GARDEs-FRANÇAiSEg(régimei)t des). État de la créa
tion des Gardes-françoises ; détail de la pa^e du régiment; liste des officiers depuis i563. Manuscrit daté de l’an 1749 ; i«i-8, mar. r. fil. Ir. dor, {Derorne.) i5o fr.
Beau inaiiiiscrit^ d’une bonne écriture; les pages sont encadrées d*un filet rouge, et les tableaux ont clé exécutés avec soin.
Cest rhi.stoire complète du régiment des gardes-françaises, depuis sa création sous Charles IX jusqu’en 1749* On y trouve les tarifs de la solde des officiers et des soldats; une liste des colonels, mestres-dc-camp, li(‘ntenants-colonels, majors et capitaines, avec la date de leur nomination et la cause de leur remplacement; enfin, un état des officiers tués à l’armée depuis 1574. Le régiment perdit sur les champs de bataille 286 officiers de tous grades : 9*^ capitaines, 79 lieutenants, 63 sous-lieutenants et 5 i enseignes. Douze officiers^furent tués à la bataille de Lens, en 1648 ; seize, au combat de Senef, en 1674 ; vingt-neuf, à la bataille de Detlinglien, en 1743, etc. Le régiment des gardes françaises prit part à toutes les expéditions, à tous les sièges et combats, qui eurent lieu de 1674 h 1749- Ainsi il fit les campagnes d’Artois et de Flandre, de Piémont, de Bavière, de Bohème, de Candie, de Catalogne, d’Irlande; il est cité au siège de la Rochelle de 1674, de Puyeerda, du Quesnoy, d’Arras, de Lille, de Mous, de Cambrai, de Gaiid, de Fribourg, de Philisbourg, etc. Il assistait aux batailles deX^ns, Senef, Ramillies, Malplaquet, Fonlenoy, etc.
C’est une belle page à ajouter à l’histoire de la milice française.
63. Gattari. Cronica delle cose avenute nella Marca • Trevigiana, composta per Galeazzo Gattari, et con-
tinuata per Afldrea suo fîgliuolo, fin al i4o5; nella quale \i è la guerra de Genovesi falta contra gli signoii Venetiani, scrîlta per Daniele Chinazzo, Trivigiano. Maiiuscril du xvi® sièclci sur papier, pet. in-4 de aoo feuillets. aoo fr.
Beau manuscrit, d’une parfaitç conservation. D’après la suscriptioD de l’histoire écrite par Chinazzo : « Copiata per me Andrea di Galeazzo di Gattari nel i 453 , » on pourrait croire que c’est un manuscrit autographe d’Andrea Gattari, mais ce n’est réellement qu’une copie du manuscrit de i 453 .
C’est une chronique importante pour l’histoire des républiques italiennes, depuis i337 jusqu’en 1887. Elle est divisée en trois parties. La première, composée par Galeas Gatiari de Padoue, en vingt-sept pages, s’arrête à rannce 1378. En i337, \es Scaligeri étaient très-puissants en Italie. Cane délia Scala possédait Vérone, Brescia, Lucques, Parme, Vicence, Padoue, Feltre et Bellune; mais il fut empoisonné par ses deux neveux, qui se partagèrent scs États. Puis les Florentins, ligués avec les Vénitiens, chassèrent les Scaligeri de Padoue, et la famille de Carrara devint, à son tour, maîtresse de cette ville, etc., etc.
La seconde partie (fol. contient une relation détaillée
de la guéiTC qui eut lieu entre les Vénitiens, d’une part, les Génois et leurs confédérés, d’autre part, depuis le mois d’août 1376 jusqu’au mois d’août i 38 i. Celte relation a été écrite par Daniel Chinâzzo de Trévise ; «Qui finisse la guerni falla contra Venetiani per il rè di Ongaria, il commun di Genova , il patrinrea di Acquilegia et il signor di Padona, laquai conimincio dal 1376 del mese d’Agosto, et fini di Agoslo i 38 i ; scrilta per Daniel diChinazzo da Treviso, chc a i predilti surcessi, overo alla maggior parte di essi fu présente, habitando egli in Venetia per tutto il tempo di delta guerra. »
La troisième partie (fol. laa-aoo), « Cronica contîniiata per Andrea di Gattari Padouano, » n’est point continuée jnsfju’en i 4 o 5 ainsi que le litre l’annonce, mais seulement jusqu’en 1387.
Muratori a inséré, dans le tome XVII des Rerum Ilalicarnm scHptores, une Chronique de Padoue, de i 3 ii à 1406, composée par Galéas Gattari, revue et corrigée par André, son fils. Elle est imprimée à deux colonnes, La première donne le texte original de Galéas, et, la seconde, le texte revu par André. Cette longue chronique diffère complètement de la nôtre.
On trouve encore, dans le tome XV des Rerum Italicarum sertptores, la Relation de Daniel Chinazzo; mais Muratori a commis une erreur en attribuant à Chinazzo la Chronique de Galeas Gnttari, de i337 “ 1378.
La continuation de cette histoire, par André Gattari (i 38 i- 1887), u’a point été publiée par Muratori.
64. Gradüale. Incipiunt capitula per anni circu- Jum. Manuscrit du xrii* siècle, sur vélin, in-4 de 94 feuillets à a col. init. rubriques. 4^0 fi'*
Graduel à Tusage de Téglise de Besançon. Beau manuscrit, sur vélin fort, en gros caractères ronds, rouges et noirs. Le calendrier fournit, outre les indications ordinaires, les clefs des fêtes mobiles, la date de l’entrée du soleil dans chaque constellation, et les jours néfastes, dies eger. Dans la marge inférieure de la première page du texte on voit, au milieu de feuillages coloriés, les armoiries de rancienne famille bretonne Pontus de la Musse, dont un des membres fut chambellan de Henri lY. Elle porXaLÏt: De gueules, à neuf annelets d'argent, posés 3 , 3 et 3 .
Ce manuscrit est orné de six cent soixante-dix-neuf majuscules rouges ou noires. Les majuscules rouges sont gothiques, mais les majuscules noires ont une forme peu commune ; elles rivalisent d’élégance avec les plus belles lettres gotliiqucs allemandes ; de plus, elles sont presque toutes accostées de têtes grotesques dessinées au trait. Ou peut extraire de ce volume un alphabet trèseurieux.
Ce mélange de couleurs et de formes dans les initiales et dans le texte donne à l’ensemble du manuscrit un aspect assez singulier ; on pressent que c’est l’œuvre d’un calligra])Jie étranger à la France. En effet, ce graduel a 'été fait pour Besançon, qui appartenait, au treizième siècle, à la famille bavaroise des ducs de Meranie, marquis d’Istrie, etc. La cathédrale de cette ville archiépiscopale est sous Tinvocation de Saint-Jean et de Saint-Étienne. C’est pourquoi le calendrier contient cinq commémorations de saint Etienne : la fête de Vim^ention de ce saint {inventionis s. Stephani), la dédicace de l’autel de Saint-Étienne, et celle de l’église Mère de Saint-Jean [Matris ecclesie s, Johannis). On y trouve également les fêtes des saints archevêques de Besançon : Claudii arch,Bisnnt,; Desideraü arch. Bis., et la fête de Saint- Dielf [DeîcoU), abbé de Lure en Franche-Comté. Enfin, on lit dans les prières qui suivent les litanies : Ut cîerum etplehem sancti Johannis et sancti Stephani in sancta religione conservare digneris, te oro.
Ce graduel a été écrit de laaS à ia97, puisque saint François est cité, et que le nom de saint Louis n’est pas inscrit au calendrier. Nous croyons qu’il ne faut pas trop éloigner cette date de l’an 1 aaS ; car le texte d'une oraison à saint François paraît iiidi-
(juer que l’ordre institué par ce saint était de récente création : a Deus qui ccclesiam tuam sanctî Francisci meviiis fétu nove prolis amplificas...»
Sur les feuillets 56 et 67, un copiste du seizième siècle a effacé Toraison primitive adressée à saint Biaise, pour y substituer une leçon nouvelle datée de i 544 *
Nous ne devons pas oublier de prévenir nos lecteurs que ce manuscrit est incomplet des feuillets 73 et 89.
65. Gra\e, ville des Pays-Bas. Relation dti siège de la ville de Grave, défendue par le marquis de Chamilly, en 1674 . Manuscrit du xviii® siècle, in-4de a65 pages encadrées d’un triple filel bleu coupé de fleurs roses, mar.r. large dent. fil. tr. dor. {^4rmes du roi de. Prusse.) 4ûo fr.
Manuscuit original et important pour Thistoire militaire de la France. Grave est une petite ville fortifiée, située sur la Meuse, à trois lieues de Nimègue et à six lieues de Bois-le-Duc. A la suite de Talliance des Etats-Généraux avec TAngleterrc, Louis XIV abandonnâtes conquêtes qu’il avait faites en Hollande, et ne conserva que les villes situées sur la Meuse. On transporta à Grave les otages des provinces qu’on avait évacuées, plus de quatre cents pièces de canon prises sur l’ennemi, et une grande quantité de munitions de guerre, entre autres neuf cents milliers de poudre. Le marquis de Chamilly se signala dans la défense de cette place, qu’il ne rendit qu’après quatre mois de siège; il lui fallut un ordre signé du roi pour se résoudre à capituler.
Celle RELATION INEDITE a été rédigée par un officier français qui prit part à la défense. « Je puis mieux que qui que ce soit, dit-il, rendre un compte exact et fidèle de tout ce qui s’est passé, avant et pendant le siège, M. de Chamilly s’étant toujours servi de moi pour porter ses ordres, et m’ayant bien voulu informer de tous les motifs qui l’obligeaient à faire les choses qu’il ordonnait.» C’est un journal très-détaillé de tout ce qui s’est passé depuis le a 3 juin 1674, jour où le général hollandais Bubenhaupt commença à investir la place, jusqu’au 25 octobre, date de la capitulation. - ^.
Le prince d’Orange, étonné qu’une nombreuse armée, commandée par un des meilleurs généraux de la Hollaude,fût arrêtée
depuis trois mois et demi par une misérable bico()ue, se rendit lui-méme au camp avec des troupes fraîches ; mais^ malgré des attaques continuelles de jour et de nuit, il ne put s’emparer de Grave. Cependant les fortifications étaient complètement détruites^ la ville n’offrait qu’un monceau de ruines, et la plupart des caves avaient été enfoncées par le poids des maisons écroulées. Les soldats ne se nourrissaient que de viande de cheval; les médicaments manquaient pour les blessés. Nulle part on n’était à l’abri des boulets, des bombes et des grenades. Malgré tout, M. de Cbamilly disait hautement que le prince d’Orange n’entrerait jamais dans la ville de Grave sans sa permission. En effet, si l’ordre du roi n’était pas arrivé, M. de Cbamilly aurait tenu bon. Or l’armée ennemie, découragée, attaquait mollement, et, sept jours après la reddition de la place, la Meuse déborda, ce (jiii obligea les Hollandais à se retirer.
La garnison française se composait de quatre mille hommes : trois mille cinq cent cinquante fantassins et quatre cent cinquante cavaliers. Vingt-buit capitaines, quarante-sept lieutenants, soixante-dix-sept sergents et quinze cent quarante-deux soldats furent tués pendant le siège; cent huit officiers et neuf cent quarante-six soldats furent blessés. Les ennemis perdirent seize mille hommes.
Cette relation est d’autant plus importante qu’elle fait connaître les moyens extraordinaires employés par le marquis de Cbamilly pour défendre pied à pied une ville qui paraissait devoir cire prise d’assaut dans l’espace d’une nuit. C’est une excellente étude pour la défense des places ; et nous croyons que ce manuscrit était destiné au oeand Frédkeic.
On trouve dans ce volume un tableau nominatif des olbciers tués ou blessés; l’ordre du roi, pour rendre la place; la capitulation honorable du marquis de Cbamilly, qui se retira tambours battants, enseignes déployées, mèches allumées, emportant armes, bagages et vingt-quatre pièces de canou ; enûn, le brevet de maréchal des camp, délivré le 19. novembre 1674 àM. deChamilly, pour le récompenser de sa belle conduite.
66. Guillaume de Nangis. Chronique abrégée des roisdeFrance, jusqu’au couronnement deLouisXl. Manuscril du xv® siècle, vélin, in- 4 de 118 feuille!s, portr. init. mar. bleu, fil. parsemé de fleurs de lis, Ir. dor. 1200 fr.
Beaü MANuscEiT, INÉDIT. — BoDoe écriture du temps de J40uis XI; vélin trèS'blauc. Ce volume est orné de soixante-cinq portraits des rois de France, peints en miniature, dans des cadres de quatre centimètres carrés. Ces pei'sonnages, revêtus des insigiK'S royaux, sont assis dans de riches salons éclairés par deiu fenêtres, au travers desquelles on aperçoit le paysage extcrienr ; la perspective est parfaitement observée. La première page est entourée d*une bordure or et couleurs, formée de fleurs,de fruits et de feuillages. La niajuscnle de cette page renferme une vignette où Tou distingue Guillaume de Nangis écrivant son œuvre. La marge inférieure.est chargée d’un écusson nrmoné: c’est la seule page du livre qui ait souffert des injures du temps. Les nombreuses initiales qu’on trouve dans ce manuscrit sont en or sur fond colorié.
^ « Chy commenche ly Prologues : Pour ce que moult de gens et meismement ly hault homme etly noble qui souvent viennent en l’église monseigneur saint Denis de France, où grant partie des vaillans Rois de France gist en sépulture, désirèrent à congnoistre et à scavoir la uessance et la desceudue de leur treshaulte generacion et les mervelleux fais qui soûl raconté et, publié par maintes terres des devant dis Rois de France ; je frère Guillaume dit de Nangis, moisiie de la devant ditte église de Saint Denis, ay translaté de latin en franchois à la reqiieste de bonnes gens, ce que j’avoye aultrèfois fait en latin selonc la forme d’une arbre de la gcner.cion desdis Rois, pour ce que cil qui latin n’entendent, puissent savoir et congnoistre dont sy noble gent et sy beneureuse lignie deseendy et vint. »
La chronique abrégée de Guillaume de Nangis diffère complètement de sa grande chronique et des chroniques de Saint- Denis; elle s’arrête au commencement du règne de Philippe le Bel. En effet, on lit, a|)rès la mort de Philippe le Hardi: « L’aultre femc que cilz rois Philippes ot apre^ la Royne Isabel fu la Royne Marie fille au duc de Brabant, duquel trois enfans demourent à la bonne dame, n Ceci prouve que l’auteur écrivait ces lignes peu de temps après la mort de Philippe IIL De plus,
à partir de la deuxième page du règne de Philippe le Bd, on ne retrouve plus l’article ly^ c|iii est remplacé par le^ les. Enfin, on s’aperçoit que le continuateur s’est servi, pour la rédaction des règnes suivants, du texte des chroniques de Saint-Denis, qu’il cite quelquefois. Ainsi, au sujet de la venue de l’empereur à Paris en 1378, l’aiiteiir dot son récit par celle phrase: « Us entrèrent en la ville de Paris, comme il est plus à plain dit ès cronifjues de France. >• l/histoire de Charles V était donc déjà écrite dans les chroniques de Saint-Denis. Sous le règne de Charles VI, il dit : « Par-quoy comme dessus ay touchiet, le noble royalme fu presquez mis à totale ruyne comme plus amplement et plus au lonc on porra veoir ès livres et croniques qui en sont faictez et escriptes, et pour ce m’en passe en brief. » L’auteur a voulu désigner, sans doute, les histoires de Charles VI par Juvénal et J. Chartier, ou la chronique d’un moine de Saint- Denis.
L’histoire du règne de Charles VII paraît être originale : c’est l’œuvre d’un autre continuateur, car le style n’est plus le même.
Il n’c^t pas sans intérêt de connaître avec quelle hardiesse cet auteur contemporain a osé parler de Charles VII et surtout de Louis XI. Après avoir reproché à Charles VII «d’avoir mis sus le quatresme, la taille des gens d’armes et pluseurs aultres tailles, subsides et gabelles dont le poure peuple de son royalme fu tant trave!lié...» puis, «d’avoir tenu en son hostel une damoiselle nommée la belle .Agnès, et elle morte reprint la damoiselle de Villequicr, meche à la ditte belle Agnès; » il ajoute: «Icelluy Loys ne resambla point au roy son père, chr eu sa jonesse fu mal de luy et par son mauvais gouvernement il le dechassa ù riere de luy. »» Et plus loin : « Car à la vérité dire le Roy son père en son vivant l’avoit dechassié en sus de luy pour les vices qui sentoit et savoit esïre en luy et volentiers eust veu son second fils Charles duc de Bérry vstre Roy aj>res luy, » Demiers mots : « Dieu par sa miséricorde luy doinst ceste grâce de sa vie durant tenir son royalme en paix laquelle chose je voy mal apparant, comme en aultres livres et croniques sera plus amplement faite mencion. »
67. Hjblcot (Roberl). Sermones, exempta, disticha moralia et alla. Manuscrit du xiii® siècle, pet. in-4, sur papier, parcliem. 75 fr.
Quoique plusieurs pages de ce manustrit aient été arrachées, cependant les soixante et un feuillets dont il se compose actuellement sont parfaitement conservés, et forment des parties complètes qui offrent de Tintcrêt. Ce volume contient des ser^ mons latins, écrits en caractères très-exigus^ mais, toutefois, fort nets et lisibles. Ce doit être un autographe de fauteur, qui a signé au bas d’une page, Robertus Helcot. Les marges sont couvertes d’additions et de corrections. On trouve également, dans ce manuscrit, une collection d’aventures miraculeuses, de possessions, d’exorcismes, etc., que le prédicateur insérait probablement dans ses prônes. Le sermon pour le dimanche de la Quinquagésime nous a paru curieux. Il a pour texte les joies mondaines, et il renferme de longs passages contre les danses, contre Vabomination que commettent les femmes en se revêtant d’habits masculins, etc., etc.
L’auteur habitait le midi de la Francç, car on Ht en tête d’un sermon les Hgnes suivantes : « Jesuchrîst nostre benigne redemptor par lo merit de sa sancto nativitat, dolorosa mort et passion et triumphanto résurrection, nous done son amor, so pax et sa sanctô bénédiction. Amen. »
Dix feuillets sont consacrés à des distiques moraux sur divers sujets : ce recueil est incomplet du premier feuillet. 11 se compose de tJ[uatre-vingt-quatorze distiques, et devait, sans doute, en contenir cent. Ces distiques sont entourés d’une glose en caractères microscopiques et fort difficiles à déchiffrer. Nous citerons le distique sur les Dents:
Natora omniparens dentes fonnavit acuios,
Ne vaga sed claustrii lingua sit arcta suis.
Enfin, nous avons découvert un article intitulé Régula canins» Nous reproduirons textuellement cette règle du plain-chant au treizième siècle : «Totiens quotiens cantus planus ascenderit ad
a. la. mi. re., vcl ad g. sol. rc. ut, et illic fiet mnfatio. Quum cantus citius descenderit ad f. fa. ut. quàm ascenderit ad c. sol. fa. ut,, mutaiio debet fieri per b. molle, qnamvis illic non sit signmn
b. mollis. Etiam, si citiôs ascenderit ad c, sol. fa. ut. quàm de-
scenderit ad f. fa. nt.» mutatio debet fieri per b. qaadratuJB| quamvis non sit illic signum b. quadrati. >
Ainsi ce manuscrit, tel qu’il est, est intéressant pour 1 etude de nos antiques sermonnaires et de nos poëtes latins du moyen âge.
68. Henri IV. Réflexions liistoriques sur la mort du roy Henri IV. Manuscrit du x\ii* siècle, in-8 de 4 o feuillets vélin vert. lao fr.
Voici le titre complet de ce manuscrit important : « Réflexions historiques sur la mort du roy Henry le Grand, copiées sur un manuscrit de la main d’Augustin Le Petit, sieur de Canon, avocat au parlement de Rouen : L’original est dans la bibliothèque de M. ée Golleville, ancien conseiller au parlement de Normandie, a Signature autographe de ArnauM de Torcy .
Ces Réjieâtiôns tendent à prouver la complicité de la reine Marie de Médîcis, du due d’Epernon, de Concini et de sa femme, dans l’assassinat de Henri lY. L’auteur explique ainsi natuiclle^ ment l’exH de la reine-mère et l’abandon où la laissa Louis XIII, la mort du maréchal et de la maréchale d^Ancre, et la disgrâce du duc d’Epernon.
Cet opuscule a été imprimé à la suite des Amoun des rois de France; 1739, iri-ia ; et réimprimé dans les Pièces intéressantes et peu connues, par M. 4 e la Place, t. 11 , p. a 43 , sous le titre de Réflexions historiques.., copiées sur un manuscrit très->rare de la main (TAugustin Conon, apocat.,. Le nom de l’auteur n’est pas Augustin Conon, mais Augustin Le Petit, sieur de Canon. Au surplus, le manuscrit fournit de nombreuses variantes.
Les Réflexions manuscrites sont suivies de trois pièces, extrêmement curieuses, qui n’ont jamais été imprimées, La première est intitulée : Manifeste de Pierre Du Jardin, sieur ^ oapitaine de la Garde, prisonnier en la Conciergerie, à Paris, en 1619. La seconde : Abrégé de la vie de Pierre Du Jardin, sieur de la Garde, pour oster tous les maupais soupçons que sa détention pourrokapoir donnés, La troisième est une notice sur un complot contre la vie de Louis XIIl, découvert et puni en iflaS.
Du Jardin déclare qu’étant à Naples, le père Alagon, jésuite^ oncle du duc de Lcrme, l’engagea vivement à se charger d’assassiner Henri IV ; que dans la même ville il vit Ravaillac, qui lui dit que le roi ne mourrait que de sa main. Do Jardin révéla
le eoniplôt au frère de Zamet, et partit aoas escorte pour se rendre à Rome, près de Fambassadeur de France. H revint à Paris et montra au roi les preuves de la conspiratioti; mais on fit peu de cas de l’avis qu’il avait donné, et Henri IV fut tué. Plus tard on poignarda Du Jardin, près de Metz, ville dont Te duc d’Épernon était gouverneur ; on le crut mort, et on le jeta dans un fossé. 11 porta plainte au roi Louis XIII, qui le fit emprisonner en i 6 i 5 , d’abord à la Bastille, puis à la Conciergerie. Il subit quatre interrogatoires. Enfin, sans avoir été Jugé, on le mît en liberté, en lui donnant un brevet de 600 livres de pension et des lettres de provision de contrôleur des bières à Paris.
Ce manuscrit renferme tout ce qu’on savait, au seizième siècle, sur les complices de l’assassinat de Henri IV ; et il faut encore nous contenter arqourd*hui des révélations contenues dans les Réflexions historiques d’Augustin Le Petit et dans le Manifeste de Pierre Du Jardin ; car le meurtre de Henri IV est un mystère qui n’a jamais été bien éclairci.
69 . Heuhes br la Yirrgr rt de la Croix, en latin et en françois. Manuscrit du xiii* siècle, în*8 de 1 ag feuillets, ininiatures, rel. en mar. br. à comp. tr. dor. 1,000 fr.
Ce livre d’heures, écrit après ia 45 , est orné de 20 miniatures, de i 3 o grandes capitales sur fond d’or, de 1059 petites capitales gothiques en or ; et de tirets également en or, à la fin des ver sets. On compte au moins douze pages écrites en lettres d’or.
Les pages où se trouvent des miniatures sont complètement encadrées de branchages de houx. — 99 pages ne sont encadrées que de trois côtés par des branches de houx qui se rattachent aux grandes capitales. —Enfin, les appendices vrillés et lancéolés des petites capitales gothiques encadrent d’un seul côté les autres pages.
Ce manuscrit serait magnifique, s’il n’était devenu la propriété d’un certain Mercier, qui le possédait dans les premières années du dix-septième siècle. Nous croyons qu’il a servi de jouet aux enfants dont Mercier a inscrit la naissance dans les blancs du calendrier. — La plupart des miniatures sont fatiguées; mais les portraits de la Vierge, de Jésus-Christ et des anges, qui occupent le centre de 3x grandes capitales, ont été beaucoup mieux conservés. Les petites capitales et les tirets ne laissent
rien à désirer. Au surplus, la plus grande partie du volume n’a subi aucune dégradation.
L’importance, de ce manuscrit consiste surtout dans les nombreux passages des Heures de la Croixy écrits en langue romane. Le Calendrier tout entier reproduit notre idiome national. Ainsi, les mois de mars, juin, juillet, août et octobre sont nommés mairs^ Jugnes^ julet^ awost et octembre. Parmi les saints, nous citerons sains Piere lou mairtir^ sains Nicolais , sainte Gertruis, sainte Potence^ sains Maidair (Médard), sains Burchenieu (Barthélemy), lai tous sains : au a 5 août, au lieu de saint Louis, on trouve sains Genoy».
Voici le prologue des ïfeures de la Croix : « Ci apres coman- « cent les Houres de lai croix en romant qiie'pape Jehans fist et « donnait à tous ceulz qui les diront un an de vrai pardon, »
Nous lisons plus loin : « Jhesus quant vostre chair benoite et « preciouse Souffrit pour moy en croix lai mort si dolerouse, « Bien doit 'estre mai pecherise hontouze, Quelle quiert ses sou- « lais ai et si orguillouze. »
On s’aperçoit aisément que ce fragment est en vers, quoiqu’il soit écrit comme de la prose. Cette remarque s’applique à tous les passages en langue romane. Il y a beaucoup de vers trop courts ou trop longs ; mais nous pensons qu’il faut attribuer ce défaut de versification à la négligence ou à l’ignorance du copiste.
70. Hore. Manuscrit du xiv® siècle, vëlin, pet. in-4 de 114 feuillets, 3i miniatures, bordures, raaj. ' rubriques, y. f. compart. à losanges semés de doubles lambdas. i,a5o fr.
Manuscrit de la fin du quatorzième siècle, sur vélin. —• Bonne conservation.— Ce curieux manuscrit est surchargé d’ornements dont la plupart sont fort singuliers. — La reliure a été probablement exécutée sous Louis XIII, et nous ne connaissons que Louis Phelypeaux de la Vrillière qui ornait, à cette époque, les livres de sa bibliothèque d’un double lambda.
Le frontispice représente un paysage au milieu duquel s’élève un arbre touffu. Au tronc est suspendu un écusson royal semé de fleiii's de lis. Sur une branche on voit un hibou entouré d’oiseaux qui le poursuivent de leurs cris. Au pied de l’arbre sont deux lapins et un lévrier.
Ce manuscrit est postérieur à Fan 1847^ mais, si l’on s’en
rapporte à Técusson semé de fleurs de lis, il doit être daté du règne de Charles Y, puisque c’est vers i 38 o que le nombre des fleurs de lis fut réduit à trois, dans Técusson des rois de France. 11 nous est impossible de préciser à quel membre de la famille royale ces heures ont appartenu ; nous manquons de renseigne* ments à cet égard.
Le calendrier est en français. Chaque jour de Tannée donne Tindication d’un saint ; les noms sont alternativement écrits en lettres rouges et noires ; les grandes fêtes, en lettres bleues. Les bordures du calendrier sont à fond d’or, et chargées de ronds et de losanges de diverses couleurs. Sur la bordure extérieure, on a peint un paysage qui varie selon les saisons. Ainsi, aux mois de janvier, de février, de novembre et de décembre, les arbres sont dépourvus de feuilles; au mois de mars, ils reverdissent; au mois d’avril, ils sont en boutons ; au mois de mai, ils fleurissent ; au mois de juin, ils portent des fruits ; au mois de juillet, des singes mangent les fruits mûrs ; au mois d’aoùt, la vigne se couvre de raisins ; au mois de septembre, des singes font vendanges; au mois d’octobre, les porcs vont à la glandée; au mois de novembre, des singes [s’approvisionnent de bois mort.
La marge inférieure contient deux miniatures : Tune est consacrée au signe du zodiaque, et l’autre aux occupations du mois. —- Janvier, un bourgeois assis à table. Février, un damoiseau qui se chauffe. — Mars, un paysan qni taille la vigne. — Avril, une bergère qui cueille des fleurs. — Mai, on gentilhomme conversant avec une damoiselle. — Juin, on fauche. — Juillet, on moissonne. — Août, on bat le blé. — Septembre, on foule la vendange. — Octobre, ou sème. — Novembre, on abat les glands. — Décembre, on tue les porcs.
Entre les deux miniatures de chaque mois, on a ménagé un carré à fond d’or, sur lequel sont écrites des majuscules gothiques, entremêlées de pensées. Comme la lettre M domine, et que les bordures du jardin mystique sont semées de I, nous croyons que ces différents sigles se rapportent aux noms de Jésus et de Marie.
Ce manuscrit renferme trois grandes miniatures sans texte, de quinze centimètres sur neuf; quatorze miniatures de dix centimètres sur huit, et quatorze petites miniatures de quatre centimètres carrés.
Les trois grandes miniatures sans texte représentent le Mariage de la Yiei'ge, Jésus-Christ au jardin des Olives, et le Jardin
mystique I dont les bordures semées de I contiennent les instruments de la Passion.
Les quatorze miniatures de dix centimètres représentent le martyre d’une Sainte, la Sainte Famille, la Salutation angélique, la Visitation, la Nativité, l’Annonce aux Bergers, TAdoration des Mages, la Circoncision, la Fuite en Égypte, la Réception de la Vierge au ciel, Jésus portant sa croix, la Pentecôte, Bethsabée au bain, Dieu le Père dans sa gloire.
Les quatorze petites miniatures représentent saint Luc, saint Mathieu, saint Marc, le Christ mort dans les bras de la Vierge, la Trinité, saint Michel, saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul, saint Laurent, saint Nicolas, sainte Anne, sainte Madeleine, sainte Catherine et sainte Barbe.
Des colonnes en or, d’un dessin assez lourd, servent d’enca-^ drement à la plupart des grandes miniatures. Les figures des personnages sont, en général, finement exécutées. Nous signalerons également les riches costumes en drap d’or, ou ombrés d’or et quelquefois fourrés d’hermine. Nous citerons spécialement le Mariage de la Vierge, la Circoncision, la Réception de la Vierge au ciel, Bethsabée au bain, Dieu le Père dans sa gloire. ^
On compte dans ce manuscrit ao8 majuscules gothiques, trèsélégantes, peintes en blanc sur fond d’or rehaussé de gueules; io 5 o initiales en or sur fond colorié et diapré, et de nombreux tirets or et couleur, de dessins variés.
Chaque page est encadrée d’une large bordure à fond d’or. Quelques-unes de ces bordures sont à rubans, à damier, à losanges, garnies de fleurs et d’arabesques : on trouve, sur le quarante-troisième feuillet, trois grandes fleurs de lis azur. Les autres bordures sont divisées en compartiments, où l’artiste a déployé toutes les ressources de son imagination. Ce sont des oiseaux au riche plumage, des nids pleins d’œufs, des combats de coqs, des chasseurs à l’arbalète, des chiens poursuivant le gibier, etc., etc. Mais comment analyser les 277 sujets grotestjues ou fantastiques peints sur les marges ? Comment décrire les animaux monstrueux, les scènes extravagantes que nous avons sous les yeux? Partout on voit des singes ; des singes savants se battant en duel, se livrant aux plaisirs de la chasse, guerroyant contre des chimères, grimpant à l’échelle, portant des civières, montant sur des hypogrilTes ou des grenouilles de taille gigantesque, chargés de hottes pleines de fruits; d’autres faisant rôtir un serpent à la broche, ou perfectionnant l’éducaüon de leur
MANUSCRITS. iOa
progéniture à coups de verges. Signalons encore des chats faisant la chasse aux souris, péchant des poissons, ou cherchant à saisir un oiseau renfermé dans une cage; des sangliers impossibles^ des limaçons et des papillons monstrueux, des hiboux gris, roses, verts, des écrevisses rouges, etc., etc.
C’est le livre d*heures le plus original que nous connaissions. A chaque page, on trouve une fantaisie nouvelle. On se plaît à parcourir ce curieux recueil de grotesques; mais il fallait être doué d’une foi bien robuste pour lire avec componction les heures de la Vierge, de la Croix et du Saint«£spril, les psaumes péniteptiaux, les litanies et les oraisons qui composent ce manuscrit, sans crainte d’être distrait par les scènes burlesques qui s’étalent sur les marges.
71 • HORE (heures de C atbehine de CLtvESy duchesse de Gueldres). Manuscrit du xv^ siècle, sur vélin, pet. in-4 de 193 feuillets, 71 miniat. (15 de la grandeur des pages, 48 de 6 cent, carrés, 8 sur les marges inférieures), 331 majusc. en or, nombreuses initiales en or ou en couleur, bordures, relié en velours grenat, tr. dor. i5,ooo fr.
Admirable manuscrit; l’un des plus beaux qui existent dans les collections particulières.
Catherine de Clèves, sœur de Jean, duc de Clèves et comte de la Mark, né le 16 janvier i 4 ip> d’Agnès de Clèves, mariée en 1439 avec D.Carlos, fils du roi de Navarre, et d’Adolphe de Clèves, seigneur de Ravestain, né le i 3 mars i 4 ^^i était Glle d’Adolphe, duc de Clèves et comte de la Mark, et de Marie de Bourgogne. Celle-ci était fille de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et de Marguerite de Bavière.
Elle épousa Arnold, duc de Gueldres, fila de Jean d’Egmond et de Marie d’Arckel. Celle-ci était fille et héritière de Jean, comte d’Arckel, et de Jeanne de Juliers. Cette dernière, fille de Guillaume, duc de Juliers, et de Marie de Gueldres, devint héritière de son frère Reinold, duc de Juliers et de Gueldres, dernier mAle de la famille.
Ainsi, Catherine de Clèves appartenait, par sa mère, à la maison royale de France ; par son aïeule maternelle, à la maison de Bavière, et, par son mariage, elle s’allia aux mabons d’Egmond,
de Giieldres et de Juliers. Toutes ces alliances sont représentées par les armoiries peintes qui se trouvent sur la seconde et la troisième page du manuscrit.
Ce volume renferme : i^les heures de la sainte Vierge; les heures de U sainte Croix et de la Passion ; 3 ^ les heures de la sainte Trinité ; 4" les^heures des Trépassés; 5 *^ la messe du Saint- Esprit; 6" les heures de tous les Saints; 7" les heures du Saint- Sacrement ; 8 ^ les heures de la Miséricorde de Dieu ; 9^ et enfin, les vigiles des Morts. Chacune de ces parties est ornée de miniatures relatives au sujet qu’elle traite.
Ce précieux manuscrit sur vélin a été écrit eu Flandre par un excellent calligraphe appartenant sans doute à l’école de Bourgogne. Il est étincelant d’or et de couleurs. Les majuscules, largement dorées, sont rehaussées d’azur et de gueules ; les encadrements des pages, chargés de fleurs et de fruits, d’oiseaux, de grotesques, etc., sont d’une rare élégance. Les peintures, confiées aux plus habiles artistes, égalent et surpassent quelquefois les meilleures productions de l’époque, par la perfection du dessin, l’entente de la perspective, l’éclat et la finesse du coloris et l’exactitude des accessoires. Les figures et les mains des personnages sont d’uni modèle exquis. Nous pourrions encore citer de charmants paysages, des effets de lumière ménagés avec art, des édifices d’une riche architecture, etc. Nous oserons ajouter que la plupart de ces miniatures inspireraient peut-être des chefsd’œuvre aux artistes de notre siècle. Nous ferons remarquer, en outre, que les manuscrits de ce genre, composés pour des princes ou des rois, sont fort rares, et que leur exécution est toujours supérieure à celle des nombreux manuscrits fabriqués dans les abbayes. On n’y employait que des artistes d’élite, et l’on mettait tout en œuvre pour atteindre le plus haut degré de perfection.
Nous allons essayer de décrire les peintures dont ce manuscrit est illustré ; chacune d’elles est accompagnée d’un large en- ‘ cadrement qui entoure la page entière.
P. a. — La duchesse de Gueldres est à genoux devant la sainte Vierge, représentée les pieds sur un croissant, tenant dans ses bras l’enfant Jésus, et placée au centre d’un nimbe d’or. La duchesse prie et prononce ces mots écrits sur une banderole : Mater Dei, memento mei ; elle est vêtue d’une robe de velours rouge et d’un manteau de'même, doublé d’hertnine. Le costume de l’enfant Jésus, parfaitement dessiné et peint, est un joli spécimen des costumes d’enfant au xv‘ siècle. Le riche encadrement
de cette magnifique page se compose de plantes déliées et de fleurs au milieu desquelles se jouent des oiseaux. Aux quatre extrémités de rencadrement, on a suspendu les armes de la duchesse, surmontées de leurs cimiers : les armes de Clèves : de gueules aux rais d’escarboucle, pommeté et fleurdelisé d’or de huit pièces, enté en cœur d’argent à l’escarboucle de sinople ; n? les armes de la Mark : d’or, à une fasce échiquetée d’argent et de gueules, de trois traits; 3 ® les armes de Bavière : losange en bande d’argent et d’azur; 4 ^ les armes de Silésie: d’or, à l’aigle de sable, chargé sur la poitrine d’un croissant d’argent. Au centre de la marge inférieure, les armes de Gueldres, Julicrs, Clèves et la Mark, sont réunies dans un seul écusson. Les armes de Gueldres sont : d’azur, au lion contourné.
P. 3 . — Vision de saint Joachim. L’encadrement de cette page porte à ses extrémités les armes anciennes de la maison royale de France: d’azur, semé de fleurs [de lis d’or; celles de Juliers : d’or, au lion de sable ; et celles de Berg : d’argent, au lion de gueules.
P. ai. — Chant des anges {Te Deum laudamus). Des fleurs et des siliques ouvertes de pois 'de senteur forment l’encadrement.
P. 3 g. — Naissance de la Vierge. Au milieu des fleurs et des fruits de l’encadrement, on distingue deux ruches chargées d’abeilles.
P. 46 . — Consécration de la Vierge. Dans l’encadremeiit on remarque un paon à la queue épanouie et dorée, et no renard.
P. 47* —^ Élection de Joseph par le Saint-Esprit. Dans l’en* cadrement : un bûcheron levant sa hache.
P. 54. — Mariage de la Vierge.
P. 55 . — Envoi de l’ange Gabriel par Dieu le père.
P. 6 a. — L’Annonciation. Dans cette miniature, les détails d’intérieur sont charmants.
P. 63 . — La Visitation. Sur la marge inférieure, Fardste a peint un sujet qui nous semble allégorique. Un enfant a tendu des filets pour prendre les oiseaux et les referme sur l’enfant Jésus, qui s’est assis au centre de ces filets, tenant une pomme d’or de la main gauche. On fait encore usage des filets de ce geni'e : ils sont vulgairement connus sous le nom de nappes.
P. 70. «— La Nativité. Miniature admirable, 1 . 6 $ figures de la Vierge et de Joseph sont d’un fini très-remarquable; la tête du
bœuf^ celle de Tâne et tous les oombreux accessoires, ont été dessinés de main de maitre. Dans l’encadrement, un singe mordant une pomme d’or.
P. 71. — La Fuite en Égypte. Dans l’encadrement : une femme battant du beurre dans nne baratte.
P. 83 . —- L’Assomption. Dans l’encadrement: un singe et un enfant lançant des bulles de savon.
Dans les treize miniatures des heures de la Vierge, l’artiste a souvent représenté la Vierge sous les traits de la duchesse de Gueldres.
Les quatorze miniatures qui accompagnent les heures de la Saiate*Croix et de la Passion de Jésus-Christ, sont autant de tableaux pleins de vie, d’expression et de sentiment.
P. 93. —* La Trahison de Judas. Tableau fort remarquable par l’habile agencement des groupes et par l’expression des fi* guresi Dans l’encadrement : un vieillard portant une lanterne.
P. 106. — Jésus devant Caïphe.
P. 107. — Jésus conspué et souffleté. L’artiste a eu l’heureuse idée de jeter sur la tête de Jésus-Christ un voile blanc qui cache sa figure et lui dérobe la vue des humiliations qu’on lui fait subir.
P. X17. Jésus devant Hérode.
P. 1 as. — La Flagellation.
P. 123 . — Jésus couronné d’épines.
P. 128. Jésus portant la croix. Là fatigue de Jésus-Christ dans cette voie donloureuse est aggravée par deux poids trèslourds qu’il traîne suspendus par des cordes à sa ceinture. Dans l’encadrement: une charmante sainte Véronique étalant l’empi:einte de la sainte face sur son voile«
P. 129. — Préparatifs du crucifiement*
P. i 34 . ~ Jésus crucifié entre les deux larrons. Sur la marge inférieure^ au-dessous de U croix, un ange prie à genoux et la tête courbée vers la terre.
P. i 35 . — Requête des prêtres à Pilate. Sur la marge inférieure l’artiste a peint one chasse à courre.
P. 140. La Descente de croix.
P. x 4 i* ~ Ensevelîssement.
P. 148. — Mise au tombeau.
P. 149. — La Résurrection. Dans l’encadrement: un enfant nu, jouant d’un instrument qui ressemble A une clarinette.
Les heures de la sainte Trinité condetinent neuf miniatures. 3
P. i 56 . — Les Trois personnes de la sainte Trinité siégeant dans le choeur d'une église. Des anges, enveloppés de leurs ailes et priant les mains jointes, occupent les deux tiers de Tencadrement.
P. 157. — Dieu le Père, siégeant dans les cieux. Dans l'encadrement : une chèvre blanche cherchant à atteindre des raisins.
P. 16a. —- Dieu le Fils. Dans l'encadrement : un ange jouant du violon et un enfant nu lançant des flèches.
P. 16 5 . — Les trois Personnes de la Trinité siégeant dans les cieux.
P. 168. — Le Fils reçoit la croix. Dans l'encadrement: un singe mangeant avec une cuiller, et une femme s'apprêtant à tuer un poulet.
P. 171. — Envoi du Fils sur la terre. Sur la marge inférieure : une scène de pêche ; ustensiles de pêche ; canard plongeant.
P. 174. — Sacrifice de la croix. Sur la marge inférieure; transport de la grappe merveilleuse de la terre de Chanaan.
P. 177. — Triomphe du Fils entre le Père et le Saint- Esprit.
P. i8x. —- Adoration de la sainte Trinité.
Les heures pour les Trépassés renferment sept miniatures.
P. 195. — Le Purgatoire, représenté par des âmes en prière plongées dans la gueule enflammée du Léviathan.
P. aoo. —• L’Agonisant. La composition de ce tableau est d'une effrayante vérité : deux hommes transportent un agonisant couehé, nu, sur un drap, et vont le déposer sur la paille. L’ex« pression de ces trois figures est saisissante.
P. ao 3 . — Office des Trépassés.
P. ao6. — Un Enterrement. Cette cérémonie funèbre est dessinée avec autant de vérité que la scène de l’Agonisant
P. 309. — Messe des Morts. Dans l'encadrement: un enfant jouant avec une crecelle.
P. 210. —• Trois Ames en prière dans la gueule du Lévûb* than sont accoudées-sur une table et servies par un ange.
P. ai 5 . — Délivrance des âmes du Purgatoire. Sur la marge inférieure l'artiste a peint uue chasse aux oiseaux avec des lacets et avec un trébuchet.
I.a messe du Saint-Esprit (p* 219) est ornée d’une miniature représentant l’entrevue de saint Pierre et de Simon le Magicien ;
le Saint-Esprit plane au-dessus de la tête de saint Pierre. Dans rencadrement : un paysan tondant sa brebis.
Sur la mai^e de la p. aaa on voit quelques dessins non coloriés : un enfant jouant avec un petit moulin fiché dans une noix ÿ un grotesque versant dans un vase le contenu d’une pinte.
Les heures de tous les Saints ; sept miniatures.
P. a 3 a. —- Adoration de Dieu le Père par les saints et les saintes.
P. a 33 . •— Adoration par les anges.
P. a 36 . — Adoration par les apôtres^
P. a39. — Adoration par les quatre évangélistes, dont trois sont représentés par les animaux mystérieux.
P. a4a. — Adoration par les saints.
P. a 45 . — Adoration par les saintes*
P. 249. — Saint Pierre, saint Jean et saint Martin.
Les heures du Saint-Sacrement ; neuf miniatnres.
P. a 63 . — Joseph et ses frères en Égypte. Dans l’encadrement ; un portefaix chargé d’un sac de blé.
P. 267. •—* Adoration du Saint-Sacrement.
P. 270. — La Communion.
P. 273. — Adoration du Saint-Sacrement par Àaron, Isaïe, saint Paul et saint Luc.
P. 276. —- La Manne dans le désert.
P. 279. — Les Disciples d’Emmaüs (rupture du pain). Costume singulier de Jésus-Christ,
P. 282. — La Pâque des Israélites.
P. 286. —- La Cène. Jésus-Christ présente à Judas agenouillé un morceau que celui-ci reçoit dans^sa bouche. C’est un superbe tableau qui peut servir de modèle aux artistes modernes.
P. 287. — Messe du Saint-Sacrement.
Les heures de la Miséricorde de Dieu : une miniature.
P. 3 o 3 . — L’Homme de douleur. — Adoration de Jésus- Christ sortant du tombeau et emportant les instruments de la Passion. — Sur la marge inférieure, l’Agneau sans tache.
Les Vigiles des morts: deux miniatures.
P. 338 . — L’Enfer. C^est une des belles pages du manuscrit. L^artisle a déployé, dans ce tableau, toutes les ressources de son imagiiîation. La structure de l’enfer est fort originale, et nous la croyons inédite. Nous ne saurions décrire exactement les nombreux épisodes de ce drame lugubre. Les personnages microsco-
piques et les détails les plus minutieux de cette composition ont été exécutés avec une hardiesse et une netteté peu ordinaires.
P. 339. — OfBce des Morts.
Ce manuscrit renferme donc soixante-trois miniatures, plus huit sujets peints sur les marges inférieures, tels que les chasses, la pèche, etc.
Les miniatures des Heures de Catherine de Clèves ne sont pas seulement remarquables sous le rapport de Tart, elles offrent encore beaucoup d'intérêt sous le rapport des mœurs et des usages du XV* siècle. £n effet, on y trouve les costumes du temps; voyez pages 47, 107, i6d, 174, iB 5 , aoo, ao6, ao8, 209, 219, a 63 , etc.; des costumes de deuil, pages 2o3, 206, 208, 209, 889; la forme de certains meubles, pages 89, 46, 62, 106, etc.; des outils et ustensiles, tels que: tarière et maillet, p. 129; hache, pages 47» 129; ciseaux, page 219; hroaette^ page 338 ; échelle, page i4o; torches, page 106; pot-au-feu, pages 98, 208; lanterne, p. 98; couteau,page 168; sonnette, page 209; baratte, page 71; cuiller, p<*ige 168; gobelet, page 214; panier en jonc, page 70, etc.; des instruments de musique: voyez pages 2,70, 107, i 35 , 149, 162, 184,1^5,194 ; des jouets d*enfant, pages 83 , 209,222 ; des scènes de chasse, de pèche, pages 63 , i 35 , 171 et 21 5 .
Parmi les animaux reproduits dans ces miniatures, nous citerons le bœuf, l'âne, la brebis, la chèvre, le chien, le chat, le lion, le cerf, le daim, le renard, les abeilles et une foule d'oiseaux tels que l’aigle, le paon, le cocf, le cormoran, le chat-huant, etc,, etc. Nous indiquerons enfin les paysages remarquables des pages 63 , 70, 71, 128, i34, 219, etc.; rarchitecture de quelques édifices, pages 46, 54, 62,70,106, i 56 ; et les grotesques dessinés ou peints dans les encadrements et sur les marges, pages 55 , 62, 70, 97, i 34 ,148, 179,186, 189, 214, 222, 277, 294, 3 oi.
72. Hore. Manuscrit du xv^ siècle, sur vélin, miniatures, bordures, armoiries, in-iô à grandes marg« V. ant. bl. tr. dor. écussons sur les plats avec les noms René Millon. {ReL anc.) 1,000 fr.
Ces Heures ont été exécutées pour Isabeau d'Écosse, fille du roi Jacques 1**’, et duchesse de Bretagne, le 3 o octobre i 442 , par son mariage avec le duc François La première miniature, peinte sur un feuillet qui sert de fron-
tispice aux heures de la Vierge^ représente la duchesse Isabeau couronnée et priant à genoux; derrière elle se tient debout saint François, qui la soutient et lui présente une croix hourdonnée. Saint François est évidemment la figure allégorique de François^ duc de Bretagne, mari dTsabeau. La robe de la duchesse est mipartie de Bretagne et d'Êcosse. Scs armes sont rqiroduites dix^sept fois dans les bordures et huit fois dans les majuscules.
Mais ici se présente une difficulté. Le calendrier indique au a7 mars le dimanche de Pâques (resurrectio Domini), Or le mariage de la duchesse Isabeau eut lieu en i44a, et Pâques n’est tombé le 27 mars qu’en i 44 u, puis après en i 5 oa. On ne peut dater ce manuscrit de i 5 oa, puisque la duchesse Isabeau mourut en 1494; il a donc été exécuté en 1440, c’est-à-dire près de deux ans avant qu’Isabeau d’Ecosse fût duchesse de Bretagne. Nous ne saurions expliquer cet anachronisme qu’en supposant que les ornements de ce volume sont postérieurs à son exécution.
Ce manuscrit ne laisse rien à désirer pour l’élégance des bordures, le dessin des majuscules et des initiales, la netteté de l’écriture et la finesse du vélin. .
Les quatorze miniatures qui décorent le volume sont d’un style singulier. Les personnages, bien dessinés et presque toujours convenablement posés, ont quelquefois des figures grotesques. Voyez le saint Joseph de la Natipité^ les apôtres dormant au jardin des Olives, etc. Ces miniatures représentent : la duchesse Isabeau (miniature à fond de damier) ; la Salutation angélique ; la Visitation ; Jésus crucifié ; la descente du Saint-Esprit ; la Nativité ; l’Annonce aux bergers ; l’adoration des Mages ; la Circoncision ; la Fuite en Egypte ; la Réception de la Vierge au ciel ; la résurrection des morts ; Jésus au jardin des Olives.
Les pages à miniatures sont entièrement encadrées de larges bordures formées de filets en spirale auxquels se rattachent des fleurs, des feuilles et des fruits en or et en couleur finement dessinés et rehaussés de points d’or. Vingt-trois autres pages ont des bordures plus étroites, mais également délicates et élégantes, qui s’étendent sur trois marges.
On trouve dans ce volume trente-six majuscules coloriées sur fond d’or : huit sont ornées des armes de Bretagne et d’Écosse ; vingt-huit, de branches de houx. On compte encore près de dix—sept cents initiales en or sur fond de couleurs variées. De
nombreux tirets eu or et en couleur terminent les lignes incomplètes. ,
Les rubriques sont presque toutes en langue française, et les sept derniers feuillets du manuscrit contiennent un règlement, en français, pour la conduite d*une dame chrétienne. En voici le titre : Ci ensuit enseignement pour les pucelles et pour aultres, Nous en extrayons le passage suivant : « Amie, ne soyez mie « vol un tiers en compaignie noeseuse ne roesdisante et gardez ft vostre bouche de parler d’autri en mal et auzi nen oyez point ft volentiers parler* 9
Le scribe avait laissé sept pages blanches entre Toffice des Morts et les heures des Anges. Ces pages ont été remplies, par la duchesse Isabeau elle-même, à'Oraisons à Jésus-Christ, sur la Passion et sur les sept Paroles* On doit remarquer que ces prières sont arrangées pour Tusage d’une femme, car on lit : Pro^ picius esto michi peccatrici j Matri tue hllam esse facias. C’est un précieux autoosaphe de la Ducasssa Isabeau.
U existe à la Bibliothèque impériale un autre Livre cTheures fait pour Isabeau, duchesse de Bretagne j il est du meme format que notre manuscrit ; c’est un in-16 à grandes marges, de deux cent vingt-cinq feuillets, orné de cinquante-quatre miniatures. Les portraits d’isabeau et du duc François, sous la %ure de saint François, sont reproduits, sur deux feuillets, dans la même attitude que celle que nous avons indiquée pour notre manuscrit. Les armes, miparties de Bretagne et d’Écosse, se trouvent dans trois majuscules et sur les marges des deux pages A portraits* Les deux Livres éCheures paraissent avoir été écrits par le même calligraphe et illustrés par le même peintre. Seulement celui de la Bibliothèque impériale, incomplet des quatre premiers feuillets du calendrier, contient vers la fin de longs passages en français, et une complainte autographe de la duchesse Isabeau sur la mort de sa sœur Marguerite, première femme du Dauphin, depuis Louis XL De plus, la duchesse a apposé sa signature : Isabeau, sur plusieurs feuillets.
73 . HORE. Manuscrit de la fin du xv® siècle, sur vélin, pet. in-8 de i6a feuillets, bordures, miuia* tures, init. rel. en velours vert, tr. dor. l^jooo fr.
SUPEEBB XANUSGUT, DE l’EXECUTION LA PLUS EEMAEQUABLB. LeS
bordures qui ornent chaque page, et dont la composition varie
lift MâNÜSGRITS.
à riofini, sont d*une finesse rare; les miniatures, d’un goût ex> quis, diffèrent essentiellement de celles qu’on trouve ordinaire— ment dans les manuscrits du xv* siècle. On y reconnaît le ton demi-grisaille adopté par les artistes de l'école d’Albt, qui n’a produit qu’un très-petit nombre de Livres d’heures (i). Les majuscules et les initiales, en or sur fond de couleur, sont élégamment ornées de fleurons et de feuillages.
Quoique les dimensions du vélin soient de 1 5 centimètres sur lo, cependant le texte occupe seulement 6 centim. de haut et 4 centim, de large; en ajoutant la bordure de a centim., on s’aperçoit que texte et bordùre forment un carré de 6 centim., et laissent pour les marges ix centim. dans un sens et 4 centim. dans l’autre.
En ouvrant le volume on ne voit que miniatures, bordures à fond d’or, initiales et tirets en or et couleur : ce manuscrit est vraiment un précieitx bijou.
Les bordures sont ornées d’arabesques, de fleurs, de fruits, d’oiseaux, «d’animaux et de figures fantastiques ; le tout admirablement dessiné et peint. Les encadrements des miniatures sont encore plus chargés d’ornements en tout genre.
Parmi les dix-neuf miniatures que renferme ce manuscrit, onze sont encadrées, et huit n’ont point de bordures. Ces dernières sont de beaux tableaux dans lesquels se déroulent plusieurs scènes différentes.
En voici la description :
I. Saint Jean, dans l’ile de Pathmos, écrit son évangile; son aigle tient l’écritoire dans son bec.
a. La Vierge et l’enfant Jésus.
Les huit miniatures suivantes, ^ns bordures, occupent la page entière.
3 . La Visitation.* Dans un compartiment, à gauche, la Purification. Au-dessous, dans le lointain, le baptême de Jésus- Christ. Et en bas, Jésus et les docteui's de la loi. Dix personnages.