LES ILES DE L1PARI
Les îles de Lipari sont situées au milieu de la sphère d'ébranlement de la Méditerranée , d'après les limites que M. de Hoff a assignées avec autant de justesse que de perspicacité (dans la 2 partie de l'Histoire des révolutions de la surface du Globe), à cette sphère de l'action volcanique. Dès qu'on a jeté un coup d'ttîil sur
toute la contrée , on ne peut pas mettre en doute que Stromboli ne soit le volcan central de tout le groupe dont font partie les autres îles, celui duquel dérivent toutes les éruptions. En effet, ce cône volcauique, d'une forme très régulière et bien déterminée , s'élève de beaucoup au-dessus des autres îles , et en outre il donne une issue à une éruption constante de gaz enflammés , qui depuis longtemps lui ont fait donner par tous les navigateurs le nom de Phare de la Méditerranée. Il y aura peut-être encore d'autant plus de raisons de le considérer comme la principale cheminée volcanique , que déjà , dès la plus haute antiquité , Strong\le était connu comme un volcan en pleine activité ( Iloff. , n , 255 ). Cependant les phénomènes volcaniques et les éruptions se manifestent si fréquemment dans l'île de Volcano, qu'on serait tenté de croire que là aussi il y a une communication libre et facile de l'intérieur avec l'atmosphère. Stromboli est très bien représenté dans le Voyage pittoresque de la Sicile, par Houel , tome i , pl. 70 à 71 ; or, d'après ces dessins, on ne peut s'empêcher de donner à ce volcan le premier rang parmi toutes les montagnes qui , dans les îles, sont le siège de phénomènes volcaniques.
La hauteur du mont Schicciola , la crête la plus élevée de l'île de Stromboli, est, d'après le capitaine Smith , de 2,057 pieds dé Paris au-dessus de la mer (v. Zack.f cor. x, 551).
Les îles de Lipari se distinguent de tous les groupes volcaniques analogues, en ce qu'elles ne sont pas formées de roches basaltiques, et en ce que même jusqu'ici on n'a encore découvert aucune trace de roche amygdaloïde dans ces contrées. Toutes les montagnes sont composées de trachyte, ou de masses qui proviennent de l'altération du trachyte par des influences \ olcaniqucs.
Entre toutes les îles , la plus remarquable sous ce
rapport est l'île de Panaria, située entre Lipari et Stromboli; dans cette île, en effet, aucune éruption ne paraît avoir modifié la nature primitive du trachyte. Elle se compose de rochers immenses (Je formes bizarres et singulières, qui se divisent en longues colonnes de 5 à 5 pouces d'épaisseur. Strombolino est aussi extrêmement remarquable (Houel, i, Pl. 69); le trachyte y est bleu-gris, à cassure brillante, et contient de beaux cristaux de feldspath blanc et vitreux ; quelquefois , mais rarement , il renferme aussi de longues aiguilles de hornblende , qui sont également brillantes ( Magasin der Bcrh'ner Gesellschaft naturf. Freunde, 3r jahrg. , p. 502. Ferrara, Campi flegrei délia Sicilia, Mess. 1810, p. 249); et d'après lui, M. de Hoff. ( h , 260 ) , donnent à tort , à ce trachyte, le nom de granité,
Stromboli est l'extrémité d'une chaîne ou faille trachy tique, qui commence à Volcano, et qui à Lipari se divise en deux branches , dont la plus occidentale s'étend sur Salinas, Felicudi et Alicudi, et se termine à Ustica.
Les îles de Lipari ne sont pas moins remarquables par les masses de matières gazeuses et de vapeurs qu'elles rejettent dans l'atmosphère, et qui, pour la plupart, ont jusqu'ici échappé à nos investigations et nous sont encore inconnues. Les coulées d'obsidienne qu'on trouve sur ces îles , sont aussi très caractéristiques. On reconnaît encore, dans ces contrées, que les masses d'obsidienne ne font éruption que dans les parties où l'intérieur du volcan est à peu de distance au-dessous de la surface extérieure , et jamais dans les parties qui avoisinent la base d'un volcan élevé. Les coulées de Lipari sont, d'après les observations du célèbre voyageur M. Ruppel , sorties par sept cratères situés sur la Perrera, entre le Monte Rosso et
Capo Bianco , dans la parti j est de l'île : elles ont donc été produites par une éruption isolée; et, comme au Pic de Ténériffe , elles ont été précédées par une masse de pierres-ponces assez considérable pour former une montagne entière, le Monte Bianco.
Dans le Val de Muria, au sud-ouest de l'île et un peu à l'ouest de Volcanello di Lipari , M. Ruppel a découvert , au-dessus d'une lave d'un bleu grisâtre et contenant du feldspath , une couche de tuf traversée dans toutes les directions par une grande quantité de plantes marines , probablement la zostera. Cette localité est actuellement à 300 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le tuf est formé de nombreuses couches parallèles, qui s'inclinent doucement vers la mer. Souvent on voit dans l'intérieur de ces végétaux, et aussi dans de petites Assures, de la calcédoine en concrétion et de petits fragments de spath calcaire. Tous ces caractères se reconnaissent parfaitement sur les échantillons qui sont conservés dans la collection de la Société de Senckenberg , à Francfort. Ces faits sont certainement aussi curieux que nouveaux , et prouvent évidemment que l'Ile a été soulevée du sein de la mer, et repoussent toute idée d'élévation et d'accroissement successifs produits par la superposition d'un grand grand nombre de coulées volcaniques.
Les observations et les recherches de M. Frédéric Hofmann dans les îles de Lipari, et l'excellente description qu'il en a donné (Leipzig 1852, et Poggendorf , Annales de Physique , xxvi , septembre 1852) , nous ont fait connaître beaucoup de rapports qui jettent une clarté inattendue sur la relation des volcans d'Italie avec ceux de la Sicile. Quoique les îles de Panaria et de Barigazzo soient entièrement composées de traehyte, il n'en est pas de même du volcan de Stromboli. Toute la série de ses couches ne fait voir que
PRENOM È >E8 VOLC AMQUFS. 33*>
la même roche dont l'Etna es! formé, c'est-à-dire une dolérite à petils grains, un mélange de feldspath labrador avec du pyroxène. M. Ilofmann a observé que ces couches descendent vers 1m mer, en suivant la pente du cône même ; elles entourent un enfoncement circulaire et considérable, très bien exprimé dans un dessin (Vol. i, Pl. i ), fait par M. Escher ; enfoncement que M. Hofmann nomme, et très justement, un cratère de soulèvement. Le Pic ou le cône du volcan s'élève du milieu de celle enceinte , et renferme à sa cime un cratère qui a plus de 2,000 pieds de diamètre du sud-ouest au nord-ouest, et une profondeur de 600 pieds. C'est au fond de ce cratère que les éruptions continuelles de vapeurs, qui se succèdent avec une régularité admirable, se foui jour par de petits cônes, qui souvent changent de place et de nombre.
La description que M. Hofmann fait de ces éruptions est aussi claire qu'animée. Il paraît évident qu'il s'effectue dans l'intérieur un développement continuel de substances gazeuses, qui s'accumulent lentement jusqu'à ce qu'elles soient en état de forcer la pression de l'atmosphère : des gerbes de blocs rouges et lui-, ml- , et des masses fluides de laves qui débordent, suivent cette éruption gazeuse. On est surpris de voir que la pression atmosphérique puisse exercer une si grande iuûuence sur ces phénomènes ; on doit l'être bien plus encore , qu'une différence dans la hauteur du baromètre puisse être appréciée par la nature et la vitesse des ballons qui se dégagent de ce grand laboratoire intérieur. Mais depuis des siècles , et vraisemblablement du temps des Romains , les marins ont jugé de la direction du vent d'après la vitesse et l'intensité des gerbes de feu que le volcan lance dans l'atmosphère. Lèvent du sud-ouest, qui déprime la colonne barométrique, fait succéder les éruptions avec vitesse , et leur
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donne une splendeur qui surpasse de beaucoup ce qu'on observe tant que les vents du côté du nord ou de Test continuent à souffler. Ce fait est tellement connu des marins, qu'un naturaliste qui en douterait exciterait autant de surprise que celui qui voudrait contester le plus simple des mouvements réguliers de la journée. M. Hofmann a trouvé que la hauteur du cône était de 2,775 pieds au-dessus de la mer; le capitaine Smyth n'avait donné au mont Schicciola, qu'il dit être la cime la plus élevée de l'île, que 2,037 pieds de Paris. (Zach. , Corresp. astronom, , x, 551 ).
Les roches pyroxéniques , ou dolèrites, dans lesquelles le feldspath labrador prédomine , se retrouvent dans une partie considérable de l'île de Lipari, et elles composent toute l'île de Salina. Elles alternent ici avec des couches de tuf brun , friable, sans ponces , et vraisemblablement composé de détritus de la roche solide. La formation de ces couches est antérieure à celle des trachytes et des éruptions d'obsidienne et de ponces, car M. Hofmann a trouvé que les ponces couvrent tout le côté nord du mont S. Angelo de Lipari, composé de <ces couches anciennes , et qu'en général 'toute la région du tuf brun porte à sa surface une croûte légère et peu épaisse de pierres- ponces, dont on ne voit absolument aucune trace dans les tufs mêmes. Le courant de lave de la Perrera s'étend sur ces tufs. Les fucus qu'on a cru voir dans l'intérieur des couches et dans le vallon de Muria , n'ont pas été Observés par M. Hofmann ; mais il y a trouvé une quantité de feuilles dycotilédones, et d'autres, dans lesquelles il est presque impossible de méconnaître les feuilles pinnées du dattier. C'est un fait très curieux, mais qu'on n'oserait citer comme preuve certaine d'une préexistence d'une partie de l'île même ; car les tufs de Naples contiennent des feuilles de fougères combinées avec des buccins.
rn^NOMENÉS VOLCANIQUES. oS7
deshuîtreSsûcspetoncIcsiUoîmannii*. 34) , il est donc rertain que les productions terrestres peuvent être déposées sur le fond de la mer, peut-être même à une assez grande distance du lieu où elles ont existé , et qu'elles peuvent êlre soulevées dans la suite avec les corps marins qui vivaient à la même époque dans la mer.
te cratère trach y tique de l'île de Volcanoest également entouré d'un cratère de soulèvement dans la dolérile, formé j ar les moûts de Colle-Piano et Sarecenico, et dont la composition est tout-à-fait différente de celle de la partie nord de l'île où sont situés le grand cratère et celui de la presqu'île de Volcanello. On voit parfaitement bien cette disposition dans les vues qui accompagnent le me moire de M. Hofmann. La roche de l'enceinte fait singulièrement ressortir les cristaux de pyroxène empâtés dans la masse de labrador, comme les cristaux de feldspath dans le porphyre. Ordinairerement d'une couleur très foncée, cette masse se décolore par la décomposition qui s'opère dans l'atmosphère ; les cristaux de labrador deviennent blancs et ttès reconnaissantes , et les pyroxènes s'élèvent en saillie sur la surface décomposée. Tous ces petits accidents donnent à la roche un caractère général , qui l'éloigné de beaucoup, même àu premier aspect, des trachytes et des obsidiennes, ainsi que des pierresponces qui en résultent.
Nous retrouvons donc dans les îles de Lipari, le même phénomène qui se présente si souvent autour des volcans , et qui est si frappant autour du Pic de Ténèriffe , c'est que le basalte et les dolérites s'élèvent en premier lieu, et ordinairement en produisant des cratères de soulèvement, puis ils sont suivis par les trachytes en forme de cônes placés dans l'intérieur de l'enceinte basaltique, et par lesquels s'établit la communication permanente entre l'atmosphère et l'intérieur de la terre.
Les doléritcs ont oppose moins "de résistance, à ce qu'il parait, do côté de l'ouest du groupe entier des Iles de Upari, et les trachytes ont pu s'y frayer un passage jusqu'à la surface; mais plus près des côtes de la terre ferme , la communication volcanique a dû rester dans les dolentes même, sans pouvoir les forcer et élever les trachytes, cachés dans les foyers de l'action intérieure. L'Etna se trouve de cette manière immédiatement lié au Stromboli; et celui-ci se sépare du reste des îles de Lipari , comme appartenant à un autre système , ou du moins à une série d'actions volcaniques tout-à-fait différentes.
VÉSUVE ET CHAMPS PHLÉGREENS (pl. IX ).
Il est évident qu'il y a entre le Vésuve et les champs phlégréens , la même relation de gisement que celle que les observations de M. Hofmann ont démontrée entre le Stromboli et le reste des îles de Lipari, c'est-à-dire que les trachytes forment une bande extérieure , et que les roches pyroxéniques se trouvent sur un alignement plus rapproché des montagnes et du continent. Celles-ci peuvent encore être regardées comme le bord , et les masses trachytiques , comme l'intérieur des roebes soulevées parles forces volcaniques. La roche du Vésuve et de la Somma est éminemment pyroxênigue; et quand on y remarque du feldspath en assez grands cristaux pour pouvoir les examiner, on trouve que c'est du feldspath labrador. Cette roche se rattache par conséquent aux dolériles de l'Eto* et de Stromboli ; mais les leuciles qui s'y présentent constamment lui donoeut un caractère particulier, et en forment une roche toat-
A-fait distincte, le leucitophyre , roche qui s'étend des plaines de ïa Campanie jusqu'aux montagnes de la Toscane.
Cette belle roche varie autan? que ladolérite de l'Etna et de Lipari , tant par la grandeur des cristaux qui y sont enveloppés que par la plus ou moins grande abondance des diverses parties constituantes , tant enfin par la couleur plus ou moins foncée , résultant des proportions relatives du labrador et des pyroxènes. Ces modifications permettent de caractériser la masse des courants de lave de différentes époques, et même, ce qui est fort remarquable , de distinguer, par la nature de leur roche, les couches de la Somma des courante du Vésuve. Ceux-ci, en effet, ne contiennent jamais la leucite en très gros cristaux , et cette matière est souvent tellement dispersée dans la masse, qu'on a de la peine à l'y reconi aître. Les courants de lave ne se trouvent qu'au Vésuve, et les contours de la Somma n'en ont pas encore présenté la moindre apparence- L'action volcanique du Vésuve se rejette même tellement du côté de la mer, d'où elle dérive , qu'aucune éruption latérale n'a encore réussi à percer les flancs de la Somma, et qu'on a toujours regardé cette montagne comme une barrière insurmontable que ne peuvent franchir les courants de lave qui descendent du volcan. C'est qu'en effet, la Somma n'est pas un volcan, mais bien un des cratères de soulèvement les mieux déterminés. Les couches dont elle est formée s'inclinent partout , suivant les observations de M. Elie de Beaumont, de plus de 30 degrés ; elles ne peuvent donc pas avoir coulé avec cette inclinaison; de plus elles conservent leur épaisseur depuis le bord jusqu'au pied de la montagne , et si elles n'entourent pas toujours toute l'enceinte semi-circulaire de la montagne^ elles s'étendent néanmoins sur un espace si considérable en largeur qu'elles perdent
3*0 PIIKN0MK3ES VOLCANIQUES.
tous les caractères d'un cou- ant. Il suffirait de ces considérations pour se convaincre que les couches de la Somma doivent avoir été formées dans une position à peu près horizontale , ej qu'elles ont été élevées postérieurement, de manière à former le cirque du cratère $ mais une preuve bien plus frappante de ce fait se tire de la disposition des tufs autour de la montagne.
Le tuf de Naples, quoique composé principalement de débris de pierres-ponces et d'obsidienne, est une formation marinent tertiaire, à peu près comme les couches calcaires de Syracuse et de Palerme. Dans toute son étendue sur la plaine de laCampanie, on y a trouvé empâtées des coquilles marines, des pétoncles, des huîtres , des buccins , des cérither, analogues aux espèces encore vivantes. On les a observées aussi bien dans les tufs qui entourent la Somma que dans ceux de Pausilippe, de Baja ou de Caserte ( Voyez Hamilton , Campi Flegrei, pag. 42 et M , et les collections Monticelli et Pilla h Naples). Ces couches de tuf sont tout-à-fait horizontales dans la plaine près d'Aversa, de Caserta, ou même au Pausilippe ; mais en approchant du Vésuve , elles s'élèvent et entourent comme un manteau , jusqu'à une certaine hauteur, les deux montagnes. Arrivées au niveau le plus élevé qu'elles puissent atteindre , elles forment une légère arête qui se voit très bien de îoin , même depuis la ville de Naples , et ce niveau se maintient à la même hauteur tout autour de la montagne , c'està-dire à près de 1,900 pieds au-dessus de la mer, ou à 1,200 pieds au-dessus des couches horizontales delà plaine. Les mêmes coquilles se trouvent enveloppées dans ces couches inclinées, les mêmes pierres-ponces eu forment la masse principale ; et ces ponces ne sont certainement pas une production du Vésuve ni de la Somma. Le reste du volcan, formé de couches noires, qui contrastent singulièrement avec les couches blanches du tuf, s'élève hors de cette enveloppe , comme un
Truil mûr qui sortirait de son calice ; c'est effectivement à peu près de cette manière qu'on peut se représenter la Somma perçant cette enveloppe de tuf, et l'entraînant jusqu'à une hauteur qui surpasse de beaucoup celle de toutes les autres collines de tuf de la Campanie.
Les couches de tuf ont été soulevées par la Somma et non par le Vésuve, et ce fait résulte évidemment et de la nature des choses , et de la description que Strabon donne du volcan. Strabon, qui avait observé l'Etna, reconnut des productions volcaniques dans le Vésùve de son temps, quoiqu'il n'eût connaissance d'aucune éruption de ce volcan ; il dit ensuite très expressément que sa cime est tronquée , et qu'une plaine s'étend sur cette cime. Est-ce bien ainsi qu'un auteur exact aurait pu décrire le Vésuve de Pline, et l'amphithéâtre delà Somma, s'il les avait vus devant ses yeux, ou s'ils avaient existé alors , lui qui n'oublie pas de donner deux cimes à l'Etna, si peu marquantes, en comparai son de celles du Vésuve? Après Strabon, en l'an 79, se fit la grande éruption qui détruisit les villes de la Campanie. Une grande partie de la montagne fut jetée dans la mer, dit Pline, et encore de nos jours, nous voyons la ville de Pompèii couverte d'une couche de pierres-ponces mêlées avec les productions de la Somma. U est bien certain que le Vésuve lui-même n'a pas rejeté ces ponces ; car il n'y a aucun fait avéré qui atteste qu'il en ait jamais produit un seul fragment, et lus roches dont il est composé s'y refuseraient. Mais l'éruption agissant sur la couverture extérieure de la montagne, sur ces mêmes tufs composés de pierresponces, dont la production est due aux cratères des champs phlégréens, l'a lancée sur la malheureuse ville et ses environs. Un reste très considérable de cette couverture s'est encore conservé jusqu'à nos jours, et ou l'observe presque sans interruption , depuis la maison
de l'Eremite sur Résina , le long des hauteurs de Torre del Greco , et dans les ravins , au-dessus de Bosco tre Case. Les récits et la nature des choses se combinent donc de manière à nous donner la pleine conviction que la grande éruption de Pline fut l'origine du volcan; il n'existait auparavant point de Vésuve; le cône, tel que nous le voyons encore, est sorti de l'intérieur et du milieu du cratère de soulèvement de la Somma, et les parois sud et sud-ouest de cette grande montagne ont dû céder pour faire place à la nouvelle communication établie entre l'intérieur de l'atmosphère, communication qui depuis n'a pas cessé de se manifester comme un des volcans les plus actifs. Le volcan est sorti tout formé du sein'de la terre 3 il ne s'est point élevé par l'écoulement successif des courants de lave , ce qui est démontré impossible depuis les recherches de M. Élie de Beaumont , et , au contraire , sa hauteur n'a pas, depuis cette époque, cessé de décroître. Dans les siècles passés, les bords du cratère, aussi bien du côté de la mer que du côté de la Somma, s'élevaient à la même hauteur, et ils se trouvaient au niveau du Palo, actuellement la plus haute sommité de ce cratère. Peu à peu, la partie méridionale s'est tellement abaissée que le bord opposé parait une montagne fort élevée au-dessus d'elle ; mais chaque grande éruption a encore enlevé une partie considérable à cette montagne, ou à ce bord élevé, de manière qu'en 1834, il était réduit à un seul pic de peu d'étendue et de largeur, et tellement affaibli par les fumarolles qui le traversent intérieurement en tous sens , qu'on doit s'attendre que , peut-être même à une des éruptions les plus prochaines , toute cette cime retombera dans l'intérieur, ou sera lancée dans les airs, et alors le Vésuve , qui autrefois dominait les cimes de la Somma , sera réduit à la moitié de la hauteur de son enceinte, ou du cratère de soulèvement générateur.
rHRKOMKSE* VOLCANIQUES. 545
En 1772 , Saussure a trouvé que la hauteur du Vésuve était de 3,659 pieds de Paris; Schuckburgh, qui l'a mesurée en 177(5, Ta évaluée à, 5,692 pieds ; en (in Poli en 17(J31'a portée à 3,640. 11 semble toutefois que ces évaluations soient trop faibles , car M. Oltmans , après des recherches soignées, donne à la hauteur du Palo 3,751 pieds, d'après une moyenne tirée des observations de M. deHumboldt et de lord Minto en 1822, et de la mesure trigonométrique de M. Visconti.
Du temps de Saussure, il n'existait presque point de différence entre la hauteur des deux bords opposés du cratère du Vésuve ; celte différence n'est devenue sensible que depuis la grande éruption de 1794. M. Gay- Lussac, le 29 juillet 1805, a trouvé qu'elle était de 448 ; mesurée par M. de Humboldt en 1822 , elle était alors de 492 , et elle s'est à peu près conservée ainsi jusqu'à présent (1835). En 1822, il s'était formé dans l'intérieur d u cratè re un cône don l la hauteur surpassai t même celle du Palo; car d'après une moyennede dififéren tes mesures, M. Oltmans évalue son élévation à 5,880 pieds de Paris, (Humbôldt, Tableaux, de la nature, pag. 220, et Mémoires de Berlin, pour 1 822, p. 50) . Ce cône s'écroula entièrement le 25 octobre 1822, et le cratère resta six. ans sans monticule; mais en 1828 il s'en forma un nouveau, qui d'après les mesures de M. Cappacci de Naples, avait 291 pieds au-dessus du fond du cratère et se trouvait à 158 pieds au-dessous de la cime du Palo (Pilla, Speitaioi e del V esuvio , 1855, p. 58). Ce cône était entouré par les murs du Palo comme le Vésuve l'est par les escarpements de la Somma : M. Pilla assure positivement qu'il n'avait pas été rejeté, mais que sa masse était solide comme celle du Palo même. Lorsque ce cône parut, il n'avait aucune ouverture; il n'avait donc pas été élevé par le débordement des laves liquides. l e
cratère qui se trouve à sa cime , ne s'est ouvert qu'une année ajyrès son apparitions 0 . . ,
Ce phénomène était pv conséquent une répétition sur une moindre échelle , de ce qui s'est fait pour totft le Vésuve lui-même, lors du temps de l'éruption de Pline. Toute la masse solide a été soulevée à la fois et d'un jet et n'a pas été successivement formée par la superposition des laves. Ce c5ne a disparu entièrement pendant l'éruption du mois d'aoû t 1854.
Tout ce qu'on rapporte de courants de lave antérieurs à la formation du Vésuve et dont l'existence paraît démontrée, à ce qu'on. croit, par la nature des paves etdes murs de Pompéii qui sont formés de ces laves, se fonde sur la supposition erronée que la Somma serait composée de laves. Car les pierres de Pompéii appartiennent à cette montagne et non au Vésuve , comme il est aisé de s'en convaincre par les gros cristaux de leucite qu'elles renferment. ,
Les tufs ponceux qui entourent la Somma ont une propriété fort remarquable, qui jette la plus gnyde lumière sur l'époque de l'élévation de cette montagne. C'est que bien qu'ils se rattachent sans discontinuité aux couches de tuf de la plaine, ils contiennent en assez grand nombre et mêlés avec les portées , des leucitophyres qui appartiennent aux couches de la Somma , tandis qu'on ne voit pas une trace de fragments de cette roche dans les tufs des environs de la ville de Naples etdes champs phlégrèeus. Il y a donc eu un mouvement volcanique considérable dans ce leucitophyre avant la formation des tufs, et par conséquent avant l'élévation de la mlbntagne. Ce fait remarquable est confirmé parla présence de toutes ces belles substances, qu'on désigne souvent avec assez de légèreté comme des productions rejetées par le Vésuve ; telles sont les
PHKïSOMEKES VOLCANIQCES. 345
marbres, les dolomies, lesmica, les idocrases, les amphiboles^ les meionites, les népbélines et tant d'autres minéraux rares et curieux, car ces substances sont encore enveloppées dans les couches de tufs , et n'ont rien de commun avec la Somma dans son état actuel, et bien moins encore avec le Vésuve. Quand on considère que la plupart de ces cristaux se trouvent dans l'intérieur des fragments calcaires ou de dolomie, et y tapissent des fissures ou des cavités, on y reconnaît le phénomène du contact des roches primitives avec les roches calcaires secondaires. L'effet de ce contact est presque toujours de changer la nature compacte du calcaire et d'en faire sortir une foule de cristaux d'une nature analogue ou même identique avec celle des cristaux des tufs de Somma, et qu'on ne trouve plus dès qu'on s'éloigne des points de contact des deux roches.
La montagne de Monzon dans la vallée de Fasse en Tyrol, les environs de Giellebeck en Norwège, les carrières de Querbach près de Darmstadt font ressortir ces relations de gisement avec la plus grande clarté, surtout la première de ces montagnes, dont les substances offrent les plus grandes analogies avec celles de la Somma. Hestdonc vraisemblable que les morceaux des tufs de la Somma ont été arrachés à des roches sur lesquelles les forces volcaniques n'agissent plus immédiatement depuis longtemps 3 et cela par une action antérieure à la formation de la plupart des couches qui actuellement composent la montagne. Ces fragments ont été rejetés dan^lamer, ce qui prouve encore que dans ce temps aucune montagne n'existait. M. Pilla possède dans sa collection des dolomies de ces t#fs , dont la surface extérieure est couverte dé serpules (spirorbis) comme celles qui vivent encore sur les pierres dans la mer, et M. le comte de La Marmora, à Turin, en a trouvé d'autres, conservées à Berlin , qui sont entièrement cou-
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vertes des mêmes coquilles. Elles doivent donc avoir été assez longtemps dans la mer, avant d'avoir été enveloppées par les ponces du luf. !
Les champs phlégreens n'ojit point de volcan. On n'y trouve qu'un amas de petits cratères de soulèvement et d'éruptions isolées $ mais jamais ces éruptions n'ont eu de rapport direct avec un centre commun. On ne peut se refuser à croire qu'il existe, sous le point de vue volcanique, une communication de ces contrées avec le Vésuve, car lorsque les forces volcaniques ont agi près de Pouzzol, le Vésuve est resté en repos, et au contraire tant que ce dernier continue à être en mouvement, les environs de la baie de Baja sont fort peu agités. Malgré cette communication, les champs phlégréens sont déjà ' entièrement situés dans la bande trachy tique, et n'appartiennent plus a la région pyroxénique , plus rapprochée de la chaîne des Apennins. On reucontre le trachy te en masse dans plusieurs endroits, surtout entre la solfatare de Pouzzol et la mer ; mais son apparition au milieu du beau cratère de soulèvement de l'Astroni, est du plus grand intérêt et en même temps fort remarquable. Ce cratère singulier (pl. IX, 3et4) est entièrement entouré de couches de tuf qui, au lieu d'être horizontales, s'inclinent ici vers l'extérieur tout autour du cratère même. La tête de ces couches forme à l'intérieur des escarpements souvent presque perpendiculaires. Du milieu du fond s'élève de nouveau une colline en forme de dôme arrondi jusqu'à la hauteur de deux cents pieds, et cette colline n'est qu'une masse solide du plus beau trachy te blanc grisâtre à cristaux de feldspath et d'amphibole nets et brillants. Il est donc clair , que les couches de tuf ont été rejetées de côté par le gonflement et le soulèvement de ce dôme de trachyte. Si les forces volcaniques avaient suffl pour le faire dépasser le bord des tufs du cratère, il se serait formé un Puy-de-Dôme,
un Cliimbovaco $ et si ces forces avaient eu assez d' intensité pour s'ouvrir une communication par ce dôme et pour former à sa cime un cratère , un véritable volcan aurait paru dans ces environs, et le Vésuve n'aurait plus eu d'éruption. Le monte Nuovo , sorti de terre en 1558, n'a pas pu faire paraître le tracby te caché audessous de son cratère ; mais le reste est parfaitement semblable à l'Astroni. C'est aussi un cratère de soulèvement, dont les côtés sont formés de couches de tuf blanc, inclinées comme la surface du cône même. C'est à tort qu'on le croit formé par éruption et de matières incohérentes , de scories et de ponces. Les couches solides de tuf soulevées sont très visibles tout autour du cratère , et il n'y a que la surface extérieure qui soit composée de scories rejetées. Si donc on était tenté de douter de l'élévation des couches de tuf et du dôme de tracbyte du cratère d'Astroni, le monte Nuovo soulevé sous nos yeux, en donnerait la preuve la plus convaincante et la plus certaine.
.+ LemontEpomeo d'Ischia, malgré sa forme et sa hauteur, n'a pas plus été un volcan, qu'aucune des collines des champs phlégréens. On ne voit pas l'apparence de cratère à sa cime, et la grande lave de l'Arso sortie en 1302, non plus quecelles des cratères de Montagnone et de Retaro, ne peuvent être regardées que comme des produits d'éruptions isolées, qui peut-être auraient pu faire un volcan de la montagne, si elles avaient eu assez de force et d'énergie pour établir une communication permanente par un cratère ouvert à la cime. Le mont Epomeo, d'après l'observation barométrique faite le 8 août 1805, s'élève de 2,356 pieds. Le bord du cratère de l'Arso est à 430 pieds au-dessus de la mer, son fond seulement à 560 pieds.
ISLANDE (Pl. XIV
Cette île considérable est tellement recouverte dans toutes ses parties de bouches volcaniques , qu'on est accoutumé à ne la considérer dans toute son étendue que comme un vaste volcan. En effet, EbenezerHenderson n'a pas compté moins de vingt-neuf volcans distincts ( lieiidence in Icelcind, 1818 , p. ii ) , dont la plupart, à la vérité, ne sont que de simples orifices volcaniques , et nullement des cheminées constamment ouvertes. Toutefois la position du cône principal , par lequel les phénomènes d'éruption se manifestent le plus fréquemment , se laisse plus facilement reconnaître qu'on n'aurait pu le supposer au premier abord.
Les phénomènes volcaniques sont principalement renfermés dans une large bande qui traverse l'île du sud-ouest au nord-est (ffoff, n , 550). Cette bande est limitée à l'ouest par le cours du Huitaa , en remontant depuis Faxefiord jusqu'au pied du Bald Jockul, puis, dans la même direction, par une ligne qui s'étend jusqu'à Eyafiord sur la côte septentrionale et vers le 66e degré de latitude. A Test, elle est limitée par la base orientale de l'Orafa Jockuls , puis par la grande vallée de LangarFliot, depuis son origine auprès de Klofa Jockul jusqu'à son extrémité qui aboutit à la mer. Il résulte par conséquent de là que cette bande traverse complètement à l'ouest le Westfirdinga Fiordung , et à l'est la plus grande partie du Mule Syssel. Ces deux contrées ne sont pas formées par des éruptions volcaniques, mais entièrement composées de roches basaltiques , analogues à celles du comté d'Antrim en Irlande ou des îles Hébrides , et d'après les
pnÉrsQ.iii:KEs voi.CAMQirs. 34f>
excellentes recherches et descriptions de Sir George Mackensie, et aussi d'après les données exactes et fort importantes de Hendcrson, ces rapports et ces analogies se reconnaissent parfaitement auprès de Olafsen et de "Povclsen.
La large bande volcanique qui se trouve limitée, ainsi que nous venons dele dire, est sillonnée dans toutes les directions par d'immenses crevasses et recouverte par des masses de lave , tellement étendues en longueur et en largeur , qu'on n'en trouve d'aussi considérables dans aucune autre contrée volcanique.
Une de ces fissures a été produite par l'éruption du Skaplar Jockul qui , en 1783 , a recouvert de lave une province entière. Une autre crevasse analogue, qui, commcàLancerote, se manifeste par une série allongée de petits cratères, s'est ouverte au pied du Tindafiall et du Blaafell [Henderson, i, 65). Les éruptions ne se reproduisent pas par ces ouvertures; les orifices qui établissent la communication continue de l'intérieur avec l'atmosphère , sont bien déterminés et constituent seulement les volcans de Krabla, Leirhnukur, Trolladyngur au nord , l'Jïeckla , Eyafiall et Kotligia au sud, etenûn Orofa Jockul à l'est. Par conséquent, ces montagnes sont les seules qu'on puisse considérer comme de véritables volcans.
L'Heckla , isolé comme le Vésuve , mais présentant une masse plus considérable , s'élève , d'après les mesures trigonométriques de MM. Ohlsen et Yellesen „ à 4,795 pieds de Paris, au-dessus du niveau de la raer ; cette hauteur se trouve vérifiée par les observations barométriques de Sir Joseph Banks qui, s'étant élevé sur le sommet de la montagne, a trouvé pour la hauteur du baromètre 24,722 pouces anglais, la température étant de 58° Far. (5«, 3 c.) (Hooker, Tour inlceland, p. 405). V Annuaire, du Bureau des Ion-
350 PIÎKXOMKNES VOLCANIQUES.
gitudas de 1817 donne seulement 3,118 pieds pour la hauteur de l'Heckla; ce nombre est évidemment beaucoup trop faible.
La belle carte marine de MM. Ohlsen, Friesack et VeUesen ( Copenh. , 1823) offre une vue remarquable de l'Eyaûall ( Ostreflcld) , qui en Tannée 1822 était en pleine éruption. Les mêmes auteurs évaluent, d'après des observations barométriques , la hauteur de cette montagne à 5,334 pieds.
La hauteur deTOrafa Jockul , déterminée â l'aide du baromètre par M. Pauison, est de 5,561 pieds (Henderson, i , 249). On regarde celle montagne comme la plus élevée de loute l'Islande : c'est en effet la plus haute de celles qui ont été mesurées avec quelque exactitude.
D'après ce qu'on connaît des laves de l'Islande, elles renferment du feldspath , mais point d'augite. AuKrabla , on observe une masse considérable d'obsidienne et de pierres-ponces. A une distance de cinq milles allemands , au nord -ouest de l'Heckla , Sir Georges Mackensie a observé une immense coulée d'obsidienne recouverte de pierres-ponces ( Travels , p. 364. )
A la fin du mois de janvier 1 783 , à cinq milles allemands de Reikianes , on vit pendant plusieurs mois des flammes faire éruption du sein de la mer , et il se forma une nouvelle île qui disparut bientôt , mais dès que les flammes eurent cessé de paraître, commença la grande éruption de Skapta Jockul. Pendant tout ce temps une grande quantité de pierres-ponces furent continuellement lancées sur la côte de Guldbringe et de Snafialls Syssel ( Mackensie, p. 565). Toutes les matières produites dans ces circonstances se rapprochent de la nature du trachyle, et diffèrent, au contraire, beaucoup des roches basaltiques : les phénomènes n'ont aussi été observés que dans l'intérieur de la bande volcanique dont nous avons lait mention.
PR KN0MKNES VOLCAMQl' ES. 531
Celte bande volcanique est dirigée parallèlement à la côte du Groenland qui se trouve vis-à-vis. Celle disposition montre donc encore dans ce cas que les volcans sont généralement en relation avec les continents ou les chaînes de montagnes qui les forment.
Dans le prolongement de la chaîne volcanique de l'Islande se trouve l'île volcanique Jan Mayen que le capitaine W. Scoresby a décrite et fait connaître ( Arctîc Régions , p. 154). Le Becrenberg s'élève sur celte île A 6,448 pieds de Paris, hauteur à laquelle ne s'élève aucun des volcans de lïslande.
L'étendue de la grande bande trachytique qui traverse l'Islande du sud-ouest au nord-ouest a été pleinement confirmée par les recherches de M. Krug deNidda : il a en outre déterminé ses limites avec une grande précision et y a ajoulé des observations et des considérations qui sont du plus grand intérêt pour toute la théorie des volcans (V. Archives des Mines de Karslen , xvii, 4854,426). Les limites de cette bande s'étendent, au couchant, depuis les environs de Keikiavig à l'ouest du volcan de Skialdbroid et du Hofs Jockul jusqu'au commencement de l'Oefiard. Vers l'orient , cette limite longerait le Langar Fliot, à travers le Sniofell et le Klofa Jockul. Cette bande occuperait toute l'étendue de l'Ile dans la même direction , s'il ne se trouvait trois autres masses détachées de trachyte dans la partie nord-ouest de l'île, le Snofialis Jockul, élevé , d'après M. Baine ( John Barrow jun. , Travels in Iceland, 275 ) de 4,564 pieds de Paris , le Glama Jockul et le Dranga Jockul près du Cap nord.
La bande principale est d'une forme très remarquable. Ses bords, de part et d'autre, sont formés de dômes arrondis trachytiques, qui suivent tous la direction générale et qui se maintiennent à une hauteur de
5,000 pieds , d'une mer à l'autre. Ou pourrait les re-
332 PHÉtfOMKXKS VOLCANIQUES.
garder, dit M. Krugde Nidda, comme formant deux immenses bourrelets qui encaissent une vallée profonde au milieu ; en s'élevant à des considérations d'un autre ordre, on peut se représenter cette bande comme une immense voûte de trachyte, comparable à la vallée de Quito, qui aurait percé les couches de basalte et d'amygdaloïde , mais dont la partie moyenne trop élargie s'est affaissée sur elle-même , et est retombée dans l'abîme. C'est précisément à cette vallée du milieu que se trouvent limités tous les phénomènes d'une action volcanique continue ; c'est là qu'on rencontre les fontaines d'eaux bouillantes, le Geyser, le Stroiti, etc. ^ c'est là qu'on trouve les solfatares, les sources acidulés, les dépôts de soufre. Rien de tout ceci n'est visible du côté basaltique des bourrelets , et moins encore dans la partie basaltique même. Plusieurs de ces dômes de trachyte peuvent être regardés comme des cheminées, par lesquels une communication de l'intérieur avec l'atmosphère est constamment maintenue : telles sont, dans la partie méridionale de l'île , l'Oestre Jockul ou Eyaûall dont la belle forme en cloche, qui frappe tous les observateurs, suffirait seule pour réfuter l'opinion qu'un pareil volcan pourrait être le résultat de l'accumulation de courants de lave superposés; le Kalljgtau, connu par ses éruptions en 1 755 ; le Sida Jockul , enfin, l'Orofa Jockul, la plus haute montagne qu'on ait observée. Tous ces volcans se trouvent à peu près dans le même aliguement, qui est celui de toute la bande elle-même, et tous sont situés vers son bord oriental. Dans le nord , on trouve principalement le Krabla et le Leirhnukur, qu'on doit regarder comme de* communications permanentes, par conséquent comme de vrais volcans et non comme des éruptions particulières. J.a plupart de ces volcans n'ont jamais rejeté de cou rants de lave , non plus que les cratères des volcans des
Andes ^ ces laves sortent presque constamment au pied du volcan, et jamais elles ne se font jour à plusieurs reprises par la même ouverture. Mais ces courants peuvent toujours être rattachés à quelque volcan connu , on à quelque dAme trachy tique , d'où leurs cratères d'éruption émanent comme d'un centre. En effet, les éruptions de lave d'Islande se font ordn nairement par des bouches volcaniques semblables à la série des -petits cratères qui se sont élevés en 1730 dans l'île de Lancerote. Ces cratères s'ouvrent l'un après l'autre , sur un même alignement, au pied des montagnes et dans les vallées, et vomissent une immense quantité de matière fluide qui s'étend sur la plaine. Ces monticules ne s'élèvent que de quelques centaines de pieds , et restent sans action après que l'éruption s'est terminée. Or , M. Krug fait voir que leur direction passe toujours par le centre du volcan, dont on peut croire qu'ils dépendent. C'est ainsi que plusieurs centaines de monticules qui ont ravagé par leurs laves la presqu'île de Reikianess se dirigent vers le majestueux dôme trachytique du Skialdbreid, qui domine !es solfatares et les sources jaillissantes de Skalholt; c'est ainsi que toutes les éruptions autour du Sneefialls Jockul , éruptions qui s'étendent à plus de dix lieues vers l'orient, se dirigent toujours vers cette haute montagne, et c'estencore la direction des cratères d'éruption et des phénomènes volcaniques autour de l'Oestre Jockul dont l'Heckla même ne paraît être qu'une dépendance.C'est le mêmephénonème sur une grande échelle que celui des monticules qui s'élèvent sur les crevasses dont la direction passe toujours parle centre du volcan, phénomène qu'on observe avec une si grande facilité à chaque éruption autour du Vésuve et de l'Etna.
Les observations et les remarques de M. Krug de Nidda sur la partie basaltique de l'Islande ne sont pas
534 tHKMOMENBS VOLCANIQUES.
moins intéressantes. Les couches de basalte , parallèles lps unes aux autres , , se succèdent avec une régularité admirable ,..et: s'étendent sur un plan qui est presse uniforme , sanscimes élevées ei marquantes. Mais elles sont entrecoupées par des canaux à parois perpendiculaires, qui .prennent la ferme dé vaHées escarpées sur terre cttle golfes» de fon ds, dans Je voisinage de la mer. Or ces nombreux canaux a fond plat ét peu incliné, ènt toujours une directié» presque perpendiculaire à ceJle de la bande principale trachy tique. Auprès de cette bande même, on ne voit plus ces canaux , ni ces golfes h côtes escarpées, qui entrent jusqu'à dix ou quinze lieues dans les terres. Ce sont, dit M. Kmg , des crevasses qui se sont formées lors du soulèvement des couches par le trachyte; et cette opinion prend encore plus de consistance lorsqu'on remarque que cette loi dediaposition est de suite changé®: dès qu <oa arrive à la partie nord-ouest de l'île , où trois autres petit¢res trachy tiques font naître d'autres directions de crevasses on de vallons. M. Krug croit pouvoir distinguer dans la partie basaltique de l'île, deux séries de couches basaltiques et d'amygdaloïdes , en les suivant depuis les plus inférieures jusqu'à celles de la surface. La première et la plus basseest form >e par une roche semblable au ba^ salte tde ila Chaussée des Géants ou des îles Hébrides , c'est-à-dîre que c'est un basalte greno qui contient beaucoup de pyroxène , niais jamais de péridot. Il n'est I j a<mai& aussi compact , aussi pesant * ni aussi tenace que 1rs basaltes de France on d'Allemagne, qui dans cet état renferment constamment des cristaux et de grandes masses de péridot combinés avec le pyrdrtène. mais qui né contiennent pornt'de feldspath labrador. Ces basaltes grenus alternent avec des couches d'amygdaloïde , dont tes grandes cavités sont tapissées par <fr superbes cristaux delà famillé des zéolîte*. (l'est encore
rXIKSOaiLNES VOLCANIQUES. 555
dans celle partie inférieure que se trouvent entre les couches basaltiques d'aulrcs couches d'argile et de grès , entièrement composées de détritus basaltiques 7 celles-ci sont accompagnées de couches d'un lignite, le surturbrand des Islandais, dont la puissance ne s'élève pas au-delà de quelques pouces de hauteur. Les troncs qui y sont enfouis ont souvent plus d?un pied de diamètre, mais la pression les a tellement aplatis qu'ils sont réduits parfois à n'avoir qu'un seul pouce de hauteur. On les trouve sans feuilles , sans branches et sans écorce, dans le même état que les bois flottants, qui, encore actuellement, sont jetés en grande quantité sur les côtes de l'île. Il est donc très probable qu'ils ont une origine semblable, car on ne peut admettre qu'ils se soient formés sur une surface qui n'a certainement pu exister tant que les côuehea basaltiques ont pu se produire.
La partie supérieure des couches basaltiques est formée par une roche qui ressemble à un porphyre, et dans laquelle les cristaux de feldspath labrador prédominent beaucoup ; les pyroxènes s'y trouvent en cristaux isolés , mais n'entrent plus en si grande abondance dans la massé principale ; aussi la couleur des couches , en général , est moins foncée que celle des couchés inférieures; elles ne contiennent ni araygdaloïdes ni ligoites.
Toutes ces couches sont traversées par une immense quantité de filons basaltiques ; souvent leur abondance est si grande, et ils se présentent de tous côtés sous des formes si bizarres et si variées, qu'on serait tenté, comme à Diupavog , dans le fiord à&Jïerie J de se croire entouré des ruines d'une grande ville détruite. La masse de ces filons ressemble en tout à celles des couches qu'ils traversent; du moins H est toujours assez facile de découvrir une couche, dont la nature correspondrait par-
5*>0 PnKM)MK\FS VOLCANIQUES.
faîtement à celle d'un ûlon quelconque. Il est donc probable que les couches sont le résultat du débordement d'une grande quantité de filons dont les crevasses se sont ouvertes en même temps , et par lesquelles la masse solide, arrivée à la surface, a pu s'étendre sur un espace très considérable ; la pression de sa propre masse, et surtout celle résultant du poids d'un océan profond a dû niveler la surface nouvelle et former une couche d'égale hauteur jusqu'aux limites de son étendue. De nouveaux filous auront produit de nouvelles couches horizontales comme les précédentes, et recouvrant les substances qui se seront déposées sur les premières. Ce mode de formation est bien différent de ce que nous observons dans les courants de lave, qu'aucune pression ne peut amener à présenter une surface horizontale. Aussi est-il bien certain qu'aucune espèce de zéolite n'a encore jamais été trouvée dans un véritable courant de lave , vraisemblablement parce qu'une forte pression est une condition indispensable pour la formation des zéolites. La présence des zéolites suffirait par conséquent pour distinguer une couche basaltique d'un courant de lave. Il est donc tout-à-fait contre nature de vouloir comparer le grand courant du Skapta Jockul en 1783 ou les courants qui couvrent la presqu'île de Reikianes, avec les couches basaltiques qui, tant de fois , alternent avec une si grande régularité dans les parties est et ouest de l'île.
Il n'est peut-être pas hors de propos de remarquer que l'élévation des trachytes n'a pas seulement rompu la continuité des couches basaltiques dans le milieu de l'île , mais que toutes cq) couches doivent encore avoir été soulevées en même temps du fond jusqu'à leur hauteur actuelle, qui est ordinairement de 2,500 pieds, mais qui atteint près de 4,000 pieds au-dessus de Beoefiord : elles seraient plus inclinées qu'elles ne le sont en
effet, si ce soulèvement n'avait pas été contemporain. Toutefois, comme l'élévation des Irachytes doit avoir été postérieure à la formation des lignites , on voit que celte élévation est un des phénomènes géologique! les plus récents du globe terrestre.
ILES AÇOKES.
Le Pico de l'île du même nom s'élève à une hauteur, tellement considérable, que les autres îles disparaissent pour ainsi dire, à côté de lui : cette montagne est, dans le groupe des Açores , la principale communication de l'intérieur avec l'atmosphère , et on l'a toujours considérée comme telle. Sa hauteur n'a jamais été connue qu'imparfaitement; Fleurieu {Voyage delà Flore, i, 543) estime, d'après des données approximatives et peu exactes de la distance où ce pic se laisse apercevoir en nier, que sa hauteur est de 6,588 pieds ; Ferrer (Zach conesp. , novembre 1798, p. 595) porte ce nombre à 7,528 pieds, et Tofino (Humboldt, Rel. i, 93) à 7,561 pieds: Fleurieu ajoute même que d'après la hauteur qu'il donne à cette montagne , on ne peut l'apercevoir en mer que jusqu'à la distance de 29 milles marins; or il est certain qu'on la voit encore à 56 et même 57 milles , ce qui , ainsi que le remarque M. de Humboldt,. porterait la hauteur de la montagne à 8,586 pieds. La mesure de Ferrer doit être celle qui se rapproche le plus de la vérité.
Le Corriere de las Outillas, 2e éd., 1825 (Zach. iv, 341) donne pour la hauteur du Pic 7,275 pieds de Paris.
Fleurieu donne une vue grossière de ce Pic , qu'il représente en forme de cloche ou dôme , et ce qu'il y
a de plus surprenant, c'est ce qu'il dit d'un dessin toutà-fait semblable fait sur la carte des Àçores du dépôt de la marine à Paris , que c'est un dessin fait à plaisir et très mirèrent de la réalité.
Ce n'e st que dans les premiers écrits de John Webster sur les A çores (Desrnpt. of the Island of S. Michael, etc., Boston , 1821 , p. 255 ), qu'on trouve quelques documents sur ce volcan dans le récit d'une ascension au sommet faite par G. Heriot de Fayal : toutefois la relation du voyage ne porte ni la date de l'année, ni celle de l'époque où il fut entrepris.
Après avoir monté pendant cinq heures , on parvient au bord du cratère le pTus ancien , qui paraît, avoir un mille anglais de circonférence : les bords du cratère sont détruits au nord et à lest, et rie subsistent qu'à l'ouest etau sud : au milieu s'élève un cône très rapide de 500 pieds de hauteur , qu'il est extrêmement difficile de gravir; les flancs du cône présentent un grand nombre de fissures par lesquelles se dégagent des vapeurs. II est entièrement formé d'écaillés solides de laves , dures comme du fer , et qui doivent avoir été primitivement dans un certain état de fluidité. La cime extrêmement aiguë du cône volcanique n'a que sept pas de longueur et cinq en largeur. Le cratère ouvert du côté du nord et un peu au-dessous de la crête de la montagne, a environ vingt pas de diamètre et dégage continuellement des masses de vapeurs , bien qu'il soit entièrement comblé par des matières solides et des roches calcinées. Du côté de l'est, le Pic se rattache à une arête aiguë sur laquelle se trouvent un grand nombre de cratères d'éruptions anciennes, mais par lesquels il ne s'échappe plus de vapeurs. C'est de ce côté qu'eut Heu l'éruption de 1718 , qui détruisit la plus grande partie des vignobles situés au pied du volcan.
L'île dé Pico est allongée du sud-estau nord-ouest, et
nn^fwÈM-s volcaniques. 359
il en est de même de (ouïes les autres îles, Saint- Georges, Saint-Michaèl, ïerceira, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que toutes ces îles jusqu'à Flores et Corvo sont situées Tune derrière l'autre , exactement dans celte même direction. On ne peut s'empêcher de reconnaître dans cette disposition une bande volcanique, analogue à celle qui traverse T Islande, une sorte d'immense faille , remplie par des roches en partie cachées dans la profondeur de la mer. ;
Les Açores paraissent être formées presque entièrement de masses trachytiques $ on n'y voit nulle part (te couches basaltiques , excepté peul-ètre dans les îles de Corvo et de Flores , que l'on ne connaît pas d'une manière complète. Cette nature de roches se trouvé démontrée par la description de Webster et par les relations qui ont été publiées sur les dernières éruptions de r île de Saint-Georges. M. Dabney, consul américain à Fayal, a adressé au président des États -Unis (New-Yorck , Phil. Trans.y 1818, t. 515 sq.) , une description des phénomènes volcaniques de l'île de Saint-Georges, dans laquelle il s'exprime ainsi : «te l*e mai 1808, le sol , à trois leagues au nord-est de Vellas, dans la partie nord-ouest de l'île , vis-à-vis l'île de INco, s'est entr'ouvert avec un bruit semblable à celui «lu canon, et il se forma au milieu des champs cultivés un immense cratère de 24 acres d'étendue. Dans l'espace de deux jours ce cratère rejeta une tellè quantité de scories, de pi erres -ponces, que le sol en était recouvert sur une épaisseur d'un à quatre pieds, dans une ( tendue de trois leagues de long et une de large. Le 2 mai , il se forma une autre ouverture , à une league au nord (le la précédente et à une distance de deux leagiïés de Vellas : on pouvait approcher de cet orifice qui se trouvait formé par une grande quantité de fentes, ayant souvent six pieds de largeur, traversant le sol dans
tontes les directions, Cette ouverture avait environ 150 pieds de circonférence. Le 5 mai et les jours suivants, il se forma dans ce sol ainsi crevassé 12 ou 15 petits cratères , d'où il sortit une grande niasse de lave qui se dirigea vers Vellas. Très probablement cette masse était de l'obsidienne , car elle avait été précédée d une éruption de pierres-ppnces , et ces deux matières indiquent d'une manière évidente la présence du tracbyte dans cette île.
Le 1 1 mai, la lave cessa de couler, et alors commença une nouvelle et violente éruption qui s'effectua par le premier cratère, et de Fayal on vit constamment jusqu'au 5 juin un courant incandescent descendre sur les flancs de ce cratère et se précipiter dans la mer. Après cela , tout redevint tranquille. Cet immense cratère est à 4 mille anglais du rivage et est à peu près élevé de 3,500 pieds au-dessus de la mer. Avant sa formation aucune autre partie de l'île n'atteignait cette hauteur.
Fayal paraît n'être qu'une partie de l'ile de Pico, caria direction générale de ces îles et leurs rivages se correspondent parfaitement; toutefois, l'île semble présenter dans sa partie centrale un cratère de Soulèvement. Webster dit ( p. 239) , que sa plus grande élévation est d'environ trois ipille pieds ; que les flancs de la montagne s'élèvent par une pente douce jusqu'à une « Caldera » qui a çinq mille anglais de circonférence et dont le fond est recouvert de 4 à 5 pieds d'eau. Le lieutenant suédois Hebbe (Eyriés Anhang zu Mawesr/^jageJ, n» 351), donne à cette caldera une étendue de deux lieues. Il paraît d'après cela fort douteux que cette caldera se soit formée, comme le rapporte Adanson,dansla dernière éruption de Fayal en 1672, Labat dit seulement aussi | que dans cette année , la montagne s'était ouverte sur le flanc occidental, et qu'il en était sorti un courant de lave qui avait ravagé deux cents arpents des nieil-
leures terres (Nouv.Relat. de l'jifriq. occiW.,1725., v, 505). Malgré les nombreuses observations faites dans cette île, on ne connaît pas exactement la composition des roches dont elle est formée.
L'île de Saint-Michaël est fort connue par les îles qoi ont à plusieurs reprises tenté de s'élever dans son voisinage du côté deTerceiraou plutôt du côté de Saint- Georges. Le 1 i juin 1638 (Hoff., n, 287), par ut une nouvelle île qui avait deux lieues et demie de largeur, et plus de 560 pieds de hauteur ( Wicquefoî t's Mandelsloh, n, 707) ; le 51 décembre 1719, il s'en forma une autre qui avait disparu le 17 novembre 1723; celle-ci était éloignée de la terre de 12 7 milles marins (d'Anville Charte von Àfrica, 1 749, etFIcurieu, Flore, 1, 565). Enfin le même phénomène se reproduisit Tannée 1811. Dans celle année, le fond de la mer se souleva même en deux points différents qui paraissent être peu connus. Déjà pendant les mois de juillet et d'août de Tannée 1810 , toute Tile de Saint-Michaël avait été , à ce que rapporte Webster (p. 139 sq.) , ébranlée par un tremblement de terre. Le 31 janvier 1811 , une violente secousse, et une odeur pénétrante de vapeurs sulfureuses annonçèrent une fracture qui venait de s'opérer dans le fond de la mer, à l'extrémité occidentale de Tîle, et à deux milles anglais 4e distance du rivage, vis-à-vis le village de Ginetas. Une masse considérable de fumée» de cendres et d'eau s'élança du sein de la mer , et forma une grande colonne de plusieurs centaines de pieds de hauteur ; les pierres qui accompagnaient cette éruption furent projetées à une hauteur bien plus considérable % et s'élevèrent à près de deux mille pieds. A Tinstant où ces pierres sortirent de la mer, elles paraissaient Boires , mais à peine eurent-elles dépassé la masse de fumée qu'elles devinrent rougeset incandescentes, phénomène évidemment produit par une combustion dans
5G2 PHKNOAlklHLti VOLCANIQUES.
l'atmosphère des matières métalliques dont elles étaient probablement formées. L'éruption se continua ainsi pendant huit, jours $ quand elle eut cessé, il s'était formé dans la mer, un écueil sur lequel les vagues venaient se briser, dans une partie ou auparavant le fond delà mer était à soixaule ou quatre-vingt brasses de profondeur. Le 15 juin, eut lieu la seconde éruption à deux milles et demi anglais de la première, cl à. un mille de distance de la terre, vis-à-visle Pico das Camarinhas; le résultat de cette éruption fut nie de Sabr^na, d'environ un mille de circonférence , et de 500 pieds de hauteur. Cette île présentait un cratère bien formé, ouvert vers le sud-ouest et parcet orifice sortait un courant d'eau chaude qui coulait vers la, mer ; il était terminé par une faille, comme le sont généralement tous les cratères de soulèvement. Cette ouverture avait 30 pieds de largeur. Le capitaine i illard, qui a visité le cratère le 4 juillet , et lui a donné le nom.de son na^ vire, a figuré cette île telle qu'elle se présente du rivage de la mer ; il a (racé aussi Je plan et la vue de cette Ile singulière : ces dessins ont été publiés sur une feuille particulière en mai 1812 par Boydell à Londres. Dans une note explicative de cette planche, l'auteur ajoute qu'il a appris du consul anglais M. Read, que vers le mois d'octobre l'île a commencé à s'enfoncer peu à peu, et que vers la fin de février 1812 , on ne voyait plus que des vapeurs se dégager encore de temps en temps de l'endroit de la mer où elle s'était d'abord formée.
L'île remarquable de Porto de Ilheo, auprès de Villa Franca est tout-à-fait analogue à l'Ile de Sabrina, et a certainement la même origine. Au milieu de cette île, se trouve un cratère où les vaisseaux viennent s'abriter et qui se termine par une crevasse analogue à celles qui caractérisent d'une manière spéciale ces sortes de cratères. On trouve des vues de cette île dans t'Hïstory ofilw
Jzores, 1815, p. 80 et 82 (Thomas Ashe) el sur la belle carte de Saint-Michaël, dressée par le consul Read, Londres , 1808. Webster dit (p. 186) que les bords de ce cratère s'élèvent jusqu'à 400 pieds de hauteur et se composent d'un tuf dans lequel se trouvent mélangés des fragments de lave, des scories et des pierres ponces. Aucune partie des flancs de cratère n'est formée de roches solides.
Bien que les nombreuses sources chaudes de l'île de Saint-Michaël soient des indices non équivoques d'une action volcanique constante, cette île ne présente cependant pas de volcan; toutefois dans son étendue on reconnaî t distinctement trois immenses cratères de soulèvement. Celui de ces cratères qui est situé le plus au nord-ouest , est le plus considérable ; il a plus de 2,000 pieds de hauteur, et la circonférence formée par ses bords supérieurs a une étendue de six lieues. Il paraît être tout-à -fait analogue au lac de Laach, près de Co^ blentz. L'intérieur du cratère est occupé par deux lacs communiquant l'un avec l'autre, le Lagoa Grande, et le Lagoa Azuï. Les flancs de ce cratère sont composés de pierres-ponces incohérentes au-dessous desquelles se trouve caché le tuf qu'on observe aux bords de la mer. Dans le fond seulement on voit des roches trachyliques contenant du feldspath vitreux et de longs cristaux de hornblende. v*: v ,
Le second cratère est le Lagoa de Pao , situé au milieu de l'île, et entièrement creusé dans une masse de pierres-ponces. Au pied du cratère, vers le rivage, dans la partie où se trouve lé village Agoa de Pao, on observe une roche en place , dans laquelle prédomine de 1-augite ; mais bientôt on voit paraître des masses de conglomérats tracbytiques'dans les gorges profondes qui entament le flanc de la montagne. Au milieu de ces conglomérats, se trouvent assez souvent des blocs gros
comme deux fois la tête, formés par un mélange de gros cristaux de feldspath cl de hornblende, et un peu de fer oxydulé magnétique , analogues à du granité , et probablement tout -à-fait semblables à la roche qu'on trouve à Santa-Maria de Bethencouria, dans l'île de Fuerlaventura, où dans la Caldera de Palma. On ne trouve nulle part ces blocs en place. La plus grande partie de la montagne autour de la Caldera , est entièrement formée de pierres-ponces, contenant des cristaux de feldspath. Sur la crête la plus élevée, on voit cependant sortir des masses de ponces un rocher solide formé de trachyte gris clair, renfermant de petits cristaux noirs dehornblende. Cette roche est entièrement semblable au trachyte du Siebengebirge sur les bords du Rhin ( Webster, p. 176). Ce rocher nommé la montagne d'Agoa de Pao, est d'après des observations barométriques , élevé de 3,463 pieds de Paris , au-dessus du niveau de la mer. i
Enfin le dernier cratère de soulèvement, Alagoa das Furnas, au milieu duquel sourdentles eaux chaudes, n'est pas moins considérable que celui de Alagoa Grande , et il est également creusé dans une masse considérable de pierres-ponces incohérentes qui parais- . sent former sur une grande étendue la masse princi- i pale de toute l'île, dans laquelle les roches basaltiques manquent presque complètement. Sur le côté septentrional seulement , un peu au nord de Punta de Ajuda, on voit à la marée basse , un rocher divisé en colonnes I pentagonales mal formées , et dont la masse principale est compacte et noire comme le basalte de Saxe.
L'île entière est donc probablement une grande faille dans laquelle les roches trachytiques auront été changées en obsidiennes et en pierres-ponces , et dont les parois sont formées par des roches basaltiques qui restent cachées par les eaux de la mer. I>e Alagoa da*
MÉKO.MEïSE^ VOLCANIQUES. 5(T>
Furnas, les montagnes de pierres-ponces conlinuenl a s'élever en formant une surface continue , et parviennent jusqu'au Pico de Yara , dont la hauteur au-dessus de la mer peut être évaluée à près de 5,000 pieds. C'est la seule sommité de l'île sur laquelle on voie quelquefois de laneige.
La description de ces îles par le capitaine Boyd (Description of the Azores, 1855), contient beaucoup de faits importants pour la connaissance physique de l'archipel. On ne saurait plus douter que tout cet assemblage dirigé du sud-est au nord-ouest, ne doive être regardé comme une immense crevasse sur laquelle se sont élevés des cratères de soulèvement, qui souvent se réunissent pour ne former qu'une seule île, car M. Boy d, nous fait connaître même les bords de cette crevasse. L'île de Sainte-Marie, la seule qui soit située hors de la direction générale vers le sud-est, n'est plus volcanique. Aucune partie de sa surface ne paraît avoir souffert de l'action de la chaleur ou d'une éruption , postérieure à sa formation (p. 10). Toute l'île est composée de couches de schiste , qui affectent une position presque perpendiculaire et qui forment de grandes falaises vers la mer. Du côté du nord-ouest, on voit dans ce schiste, dans un lieu inaccessible, et saillant hors du roc, un immense fémur d'un grand animal. Ce schiste serait-il donc un schiste du lias ? Il est couvert d'une formation calcaire remplie de corps marins; ce calcaire dont on exporte la chaux , est vraisemblablement d'une formation très récente.
Peu d'îles présentent des phénomènes volcaniques aussi variés que l'île de Saint-Michaël , quoi qu'un vrai volcan central ne s'y soit jamais ouvert. Après que Gonzalo Velho Cabrai , eut réussi à établir une colonie dans l'île de Sainte-Marie, découverte en 1431 , il abordaen 1444 sur la côte nord-ouest de Saint-Michaël,
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et la plaine qu'il vit s'étendre devant ses yeux lui parut si capable d'une haute culture , qu'il retourna de suite à Sainte-Marie pour y préparer une colonisation de la partie nouvellement découverte. Mais quand il aborda de nouveau à cet endroit, en 1445, avec tout ce qui était nécessaire pour établir sa colonie, quel ne fut pas son étonnement , lorsqu'au lieu d'une plaine il ne trouva plus qu'une énorme montagne, qui s'était élevée au-dessus de cette plaine; un immense cratère descendait de sa cime ; des torrents d'eau, de boue, des pierres , des scories et des cendres s'étendaient sur les flancs et dévastaient les alentours. Cette montagne qui s'était formée était le cratère de soulèvement de Alagqa Las setecidades; son fond est occupé maintenant par deux lacs. La circonférence de ses bords , est de 15 milles anglais, celle du fond de 9 milles , et sa hauteur au-dessus de la mer surpasse 2,000 pieds. Depuis cette époque , il n'y a pas eu d'éruption , ni par ce cratère, ni sur les (lancs. Voilà donc un cratère de soulèvement des plus décidés, formé presque sous nos yeux ; s'il s'était fait jour à travers les flots de la mer, il aurait formé une ile aussi grande que celle de Graciosaet peu inférieure à celle de Fayal. Cette montagne n'est donc que le résultat d'une grande action volcanique qui ne s'est exercée qu'une seule fois et qui n'a point établi de communication continue entre les foyers intérieurs et l'atmosphère.
M.Boyd, donne une liste des éruptions de Saint-Michaël , qui mérite d'être rappelée. On y remarquera sans peine que les orifices de ces éruptions changent continuellement et ne se manifestent point autour d'un centre commun.
Après l'élévation de VAlagoa de las sete cidades , Hic resta tranquille pendant près d'un siècle. En 152$, "ne éruption lança en l'air les deux collines de
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Lorical et de Rubacal , et couvrit de débris la ville de Villa Franca, qui fol entièrement détruite. 4,000 habitants perdirent la vie sous les décombres.
En 1565, il y eut une éruption du Pico Sapadéiro. Un courant de lavé très large se précipita vers la mer du coté du nord, près de Rébeira Secca. On le voit encore actuellement. ' '
En 1638, une île considérable pnrut h 15 milles vers l'ouest de Saint-Michael , resta tranquille pendant plusieurs années , puis disparut tout-à-coup et laissa h sa place un abîme sans fond.
En 1652 , les collines Pico do Foro, Romos et Pico do Paya, au nord-est duRosto de Cao près de Punta Delgada, rejettèrent une grande quantité de pierres et de cendres et dévastèrent les environs.
En 1691, après de très violents tremblements de terre, on vit s'éléver plusieurs petits îlots non loin de la côte.
En 1719, parut une nouvelle île à 15 lieues ouest en mer , son diamètre était de 9 milles . elle disparut on 1725 et laissa un fond de 70 brasses.
Le grand tremblement de Lisbonne en 1755, se manifesta sur l'île , également par des secousses non suivies d'éruption.
Le 11 d'août 1810 , on ressentit de violents tremblements de terre. Des flammes étaient sorties des crevas-
ses dans la partie nord-est de l'île et il y eut une petite éruption du pic de Génétas, dans sa partie sud-ouest.
Le 13 juin 181 1 , parut l'île de Sabrina, qui disparut au mois d'octobre. Depuis cette année jnsqu'en 1835, l'île n'a plus été inquiétée.
L'île de Terceira , contient un cratère de soulèvement à six milles, au nord-ouest de la ville d'Angra^ de l&rges fissures ouvertes sur les flancs en laissent émaner d'abondantes vapeurs. Ces tissures se sont formées après un tremblement de terre en 1614, par
lequel la ville de Praya a été renversée. Depuis ce temps ces mouvements ont cessé sur l'île. Le cratère se nomme Furnas d'Euxofre. Il parait être entouré de collines de pierres-ponces.
M. Boyd, raconte que ces ponces s'éboulent fréquemment et entraînent dans leur chute des arbres , qui, ensevelis parles décombres, pourraient faire supposer qu'ils ont été entourés lors de l'éruption de ces ponces. Une seule éruption connue en 1761, vomit une lave du pic de Bagacina , qui après avoir couvert une étendue d'une lieue, se jeta dans la mer.
L'île de Saint-Georges, si près de la communication centrale ouverte par le Pico , est aussi celle qui paraît la plus agitée. Une éruption en 1580, à une demi-lieue du port de Velhas , dura plusieurs jours, et des nombreux courants de laves se jetèrent dans la mer , où ils forment à présent une côte extrêmement raboteuse et escarpée. En 1691 , les mouvements se firent en mer. Beaucoup de petits îlots parurent à la surface, autour des côtes, mais disparurent de nouveau bientôt après. Ce même phénomène s'est répété en 1720, année de l'apparition de l'île près de Saint-Michael, et en 1757, on vit paraître dix-huit petites îles à 150 toises de la côte , qui après peu d'années disparurent également. En mai 1808, se fit la grande éruption, décrite par M. Dabney.
Les éruptions du Pic même , se bornent à celle de 1572 du côté de l'est. Une lave s'échappa de la montagne et entra en mer à six milles de distance près de la ville de Prainha. Dans ce même siècle deux autres éruptions furent accompagnées de courants de lave , l'un vers le nord près de Bardéira, l'autre du côté du sud, non loin de Saint Matéo. La dernière éruption en 1718 , s'est effectuée du côté de l'ouest.
La vue du Pic, que M. Boyd, donne d'après l'amiral
Sartorius est aussi belle qu'instructive. M. Boyd assure positivement , que le courant de lave qu'on vit sortir en 1672, sur l'île de Fayal , s'est fait jour par les flancs d'un pic non loin de la ville de Praya , et qu'il n'est point descendu des côtés du cratère de soulèvement du
milieu, où il n'y a point de courants de lave.
Les trois cratères de soulèvement des îles les plus considérables du groupe des Canaries, celles de laGran Canada de Ténériffe et de Palma, se trouvent exactement placés dans la même direction, sur une ligne qui, à la surface de la terre, s'étend du nord-est au sud-ouest.
Cettedisposilion, qui ne paraît certainement pas être l'effet du hasard , est probablement le résultat d'une action intérieure, et l'on peut très bien admettre que cette action est la même que celle qui a déterminé la sortie du trachyte. Les îles de Lancerote et de Fuertaventura qui se trouvent dans une tout autre direction ne présentent aucune trace de trachyte ; au contraire , l'intérieur de la Caldera de l'île de Palma est entièrement composé de trachyte ; cette roche forme toute la partie du Pic de Ténériffe, qui est isolée du cratère de soulèvement, et dans la grande Canarie elle se présente aussi dans la même direction et forme les montagnes les plus élevées et les plus considérables de cette île.
Si l'île de Madère appartenait au système volcanique des îles Canaries, il serait intéressant d'étudier , sous ce rapport de connexité, le calcaire remarquable découvert
par Bowdicb, auprès de S. Vicente , dans la partie septentrionale de cette île (Journal of Science, xxvn, 51 6). Ce calcaire est tout-à-fait semblable à celui qui se présente vis-à-vis de Lisbonne , sur la rive méridionale du Tage, cependant il est un peu plus grenu. Le basalte recouvre le calcaire et le traverse sous forme de nombreux filons. Ce calcaire se présente en masses extrêmement puissantes, ayant 700 pieds d'épaisseur depuis la partie inférieure des masses basaltiques qui le recouvrent jusqu'à la surface de la mer. Les fossiles qui se trouvent dans un calcaire semblable à Porto Santo , et qui sont des ampullaria , des pecten multiradiatum et glaber, des turitella , et des conus prouvent que ce calcaire appartient aux formations les plus récentes , et qu'il a probablement été traversé par les masses de basalte.
Les fossiles contenus dans le tuf de Tomarazeyte,dans la grande Canarie, pourraient fort bien avoir appartenu originairement à un calcaire analogue.