CHAINE SITUÉE A L'OUEST DE L'AUSTRASIE
Un observateur soigneux ne manquera pas de remarquer que toutes les îles de la mer du sud, depuis le méridien de laNouvelle Zélande, prennentun caractère tout particulier et très différent de celui des autres îles. Au lieu de présenter la forme ronde et élevée des montagnes coniques , combinées avec d'autres îles moins élevées et formant avec elles divers groupes isolés les uns des autres , les îles un peu plus loin à l'ouest , paraissent étroites et allongées , comme des chaînes de montagnes , et elles se trouvent toutes si exactement dirigées suivant une même ligne, quoiqu'un peu recourbée, qu'on ne peut se dispenser de les réunir et de les considérer comme les diverses parties d'un tout unique. Ainsi , il est évident que la Nouvelle Zélande , la Nouvelle Caledonie , les Nouvelles Hébrides , les îles Salomon et de la Louisiadc jusqu'à la Nouvelle Guinée et celte île immense elle-même jusqu'aux îles Molucques , appartiennent à la même chaîne , et ces relations de toutes ces îles deviennent surtout plus frappantes , quand on remarque que la courbe formée par cette
404 PHÉffOUfcftÊS VOLCANIQUES.
chaîne, reproduit presque exactement sur hd très long espace , la configuration de la côte de la Nouvelle Galles du sud.
A cette différence de forme avec les autres lies delà mer du sud, vient aussi se joindre une différence de composition. Dans la Nouvelle Zélande, on ne trouve presque pas d'îles basaltiques , et les roches primitives se montrent au jour en presque tous les points; on peut même les observer sur l'île de Norfolk (Forster Bemerk.f. 10). Dans la Nouvelle Caledonie, Forster et La Billardière ont reconnu que les montagnes étaient formées d'un micaschiste contenant beaucoup de mica, et de roches serpentineuses. Dans les Hébrides, même à Tanna, Quiros et Forster, ont décrit des roches de mica et de quartz qui ne peuvent appartenir qu'à des montagnes primitives. Sur les îles des Cocos, auprès de la Nouvelle Irlande, le calcaire s'élève à la hauteur de 460 pieds, et au bâvre de Garteret, il forme une longue chaîne de 1,380 pieds de hauteur, parallèle à une chaîne de montagnes hautes de 6,000 pieds qui s'élèvent dans l'intérieur des terres et avec lesquelles par conséquent ce calcaire est en connexité (La Billardière, n, 246.) /Les volcans ne paraissent plus dans ces contrées comme les points principaux de certains groupes, ils sont au contraire tous placés sur la crête de cette chaîne australe, toujours dans le voisinage et à peu près constamment au pied des montagnes primitives {AbK der Acad. der TViss. zu Berlin fur 1818 , p. 53).
Il parait que le continent de la Nouvelle Zélande n'est pas à l'abri des influences volcaniques : d'après les documents officiels publiés par M. Hay (Journul de la Société géographique de Londres, El, 135) la petite île de While Island dans la baie de Plenty, latit. sud. 37° sud, longit. 185» ouest de Paris, est un volcan très actif ; un autre volcan le mont Egmont
se trouve sur la côte opposée à l'angle nord- ouest du détroit de Cook.
1° Le premier et le plus méridional des volcans de cette chaîne, après ceux de la Nouvelle Zélande, est celui de Tanna. Le 5 août 1774 , lorsque Cook fit la découverte de cette ile il trouva ce volcan en pleine éruption. Il a été décrit par Forster ( Bemerk. p. 120), et se trouve sur la côte sud-ouest de l'île, à Textrémité d'une série de petites collines derrière laquelle s'élève une chaîne dont la hauteur est au moins deux fois plus 'considérable. Le sommet du volcan , formé par un cône très abrupte , complètement nu et sans aucune trace de végétation, est éloigné de deux lieues du bord de la mer , et s'élève seulement à 430 pieds de hauteur.
On a décrit quelques cratères d'éruption analogues à ceux de Lancerote en 1730 , mais point de volcan permanent. Et quoique la production de solfatares et de sources chaudes soient des phénomènes très fréquents , il paraît cependant qu'il faut chercher autre part la principale communication volcanique ouverte sur cette île.
En 1793, d'Entrecasteaux vit aussi le volcan répandre dans l'atmosphère d'immenses nuages de fumées (LaBillardière, n,180). Lat. 19° 30' S. Long. Paris, 167° 9* 33" E.
Les autres volcans de cette série sont les suivants : 2° Ambrym, à Test de la grande île del Espiritu santo. Forster a observé sur les montagnes une épaisse fumée blanche, et les habitants affirment que des gerbes de flamme s'élancent fréquemment de leur sommet. Le rivage de Mallicollo , vis-à-vis le volcan est entièrement couvert de pierres-ponces. Lat. 16° 15' S. Long. Paris, 165° 59' 33" E.
3» L'île Volcano , près de Santa- C ru z , découverte
par Mendana. Sur le cône du volcan, on ne voit ni arbres ni verdure ; il rejette des gerbes de feu, et lance des pierres dans toutes les directions (Burney ii, 149). En 1767 , Carteret a vu des vapeurs sortir de lintérieur de cette montagne, et d'après Wilson qui évalue la hauteur de ce cône volcanique à 200 pieds, il vomissait en 1797 , des flammes très intenses. Ces flammes paraissaient périodiquement toutes les dix minutes , et leur éruption durait environ une mintite (Burney, Discoverics in the South-Sea, iï, 176). En 1793 lors de la présence d'Entrecasteaux sur cette île, le volcan était dans une période de tranquillité (La Biliardière, n, 258). Lat. 10° 23' 55" S. Long,, Paris, 165° 18 5" (D'Entrecasteaux). * *
i° Sesarga, au-dessous des îles Salomon, auprès de (juadalcanar. Mendana, qui a découvert cet lie, la décrit comme étant ronde et fort élevée : au milieu se trouve un volcan du sommet duquel s'échappe constamment un courant de vapeur et de fumée (Barney, i, 280). Ce volcan n'a pas été retrouvé depuis D'Entrecasteaux croit qu'on doit le rechercher au nord du détroit Indispensable et de Guadalcanar^o^., i,3&7); mais Burney pense , avec beaucoup de raison , que ce volcan n'est autre que la montagne à laquelle Shortknd a donné le nom de Lammas , qui se trouve à la pointe sud-ouest de Guadalcanar , non loin du cap Henslow Short land considère cette montagne comme étant plus élevée que le Pic de Ténériffe (Zimmermann Australien, i , 301 ). D'Entrecasteaux a vu cette montagne couverte de nuages, et ne pût par conséquent reconnaître si c'était en effèt un volcan. Lat. 9° 58' S. Long. Paris, 158° 1 33".
5° Volcan de la Nouvelle-Bretagne, à l'entrée du canal Saint-George, sur le côté occidental de ce canal. Ce volcan a été observé et dessiné par Dampier ( V oy>
1729, m, 208) : il est fort élevé, arrondi, et son sommet , qui est très aigu, donne issue à une masse considérable de fumée. Lat. *° 12' S. Long. Paris, 149° 39' 35". C'est probablement le même volcan qui a été observé par Carteret, lequel a déterminé avec plus d'exactitude sa position , et l a placé vis-à-vis File Man , un peu à l'ouest du cap Palliser ( Hawkesworth , i , 586). Ce volcan a été aussi remarqué par le capitaine Ilunter.
6° Volcan situé sur la côte orientale de la Nouvelle- Bretagne , à peu de distance du cap Gloster. Il a été aperçu parJDampier en avril 1700 ( V oy,t m, 218); son sommet donnait issue à des flammes qui s'élançaient avec bruit et avec des intermittences d'une demi-minute. La plus considérable de ces éruptions donna lieu à une large flamme qui s'éleva, avec un sifflement aigu, à une hauteur de 20 h 80 yard* , et on vît alors un courant incandescent descendre sur le flanc dis la montagne , atteindre sa base, et parvenir même jusqu'au rivage ; de ce courant se dégageait dans l'atmosphère une fumée très épaisse, bat. 1° $5'. bmg. Parts, 145o 49' où" E. (Roesel), Tasman a vu aussi ce volcan (Valentyn, m, 356).
7° LaBUtardière rapporte qu'en 1793, le volcan de Dampier était dans une période de tranquillité , mais qu'au lieu de celui-ci , il y en avait un autre en pleine éruption, à quelques milles de distance au sud, dans une petite île : ce volcan présentait presque les mêmes phénomènes que celui de Dampier. Des colonnes d'une fumée très épaisse s'élevaient périodiquement de son sommet, et vers le milieu du jour, on vit un courant de lave se précipiter sur ses flancs, jusques dans la mer. L'eau de la mer s'élevait alors sous forme de vapeurs blanches et brillantes , et la fumée , pendant la durée de l'éruption , monta jusqu'au-dessus de la hauteur des
408 rHENOMENES VOLCANIQUES.
nuages (Foy.f i , 285 ). Lat. 5°, 52' , 20" 5. Long. Paris, * 145° 45' 55". O.)
Burney a montré (iv, 421.) qae la carte de Dampier ne s'accorde pas avec sa description , et qu'évidemment le volcan situé près du cap Glostcr dont parle Dampier, est placé dans la partie sud de l'île, et non dans la partie nord , comme l'indique la carte. Il résulterait de là , que les volcans de Dampier et d'Entrecasteaux seraient le même.
Les fragments de la coulée d'obsidienne qui se trouve à peu de distance des Iles de l'Amirauté , sont employés dans ces contrées comme instruments tranchants (La Billardière, i , 255 ).
8° Volcan de la côte septentrionale de la Nouvelle- Guinée. Lat. , 4« 52', S. Long. Paris, 142° 55' 48" E. Dampier remarque , que bien que toutes les petites fies qui bordent la côte soient fort élevées, cependant, aucune d'elles n'a une forme aussi arrondie , et un sommet aussi aigu que ce volcan brûlant ( Voy.y m, 225), situé à deux milles de la côte.
9° Volcan situé à douze milles du continent, au milieu de cinq petites îles. Lat. 5° 55' , S. Long. Paris, 441° 55' 55", E. Ce volcan a été aperçu par Dampier et plus tard, ainsi que le précédent , par Schouten et Le Maire. Ces navigateurs on t aussi vu deux autres îles d'où se dégageaient des masses de fumées ; mais ils n'ont pas déterminé leurs positions , et jusqu'ici on ne les a pas retrouvées.
40° Dampier rapporte (m, 225), que le 47 avril 4700, trois jours après avoir quitté les îles de Schouten et de la Providence , il observa , dans l'intérieur des terres, une montagne fort élevée, du sommet de laquelle se dégageait une masse considérable de fumée. Dans l'après-midi , il était en vue de l'île King- Williams. Ce volcan ne peut être situé que sur la pointe la plus occidentale de la Nouvelle - Guinée. Lat. A* 50', S.
Long. Paris, 126° , 59', 53" , E. Il n'a été remarqué ni par Forrest , ni par d'Ëntrecasleaux.
Cette chaîne volcanique se rattache à l'ouest de la Nouvelle-Guinée, avec deux autres chaînes extrêmement remarquables, qui se réunissent à elles, en formant une sorte de nœud. Ce sont la chaîne des volcans des îles de la Sonde à l'ouest, et celle des volcans des îles Philippines et des Molucques au nord. Ces deux séries de volcans suivent la limite extérieure du continentde l'Asie, avec beaucoup plus d'exactitude encore que la chaîne précédente ne suivait les côtes de la Nouvelle-Hollande.
Les innombrables volcans des îles de la Sonde s'étendent jusqu'aux îles les plus éloignées de Sumatra et de Java , et se perdent dans le golfe du Bengale, dans les parties où le continent voisin devient plus considérable et moins déchiqueté. De la même manière , la chaîne des Molucques et des Philippines s'élève vers le Japon , et entoure le continent de l'Asie, du côté de l'est.
Au contraire, au milieu de ces îles nombreuses qui peuplent la mer de la Chine , on ne trouve que très ra~ rement des traces de phénomènes volcaniques, et les volcans eux-mêmes y sont presque complètement inconnus. â
L'immense masse oxydée qui forme le continent de l'Asie, empêche toute communication de l'intérieur avec l'atmosphère, mais cette communication a pu s'ouvrir sur les bords du continent, en formant une faille considérable qui l'entoure et sur laquelle se sont établis des volcans qui servent de canaux pour cette communication.
410 PHENOMENES VOLCANIQUES j
CHAINE DES ILES DE LA SONDE (Pl. XII).
Les volcans qui composent cette chaîne sont les suivants.
1° Wawaniy dans l'île d'Amboina; ce volcan, situé dans la partie occidentale de la plus grande île , celle d'Hitoe, à deux milles du rivage (Valentyn, n. Deel, p. 104), est une montagne très élevée et fort rapide. Le bouillonnement des matières dans l'intérieur, semblable à celui produit par l'ébullition d'un liquide dans une immense chaudière, avait très souvent fait appréhender de voir le sommet du volcan livrer passage à des éruptions : en effet , il s'entr'ouvrit en deux différents endroits, pendant Tannée 1674, après un tremblement de terre très violent qui ébranla toute l'île d'Amboina : des courants de laves se précipitèrent jusque dans la mer, et couvrirent une étendue considérable du pays. Le roi d'un village intérieur avait tenté, fort peu de temps auparavant , une attaque contre les villages de Wawani et d'Essen , situés plus bas , et avait été repoussé avec beaucoup de peine. L'éruption volcanique détruisit le village supérieur, et fit périr tousses habitants; ce désastre, qu'on apercevait des parties inférieures par une sorte d'échancrure de la montagne , vint délivrer ses habitants de la crainte de voir se renouveler les attaques violentes de leurs ennemis.
En 1694, le volcan fit de nouyeau éruption (PhiL Trans., xix, 49) ^ mais depuis cette époque, il n'était plus question des mouvements de l'action volcanique. Pourtant , La Billardièrc rapporte que toute f île était fréquemment ébranlée par des tremblements de terre,
et qu'on en ressentit principalement les effets en 1783 [Voy., i,324).
Dans Tannée 1797, le capitaine Tuckey se plaignit beaucoup de F excessive chaleur et des vapeurs étouffantes provenant d'un volcan brûlant, auxquelles il avait été exposé pendant dix mois entiers dans la rade d'Amboina {Narrative of the Congo Exped. xux). En 1816, il se forma un cratère , et le volcan était de nouveau en pleine éruption dans le cours de l'année 1820. Le 1 8 avril 1824, probablement aussi dans le voisinage de Wawani, il s'ouvrit un nouveau cratère qui brûlait encore le 14 mai (Geogr. Ephem.y 1824. p. 481.). Sur la petite Amboina , l'île de Leytimor, La Billardière a trouvé le6 montagnes composées de granité à grains fins ( Trachyteî ) (i,309.),
2o Gonung-Api (montagne brûlante), dans l'île de Banda. La vue que Valentyn a donnée (m , 15) de cette montagne et de l'île avoisinante de Neira , est extrêmement intéressante, et probablement beaucoup plus exacte que le dessin que William Daniell , d'après les observations du capitaine Cole, en a publié à Londres en 181 1 , en y joignant un plan de l'île Neira. Le volcan est fort abrupte, mais ne s'élève qu'à 1828 pieds de Paris de hauteur (Tuckey, Mark. Geog., m, 464). Cependant, il parait que cette montagne est un des principaux orifices de communication avec l'intérieur, car presque jamais on n'a vu le volcan en repos. On avait déjà observé des éruptions en 1586, puis en 1598 et 1609. Dans l'année 1615, l'éruption fut si violente que les bâtiments de la flotte du gouverneur d* Amboina eurent la plus grande peine à gagner Neira , à travers la pluie de pierres-ponces qui fut lancée par le volcan. En 1629, l'éruption fut accompagnée d'un grand tremblement de terre : la montagne s'entr'ouvrit encore en 1632,
et il en sortit un courant de lave qui se répandit sur ses flancs : un événement semblable eut lieu en 4685.
Le 22 novembre 1694, une grande flamme s'élança du sommet du volcan : elle était accompagnée d'un bruit épouvantable , semblable à celui d'un violent ouragan. Le fond de la mer fut soulevé presque jusqu'à la surface, et des flammes sortirent du milieu des eaux; celles-ci furent même tellement échauffées, qu'il était impossible d'y naviguer. Dans le détroit de Neira, était répandue de tous côtés une odeur sulfureuse insupportable, qui occasiona un grand nombre de maladies (Phil. Tram. XIX, 49 sq. ). D'autres éruptions considérables eurent lieu dans les années 1765, 177S et 1778 : celte dernière fut accompagnée d'une coulée de lave qui s'étendit jusqu'à la mer. Le 11 juin 1820, s'effectua une nouvelle éruption $ la montagne s'ouvrit sur le flanc nord-ouest, probablement pour donner passage à un courant de lave; mais la plus grande partie de l'éruption eut lieu parle cratère supérieur (Baumbauer , Ann. de Phys.y xv, 430).
L'ile de Banda avait auparavant une grande baie sur la côte occidentale : en 1820, après que l'éruption se fut terminée, il se fit dans la mer un soulèvement, et une masse solide , composée de gros blocs semblables à du basalte , vint non seulement remplir et combler cette baie dont la profondenr était de 60 brasses , mais elle forma même , au dessus de la mer , des collines très élevées et fort étendues, qui entourent le pied du volcan, et s'appuient contre les flancs de cette montagne.
Aucune des matières qui composent cette masse soulevée, n'a été fondue ou coulante ; tous les blocs étaient crevassés, et dégageaient d'abondantes vapeurs, mais ce soulèvement n'a rejeté ni rapilles, ni cendres, ni pierres-ponces. Les habitans de Banda, dont les maisons se trouvent sur le revers opposé , ne s'aperçurent de ce
fHEIHÔMENÉS VÔLCAfcï<ILfE$. 413
phénomène remarquable, qu'après que la plus grande partie de ce soulèvement se fut effectué , et lorsqu'ils en eurent été avertis par les vapeurs et par réchauffement des eaux de la mer. Lorsque M. Reinwardts visita et examina cette locali (é en 1 821 , des vapeurs d'eau et de soufre se dégageaient encore entre ces blocs entassés. Le môle élevé au milieu de la baie , est formé de couches très épaisses , qui sont inclinées des deux côtés , et dont le milieu ou la cime est recourbée en dôme. Les couches inférieures sont tout-à-fait compactes ; les couches supérieures, au contraire, sont poreuses (Boon-mesck. p. 88 ). Il semble que ce soit la répétition des effets du soulèvement du cône même d'un volcan , et par cet événement on peut se faire une idée de la possibilité de l'élévation des grandes masses solides qui ont produit les obélisques d'Auvergne, et les murs basaltiques saillants qui terminent les filons de basalte.
3° Sorea. Lat. 60° 30' S. Long. Parù, 128o 29' 53" E. Les relations de Wïttsen, bourguemestre d'Amsterdam, sur l'île d'Amboina, apprennent que le 4 juin 1693 , le volcan de Sorea rejeta une grande quantité de vapeurs enflammées , et qu'il en sortit un courant incandescent ; la montagne s'écroula en partie dans cette éruption , et il se forma un lac de matières incandescentes, qui augmentant sans cesse, forcèrent les habitants d'HisIo à se réfugier sur la mer. Avant cette éruption, l'île était constamment ébranlée par des secousses violentes qui ne se renouvelèrent plus depuis. Cependant, par l'éboulement continu de la montagne , le lac de feu s'étendait de plus en plus du côté du village de Woroe, dont les habitants se virent bientôt contraints de prendre la fuite. Ils abandonnèrent même l'île, et se retirèrent à Amboina, où ils arrivèrent le 18 juillet 1695 (Philos. Tram. , xix , 49) . Valentyn ne
parle pas de cet événement, n donne à cette Ile le nom de
Cerœwa , et il dit qu'elle est ronde et a environ quatre milles en longueur et en largeur. Mais après lerécit du de tremblement de terre de Banda en 1683, il ajoute qu'il s'était fait sentir jusqu'à Cerœwa à quarante milles de Banda. On affirme que la moitié de nie ayant été engloutie , les habitants ont été forcés de chercher un refuge à Banda ( ni , 17). L'île Nila, voisine de la précédente, contient une solfatare , et par conséquent aussi un cratère ; elle fort élevée.
4" Damme. 7° \ S., à l'ouest de Timorlaut. Cette île renferme un volcan considérable (Valentyn, ni, 243).
5«. Gonung-Api. Volcan situé à G° 56' S. Dampier cite cette île comme fort élevée , mais petite et s'élevanl au-dessus de la mer par une pente douce. Le sommet se divise en deux pics , et par l'intervalle qu'ils laissent entre eux , se dégage une telle quantité de fnmées qu'on n' en a jamais vu des masses aussi considérables sortir d'aucun autre volcan ( m , 180] , Valentyn donne à cette île un mille de circonférence.
G° Pontarç. Sur cette île s'élèvent trois pics considérables, dont l'un est un volcan actif. Tuckqy, m, 382).
7° Lombatta. Ce volcan est un pic très élevé et terminé en pointe , situé vers le détroit de Pontare. Dampier a vu des vapeurs se dégager de son sommet (m, 525).Bligha remarqué le même phénomène cent ans plus tard {Voy., p. 235). Sur le bras oriental de l'île, s'élève aussi un pic isolé et très haut.
8» Mangeray ou Flores contient deux volcans élevés qui paraissent être entièrement semblables. Bligb cite celui situé à l'ouest, au tiers de la longueur de l'île, comme un véritable volcan (Voy., 1792, p. 246). Mais Tuckey qui connaît particulièrement ces îles, donne à la montagne , située à l'est , le nom de Lobetobie , et dit que c'est aussi un volcan ( Marit. Geog., ni, 382).
9° D'aprte Tuckey, Sandelbos, h l'extrémité oc-
occidentale de File doit renfermer un volcan qu'on Yoit à la distance de vingt milles en mer.
10° Gonung Api. Ce sont deux Pics aigus , éloignés au plus de vingt milles de la pointe nord-est de Sumbava (Tuckey) : Bligh les a aussi indiqués sur sa carte.
il© Tomboro dans l'île de Sumbava. Ce volcan 6'est manifesté en 1815 par une violente éruption. D'après les observations du capitaine Eatwell, commandant du Benarès, le sommet du volcan estsitué sous latit. 8° 20' S. Longit. Paris, 115<> 39' 55" E. Sa circonférence est très considérable , et sa hauteur comprise entre 5 et 7,000 pieds. La mer baigne le pied du volcan sur le quart de son pourtour ( G. A. Stewart , in Bombay Litt. Soc. Transact. , n , 104). Déjà , en 1814 , la montagne avait donné des indices certains de l'action volcanique. Du vaisseau le Tcrnate, on avait vu en décembre, des masses de vapeurs et de fumées se dégager de son sommet. Au 5 avril 1815 , cette éruption durait encore; le 101a fumée noire et les cendres rejetées étaient si épaisses que le ciel en était obscurci , et que jusqu'au 12 , on fut à une grande distance plongé dans une nuit profonde. H en fut de même à Surabaya dans l'île de Java et à Samanap dans l'île de Madura, où les nuages de cendres furent poussés par le vent d'est , comme elles le furent aussi à Macassar par le vent du sud. La cendre fut portée jusqu'à Batavia etMinto Island près de fiança, et même jusqu'à Bencoolen et Sumatra, qui cependant sont aussi éloignés de ce volcan que Hambourg l'est de l'Etna. La mer charria comme des îles de pierres-ponces jusqu'à Macassar.
Trois coulées de lave coulèrent sur les lianes de la montagne ; cette lave est entièrement formée d'obsidienne, comme devait le faire supposer l'immense quantité de pierres -ponces rejetées par le volcan. On ne
ressentait point de vents ni sur la montagne ni dans le voisinage, et cependant la mer était tellement agitée, que les vagues renversèrent beaucoup de maisons sur le rivage. Le 1 1 , on entendait parfaitement les explosions du vaisseau le Ternate , qui cependant était aussi éloigné de la montagne que Madrid l'est de Francfort; toutefois on ne vit de ce navire ni cendres ni même aucun nuage dans le ciel.
12° Lombock, sur laquelle s'élève un pic isolé] de 7,500 pieds de hauteur (Tuckey).
13°. Kara Asam\ dans l'île de Bali; ce volcan s'est fait connaître par une éruption qui eut lieu en Tannée 1808 (Hoff., ii,459).
L'île de Java est fort remarquable et très intéressante à étudier. Les volcans sont accumulés en quantité incroyable dans cette île; mais ils sont encore plus exactement tous dans la même direction que ceux qui se trouvent sur la crête extérieure des îles de la mer de Chine. Toutefois dans cette direction , qui est aussi celle de l'Ile de Java, on reconnaît une faille isolée, un peu oblique , mais qui ne s'étend pas au-delà des limites de l'île.
Nous devons principalement la connaissance de ces volcans aux travaux de l'ancien gouverneur Raffles , à l'excellente carte qu'il a dressé de ces contrées, et aux détails donnés par le docteur Horsfield , et contenus dans lfcs petites cartes rainéralogiques annexées à la grande carte de Java. L'action volcanique paraît ici s'exercer tellement près de la surface, que très souvent les matières ne suivent pas pour se répandre au dehors leur route habituelle , et se frayent un passage par de nouvelles montagnes. Il est par conséquent extrêmement difficile, sans l'attention laTplus scrupuleuse, de
reconnaître et de distinguer les simples orifices d'éruption, des canaux permanents qui établissent la commu- * nication de l'intérieur avec l'atmosphère.
Les volcans se trouvent presque tous suivant l'axe allongé de l'île , il y en a fort peu sur les côtes. D'après la carte de Horsûeld, les montagnes, aussi bien celles qui se présentent au nord que celles qui s'étendent au sud de l'île, sont toutes formées de rochers calcaires très escarpés : ce calcaire a été très probablement traversé par les volcans qui auront déterminé son soulèvement. Une série tout-à-fait semblable de collines calcaires
traverse Madura près de la côte septentrionale et se prolonge dans l'île de Java , en conservant la même direction jusqu'auprès de Samarang. Cette chaîne calcaire est parfaitement analogue à celle qu'a décrite M. de Humboldt , et qui s'étend de Trinidact sur la côte nord du Golfo Triste, jusqu'au golfe de Çariapo auprès de Gumana. D'autres chaînes se font remarquer sur la côte méridionale de la province de Sukapura au sud de Batavia $ on en voit aussi une autre à peu de milles de Batavia même vis-à-vis les montagnes. Ce calcaire est très blanc, presque terreux dans sa cassure, et appartient probablement aux couches compactes de la formation jurassique.
L'intérieur de l'île, avant qu'on n'atteigne même les volcans , paraît sur le côté du nord être entièrement basaltique. Le capitaine Basil Hall (Mscpt. ) qui a étudié l'intérieur depuis Samarang , n'a rien vu que du basalte à grains fins comme celui de StafTa, et contenant de l'augite , mais point de péridot ; nulle part il n'a observé de roche qui contînt du feldspath.
Horsûeld cite aussi les couches basaltiques qui forment les côtes de la mer à l'est de Japara , à peu de distance de Samarang ; vis-à-vis de Madura, sur la côte méridionale de l'île, se présente ensuite une chaîne
418 PHÉNOMÈNES VOLCAN I ours .
considérable séparée de la série des volcans par la grande valléé de Kediri , et dans laquelle les coudies de basalte alternent avec des conches calcaires. Au sud du volcan de Papandayang, se trouvent des masses aussi fort étendues de basalte , de conglomérat et d'amjgdaloïde ; on y voit aiissi de Pagathe et du quartx qui probablement remplissent les nodules de cette dernière roche.
Le trachyte serait par conséquent presque limité à la seule ligne des volcans : il est aussi très surprenant que dans les récits des éruptions de ces volcins, il ne soit fait aucune mention de pîerres-ponces. Horsfield n'a jamais non plus employé ce mot dans ses descriptions.
Les rocheà primitives se présentent encore moins dans l'île de Java.
D'après 'les recherches de M. Reintvardtà de Leyde, qui a visité la plupart des volcans de Java, le trafchyte est effectivement très rare, tnême dans l'intérieur de l'îlë,él il n'y a que le volcan de Tiid qui éil soit entiêreitoent composé. Le irachyte eàt un mélange de feldspath vitreux blanc et de cristaux de hornblende noire: la pesanteur spécifique dë là roche eôt de 2,471 (V. A. IL Van der Booû Meôch, dt mceildiis motïtium instilœ Java, 1826,99).
M. Reinw a ni (s a lui-même publié beaucoup de ses observations âur ces volcans dans uh mémoire inséré parmi ceux de la société des Scientei* de Batavia (T. i\, 1823). M. BoonMesch n'a pas seulement donné des extraits de ce mémoire intéressant, mais il a mentionné aussi beaucoup de remarques particulières que M. Reiflwardts n'avait pas encore publiées et qu'il lui a fcommtiniquées. Il résulte de ces observations que l'obsidienne, et parconséquentaussi les pierres-ponces, sont aussi raresà Javaqucletrachytelui-même.On ne trouve l'obsidienne qu'etitre Lelles et Tjinkalinka, au nord du Tilo , où elle