme en elle-même un tout bien déterminé, auquel il ne manque rien d'essentiel , chacune d'elle présente en son initteu un cratère de soulèvement d'une étendue considérable, sur les lianes duquel se relèvent de toutes parts dos couches basaltiques. Celte disposition est si évidente dans l'île de la Grande Canarie, que le contour même formé par les côtés de l'île indique presque entièrement la direction et la forme de la Caldera qui en occupe le milieu ; la forme tout-à-fait circulaire de l'île est tellement frappante , qu'au premier coup d'œil on reconnaît clairement que ce ne sont pas les débris d'un continent: toutes les parties tendent au contraire vers un point central sur lequel s'est exercé la force qui, très probablement , a soulevé l'île entière du fond de la mer. Celte action et ses résultats sont peut-être encore plus évidents dans l'île de Pal ma, parce que l'île est plus petite et cependant beaucoup plus élevée, et que par conséquent la pente douce des couches qui s'appuient sur les bords de la Caldera et forment les flancs extérieurs du cratère , échappe moins à l'attention de l'observateur.

Les cratères de soulèvement de Fuertaventura et de Lancerote, sont moins biens caractérisés. Ces deux îles produites par un soulèvement analogue à une faille, ont une forme allongée. On y reconnaît cependant les cratères: dans l'île de Lancerote, le cratère est formé par la ceinture de rochers presque verticaux , qui bordent le canal de Rio, entre l'île et Graciosa; dans l'île <|e Fuertaventura , c'est la dépression au milieu de

laquelle est bâtie la capitale, Santa-Maria de Belhcncuria.

Il résulte de là qu'on ne doit considérer les îles Canaries, que comme un groupe d'îles qui ont été isolément soulevées du fond de la mer, par une force qui a du longtemps se concentrer dans le sein de la terre, avant d'acquérir une intensité suffisante pour vaincre la résistance que les masses supérieures opposaient à son action. Mais alors, cette force a brisé les couches de basalte et de conglomérat qui se trouvaient au fond de la mer, et sur une certaine épaisseur dans l'intérieur, et les a soulevées jusqu'au dessus de la surface des eaux, sous forme d'immenses cratères. Apres le soulèvement d'une masse aussi considérable, une partie au moins retombe sur elle môme , el ferme bientôt l'ouverture par laquelle l'action volcanique s'était frayé un passage. De ce soulèvement il ne résulte donc pas de volcan proprement dit. Mais au milieu d'un de ces cratères de soulèvement, s'élève un dôme immense de trachyte, qui forme 4e pic: une communication permanente est alors ouverte entre l'atmosphère et l'intérieur de la terre, et par cette ouverture s'échappent incessamment des masses considérables de vapeurs , qui , lorsque quelque nouvel obstacle s'oppose à leur sortie , peuveût se frayer un passage au pied du volcan ou à une petite distance, en entraînant avec elles des coulées de lave, sans qu'il soit nécessaire alors que l'action de ces matières soit assez puissante pour déterminer un nouveau soulèvement. Le volcan qui ne peut être obstrué que vers son sommet, et jamais dans les parties inférieures, par le refroidissement et la chûte des matières fluides , reste le point central autour duquel se coordonnent tous les phénomènes. Il n'y a donc dans les îles Canaries qu'un seul volcan , le pic de Teyde ; c'est le volcan central. Tous les volcans de la surface de là terre peuvent

être rangés en deux classes essentiellement différentes: les volcans centraux et les chaînes volcaniques. Les premiers forment toujours le centre d'un grand nombre d'éruptions, qui ont lieu autour d'eux dans tous les sens d'une manière presque régulière. Les volcans qui appartiennent à la seconde classe ou aux chaînes volcaniques, se trouvent , le plus souvent, à peu de distance les uns des autres, dans une même direction , comme les cheminées d'une grande faille , et en effet ils ne sont probablement rien autre chose. On compte parfois vingt, trente et peut être même un plus grand nombre de volcans ainsi disposés , et ils occupent souvent une étendue considérable à la surface de la terre. Cuant à leur position à la surface du globe , elle peut être aussi de deux sortes ; ou bien , ces volcans s'élèvent du fond de la mer sous formes d'îles et comme des cônes isolés, et alors on observe généralement à côté et dans la même direction , une chaîne de montagnes primitives, dont la base semble indiquer la situation des volcans , ou bien ils s'élèvent sur la crête même des montagnes .primitives et en forment les plus hautes sommités.

Ces deux espèces de volcans ne diffèrent pas les uns des autres dans leur composition et leurs produits. Ce sont presque toujours, et à peu d'exceptions près , des montagnes de trachyte , et les produits solides qui en dérivent, participent toujours de la nature des roches trachytiques.

Si l'on considère les chaînes de montagnes comme des masses qui se sont élevées à travers une grande faille, on comprendra facilement ces deux modes de gisement des volcans. Dans l'un des cas, la masse volcanique trouve une fissure toute formée, par laquelle elle peut s'élever et se répandre à la surface de la terre, alors les volcans forment le sommet de la chaîne prig itive; dans l'autre, les masses primitives qui recou-

vrent la faille opposent un obstacle trop considérable à la sortie des matières volcaniques: le mélaphyre, comme cela arrive ordinairement, se fait alors jour par une fissure qu'il détermine au pied de la chaîne primitive, dans les parties où elle commence à s'élever $ la masse volcanique se soulève dans ce cas, au pied de la chaîne primitive.

Lorsque les matières, qui cherchent à se faire jour jusqu'à la surface , ne trouvent aucune faille par laquelle elles puissent facilement se frayer un passage , où lorsque la résistance, que les masses primitives opposent à la fracture est trop considérable , l'action volcanique ainsi comprimée au-dessous de la croûte du globe, s'accroit et augmente d'intensité jusqu'à ce qu'elle soit capable de vaincre cette résistance et de briser les masses qui lui font obstacle. Il se forme alors une nouvelle fissure , qui, lorsqu'elle est assez considérable, établit une communication permanente de l'intérieur de la terre avec l'extérieur. Il s'est produit alors un volcan central. Toutefois, l'action volcanique produit rarement de semblables effets, avant de s'être d'abord frayé un passage, en déterminant la formation d'une île avec un cratère de soulèvement.

Ce dernier mode de formation ne j araît exiger aucune réunion extraordinaire de circonstances favorables, H ne demande pas un état particulier de la surface terrestre, comme, par exemple, la formation d'une chaîne de montagnes. L'action volcanique peut donc toujours se manifester de cette manière, et c'est ce qui paraît arriver en effet Nous avons vu sous nos yeux des îles se soulever du fond de la mer, et si on suit les nouvelles découvertes des navigateurs dans la mer du sud , ou si on étudie les descriptions intéressantes que M. de Chamisso a données des îles de cette mer, on ne pourra se refuser de reconnaître qu'il s'est produit, de nos jours, un nombre

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considérable d'îles nouvelles, qui se sont soulevées jusque près de la surface de la mer, ou même jusqu'audessus de cette surface. L'histoire de la végétation avait déjà conduit à cette conclusion.

Tous les différents volcans forment à la surface de la terre divers systèmes , et pour bien apprécier leur nature , des données de géographie physique plus développées et plus exactes seraient d'un grand secours, et d'autant plus intéressantes , que la forme et la configuration des continents ne paraît pas sans influence sur les systèmes des volcans.

Dans ce qui suit j'ai cherché à énumérer les principaux volcans de la surface de la terre.

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