‹ Description physique des Iles Canaries, suivie dʾune indication des principaux volcans du globeChapitre 35 sur 48 · ILES DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

ILES DE LA SOCIÉTÉ

La montagne de Tobreonu, dans l'île d'Otaheiti est le volcan central de ce groupe; et l'île d'Otaheiti ellemême en est l'île principale tant par sa grandeur, que parce qu'elle établit par le moyen de son volcan , une communication permanente de l'intérieur avec l'atmosphère. La montagne de Tobreonu s'élève probablement à la même hauteur que l'Etna , et peut-être même atteint-elle une hauteur plus considérable encore. Fors-

ter a déduit l'élévation de la montagne, des me- . sures angulaires faites par Wales, et de la distance correspondante des observations 5 il a trouvé ainsi pour celte hauteur 8,944 pieds de Paris. D'après lui , la distance ou s'étaient faites les observations, était de sept milles anglais. Mais la carte de Cook, donne pour cette distance neuf milles, ce qui porte la hauteur à 11,502 pieds de Paris (Forsters, Bemerkungcn, p. 26). Quoiqu'il en soif, il résulte nécessairement de là , que la hauteur de celte montagne surpasse de beaucoup celle qu'on est accoutumé de trouver pour les îles seulement basaltiques. La rapidité des pentes , et le peu d'étendue du sommet central, ne doivent guère non plus faire supposer 1'exislence de couches basaltiques. Anderson rapporte que le sommet de la montagne, est occupé par un lac extrêmement profond, que les habitants mettent au rang des merveilles de la nature , et il n'y a personne qui à son retour d'Otaheili , ne soit vivement questionné sur ce lac (Cook, third voyage, 11, 146.). C'est évidemment un cratère, et peut-être même le cratère principal de la montagne. La carte de Wilson (in missions voyage) donne à ce cratère une étendue considérable (Zimmerman , Australien, 11, 483).

Déjà d'après les écrits de Forster, on ne peut douter que cette immense montagne ne soit formée de trachyte (Bemerlungen, p. 12.): en effet il donne aux roches qui composent l'intérieur des vallées, le nom de grandes masses granitiques formées d'un mélange assez grossier, et sous cette dénomination, on ne peut reconnaître que du trachyte. M. de Blosseville qui faisait partie de l'expédition du capitaine Duperrey en l'année 1823 , dit très explicitement que tous les rochers de l'île sont formés de trachyte. Des prismes de basalte s'observent sur le pourtour extérieur de* l'île, dans le fond des vallées, comme cela a lieu au Mont-

Dote (Bull, des Se. géograph., sep 1. 1824. Hertha, i, 130). Gauss évalue l'étendue de la grande île d'Otaheiti à vingt milles géographiques carrés et demi : cette île est donc seulement moitié aussi considérable que Ténériffe, et encore beaucoup plus petite que le Gran-Canaria. Elle serait tout-à-fait semblable à Ténériffe même pour la forme , si on ne considérait dans celle-ci que la partie où se trouve le cirque, et si on en retranchait par la pensée celle où se trouvent Santa- Cruz et Laguna.

Les îles Huaheine , Otaha, Ulietea, Borabora et Maurua, dont la surface est fort inégale, et parsemée de rochers élevés, appartiennent au groupe d'Otaheiti : elles sont disposées les unes derrière les autres, à partir de cette île, suivant une ligne dirigée au nordouest. Ces îles ont été confondues avec les îles Marquises , et décrites sous ce nom. D'après les dessins et vues qui en ont été publiés , il paraît que ce sont des îles entièrement basaltiques présentant quelques éruptions volcaniques isolées.

ILES DES AMTS.

Ces îles sont extrêmement basses, elles s'élèvent seulement à quelques centaines de pieds au-dessus de la mer , et rarement elles atteignent la hauteur de 4,000 pieds. Il n'y a guère que le volcan isolé de Tofua qui parvienne à une hauteur considérable : cette montagne a peutêtre 3,000 pieds d'élévation ; on voit croître jusque sur son sommet des Casuarina (Fors ter's Bemerk, p. 117). Ce volcan paraît être continuellement en éruption , car

ÔSG l»H£ft*9li< XES VOLCANIQUES.

tous les voyageurs qui ont visita ces parages l'ont toujours trouvé en activité. Lorsque Bligh visita l'Ile, uue coulée de lave très considérable s'était avancée du pied de la montagne jusqu'à la mer et avait répanda la dévastation sur une grande partie de la contrée ( Voyage 1792 , p. 167). Le capitaine Edwards ( de la Pandore) a aussi trouvé le volcan en pleine éruption. Il est évident, d'après les pierres -ponces qui couvrent le rivage de Tongatabuet d'Anamoka , que cette montagne est formée de trachyte. Dans la partie septentrionale du groupe et Sur l'Ile Gardners Island , située le plus au nord par 17° 57' de latitude S. et 182° 22' 59", long. E. du¥ méridien de Paris, ic capitaine Edwards a trouvé aussi, en 1791, les tracesd'une éruption très récente, et de toutes les parties du sol il vit s'élever des masses de fumées. Cette fie avait déjà été aperçue en 1781 par Maurelle qui lii avait donné le nom de Amargora (KruSettStern , Hydrographie , p. 189).

TLE BOURBON.

Quoique cette île présente un volcan bien caractérisé, <eUe ne fait cependant partie d'aucun groupe; on a beaucoup cherché, sans aucun fondement, à la rattacher suivant la loi commune, à diverses lignes arbitraires de volcans ou d'autres îles balsamiques, mais sans y parvenir.

Le volcan se trouve dans la partie orientale de l'île et occupe seulement une faible portion de son étendue, au plus même la<inqutème partie de sa surface : toutes les autres portions de l'île sont bien évidemment basai-

tiques et formées de couches alternatives de tuf , d'amygdaloïde et de basalte solide qui , très souvent, sont traversées obliquement par des filons basaltiques prolongés sur de grandes étendues (Boryde Saint-Vincent, Voyage aux quatre îles d'Afrique, 1804, m , p. i!9). Le volcan est un des plus considérables de tous ceux qu'on observe à la surface du globe M. Hubert rapporte ( Bory , i , 520) , que depuis i785 , année où il a commencé à observer ses éruptions , jusqu'en 1801, il est sorti ebaque année au moins deux courants de lave des flancs de la montagne , et huit de ces coulées se sont étendues jusqu'à la mer. Chaque éruption de lave dans les parties inférieures du volcan, est suivie d'une éruption qui s'effectue un peu plus tard par le cratère situé au sommet de la montagne (Bory, p. 250). Les coulées sortent rarement de ce cratère supérieur, et même dans ce cas elles sont généralement d'une étendue peu considérable. Sans doute la lave en s'accumulant dans les parties élevées du volcan, agit par sa pression sur les orifices ouverts à la base, par lesquels s'effectuent alors les éruptions. Les fragments de ces coulées qu'on a pu recueillir jusqu'ici contiennent beaucoup de feldspath vitreux en mélange , et par conséquent les laves sont très probablement de nature tracbytique ; le basalte qui couvre la plus grande partie de l'île ne renferme pas de feldspath , mais il contient assez fréquemment du péridot. D'après les mesures barométriques de M. Berth (Bory, ii , 429), le volcan s'élève jusqu'au Pas de Belcombe , au pied du cône, à 7,546 pieds de Paris au dessus àe la mer 5 le sommet du cône se trouve à 7,507 pieds de Paris. La hauteur de la montagne basaltique de Saint-Denis, située vis-à-ïvis du Gimandef, est, d'après Le Gentil , de 7,200 pieds (Voyages dans les *n*rs de Y Inde, 1784 , it ). Il paraît, d'après cela, que

Digitiz

la hauteur de 10,000 pieds attribuée au Gros Morne ou à la montagne de Saîazés a été exagérée.

Il semble que dans rémunération des principaux volcans centraux, on doive comprendre aussi ceux qui se trouvent placés dans l'intérieur des continents, alors même qu'ils ne donnent que des indices peu fréquents de leur activité. Tous ces volcans s<mtau reste très peu connus; ce sont principalement :

V Le Demaventl, très probablement le point culminant de la chaîne de l'Elburs entre la mer Caspienne et la plaine de la Perse. Olivier rapporte ( Voyage en Perse y m, 126) que le sommet de cette montagne s'élève considérablement au-dessus de la chaîne à laquelle il appartient et qu'il est constamment couvert de neige; quelquefois la montagne rejète par son sommet une très grande masse de fumées. De Téhéran jusqu'à cette montagne , Olivier a observé une grande quantité de fragments dispersés de laves. Au tiers de sa hauteur, on observe un immense rocher basaltique, divisé en colonnes prismatiques à peu près régulières ; au-dessus on trouve des roches granitiques : Olivier n'est pas parvenu jusqu'au sommet. Morier a donné une très belle vue de cette singulière montagne (Sec. Joum. to Persia , p. 355 ).

3° Udrarat. Bien qu'on ne connaisse aucun phénomène d'éruption sur cette montagne, cependant sa forme particulière, sa hauteur, son isolement, rendent très vraisemblable la supposition qu'elle recèle dans son intérieur un des principaux canaux de communication volcanique : cette hypothèse se trouve appuyée encore par les phénomènes qui se manifestent de tous côtés à la base de la montagne et qui paraissent en relation

PnFtVOMEAES VOLCANIQUES. 389

avec elle ; tels sont les tremblements de terre qu'on ressent en Géorgie, auprès dErivati et de Tauris, et qui sont tout-à-fait analogues à ceux qui ne se manifestent dans le sud de l'Amérique que dans les contrées volcaniques ( Ker-Forter's, Travels in Armenia, Persia, 1822, ii , 500, 624.). La vue que Morier donne de cette montagne (Sec. Journ , p. 558) est assez intéressante; on en trouve aussi une, n\oins remarquable, daus le voyage en Perse de Moriz de Kctzebue.

L'Ararat a été mesuré très exactement, à l'aide d'opérations trigoj.ométriques , dans le courant du mois de septembre 1829 , par l'astronome Federou ; il a trouvé que la cime la plus élevée était à 15,351 pieds (2221,8 toises ) au-dessus de là plaine qui s'étend au pied de la montagne , et comme celle-ci est déjà , d'après M. Parrot, à 2,758 pieds au-dessus de la mer, il eu résulte que la hauteur totale de cette imposante montagne est 16,070 pieds au-dessus du niveau de la mer ( Frédéric Parrot, Voyage à i'Ararat, Berlin, 1854, p. 162). Quoique M. Parrot ait visité la cime de la montagne, les notions sur la constitution géologique de la montagne sont encore extrêmement imparfaites. Tout paraît composé de trachy te à petits grains , et on trouve à la cime même de l'obsidienne avec de nombreux cristaux de feldspalb , mais nous ne sommes nullement fixés sur la question de savoir si jamais la montagne a pu être un volcan , si on doit la regarder comme un immense dôme de trachyte sans éruption, ou si elle forme les parois d'uu cratère de soulèvement , ce qui ne paraît pas vraisemblable. On a fait entrevoir qu'il y a eu des éruptions particulières du côté du sud, mais elles n'ont pas été décrites.

5° Le Seiban-Da$h à l'extrémité nord du lac Van. C'est uue montagne immense dont le sommet est constamment couvert de nei^e. Sou pied est entouré de

coulées de lave sur une étendue considérable ( Jaubert, Voyage en Perse ,*1821, p. 123).

4° Les montagnes de la Tartane , à l'ouest de la Chine, qui ont été décrites dans les relations sur la Chine d'Abel de Rémusat (Ann. des Mines , v , 155) et parKlaproth (Hertha, i, 88, 212). On peut avec autant de raison ranger aussi au nombre des volcans les montagnes brûlantes qui dégagent du sel ammoniac dans la Sibérie , à Chatanga dans la partie septentrionale du cours de Jenisey et à l'origine du fleuve Wilui , audessus de Jakutsk ( Strablenberg , Nord-und ostliches Asien, 1730, p. 511 , 524, 577).

M. de Humboldt a fait connaître un autre volcan dan l'intérieur de l'Asie , c'est YAratSoubé, haute montagne conique qui s'élève au milieu du lac d'AIakoul ( Fragm. de Géologie asiatique , i , 20). Il est situé sur la route de Semipalalinsk au Thibet-

Le Pechan ou Fchik-baeh, volcan actif décrit par MM. Rémusat et Klaproth doit se trouver par 42° 25' de latitude.

5° Il faut encore ranger au nombre des volcans centraux les montagnes volcaniques de Kordofan dont a parlé M. Ruppel dans ses relations sur Dongola.

Les phénomènes volcaniques qu'on a observés sur les îles inhospitalières des Nouvelles Shetland au sud du cap Horn , appartiennent plutôt à des cratères de soulèvements qu'à des volcans. Decepption Island, lat. 63° S. long. 64 0. de Paris , connue par les observations sur la longueur du pendule faites par le capitaine Fo^ster (Kendall. Journ, de la Soc.géogr. de Londres^) >, présente des eaux chaudes qui jaillissent sur les bords comparativement très étroits d'un grand cratère, et Bridgmans Island, latitude 62° S. , longitude 59° 20' 0. de Paris, a été observée pendant qu'une fumée s'échappait par des crevasses ouvertes entre les rocs. Elle

PHK>OMKNKS YOI.CANIQl RS. 591

n'est pourtant pas très élevée et n'a pas le& caractères d'un volcan (Weddel, Voyage to the. Soulfh Seay p. 153).

Quand on considère les différences d*élat que pré-, sentent entre elles les îles de corail dans la mer du Sud , on doit s'arrêter très facilement à l'idée qu'elle* se forment encore continuellement , et que de nouvelles îles paraîtront sans cesse dans ee vaste* océan. La forme circulaire de ces îles, avec une seule issue, comme cela a lieu dans presque tous les cratères de soulèvement , a fait présumer qu'elles ne sout autre chose que les bords de cratères de cette uature sur lesquels les coraux ont commencé leur étonnant 'ravail;el les découvertes et les réflexions de MM. Qtfoy el Gaymard sur l'économie de la vie des coraux, ne laisse presque point de doute à cet égard. Le capitaine Beechy , en donnant les détails les plus exacts sur le groupe des îles Gamhier semble avoir voulu apporter des preuves complètes h l'appui de cette opinion, que lui-même déclare partager avec conviction; car ce groupe est une enceinte d'Iles do corail , à fleur d'eau, qui renferme dans l'intérieur des montagnes de quelques milliers de pieds de hauteur, composées de basalte et de roches particulières aux actions volcaniques. Mais il y a, en outre, une observation peu connue encore , dans laquelle la nature semble, pour ainsi dire, avoir été prise sur le fait et qui mérite une attention particulière. Elle est consignée dans l'intéressant voyage de M. Poeppig au Chily (tome f, p. 164), M. Poeppig rencontra en 1826, dans le port de Talcahuano , le capitaine américain Tbayer, commandant du navire Yatikéc. Celui -ci lui permit de faire un extrait de ses journaux , après lui avoir fait part de sa découverte; cette observation mérite donc quelque confiance. Le 6 septembre 1825 , ce navire aperçut loutà-coup une île par une latitude de 50° 14' S. , longtt. 180° 55' E. de Paris. Une fumée épaisse s'élevait du sommet de cette île. Les barques envoyées pour prendre

connaissance de ce phénomène, trouvèrent un roc noir, qui s'élevait à peine au-dessus de la surface de la mer. Il avait la forme d'un grand anneau , dans l'intérieur duquel se trouvait une lagune n'ayant qu'une seule issue vers la mer. Les matelots sautèrent dans l'eau, pour pousser les barques par-dessus ces bas-fonds ; mais effrayés et brûlés par la chaleur de l'eau, ils cherchèrent au plus vite à regagner leurs embarcations. La fumée s'élevait par de nombreuses crevasses qui traversaient cet anneau noir. En un seul point on put voir un peu de sable, tout le reste était un roc solide. Ce n'était donc pas une éruption , mais certainement un soulèvement. Le cratère avait un diamètre de 800 pas ; son penchant extérieur était si raide , qu'à la distance de 100 brasses, on ne pouvait plus trouver de fond. Malgré ce peu d'étendue,Ia mer était tellement échauffée, qu'à la distance de 4 milles on trouva encore sa température de 10° F. (5,5 cent.) supérieure à celle qu'on avait jusqu'alors observée dans les eaux de cette partie de la mer. C'est la première fois qu'on a vu ces îles basses , qui contiennent une lagune au milieu , dégager des fumées et des vapeurs. Ces phénomènes volcaniques doivent cesser au bout de peu d'années , et il n'est pas étonnant que le hasard n'amène pas toujours quelque vaisseau dans ces parages pendant cet intervalle. Il serait difficile de trouver un exemple plus clair et plus décidé , qui put d'une manière plus évidente faire voir la différence qui existe entre uncratere de soulèvement, actif simplement pendant la période de son apparition, et un volcan véritable, qui reste en activité pendant des siècles entiers.

Tous les volcans centraux s'élèvent au milieu d'une enceinte basaltique, tandis que leurs cônes sont, au. contraire , entièrement formés de masses de tracbyte. On ne trouve dans ces volcans aucune trace déroche*

appartenant à d'autres formations , surtout aucun indice de roches primitives ; c'est ce qui a lieu dans les îles de la mer du Sud , ou bien ces roches primitives sont fort éloignées , et nullement en connexion immédiate avec les volcans. Les chaînes volcaniques , au contraire , ou s'élèvent au milieu des montagnes primitives et sortent de leurs crêtes, ou bien le granité et les roches analogues se retrouvent à peu de distance, ou recouvrent même les flancs des montagnes volcaniques, lorsque la chaîne des volcans se présente au pied d'une chaîne primitive , ou à la base d'un continent.

ILES DÉ LA GRÈCE ( Pl. XT ).

Ces îles sont les seules en Europe qu'on puisse avec quelque certitude classer dans les chaînes volcaniques: mais jusqu'à présent, elles ne sont pour ainsi dire que le résultat des efforts effectués dans l'intérieur pour produire de véritables volcans ; car ceux-ci ne se sont pas encore ouverts d'une manière durable. Cependant tous les phénomènes s'y présentent si bien avec les caractères de ces volcans, que ces îles méritent d'être étudiées plus spécialement.

Les îles grecques ne sont pas dispersées isolément dans la mer, elles ne sont pas non plus rassemblées en un groupe 5 elles paraissent, au contraire, participer entièrement de la nature des écueils de la Suède et de

5<)i PHENOMENES VOLCANIQUE^.

la Norwège. Les chaînes des montagnes qui travcrseut le continent se continuent sur ces îles avec la même direction et avec la même nature de roches, jusque dans les parties les plus éloignées , et alors même que ces parties ne peuvent plus s'élever au-dessus de la surface de la mer pour former des Iles. Les îles ont» d'après cela, absolument la même constitution géologique que le continent de la Grèce, et ces relations sont tellement intimes que, guidé par la nature et la composition des roches, on pourraitavec certitude, écrire sur les rochers les plus éloignés de Stampalia : Ceci est encore L'Europe, et non pas l'Asie, et sur ceux situés à l'est de Cos et deCallimène: ceci est V Asie , et n! appartient pas à l'Europe (Clarke, Travels, u , 765.).

Le continent de la Grèce , depuis le golfe de Saros jusqu'à la pointe de Cerigo, est traversé obliquement dans toute sa longueur par plusieurs chaînes parallèles qui s'étendenld'une manière constante dans ladireclion du nord-ouest au sud-est. La chaîne principale est formée par le Pinde entre l'Épire et la Macédoine; dans les parties supérieures de la vallée d'Aous , elle se compose de roches granitiques {Voy. Poucqueville) ; la chaîne formée par ces roches ou par des masses de gneiss et de micaschiste se prolonge à travers l'OEta et sur la partie septentrionale du Cephissus et de la mer de Tepolias et enûn à travers l'Attique, jusqu'au cap Sunium. Une autre chaîne semblable traverse la Thessalie et le Negropont. Toutes les deux se continuent dans les Cyclades. La chaîne du Negropont dans les îles de Andros, de Tyne, de Myconi , et celle de l'Attique dans les îles de Zia, Syra, Paros, Naxia, Amorgos, Stampalia. Aucune de ces îles n est basaltique ou volcanique, comme il y en a tant sur les côtes de l'Asie ou de la Macédoine, hors de la direction des deux chaînes primitives. Dans les îles de Naxia et de Paros , on trouve un calcaire

grenu tout -à -fait intercallé entre des masses grossièrement schisteuses de gneiss dans lesquelles il forme seulement des couches subordonnées. A Syra , au-dessus du gneiss, repose du micaschiste contenant beaucoup de petits grenats et quelques couches de serpentine , comme on l'observe aussi dans l'Hymeltus ; et il en est de même dans l'île de Zia. Dans l'île de Miconi, on observe des masses d'un très beau gneiss qu'on ne retrouve ainsi que dans l'île de Naxia. Dans l'île de Tyne, reparaissent des couches fréquentes de calcai re, et dans l'île d' Andros, les roches sont formées de micaschiste. Rhenia , la plus grande des îles Delos , est composée d'un très beau gneiss granitoïde, formé d'écaillés de mica, de cristaux rouges de feldspath, et de petits zircons rougeâlres ; la niasse de la roche est parsemée de beaucoup de petits cristaux bruns et brillants de sphène et de cristaux de hornblende. Dans l'île de Delos même, les roches sont formées d'un gneiss très schisloïde , dans lequel le mica se trouve en petites écailles brillantes, d'un blanc d'argent ; le feldspath y est grenu. Au mont Cynthius, qui n'a que quelques centaines de pieds de hauteur , on observe des couches très considérables d'amphibolite dans lesquelles sont empâtés de grands cristaux hémitropes de feldspath, avec un peu de quartz et souvent aussi des cristaux de sphène.

Ces notions sur la composition minéralogique de ces diverses îles sont tirées des descriptions et collections du célèbre Albert Paroloni de Bas?ano.

Il résulte de là, qu'aucune de ces îles n'est isolée et distincte des autres par la nature des roches qui la composent 5 il est donc évident qu'aucune d'elles, pas même l'île de Delos, n'a pu s'élever isolément du fond de la mer.

Au sud de la chaîne du Pinde , s'étend une autre chaîne fort élevée, parfaitement distincte de la première; elle se compose de calcaires des formations secondaires, et est analogue aux chaînes calcaires qui

accompagnent les roches primitives des Alpes dans la Suisse et la Bavière. La roche calcaire qui forme celte chaîne est une masse d'un gris pâle , finement esquilleuse, contenant des couches de silex et une quantité considérable de fossiles (Clarke). La chaîne traverse l'Epire , forme les montagnes du Parnasse et de PHélicon, et s'abaisse très rapidement auprès de Mégare-, enfln elle se perd dans les îles peu élevées de Salamis et d'iEgina, qui en grande partie sont formées par l'oolite calcaire de la formation jurassique. Alors commence à paraître la chaîne des îles trachytiques ou volcaniques , mais il est à remarquer que ce n'est qu'audelà des points où se terminent les montagnes calcaires, comme si les couches dont celles-ci se composent eussent été un obstacle à leur soulèvement.

La chaîne volcanique touche presque l'isthme de Corinthe, et elle comprend la presqu'île de Methone (Hoff, ii , 168), les îles de Poros, de Milo , d'Antimilo, de Cimolis et Polino, de Policandroet de Santorin. Toutes ces îles ont dû très probablement briser les couches de schiste argileux, qui , dans la Béotie et au sud de Thèbes, reposent au-dessous du calcaire; car l'île de Santorin, une des îles les plus remarquables et les plus inléressantes de tout le globe, a même soulevé le schiste argileux jusqu'à une hauteur considérable.

L'île de Santorin est d'autant plus remarquable qu'on y trouve à-la-fois toute l'histoire des cratères de soulèvement et des îles volcaniques. On ne pourrait trouver en aucun point de la surface du globe, un cratère mieux déterminé, plus régulier et plus complet que celui qui est entouré sur plus de la moitié de son contour , par l'île recourbée de Santorin , et qui est entièrement complété par Pile de Thérasia. L'enceinte est terminée par des escarpements très abruptes , coupés presqu'à pic, tant sur l'île de Santorin que sur celle de Thérasia.

Ces falaises verticales sont formées de couches entremêlées de conglomérat trachy tique et de tuf, recouvertes à la partie supérieure par une masse de pierres ponces. Des parties les plus élevées , les couches s'abaissent comme d'un point central, avec une pente plus douce vers l'extérieur, jusqu'à ce qu'elles atteignent la mer. Dans l'intérieur du cratère, il n'y a presque point de rivage entre le bord de la mer et le pied des falaises , et c'est avec la plus grande difficulté qu'on a pu tracer sur ces escarpements deux chemins auprès d'Apanomeria et de Phira ; il est impossible de descendre en aucun autre point. Les rochers s'abaissent aussi brusquement au - dessous de la surface de la mer ; car, auprès de Scauro, on ne trouve le fond qu'à huit cent quarante pieds , et auprès d'Acroteri , on ne le rencontre pas même à mille pieds. Dans toute cette suite de rochers, il n'est aucune partie dont la nature ne rappelle celle d'une masse de trachyte brisée ou bouleversée. A la petite montagne d'Elias, au-dessus d'Apanomeria, dans la partie nord de l'île, le trachyte est brun rougeâtre, et traversé dans toutes les directions par de petits cristaux blancs et vitreux de feldspath. Quand la pâte de la roche devient plus noire, les cristaux de feldspath sont plus rares et les fragments ressemblent beaucoup aux masses qu'on est habitué à trouver dans les laves. Pourtant on ne trouve nulle part ici des coulées de lave.

Dans la partie la plus méridionale de l'île , s'élève le grand Elias , la plus grande montagne de Santorin ; cette protubérance détruit la régularité et l'uniformité de l'île et par son aspect on reconnaît bientôt que sa nature est complètement différente de celle des autres parties : en effet , ses flancs sont recouverts de schiste argileux que le trachyte a dû vraisemblablement soulever pour former l'île. Cette roche est gris bleuâtre, très schistoïde, et s'abaisse de l'intérieur de l'enceinte vers la

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mer : les couches de schiste s'élèvent jusqu'au milieu de la hauteur de la montagne. Très souvent on y trouve intercalées des couches de fer oxydé rouge, qui sont si fréquentes dans les schistes argileux des anciennes formations. Le sommet de la n;ontagne est formé par un cakaire grenu blanc, fortement translucide et tacheté de parties rouges de chair : ce calcaire a été employé en gros blocs pour la construction du temple dont les ruines couvrent encore la pente de la montagne. I! est évident que ces roches ne peuvent pas être tout-àfait étrangères à la composition du reste de l'île.

Les îles de Therasia et d'Aspronisi sont tout-à-fait de la même nature que Santorin : ces deux îles sont exactement si tuées sur le pourtour de l'enceinte du grand cratère , et se terminent, à l'intérieur, par des rochers presque verticaux, tandis qu'elle s'abaissent par des pentes moins brusques sur les parties extérieures au cratère ; elles sont composées aussi de couches peu étendues de conglomérat trachytique et de tuf, recouvertes également à la partie supérieure par des pierresponces blanches. Enfin, l'analogie est rendue encore plus complète , par le fait découvert par M. John Hawkins , à qui l'on doit une étude complète de ces îles et des collections de leurs produits conservées à Gottingue, à Berlin et à Freyberg. Cet observateur a trouvé sur les pentes extérieures de Therasia un schiste à aiguiser en feuillets épais d'un gris verdâtre, et un minerai de fer rouge jaspé à cassure conchoïde. Ces roches , dont il a recueilli des échantillons, appartiennent à des couches subordonnées au schiste argileux, et prouvent évidemment que l'île de Therasia a nécessairement dû aussi traverser cette formation.

Les îles de Santorin , de Therasia et d'Aspronisi sont donc les parties essentielles d'un même tout , et n'ont pas pu paraître l'une après l'autre. L'uniformité delenr

PHENOMENES VOVC AMQIJES. 399

composition montre qu'elles ont dû être le résultat d'une action unique et instantanée , car on ne saurait supposer qu'elles aient pu être produites par des forces aussi irrégultères que le sont des éruptions différentes, séparées les unes des autres par un grand nombre de siècles.

Les tentatives de l'action volcanique pour former un volcan au centre de ce cratère de soulèvement paraissent même s'être succédées d'une manière non interrompue depuis les temps jusqu'où remontent les traditions. Quatre cent quatre-vingts ans avant la naissance de Jésus-Cferist , lemilicu du cratère se souleva et produisit la petite rte d'Hierara, à laquelle on avait donné le nom de Palaio-Kameni (Hoff, n , 157) ; vraisemblablement plus tard parurent aussi les nombreux roebers qui se trouvent dans son voisinage. En l'année 4427, cette île s'accrut considérablement, comme l'indique une inscription conservée à Scauro , dans l'île de Santorin. La petite Kameni se forma, en 1573 , au milieu du cratère, et sa production fut accompagnée d'une grande éruption de vapeurs et de pierres-ponces; enfin , de 1 707 à 1 709, se souleva la nouvelle Kameni , par laquelle se dégagent constamment des masses de vapeurs sulfureuses.

Toutes ces lies sont formées de trachyte brun, quelquefois semblable à dupeebstein , dans lequel sont dispersés une quantité considérable de ces cristaux vitreux de feldspath qui caractérisent si spécialement cetteroche; leur surface supérieure est recouverte de pierres-ponces noires. Les lies ne présentent point de cratères; les petites ouvertures qu'on observe sur la petite Kameni , sont plutôt de simples crevasses que de véritables canaux 4e communication avec l'intérieur. Il en résulte qu'il n'y apointlà de volcan permanent, la communication de l'intérieur avec l'atmosphère n'ayant pu encore s'établir; Santorin n'est donc encore qu'une île de soulèvement , et ne peut pas £ Ire comptée au nombre des volcans actifs.

L'île deMilo diffère très peu deSantorin. On y retrouve aussi un cratère de soulèvement , entouré par des couches de conglomérat et de tuf trachytique ; ce cratère s'ouvre sur un de ses flancs , du côté de l'ouest. Les pentes de T lie sont aussi extrêmement rapides vers l'intérieur, et s'abaissent par une pente douce à l'extérieur du cratère. On n'observe point, dans l'intérieur de l'île de Milo, d'autres roches que celles qui appartiennent au trachyte, mais sur la pente extérieure et dans les parties élevées , Olivier a observé une couche de schiste argileux qui, comme il le remarque, n'a pas été exposée à l'action de la chaleur. On trouve donc encore ici la preuve que l'île de Milo pour se soulever a dû traverser les couches de schiste argileux.

Des parties supérieures de l'île , de la cime du raoot Galamo, se dégagent des vapeurs sulfureuses qui forment une véritable solfatare. Ces vapeurs blanchissent et décomposent les roches de trachy le et forment une sorte de mare sulfureuse, évidemment trachytique et solide, mais pourtant quelquefois assez mouvante, et où Olivier etBruguières ont failli s'enfoncer (Olivier, Voyage en Turquie, i , 554).

Cimolis ou Argentièra, Polino, Policandro sont de simples rochers de trachy te 5 ils sont aussi recouverts, en tous les points , de pierres-ponces et de fragmens trachy tiques. 11 paraît donc résulter de là , qu fis doivent tous leur existence à des éruptions isolées (Olivier 1, 325. Sir Francis Darwin Thoms. , Annales , oct. 1823, p.274). La terre à foulon de Cimolis qui, à présent comme autrefois, est transportée par toute la Grèce, n'est rien autre chose qu'un trachy te décomposé et très divisé par l'action des vapeurs qui se dégagent de l'intérieur: cette terre contient toujours des débris de cristaux de feldspath et de hornblende.

A la série de ces îles appartient encore l'île de Poros,

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située tout près du continent , à l'entrée du gtrifé d*E^ gine et proche les côtes du Péloponèse : cette île , nom-* mée autrefois Calauria, n'avait jamais été jusqu'ici observée ni décrite par personne. M. Parolini est le premier qui Fait étudiée avec soin , et il résulte de ses observations que cette Ile est un chaînon de la ligne volcanique, lequel relie les phénomènes des îles de Milo et de Santorin , avec ceux qui se présentent sur la presqu'île de Methone. Poros est formée de couches d'un conglomérat dans lequel se trouvent réunis des fragments de trachyte, de calcaire, et de schiste argileux : on voit souvent dans la pâte de cette roche , des petites paillettes cristallines de mica, et de la hornblende. Le conglomérat est recouvert d'une masse de trachyte brun, très tourmenté , dans lequel se trouvent des cristaux de feldspath vitreux , et fréquemment aussi de la hornblende et du mica. Sur le continent, le schiste argileux est en place, et recouvert dans beaucoup de points par des couches de calcaire.

Ce qui rapproche surtout les fies grecques des chaînes volcaniques , et ce qui rend plus complète leur analogie avec elles , c'est l'absence complète du basalte et de toutes roches basaltiques dans toute leur étendue. Cette circonstance surtout les distingue essentiellement des volcans centraux. Le basalte est tout-à-fait étranger aux roches qui composent les côtes de la Grèce , et on ne l'a jamais rencontré en aucun point : au contraire, • il est assez fréquent dans les parties qui s'éloignent de la direction des îles grecques; car le basalte en couche se trouve non seulement à Lemnos, mais aussi sur toute l'étendue deMytilène (Olivier). Au mont Ida, ou voit de belles colonnes prismatiques de basalte, de plus de 4 10 pieds de hauteur; ce basalte est noir, compact et pesant, et forme des masses qui s étendent comme des

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murailles immenses entre Bai rame h et Eivagieh, près de Troie ; on observe aussi , près de Pergame et sur le chemin de Sfflvrne, des laves basaltiques, contenant beaucoup de cristaux d'augiie , qui sont sorties de quelques cônes d'éruption ( Parolini ).

L'expédition française en Marée , et les recherches de MM. Boblaye et Virlet / nous ont appris qu'il faut encore faire entrer dans la série des Iles trachytiques toute la presqu'île de Métfaone , et la plus grande partie de celle d'Egine. L'une et l'autre sont fort élevées , et le trachyte s'y présente sous les formes les plus variées. A Egine, il est traversé par de larges filons d'an calcaire jaune friable , qui contient dans les filons mêmes, des Pecien opercidaris , et des huîtres très bien conservées. On ne saurait trouver une preuve plus convaincante du soulèvement de toute la montagne hors delà mer, postérieurement à la formation du continent.

C'est encore à M. Virlet qu'on doit la connaissance d'un des phénomènes les plus curieux et le* plus intéressants (Bulletin do la Société géologique dé Franc*, m, 409). Le fond du cratère de Santorin s'élève peu à peu, et il paraît certain qu'une nouvelle fie sera dans peu visible h la surface des eaux f près des rochers des Ka~ meni. Elle est située entre la petite Kameni et le port de Phira : elle était encore , il y a â# ans , à 15 brasses au dessous du niveau des eaux. En 1830, on trouva qu'elle n'était plus éloignée que de 5 i à 4 brasses de te surface. Elle a 800 mètres de l'est à l'ouest, et 500 du nord au sud. Sa surface s'abaisse graduellement du nord versl'ouest, depuis 4 brasses jusqu'à 29, et à l'est et au sud, jusqu'à 45 brasses. En dehors des limites de cette ile , la mer a une très grande profondeur. D'après les nouvelles les plus récentes (1854), l'île n'était plus éloignée que de 12 pieds de la surface. On ne saurait

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donc douler que dans celle situation il n'y ail un dôme traehylique qui s'élève du fond de la mer. Arrivé à la surface, il pourra facilement s'entr'ouvrir , et donner ainsi une issue permanente aux vapeurs qui y sont renfermées, etdonl Faction continuelle produit les tremblements qui renversent les v illes et les montagnes de l'Achaie et du reste de la Morée. Cet événement sera donc de la plus haute importance pour toute la Grèce.

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