‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 27 sur 36 · OEuvres diverses, en prose et en vers. Manus · texte numérisé non relu

OEuvres diverses, en prose et en vers. Manus

crit du XV® siècle, sur papier, écriture cursive, in-8 de 260 feuillets. i 5 o fr.

Ce manuscrit important, daté et signé en plusieurs endroits par le copiste, Philippe Biard, Sçnlaris Edue percunctatusy contient les pièces suivantes :

! 9 a MANUSCRITS.

1® ExPOSiTiovs des Évangiles pour tous les dimanches de tannée (8i feuillets). Expliclunt Exposiüones Evangeliorum exarate per me Philippum Biardi tune temporis scolaris Edue percunctati^ anno Domini mit^ cccd^^ Ixf** xx^* octavà die mensis aprilis secundd hord post meridiem. Biardi. La copie de celle pièce. fut donc achevée le a8 avril 1470, à deux heures après midi : on ne saurait exiger une date plus précise; La plupart des Expositions commencent ainsi : « Bonnes Gens, Monsieur sainct Mathieu (ou Monsieur sainct Jehan) nous tesmoigne en la saincte Evangile du jour duy....tiCet ouvrage inédit diffère complètement des Expositions de Tévéque de Paris^ Maurice de Sully.

A® La Passion tle Jésus-Christ ^ en prose (61 feuillets). — Ce récit, extrêmement curieux, a été composé d’après l’Évangile apocryphe de Nicodème et la branche du Saint-Graai, dite de Joseph d’Arimathie. On y remarque surtout la descente de Jésus- Christ aux Enfers, racontée par deux morts qui étaient ressuscités. Premières lignes : « Au temps que Jesucrist prit mort et passion en Jherusalem soubz la main de Ponce Pilate qui estoit senescalx

de Julie César empereur de Rome. \ y avoit ung homme qui

s’appelloit Nichodemus lequel estoit Juif et sy avoit cent che* valiers soubz luy aux gaiges de l’empereur. » A la fin : « Explicit passio... per me Philippum Biardi .•«•• anno Domini miP*^ cccd^* 1^0 seconda die mensis februarii hora seconda post meridiem. C’est le Procès et roman de la mort et passion de Jésus-Christ, qui existe à la Bibliothèque impériale, en un manuscrit du commencement du xv« siècle.

3 ” \jbl Passion de Jésus-Christ ^ mystèro ( 3 A feuillets). Premiers et derniers vers du Prologue :

«< Oyes les bons entendes mey,

Je vous commandes de par le roy,

De par Pilate le prevost Que TOUS ne disiez ung seul mot.

Car nous voulions monstrer lystoire De la passion Jhesucrist. »

« Cy voulions encommancier De U passion le traictier Quy se taisera je ly don Sept vin ans de vray pardon. »

Le mystère finit lunsi :

« El se tu nas pitié de moy.

Au moins aies pitié de toy. ••

MANUSGEITS. m

Ce mystère inédit est tout à fait différent du célèbre Mystère de la passion attribué à Gréban.

4 ® La Destruction de Jérusalem faite par Vespasien et par Titus son fils ( 3 a feuillets). •— Copie du roman inédit et rare intitulé dans d’autres manuscrits : Fengeanoe de la mort de NostreSeigneur» Premiers mots:* Après quarante ans que Jhesucrist fut myst en croix en Jherusaîem, Vespasien, filz d’August César, estoit de Rome empereur et d’Almaigne et de toutes Lombardie...» C’est un résumé d’anciennes légendes, telles que celles de sainte Véronique et du supplice de Pilate à Vienne, légendes qu’on trouve rarement ailleurs que dans le Saint*Graal. Les anciens chroniqueurs respectaient fort peu la chronologie. Nous avons vu plus haut que Jésüs*Christ mourut du temps de Jules César. Dans la destruction de Jérusalem, Vespasien, his d’Auguste, règne quarante qns après la passion du Christ; Pilate est mis à mort sous le règne de V^pasien ; et sainte Véronique vivait encore l’an 70 de notre ère : tous ces personnages devaient être bien vieux.

5 ® Un Sermon en français, de Jean Gerson.

6" La Fie de saint Alexis, en vers (47 pages)* Une légende de saint Alexis, en prose, a été imprimée vers i 5 oo; mais la légende en vers est inédite. Premiers vers :

•t En honneur de Dieu le Père tout-puissant Qui nous feist et forma tous à ion semblant,

Vous veulx raconter ung exemple.

Dutig moult vaillant prodomme. »

Derniers vers^

« Saint Alexis soufirist Grant tribulacion Pour avoir paradist. »

7® La Passion de sainte Marguerite, en vers (10 feuillets). Cette légende paraît être celle qui fut imprimée plusieurs fois vers la 6n du xv* siècle ; mais les éditions imprimées sont aussi rares que les manuscrits. Nous ferons remarquer que le livre imprimé contient seulement 647 vers, tandis que notre manuscrit renferme 666 vers, plus une oraison de huit vers*

« Après la saincte passion Jbesncrist a lasoension ; Pois quil fost es cieh monté Forent aucons de grant bonté De mojnnes et de r^ÿon. »

Derniers vers :

■ Souvant il ot on chanter ■

Les bons anges et moult tormenter Les mescreans que Dieu ne croient Que iilec grant demenoient Des miracles que Dieu faisoit Pour ce que illec estoit. *

8® Un Sermon en français, de saint Bernard.

9° Instruction pour faire son salut : « Si tu veiilx pleinement faire ton salut, il te faut faire nécessairement deux chouses. »

io° « Cy commence une parfaicte memoyre de la vertu de tribulacion. ».

Cette analyse suffit pour faire apprécier l’importance de ce recueil du xv® siècle, qui se compose de pièces très-rares, et qui peut fournir de nombreuses variantes pour rectifier le texte de dix ouvrages en prose ou en vers.

130 . Olivo (Fabio) de Forli. Vita di Caterina Sforza di Medici. Manuscrit du xvi® siècle, sur papier, in -4 de 284 pages, titre encadré, portrait de Catherine^ init. à vign. vél. blanc, tr. dor. 5 oo fr.

Ce beau manuscrit, d’une conservation parfaite, est dédié à François de Médicis, grand-duc de Toscane, arrière-petit-fils de Catherine Sforza. En conséquence, il a été composé de 1574 à i587 , et il paraît être le manuscrit de présentation. Le titre est encadré de dessins à la plume qui rivalisent avec les meilleures gravures sur bois; on y remarque la Guwre de Milan et six génies portant les boules des armoiries de Médicis. Le portrait de Catherine Sforza est également dessiné à la plume, avec un riche encadrement à la Guiçre de Milan. Le portrait, les ornements du titre et les deux majuscules sont certainement l’œuvre d’un grand maître,et donnent beaucoup de prix à ce manuscrit.

Catherine Sforza fut la victime des révolutions qui déchirèrent l’Italie à la fin du xv® siècle. Elle lutta avec énergie et au péril de sa vie contre les insurrections de ses sujets et contre l’invasion étrangère; mais elle succomba, écrasée par des forces supérieures. La comtesse d’Imola a tenu un rang si distingué dans l’histoire des Romagnes, qu’elle n’aurait pas dû être oubliée par les biographes. Cependant nous ne connaissons que sa vie écrite en italien par l’abbé Buriel, et imprimée à Bologne en 1795.

Nous ignorons si l’abbé Buriel a fait usage de l’œuvre de Fabio Olivo, qui est restée inédite.

Catherine, fille de Galéas Sforza, duc de Milan, née en 1460, épousa, au mois de mai i 477 ) Jérôme Riario, comte d’Imola : six enfants naquirent de cette alliance. En 14B0, le pape Sixte lY ajouta aux possessions du comte d’Imola la ville de Forli. Le i 4 avril 1488, Jerome Riario fut poignardé à Forli, et son cadavre, jeté par la fenêtre. Les conjurés saccagèrent ensuite le palais de fond en comble, se saisirent de Catherine et de ses enfants, et tentèrent même de les assassiner dans leur prison. Puis, par un retour de fortune, les habitants de Forli se soumirent, et, le 3 o avril, proclamèrent pour leur seigneur le fils aîné de Catherine. Cette princesse vengea cruellement la mort de son mari : elle fit supplicier les assassins et leurs complices. Elle gouverna ses États avec vigueur, et déjoua plusieurs conspirations ourdies contre son autorité et contre sa vie. Elle se maria * en secondes noces, vers 1498, avec Jean de Médicis, qui mourut le 14 septembre 1498; elle eut de cette union un fils unique, Louis de Médicis, plus connu sous le nom de Jean VInvincible,

En i 499 ) Alexandre VI, qui convoitait les Romagnes,

déclara les Riario déchus de leurs fiefs, prétendant qu’ils n’avaient pas payé le cens dû au saint-siège, tandis que ceux-ci prouvaient qu’ils lui avaient fait des avances considérables. César Borgia, duc de Valentinois, s’empare d’imola j et, le 19 décembre i 499 > la ville de Forli lui ouvre ses portes. Mais Catherine s’enferme dans le château et en soutient le siège pendant vingt-deux jours. Enfin, le 12 janvier i 5 oo, le Valentinois prend d’assaut la forteresse , et fait Catherine prisonnière. Elle est bientôt transférée au château Saint-Ange, et le pape Alexandre VI lui intente un procès criminel, comme coupable de lèse-majesté, sous le prétexte qu’elle avait essayé de le faire empoisonner. Mais, l’année suivante et par l’intercession du roi de France, Catherine fut mise en liberté, après dix<huit mois de captivité. Elle se réfugia à Florence, où elle mourut dans la retraite.

La vie de Catherine Sforza est intimement liée à l’histoire de l’Italie. La comtesse d’imola défendit courageusement ses États contre Farmée du pape Alexandre VI, et elle ne tomba entre les mains de ses ennemis qu’après la chute de la dernière forteresse qui s’opposait encore à l’occupation illégale des Romagnes.

MAMJSCRITS.

13 i. Or]>inariu8 horarum roglrsib Trevirensis. Manuscrit du XV* siècle^ sur vëlin, in-fol. de 8a feuillets, init, peau de truie sur ais en bois, coins, et fermoirs en cuivre. {Reliure primitwei) loo fr.

Ce manuscrit a été exécuté en Allemagne, Tan 1481, ainsi que le prouve la souscription : « Oonscriptus est hic Ordinarius.. • anno sub dalo millesimo quadringentesimo octuagesimo primo, per me Jobannem Pistoris de Monthabnr, in crastino dominieali judica expletus. » Jean Pistoris acheva d*écrire ce Missel le lundi après le dimanche de la Passion, c’est-à-dire le 9 avril 1481; mais le manuscrit original était plus ancien.

Voici le titre exact de l’ouvrage : « Incipit Ordinarius horarum ecclesiæ Trevirensis a revcrendo in Christo pâtre, et domino Baldwino de Lotzenburg, prefate uii)is sicut ecclesie archiepiscopu, innovatus et correetus. » £t, dans le Prologue, on lit que ce nouveau Missel fut composé en l’année iB 45 . Baudouin de Luxembourg, frère de l’empereur Hentî VU, archevêque de Trêves en i3o 7, mourut en iB 54 .

Ce livre a été écrit par Jean Pistoris deMonthabur ou Monthabor, pour Tusage de l’église de cette localité. Aussi, parmi les anniversaires inscrits sur le calendrier (malheureusement incomplet de dix-sept feuillets, et ne commençant qu’au 17 septembre), on trouve, au 3 novembre, l’anniversaire de Jean Pistoris, et, au jour suivant, l’anniversaire de Gute Heüten, mère de Jean Pistoris. L’usage trop fréquent de ce registre d’anniversaires en a fortement noirci les feuillets, tandis que le texte du Missel est parfaitement conservé.

Sur le feuillet 8, resté vacant, on lit l’extrait d’une ordonnance de Clément Wenceslas, archevêque de Trêves, datée du x 3 novem* bre 1769, et publiée en chaire à Monthabor, le 4 février 1770, par laquelle l’archevêque prescrit la suppression de plusieurs fêtés ; puis, une demande adressée au consistoire archiépiscopal par le curé et les vicaires de Monthabor, en l’année 1787. Il résulte de là que ce Missel n’a pas cessé d’appartenir à l’église de Monthabor, depuis 1481 jusqu’en 1787.

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MANUSCIOTS.

132 . Oabrks ROTAüit. Comptes de la Grande*Tré« sorerie des Ordres du roi, pour les années 1706 à 1712. 7 parties in-foL manuscrites^ sur vélin, dos et coins de mar. vert. 780 fr.

Superbe manuscrit. — Ces sept comptes, formant ensemble i 34 feuillets, furent présentés le ao janvier 1715, arrêtés et signés par les commissaires nommés ad hoc par le roi. Ils fournissent les ré* sultats complets de la gestion financière des ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel, confiée^ pendant sept ans, à Michel Chamillart, chevalier, ministre d*État et commandeur des ordres. Il succéda, dans la charge de grand trésorier, à Gilbert Colbert de Saint- Pouenges, mort le 2a octobre 1706. Son fils unique, François Colbert de Chabanois, brigadier des armées du roi, rendit compte ' pour l’année 1705, et remit à Chamillart les archives et les joyaux de l’ordre du Saint-Esprit. L’inventaire occupe plusieurs chapitres du compte de 1706, et il est reproduit, pour décharge, à la fin du compte de 17x2, attendu que Chamillart avait donné sa démission en faveur de M. (îhauvelin, qui fut pourvu de la grande trésorerie des ordres, le 7 décembre 17x3.

Parmi les pièces inventoriées, nous signalerons les lettres patentes de Henri lli, du mois de décembre x578, contenant les statuts et règlements de l’ordre du Saint-Esprit ; plusieurs registres des armoiries des chevaliers reçus à la première promotion et k la cinquième, au chapitre tenu à Reims, le juin i 654 , lors du sacre de Louis XIV, et à la promçtion de l’an 1675; en outre, des lettres patentes de Henri IV et de Louis Xlll, des arrêts du conseil, etc., pour la concession et la confirmation des privilèges des chevaliers du Saint-Esprit.

Nous citerons encore les pièces relatives à un prêt de deux cent mille livres fait par l'ordre du Saint-Esprit, pour payer les Suisses, en i 65 o. Cet événement fut accompagué de circonstances singulières. Par arrêt du conseil, du i*'juin x 65 o, on enjoignit au grand trésorier de l’ordre de payer à l’Épargne deux cent mille livres, qui devaient lui être remboursées, en i 65 i, sur les deniers du droit annuel, avec ordre au trésorier des parties casuelles d*en délivrer une promesse. Mais le trésorier, nommé Housset, refusa obstinément de souscrire cet engagement. Néanmoins, comme le roi, ou plutôt Mazarin, avait besoin d’argent, le duc d’Orléans, Gaston, écrivit au grand trésorier pour l’inviter à verser les deux cent mille livres ; dix chevaliers de l’ordre signèrent une autori-

sation dans le même but. Ënfin^ le lo juin i 65 o, le receveur général du marc d’or, en l’absence du grand trésorier, reçut commandement par huissier de fournir les deux cent mille livres aux colonels des Suisses. Le receveur général déclara qu’il ne pouvait satisfaire à ce commandement^ à moins qu’on ne lui remît un engagement du S*" Housset. Sur quoi, l’huissier et les colonels conduisirent le receveur général dans la prison du For-l’Évéque; et là, avant de l’écrouer, ils lui signifièrent qu’ils allaient faire ouvrir, par un serrurier, son cabinet et son coffre-fort pour y prendre deux cent mille livres. Us le ramenèrent alors à son logis, et ce ne fut qu’en présence du serrurier que, pour éviter l’emprisonnement et l’effraction de sa caisse, le receveur général paya les deux cent mille livres, en protestant contre la violence qui lui était faite.

L’ordre du Saint-Esprit attendait encore, en 171a, le remboursement de cette somme.

Le trésor de l’ordre possédait des tapis, des dais, des coussins, des chasubles, etc., en toile d’or ornée de broderies ; des croix en cristal garnies d’argent, un bénitier en jaspe, des bassins, des coupes, des encensoirs, des masses en vermeil, de magnifiques reliquaires, dont l’un était enrichi de dix-sept saphii's, douze rubis balai et vingt-neuf perles; et une foule d’autres objets précieux. Nous indiquerons spécialement : «Un livre des Évangiles, couvert de velours cramoisi, à fermoirs de vermeil doré, ou sont figurées les cérémonies observées à la réception des chevaliers, avec son étui en maroquin rouge à fleurs de lis d’or. »

Les recettes de la trésorerie des ordres du roi consistaient principalement dans les produits du droit du marc d’or, qui s’élevaient en moyenne à quatre cent mille livres par an ; mais la moitié de ce droit avait été engagée par le roi, dès l’année i 656 . Ainsi, le grand trésorier ne recevait, en réalité, que deux cent mille livres environ. Les recettes étaient cependant augmentées par la perceptiou de quelques droits nouveaux. Aussi, le compte final de la gestion de Chamillart se solde par un excédant de recettes, montant à quatre-vingt-treize mille livres.

Les dépenses ordinaires se composaient des croix que l’on fournissait aux chevaliers nouvellement reçus ; des sommes données, chaque année, au roi (6,000 livres), et aux commandeurs ( 3 ,000 livres à chacun d’eux) ; des gages des officiers, parmi lesquels est compris Clairambault, généalogiste des ordres, qui recevait 2,700 livres d’appointements, et, en outre, une gratification annuelle

pour ses travaux et recherches : pendant les années 1706-1712, il toucha, pour cet objet, une somme de 8,726 livres.

Dans les dépenses extraordinaires, nous citerons les articles suivants ; Dubois, relieur, reçut, en 1707, 244 livres 10 sols, pour 34 volumes reliés en maroquin rouge et en veau fauve; en 1709, 193 livres, pour 38 volumes eu maroquin rouge; en 1711, 102 livres 10 sols, pour 14 volumes eu maroquin incarnat; en 1712, 189 livres, pour xo statuts, 10 petits Iwres de prières, et 6 cata? logues des chevaliers, eu maroquin rouge.

Léonard, imprimeur, reçut, en 1706, 28 livres pour avoir impiimé 28 exemplaires des règlements sur le marc d*or.

La veuve Chardon reçut, en 17x1, 5 o livres 4 sols, pour le papier et Timpression de i 3 exemplaires du catalogue in-folio des chevaliers.

Le Clerc, graveur ordinaire du roi, reçut, en 1709, 400 livres, à compte des dessins et gravures des cérémonies des ordres du roi; il reçut, en 1710, un nouvel à compte de 5 oo livres; enlin on lui paya, en 1711, i, 3 oo livres, tant pour avoir dessiné et grave une planche de la marche du roi Henri 111 , avec les chevaliers, pour aller recevoir Tordre du Saint-Esprit chez, les pères Augustins, en 1678, que pour autres dessins et gravures de Tordre.

Rochefort reçut 40 livres pour avoir levé et mis au net, au château de Berny, le dessin de la cérémonie de la réception du collier dé Tordre du Saint-Esprit par le.roi Louis Xlil.

On pourrait extraire de ces comptes un ample et cuiîeux recueil de noms propres. On y trouve, en effet, les noms de tous les chevaliers des ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel, admis pendant les années 1706-1712; l’indication des ofHciers de Tordre du Saint-Esprit, depuis le cardinal de Janson, aumônier, aux appointements de trois mille livres, jusqu’au sieur Dobremel, gardemeubles de Tordre, aux gages de neuf cents livres; les noms des trésoriers généraux et des contrôleurs du marc d’or ; des secrétaires du chancelier, du grand trésorier, du grand secrétaire des ordres, etc., etc.

133 . Origenis Omelie. Manuscrit du xT siècle, sur vél. iii-fol. à 2 col. feuillels, inil. riibr mar. brun, fil. à froid. {Belle reliure.) 600 fr.

Très-beau manuscrit, bien conservé. L’écriture du texte et des rubriques atteste une haute ancienneté. Les titres courants sont

en caractères allongés, qui rappellent l’épocpie carlovingienne. Les majuscules en rouge, d*un style élégant et quelquefois singulier, ont leurs extrémités tournées en volutes et feuillées : on pourrait extraire de ce manuscrit un superbe alphabet. On Ht sur le dernier feuillet : Liber Sancte^Marie de Roseriis. C'est l’abbaye de Notre-Dame de Rosières, fondée en 11 3 a, dans la Franche- Comté, entre Déle et Ârbois. Cette souscription est en caractères majuscules moins anciensrque le texte.

Les manuscrits des Homélies d*Origène,en latin, sont fort rares, et nous n’en connaissons pas d’éditions imprimées. Notre manuscrit contient deux prologues de saint Jérôme; vingt-six homélies sur le livre de Josué; neuf, sur le livre des Juges; un commentaire en deux livres sur le Cantique des cantiques ; une homélie sur le livre des Rois ; neuf homélies sur Isaïe ; quatorze sur Jérémie, et deux sur Ezéchiel.

i 34 . Obl^ass (Marc d’). Mémoiressor la plupart des grands capitaines, qui ont naguère servi l’Empire contre la France. Avec la véritable origine du cardinal Mazarin. Donés au public par un seigneur alemand, en 1673, et dédiés à S. A. de Turenne, par Marc d’Orléans, sieur de la Gravière, natif de Bourges, en i 674 < Manuscrit pet. in -4 de 4 i 3 pag. portr. V. brun. i 5 o fr.

Ces notices biographiques, rédigées par un Allemand et publiées par Marc d’Orléans, de Bourges, sont dédiées au maréchal de Turenne. Ce manuscrit nous parait être autographe. Il est orné d’un portrait gravé de Turenne, remonté et accompagné d’un madrigal signé M. D. L. G. (Marc de la Gravière). Il faut avouer que notre Berrichon n’écrivait pas mieux en vers qu’en prose. Voici le madrigal t

Mars ! essaye a paroistre L*arbilre des combats.

Ailleurs où tu pourras;

Chez nous tu rencontres ton tnaistre Dans le grand printæ icy portrait.

Par les miracles qu'il y fait

Premières phrases de la dédicace : « Le hazard m’ayant doné ces Mémoires assez particulici*s, j’y vis d'abord que les métatit

au jour, je ne pouvob les présenter à persone en France qui les reçust mieux que Votre Altesse, puisqu'aucun de ce royaume ii’y a plus de part qu’elle y en a. La construction de leur auteur, Allemand et soldat, m*enosteroit pourtant le dessein...» L'Allemand, auteur du texte de l'ouvrage, pouvait revendiquer, commue son œuvre, cette Ëpitre dédicatoire. Le style et Torthographe ne démentiraient ]>as cette attribution* Malgré tout, ces Mémoires offrent de Tiutérét. On trouve réunis, dans un seul volume, des documents importants sur les plus célèbres généraux de l’Empire qui luttèrent contre les armées de Louis XIV. Us sont au nombre de treize : Tilly, Galas, Piccoiominj, Lamboy, Bek, Jean deWerth, Papenheim, Âldringhen,Gildehaze, Eingfort, Hasfeld, le comte de Souche et Merci.

La Véritable origine dm cardinal Mazarin n’est qu’une masarinade. Le biographe qui, dit*iJ, avait recueilli ses renseignements à Rome, nous apprend que le père du cardinal était Pierre Mazarini, fils naturel de Jules Cenarini, qui se fit jésuite; que le nom de Mazarini vient de Mazare, lieu de naissance de la mère, et que celle-ci donna à sou fils des armoiries formées d'une partie des siennes. Cette histoire s’arrête à l’époque où le cardinal de Richelieu le prit en amitié. 11 termine en critiquant la conduite de Mazarin lors des négociations pour la paix de Munster, et en lui reprochant d’avoir amassé des millions pour euricbir sa famiUe, au lieu de les employer au service du roi.

135 . OviDii Nasonis Heroïdes. Manuscrit du xiu* siècle, sur vëlin, pet. ia-4 de 46 feuillets. 4oo fr.

Ce manuscrit, sur vélin fort, de 87 vers à la page, a un peu souffert des injures du temps. Le vélin a noirci; le 46 * feuillet est raccommodé, et les dei'niers mots de quatre vers ont été restitués. Mais on Ut aisément le manuscrit d’un bout à l’autre.

Ni titres ni rubiiques. Les héroïdes ne sont distinguées que par des majuscules coloriées. Voici la souscription du copiste :

« Qui scribit scribat, semper cum Domino vivat.

Tallis sum scriptor, Petrus dé Arias nomine vocor,

Üeo gratias. Amen. »

Les héroïdes, insérées dans les œuvres d’Ovide, sont ordinairement au nombre de ai. Notre manuscrit, quoiqu’il soit complet, n’en renferme que 20 ; elles sont rangées dans l’ordre suivi

pour les éditions imprimées. G*est la quinzième héroïde,

Phaoniy que le copiste n’a pas transcrite.

Les manuscrits anciens des auteurs classiques offrent toujours de Tintérêt par les variantes qu'on y recueille.

136 . OVIDII NASONIS(P.), de Arle amandi lib. 111 . et de Remedio amoris lib. H. Manuscrit du xv® siècle, sur vélin, in-8, de* 88 feuillets, miniat. bord, init.rel.en mar. v. fil. tr. dor. rel^ 5 , 5 oo fr.

Superbe manuscrit, d'une charmante écriture italienne, sur vélin d'une finesse et d’une blancheur peu communes. D'après une note inscrite sur le plat extérieur du volume, ce manuscrit provient du cabinet de Henri III. 11 est vraiment digne, à tous égards, de figurer dans une collection royale. Les quatre grandes miniatures dont il est orné, les encadrements de la première page de trois livres, les majuscules historiées, les initiales de chaque vers alternativement or et azur, et la beauté de l’écriture, font de ce manuscrit un objet d'art précieux.

La première miniature, placée en regard du titre de VArtd*ai^ mer^ représente la course d’Atalante; l'encadrement de ce tableau est divisé en compartiments, dans lesquels sont peints sept sujets différents, quatre bustes d’empereurs romains en or, dix->sept Amours posés, çà et là, au milieu de riches arabesques. — La seconde miniature, composée de huit sujets, sert d’encadrement uu titre, suivi des quatre premières lignes du poëme écrites en lettres d’or : on y voit quatre bustes d’empereurs et vingt-quatre Amours. — La troisième miniature, posée en regard du titre du Remède d'Amour, représente la mort de Didon et sept autres sujets dans les compartiments, ainsi que quatre bustes d’empereurs et vingt-sept Amours. — La quatrième miniature, encadrant Je litre et les quatre premières lignes écrites en lettres d’or, contient huit sujets. Dans certains compartiments qui n’ont pas 1 centimètre de large, on distingue très-bien plusieurs personnages et des paysages variés.

Nous renonçons à décrire la finesse des peintures, la correction du dessin, la perfection des figures et des mains, la richesse et la fraîcheur des costumes, et l’exactitude de la perspective. Qu’il nous sufGsc de dire que ces miniatures sont évidemment l’œuvre d'un grand maître. Nous citerons encore trois admirables bordures, or et couleur, formées de points d’or radiés, de fleurs

du plus frais coloris, d’oiseaux au riche plumage, de bustes en or, le tout rattaché par d’élégantes arabesques et par des feuillages gracieusement ondulés. N'oublions pas les trois majuscules en or sur fond azur diapré d’or, dans lesquelles l’artiste a peint des portraits d’une exquise exécution*

C’est un des plus beaux manuscrits à miniatures, de l’école i talieiine, que nous ayons encore vus.

137 . Paraphrases et méditations dévotes, en prose et en vers. Manuscrit du xiv* siècle, sur vélin, pet. in-4 de 189 feuillets, mar. r. compart. à la Dusseuil, fil. tr. dor. 600 fr.

Manuscrit français d’une bonne écriture, bien conservé, et mélé de prose et de vers; il est orné de majuscules coloriées. — Le style de l’ouvrage est du xiii* siècle, et l’auteur était évidemment originaire du nord de la France.

Ce manuscrit paraît être divisé en trois parties; nous indiquerons les divers opuscules qu’elles renferment.

Premiers mots de la première partie : « Noslres sires dist la u les trésors est la est les coers : et S. Augustins dist que amours est demoustranche doeure. » Les neuf premiers feuillets contiennent les dits des saints et des sages. Parmi ces dits, nous avons remarqué la fable de l’Écrevisse et sa Fille: « Li creuaiche dist a sou petit crcuechot ; uo droit, lu uas a reboiis. Dist li petit creiieclios : ie uois ensi com tu uas, et se tu aloies droit ie yroie ossi. Ensi font les prelas qui ont a warder les âmes ; ils font les grans pechies et reprendenl les prosmes‘(i)-}»

io« feuillet : Le$ quinze degrés pour aller en paradis,

II* feuillet : Pensées et méditations pour assister dévotement au service divin. L’auteur nous apprend que nous serons en paradis (c en tel maniéré que li poissons est aysies en lyauwe de toutes pars. » C’est-à-dire, en bon français, que nous serons, en paradis, aussi heureux que le poisson dans l’eau. Et plus loin : Apries penses as virgenes qui sont les flours et les lis de paradis, les cambourieres a le royne dou chiel qui sieuent laigniel tout par tout U il ua. Que les aultres saints faire ne poeent. Car ce sont celles qui mainent les carolles et les danses de paradis et cantent une nouelle canchon que nuis ne poet canter; etdeceli confrarie

(i) Prosmes, proismes; proximiy le prochaiq.

est U roys et la royne de paradis. » Cette confrairie dansante et chantante rappelle un peu le paradis de Mahomet.

i8* feuillet ; Sensieuent les tourmens que on ara en injier.

feuillet : Chi apries sensieuent li article des dix commundemens,

feuillet : Le Pater en rommanch, Noiis transcrivons cette curieuse traduction : « Nos peres qui ies eschieux donne que tes nonssoit sainteûies. Nous et sainte eglize en cui tu régnés uiegne au royal me de paradis. Donne nous que uo uolentes soit faite en tiere ausi que elle est faite el chiel. Donne nous a le iournee no pain. Pardonnes a cliiaus qui nous ont meffait. Sire, ne soeffre nulle teinptation qui nousgicttecheen pechiet. Sire, deliure nous du mal. Que Dieux lottroit« u

a8® feuillet : Li xij articles du Credo, et U expositions.

3a« feuillet : Les ioies de paradis.

. 34* feuillet ; Les vij saoremens,

35® feuillet : Pièce de 199 vers françois sur la Tribulation :

« Ly bons nest nient nés el monde Pour esbatre, ne pour iuer,

Ne pour canter, ne pour danser,

Pour reposer, ne sotijer.

Anchois est nés pour trauilüer,

Et si est nés pour labourer,

Corn est li oisiaus pour uoler. »

La deuxième partie commence, au f® 41 ^ par des Méditations sur la vie de Jésus-Christ, et des Oraisons pour le salut de ràme.

6a® feuillet : Chi apries sensieut que Nostre Dame fist quant on crucefia son treschier fil ihesucffs. Ce sont des méditations et des oraisons sur la passion de Jésus-Christ, sur les paroles qu’il adressa à la Vierge et di son cousin saint Jean, et sur la douleur excessive que ressentir la vierge Marie pendant et après la Passion.

La troisièhie partie commence au P 8a. Premiers mots ; Nous deuons scauoir quele coses sont necessaires a celuy qui uoelt de- Liotement orer. » Ce traité de Toraison huit au P 100 , par ces mots ; N Clii fault li traitiers de orison : c’est li léchons de lame quon doibt uolentiers lire. Quisouuent le lirasaprendera a uiure de la uie dou chiel. » Ce traité est suivi de le ordenanche de le Mcsse^ et rie la Description de Varbre de vie.

110 * feuillet : Lef xij frais de la vie actiue; li proffis de confession^ et les vij condicions.

MANUSCRITS. 21 i

iii* euiilet : Se/isicut une bielle doctrine que uns religieux enuoyn a une sienne fille cspirituelle,

£nün, ii 5 ® feuillet : Due longue Oraison à Jésus-Christ, et deux autres pièces dévotes, foruiant ensemble 876 vers français. Le manuscrit finit ainsi sur le 189^ feuillet :

Que puissious perdurablement Acomplir son commandement En ceste mortel desertine Et li amer si doulchement Quil nous en doiost en paiement l.a ioie qui onques ne iiue. Amen.

Ce beau manuscrit est un précieux spécimen de la langue romane et de la poésie au xiii” siècle. Les passages que nous avons cités suffisent pour faire apprécier les talents deTauteur, comme prosateur et comme poète.

138 . Parlement. Journal historique et du Palais (du 12 novembre 1718 au 22 février 1723). Manuscrit du Aviii'’ siècle ; iH-4 de 809 feuillets et 4^ pages impr. v. f. fil. tr. dor. (Ànc, rel.) aoo fr. Manuscrit d’une belle écriture. Pages encadrées d’un filet rouge. Ce Journal des délibérations du parlement de Paris est fort important pour l’histoire de la régence; il emhra.sse la période comprise entre le la novembre 1718 et le aa février I7a3, c’est-à-dire depuis la conversion de la banque générale de Lavr en banque royale jusqu’à la majorité du roi. Tous les édits relatifs au sys^ tème sont enregistrés, jour par jour, dans ce manuscrit : ce qui le rend indispensable pour rectifier les dates et les faits de cette époque, si féconde en événements extraordinaires*

L’auteur de ce Journal est évidemment Moreau de Nassigny, président de la première chambre des enquêtes, et frère de Moreau de Séchelles. {f'oy, ai juillet et 17 septembre 17x0.) Il a intercalé, à leurs dates, la déclaration du roi, imprimée, du ai juillet içao, pour la translatioirdii parlement à Pontoisd: une autre déclaration, également imprimée, du 16 décembre i7ao, pour le rétablissement du parlement à Paris; et, à la suite de la première déclaration, un Journal de la translation du parlement à Pontoise par le pi'ésident Hénaiilt, cinquante-neuf feuillets* Ce manuscrit, d’une auti'c écriture que celle de l’ouvrage du président de Nassigny, est inexactementlntitulé. C*est un journal des démarches

faites par le président Hénault et par d’autres conseillers, pendant les vacances de 1720, pour obtenir la publication du fameux mandement du cardinal de Noailles, dont dépendait le sort futur du parlement, (jui avait déjà reçu Tordre de quitter Pontoise pour se rendre à Blois.

Le Journal du Palais s’arrête au aa février 17^3. Il est suivi des procès-verbaux du lit de justice du aa février I 7 a 3 , dans lequel fut déclarée la majorité du roi ; et du lit de justice tenu le 8 juin i 7 a 5 , pour faire enregistrer Tédit de la levée du cinquantième du revenu des biens pendant douze ans. Cet impôt exorbitant provoqua de vives remontrances de la part du clergé et des parlements de Toulouse, de Rouen, de Bordeaux, de Metz et de Bretagne. Ces remontrances forment la dernière partie du volume.

Voici quelques notes que nous avoqs extraites du Journal du Palais :

8 mai 1719. Lettres patentes qui établissent l’instruction gratuite dans l’université de Paris, nu moyen de la vingt-huitième partie du bail des postes, consacrée au payement des professeurs.

5 juin 1719. Déclaration du roi qui suspend, pendant un an, toutes les disputes et contestations sur la bulle Unigenitus.

]3 décembre. Établissement de la juridiction du premier chirurgien du roi sur les barbiers, perruquiers, baigneurs et étuvistes, dans toute Tétendne du royaume.

2 mars 1720. Réunion de la charge de garde du cabinet particulier des livres, au Louvre, à celle de* maître de la librairie et garde de la bibliothèque du roi.

10 avril. Édit de réunion de la charge de bibliothécaire de Fontainebleau à celle de bibliothécaire du roi, en faveur de Tabbé Bignon.

Au 10 octobre 1720, les billets de la banque s’élevaient à la somme de 2,696,400,000 livres.

Au départ de Law, le i4 novembre 1720, il ne restait en caisse que 600,000 livres, pour payer toutes les dé(>enses de l’État.

i*^mars 1721. Remontrances du parlement au sujet de l’évocation au grand conseil du procès criminel intenté contre le duc de la Force. Ce duc et pair, Tune des créatures de Law, avait acquis par Tagiotage une grande fortune. Afin de se débarrasser des billets de banque qu’il possédait, il avait acheté une immense quantité de marchandises, qui furent déposées dans le couvent des Grands-Augustins. On y compta cinquante-trois mille pièces de porcelaine. Le corps des épiciers et celui des faïenciers poursui-

MANUSCRITS. 2^ i

virent le duc de la Force par devant 4 e parlement. Le duc fut admonesté, et les marchandises furent confisquées et vendues au prolit des épiciers et des faïenciers.

3 i juillet 1721. Détails sur la maladie du roi.

10 août 17211. Détails sur les causes de Tarrestation du maréchal de Villeroy et sur son exil.

139 . Parlemewt. Exil et suppression du Parlement de Paris, en 1771. Manuscrit du xviii*siècle; in- 4 y de 3 i 4 pages, v. rac. fil. i 5 o fr.

Manuscrit d'une bonne écriture et d'une conservation parfaite. C'est un recueil très-important des pièces relatives à l’exil et à la suppression de l’ancien parlement de Paris. Ce volume peut servir à rectifier des dates et des faits que certains historiens n’ont pas indiqués avec exactitude.

On sait que la lutte s’engagea, entre le parlement et la cour, à l'occasion du procès intenté au duc d'Aiguillon, pair de France et gouverneur de la Bretagne. Dans un lit de justice, tenu à Versailles le 27 juin 1770, le roi défendit au parlement de continuer la procedure. Le 2 juillet suivant, le parlement suspendit le duc d’Aiguillon de ses fonctions de pair. l.e lendemain, un arrêt du conseil cassa celui du parlement. Remontrances, etc. Les vacances mirent fin aux hostilités: mais le roi, ayant appris que le parlement se proposait de poursuivre le procès du duc d'Aiguillon, fit enlever les pièces du greffe. Puis, le 28 novembre, fut présenté au parlement le fameux édit qui.défendait au parlement de Paris de se servir du terme de classes, en parlant des autres parlements, de leur envoyer des mémoires, dont on pouiTait induire une association entre eux; de cesser le service, et de donner sa démission. Cet édit, par sa forme sévère, ressemblait à un réquisitoire contre les parlements.

Le 3 décembi*e, le parlement présenta au roi des représentations dans lesquelles il déclare'qu'il ne peut enregistrer cet édit sans se couvrir de honte. C'est la première pièce de notre manusciit. Elle est suivie de la réponse du roi : « Vos représentations, dit-il, ne contiennent que des déclamations contre des personnes qui méritent la confiance dont je les honore. Je vous

ordonne d’enregistrer mon édit dès demain. »

Arrêté du |)arleuieut, du 4 décembre. 11 refuse d'enregistrer l'édit « qui compromet les droits les plus précieux des sujets du roi, leurs propriétés, leur liberté, leur vie et leur honneur. »

Réponse du roi : «levons ferai savoir mes intentions. *

Le 5 décembre, les gens dn roi retirent l’édit. l.e même jour, le parlement proteste contre tout ce qui pourrait être fait pour prévenir ou étouffer ses justes réclamations.

Pour vaincre cette résistance à ses volontés, le roi tînt un lit de justice à Versailles, le 7 décembre. Nous avons le discours du chancelier Maupeou, accompagné des réflexions critiques d*un ancien magistrat; la réponse du premier président et celle deM Séguier, avocat du roi.

Suit le texte de l’édit du roi, qui commence ainsi : « L’esprit de système, aussi incertain dans ses principes qu’il est hardi dans ses entreprises, on meme temps qu’il a porté de funestes atteintes à la religion et aux mœurs, n’a pas respecté les délibérations de plusieurs de nos Cours. •

Le 10 décembre, le parlement arrête que le premier président se retirera sur-le-champ devers le roi, pour lui faire part de son impuissance à faire exécuter l’édit.

Procès-verbal de la séance du ao décembre. Le premier président annonce qu’il n’a pu obtenir une audience du roi. On apporte alors à la cour des lettres de jussion. Après les avoir lues, le parlement arrête qu’il ne peut obtempérer aux ordres du roi.

JLe parlement avait cessé de rendre la justice, et il n’avait point repris ses fonctions, lorsque, dans la nuit du 19 janvier 1771, chaque membre est réveillé par deux mousquetaires, qui lui présentent l’ordre de reprendre son service et de signer oui ou nouy sans explication ni commentaire. Plusieurs, troublés par une telle mesure, signèrent oui; mais, le lendemain, ils rétractèrent leur consentement. La nuit suivante, des huissiers leur notifient que leurs charges sont confisquées, et des mousquetaires se présen- ' tent,porteurs de lettres de cachet qui les exilent tous dans des lieux éloignés.

Lettres patentes du a 3 janvier 1771, qui ordonnent aux officiers du grand conseil de se réunir en parlement, et d’en exercer toutes les fonctions, tant au civil qu’au criminel.

Le 8 février, le parlement de Rouen adressa au roi de vives réclamations contre l’édit du mois de décembre, et contre la dispersion des membres du parlement de Paris, « victimes de leurs devoirs. »

Le 18 févner, la cour des aides de Paris fit également de violentes remontrances sur le même sujet. Klles commencent en ces termes : « l.a terreur que l’on veut imprimer h tous les ordres de

rÉtat n’n point ébranlé votre cour des aides. » Et, plus loin : « Les droits de la nation sont les seuls que nous réclamons aujourtrhui.»

Ëdit du roi, du aa février, portant création de six conseils supérieurs, établis dans Tancien ressort du parlement de Paris, à Arras, Blois, ChAlons-sur>Marne, Clermont-Férrand, Lyon et Poitiers.

Discours du chancelier, lors de rinstallatioadu nouveau parlement de Paris.

Le 27 février, remontrances de la chambre des comptes sur Tédit du mois de décembre, et sur les actes du pouvoir absolu.

Le 4 mars, arrêté du parlement de Dijon, qui refuse de reconnaître les conseils supérieurs, attendu que Tédit de création n’a point été enregistré par le véritable parlement de Paris, -qui existe toujours, malgré la dispersion de ses membres.

Le 19 mars, nouvelles remontrances du parlement de Rouen.

Le 22 mars, arrêt du parlement de Rouen, qui fait défense de mettre à exécution, dans Télendue de son ressort, les actes émanés des juges établis par les lettres patentes du 23 janvier et par Tédit de février.

Le 22 mars, arrêt de la cour des aides, qui défend*à tous les officiers de son ressort de reconnaître comme arrêts du parlement les actes émanés des gens du conseil siégeant indûment dans le lieu des séances du parlement de Paris, etc.

Autre arrêt, du même jour, de ladite cour des aides, qui proteste contre la prétendue érection d’un nouveau tribunal au lieu du parlement de Paris.

Le 24 mars, arrêt du conseil d'Etat, qui casse et annule les deux arrêts de la cour des aides, comme attentatoires h Tantorité du roi et au respect qui lui est dû.

Ici finit notre manuscrit. Nous ajouterons, pour clore ce grave épisode de Thistoire parlementaire, que le roi LouisXV tint un lit de justice, le i 3 avril 1771, et qiTil y promulgua trois édits : le premier cassait Tancien parlement; le second créait le nouveau; et le troisième cassait la cour des aides, qui avait soutenu avec tant d’énergie les droits de Tancien parlement et le maintien des constitutions du royaume.

Cette lutte de la cour et du parlement fit surgir des idées nouvelles. Pour la première fois, on défendit avec vigueur les droits de la nation; on écrivit au roi qu'il n’y avait plus d’étals généraux , et que le peuple ne pouvait faire entendre ses doléances. Enfin, on reconnut qu’il existait des lois constitutionnelles que le

souverain ne devait pas enfreindre, et on déclara abusifs les actes du pouvoir absolu. Après avoir lu les remontrances du parlement de Rouen, de la chambre des comptes et de la cour des aides, on pressent riiiiininence d*une révolution.

140. Padli (Beali) Ëpistole, cum glosâ. Maiiuscril du XI* siècle, vélin ; pel. in.-4 i46fT. v. m. 3oo fr.

Ce beau manuscrit, d*une écriture fort ancienne, ne peut être daté que de la seconde moitié du xi^ siècle ; car le glossateur cite très-souvent les Commentaires sur saint Paul, composés par le célèbre Lanfrnnc, qui mourut en 1089. Le vélin est blanc et fort; mais, comme cette matière était rare au xi^ siècle, on ne rejetait pas les feuilles défectueuses. Ainsi, le 140* feuillet était trop court : le copiste Ta fort adroitement allongé au moyen d’un morceau de parchemin cousu avec un crin blanc.

La glose occupe les deux marges ; et les lignes du texte, tracées à la pointe sèche, sont assez espacées pour recevoir encore une foule de notes interlinéaires. La glose et les notes, en caractères minuscules, sont d’une netteté remarquable: on y trouve beaucoup d’onciales.

Ce volume renferme treize épîtres de saint Paul. Nous ne possédons que des fragments de la quatorzième, adressée aux Hébreux ; le manuscrit est incomplet des cahiers T et U et de plusieurs feuillets du cahier X. Malgré cette lacune, qui existe dans la dernière épître, notre manuscrit doit être recherché pour la beauté de l’exécution et pour l’antiquité du texte et des commentaires. On ne collationne jamais un ancien manuscrit avec des éditions imprimées sans découvrir des variantes curieuses ou importantes.

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