‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 31 sur 36 · FATRAS · texte numérisé non relu

FATRAS

« Or gardes mieulx vos geliues Que trois grues orphelines

N’oot fait lasne de Lcscoc Qui a de excuse par signes Le premier cop de matines Qui sendormoit en un noc Et quant il fut mat dun roc Il abati ses voisines Puiz leur vend y par raccroc Son chat plus de trois poitevines Que rembourc ne fist son coc. »

EOTUEHGBS.

« Au verl bois vois Pour oyr l’oisillon ;

A mon chois crois Qu’aveuc l'esmerillon Feray maison. Raison

' Le vuet, aussi je le congnois. »

Nous passons sous silence les Âudengières, les Esquartelés, les vers monorimes, etc., etc.

« Cy après sensuient aulcuns noms de poètes, de Dieux, de Déesses, de philosophes, de patriarches et de magiciens selonc la poetrie d’aucuns gcneraulx philosophes et poètes. » Voici dans quel ordre sont rangés ces poètes et philosophes : Amphitryon, Démophon, Phaelon, Vulcan, Philomena, Proserpina, Atropos, Lichaon, Naason qui est appelé Ovide, Dido, Enoc, Hélie, Deucalioii, Gnnimèdes, Apollo, Dedalus, Calhniiis, Yo, Gabaon, noble chevalier de la connestablerie de PhebuSjfut cellui qui bailla les règles de bataille à Josué^ Abacuch, Cachus, Sanson, Judic, Hercules, Bacchus, Loth, Neptunus, Serès, le dieu des blés et frère de Zéphirus^ etc., etc. L’auteur explique moralement l’histoire de la plupart de ces personnages. Derniers mots du chapitre: Et ainsi appert que qui auroit toutes les vertus dessus nommées^ chanter pourroit Te Deum laiidamus. »

Les a4 feuillets suivants contiennent le Dictionnaire des rimes, écrit sur trois colonnes. On trouve ensuite àes Ballades^ àesLais et des Rondeaux. C’est alors que finit la Seconde Rhétorique, et c’est là que P. Dompiengne a apposé sa signature. Il a cependant ajouté à cette œuvre: une Sote Chanson, deVuatierMaqueau, de Douay, \e Trésor ou Testament, de Jehan de Meun, et le Petit Testament du meme poète. La dernière pièce du recueil, intitulée VOspital d'jémours, a été écrite par un autre copiste de la même époque. Enfin, sur Tun des feuillets restés vacants, on lit

deux petites pièces de vers du xvi® siècle : l'une est un peu libre; Tautre a pour sujet TÉloge du duc et du cardinal de Guise*. Elle exhale un certain parfum de la Ligue.

R Car Tun de soy coignoiasant combien craint,

Veut eslrc un roy, sa justice il advance;

Et Tautre un Pape imite, tant est saint. »

Nous avons longuement analysé ce manuscrit, et cependant nous ne l'avons fait connaître que très-imparfaitement. L'espace nous a manque pour signaler tous les passages qui intéressent la langue française, les notices extraordinaires composées sur des personnages de l'antiquité, les singularités dont abondent lesiîégles de la seconde Rhétorique, et tous ces vers d’un rhylhme bizarre, qui pourraient fournir un ample appendice à la Poétique curieuse publiée par G. Peignot. Prose, poésie, préceptes, exemples, notices biographiques, naïves histoires, tout est mêlé dans ce manuscrit ; et cette variété de sujets en rend la. lecture attrayante.

162. Remonstrances sur les misères et abüz de ce* MONDE, pour retraire uog cbascuo de péché. Manuscrit du XVI® siècle, vélin, pet. in -8 de 90 feuillets, init. rubriques, mar. vert, comp. à fil. dos à pet. fers, doublé de mar. rouge,dent. fil. tr. dor. {Thowenin.) 45o fr.

Très-joli manuscrit, en caractères romains imitant l'impression, •orné de majuscules et de tirets en or sur fond diapré. La première page est encadrée de larges filets d’or, et le litre est entouré 'de compartimenfs qui forment un trapèze.

On lit sur le premier feuillet cette note autographe: r Le Sire Cardin de la Londe, mon père, m’a donné ce livre le jour de Juing i 547 « grâce en veuille avoir l'âmeF * Sur le

dernier feuillet : « Ce présent livre a esté escript d’un religieux de Joznphat nommé frère Jacques Chesnart, le 27» jour de May 1537. Dieu en ayt l’âme I »

Ainsi, ce manuscrit a été exécuté en i 537 , probablement pour Cardin de la Londe, d’une famille noble de Normandie, par le frère Jacques Chesnart, qui lui-méme était Normand.

C*est ou recueil de poésies morales du xit® siècle et du xv*. Premiers ters :

« Misérable monde Qu*est-ce que tu penses Puant et immunde,

Sac tout plein d'offenses. »

La deuxième pièce est une Instruction et doctrine a bien vivre et mourir^ en stances de quatre vers, telles que celles-ci :

« L’estât du monde est variable;

Me cuyde nul qu'il soit estable.

Le temps se change en peu d’heure ;

Tel lit maüu qui au soir pleure.

Tant que tu seras en puyssance,

Chascun le fera révérence;

Mais se fortune t'est contraire,

Adonc verras chascun retraire. *

On trouve ensuite un Dicton delà Mort et un Dicton aux jeunes mariés,

Sensuyvent plusieurs beaux dicts de Christine de Pisan, adressés à son fils. Ces Enseignements en vers, de la célèbre Christine de Pisan, occupent 37 pages et forment la partie la plus intéres- Simtè du recueil. Nous avons remarqué les recommandations suivantes :

« Se le veulx chastement vivre,

De la Rose ne lis le livre.

Ne Ovide de l’Art d’aymer,

Dont l'exemple faict à blasmer.

Se lu veulx lire des batailles Êt des r^nes les convcnailles.

Si lis Vincent et aultres maincto Les faicU de Troye et des Romains. »

Beaux Dieu de Christine sont suivis des Enseignemens utiks et prouf Etables. — Contre les excès de boire et de manger.

« Les excès qu'on faict en jeunesse De boire, manger ou sauUer,

Ils se retrouvent en vieillesse Et viennent le corps tourmenter. »

Bon régime pour le corps et i’dme, — Bons enseignemens. Ballades morales. Bandeaux et Dictons. — Ensuyt la Foye de

Paradis, — Dépotes Contemplations sur tes paroles de Pilate : Ecce homo. Ce recueil finit par ce dicton :

« Jeunesse bruit en delict et en pompe Sans méditer à la mort nullement ;

Mais quant la mort souffle dedans sa trompe,

Il fault partir et ne sçaict on comment. >

11 paraît que le frère Chesnart était un homme positif. 11 ne lui suffisait pas de compiler des Remonstrances sortes misères du monde et d’offrir à ses amis un bon régime du corps et de Vdme : il trouvait encore utile de leur apprendre la valeur des monnaies, et, de plus,

« Entre vous qui vouliez comprendre Combien c’est que vouliez despendre Au pris de vostre revenu,

Tout est cy dedans contenu. »

Après avoir fait le calcul de plusieurs monnaies^ c’est-à-dire des deniers, des doubles, des liards, des blancs, des karolus, des unzains, douzains, trezains et testons, depuis cent jusqu’à mille, Tau* teur donne les résultats de la multiplication d’un revenu journalier par les 365 jours de l’année : c’est un Barème du xvi* siècle.

163. Rohan (le chevalier de). Extrait du procès fait au chevalier de Rohan et à ses complices, en Tan 1674 * Manuscrit gr. in-4 de aaa p. v. m. 3oo fr.

Ce manuscrit inédit, qui provient de la bibliothèque Lamoignon, contient tout ce que nous avons de plus complet sur le procès du chevalier de Rohan. Cette conspiration était tellement grave et pouvait entraîner des conséquences si dangereuses pour la tranquillité de la France, et même pour la stabilité du pouvoir monarchique, qu’on n’en laissa rien transpirer au dehors. Les commissaires nommés par le roi pour juger l’affaire en «lemier ressort furent astreints à garder le secret. La Reynie, procureur général de cette commission, écrivit lui-inéme ses conclusions , afin de ne pas confier ses considérants à un secrétaire : les condamnés furent torturés et exécutés dans fintérieur de la Bastille. Le président Hénault, Saint-Simon, les rédacteurs de VArt de vérifier les dates, disent seulement que le chevalier de Rohan fut exécuté pour crime de lèse*majesté. Anqiteül et Voltaire

{Siêcie de Louis XIV) n’en parlent pas. De la Place a publié,dans le huitième volume de ses Pièces intéressantes ét peu connues, des Particularités concernant la conspiration et la mort du chevalier de Rohan. Cet article, de 27 pages, peut servir de complément à notre manuscrit.

Les principaux conjurés étaient le chevalier de Rohan , deuxième fils du prince de Guémené; La Tréaumont, fils d’un auditeur de la chambre des comptes de Rouen ; le chevalier de Préaux (François Du Chesne, chevalier de Malte, neveu de La Tréaumont, âgé de a5 ans); la marquise de Villars, âgée de 34 ans; Vanden-Ende, Hollandais, maître d’école à Picpus.

La Tréaumont, nommé Hatreaumorit dans le manuscrit, se défendit à coups de pistolet contre les gardes qui voulaient i’arréler, et se fit tuer. Le chevalier de Rohan , le chevalier de Préaux et la marquise de Villars,. que plusieurs historiens nomment marquise de Villiers, furent décapités; Vanden-Ende fut pendu. ,

On racontait que la marquise de Villars, deux fois veuve, avait empoisonné ses deux maris. Vanden-Ende, jésuite pendant dix ans et ayant reçu les quatre ordres mineurs, s'était cependant marié ; il avait eu pour élève le fameux Spinosa.

C’est le chevalier de Préaux qui dénonça la marquise de Villars et dévoila toute l’affaire. Aussi fut-il regardé, même par ses juges, comme un malhonnête homme.On l’appliqua à la question très-rifpureusement, ainsi que Vanden-Ende, quoiqu’ils eussent fait des aveux complets.

Le but de cette conspiration n’a jamais été bien connu ; il n’est révélé que dans notre manuscrit. Ijt Tréaumont avait conçu le projet d’ériger la France en république : cette république aurait eu pour chef un général élu paf le peuple. 11 disait qu’après s’étre rendu maître de Quillcbeuf, rien ne lui serait plus facile que de soulever la Normandie, puis de pénétrer jusqu’à Versailles, où on enlèverait le roi et le Dauphin. Vanden-Ende avait été chargé de différentes missions pour se concerter avec les Espagnols et les Hollandais. C’est par suite de ces intrigues qu’on vit croiser, à cette époque, la flotte hollandaise sur les côtes de la Normandie.

H s’agissait donc du renversement de la monarchie de Louis XIV. L’entreprise était hardie; mais les conspirateurs comptaient sur le mécontentement général causé par l’accroissement des impôts, la misère du peuple et les excès du pouvoir absolu.

Noire manuscrit coutient une notice sur Tarreslation des conjurés, les noms des témoins et des juges, les interrogatoires, les recollements, les conclusions du procureur général, Tarrét, les procès-verbaux de torture, les détails sur les derniers moments des condamnés et sur leur exécution : le tout est extrait des pièces officielles les plus secrètes de ce célèbre procès.

On a ajouté à ce volume : Une lettre autographe, signée de Colbert, adressée le 9 octobre 1674 à M. Baisemaux, gouverneur de la Bastille, pour le prévenir (}ue le roi a permis au père Bourdaloue de passer toute la journée du 10 octobre avec le chevalier de Rohan;

Une lettre autographe, signée de la Reynie, adressée au gouverneur de la Bastille, le 27 novembre 1674» à neuf heures du matin (jour de réxécution), pour l’informer que le corps dû chevalier de Rohan devra être remis à sa famille.

3 ^ Une notice autographe sur la manière dont la conspiration du chevalier de Rohan fut découverte par un gentilhomme nommé Cauze du Nozel.

164 . Le Roman de Thoie (par Benoit de Ste-Mauie). Manuscrit du xii® siècle, petit in-fol. sur vélin, à deux col. mar. vert à comp. fers à froid. 1,800 fr.

Ce précieux manuscrit du xii® siècle, en petits caractères trèsnets, a souffert des injures des hommes plus que des injures du temps. 11 est incomplet du premier cahier, du premier feuillet du deuxième cahier, du dernier feuillet du dix-huitième cahier, et de six cahiers environ à la fin. Le premier feuillet existant et le quarante-cinquième sont fort endommagés ; le neuvième cahier n’a que six feuillets au lieu de huit, mais il est complet.

Malgré ces lacunes , on doit conserver soigneusement cette ancienne et précieuse leçon de ce poëme encore inédit, dont nous possédons aa,ooo vers.

Benoit de Sainte-Maure, poète français du xii* siècle, et Champenois d*après Eiistache Deschamps, traduisit en vers Tliistoire de Troie attribuée à Darès Je Phrygien; il débute, comme Darès, par la naissance d’Achille et la conquête de la Toison d’or. Notre manuscrit commence par un discours de Jason à Médée, et il finit lorsque les Grecs voulurent s’embarquer après la prise de Troie et le partage des prisonniers*, et que leur départ fut retardé par le mauvais temps :

Li Teni et H noirs tens félons Cil qui despoille les boissons...

Ainsi ce volume contient en entier la guerre et la prise de Troie^ ainsi qu’une partie considérable de la conquête de la Toison d*or. Les manuscrits de ce roman, exécutés au siècle, sont divisés en chapitres, avec sommaires; mais dans les manuscrits antérieui*s, tels que le nôtre, les chapitres ne sont qu’indiqués par des majuscules gothiques, coloriées.

165. Sainte (la) Bible en français, avec des réflexions, lo vol. — Les Actes des Apôtres, a vol. ; ensemble la vol. in>fol.mar. vert. dent, parsemées de flammes du Saint-Esprit, fleurs de \\s.(^Anc.rel.) 480 fr.

Magnifique collection uniformément reliée et qui faisait partie de VOratoire à Versailles. Ce manuscrit, soigneusement calligraphié, est accompagné de près de 800 gravures.

166. Tristan. Roman de Tristan du LeonoiS| gr. înfol. mai*, brun à comp. fers à froid. a,4oo fr.

Ce précieux manuscrit est un in-folio de 127 feuillets à doubles colonnes, exécuté dans les premières années du xiv^ siècle sur une peau de vélin, dont la rudesse semble accuser déjà une origine méridionale. L'écriture en est belle; mais l’encre a pâli sur quelques feuillets, entre autres sur les derniers, au point d’en rendre aujourd’hui 4 a lecture assez difficile. Des miniatures décorent le bas d’un grand nombre de pages, et seraient toutes aujourd’hui du plus grand intérêt, si les couleurs et quelquefois même les lignes en étaient mieux conservées. Telles qu’elles sont pourtant, on y peut encore étudier les costumes militaires et même les mœurs de ces temps reculés. Par exemple ; il est intéressant de voir au folio 19 Tristan debout jusqu’aux genoux, dans une sorte de cuvier qui lui sert de baignoire, entouré de trois personnages, l’un desquels n’est rien moins que la reine d’Irlande. Cette miniature répond à cette partie du texte : « Un jor « avint que Tristan se bagnoit en une des chambres la Rolne. « Et sachiés que à lui servir estoit venue la roïne meismes, « et Yseut sa fille et maintes autres damoiselles qui demenoient « joie et feste grant, por Tamor de Tristan. Là où elles estoient « devant Tristan por lui servir, uns vallés qi parens estoit la roïne qi aloit regardant ça et là trbve de sus un lit l'espée

« Tristan, celle méismes dont il avoit ocis le Morhout... » On sait le reste, et comment la bonne reine, en reconnaissant l’épée qui avait tranché la tête de son frère, voulut à son tour profiter de l’occasion pour trancher la tête du bon chevalier ; ce qui doit nous convaincre^ une fois de plus, du danger auquel on s’expose en se découvrant devant les dames.

Ces miniatures, toutes grossières qu’elles sont en gravure, révèlent cependant une certaine habitude de dessin. La plupart des chevaux sont irréprochables de forme, de bonne et vive allure, l^es chevaliers se tiennent bien et tombent encore mieux sous le coup de lance ou de glaive qu’ils reçoivent. Les armoiries marquées sur les écus et sur les cottes de maille, distinguent facilement ceux qui les portent et dont la visière est baissée. Ces armoiries, s’il est permis de le dire en pareille matière, sont plus authentiques^ plus anciennes que la plupart de celles que Ton a prêtées dans le siècle suivant aux chevaliers de la Table ronde. Nos ancêtres du xrv* siècle, qui semblent avoir fait un cas particulier de toutes les anciennes légendes bretonnes, et qui se leurraient du chimérique espoir de continuer toutes ces prouesses imaginaires, ne doutaient pas que l’usage des armoiries ne fût établi dès le temps des chevaliers de la Table ronde. Us leur en avaient donc trouvé, puis les avaient empruntées comme du domaine public, aussi bien que tes noms de ces héros dont iis faisaient, pour eux, autant de noms de baptême : c’est ainsi que les Agenor, les Hector, les Brandclis, les Palamède, les Perceval, les Lamoral, les Meliadus, les Tristan, et tant d’autres se reconnaissent encore aujourd’hui chez les descendants de nos anciennes maisons chevaleresques. Mais ces romans primitifs offrent surtout une source pour ainsi dire inépuisable de charmants récits, d’aventures ingénieusement suivies et naïvement racontées. Peut-être un jour la poésie française, aujourd’hui quelque peu fatiguée, y cherchera-t-elle (commeTennison le fait déjà si heureusement en Angleterre) les moyens de se retremper à ces vives sources que la France a jadis ouvertes au monde.

Le Roman de Tristan n’est pas ici complet, bien que le volume soit entier, à l’exception de quelques derniers mots d’un dernier feuillet enlevé. Le copiste n’a recueilli dans ce volume que ce qu’on y retrouve aujourd’hui. Après avoir raconté mieux et d’une façon plus attachante qu’on ne le trouve dans les éditions gothiques du xv^ siècle, la première partie de l’histoire, il sup-

prime les épisodes parasites, qu*on a plus tard rattachés à la légende primitive, pour passer tout de suite aux dernières circonstances de la mort du héros. Dans ce dernier épisode, il a suivi la meilleure leçon, la leçon inédite. Tristan ne meurt pas loin d’Yseult, à la suite d’une blessure reçue par un inconnu; il est frappé par le roi Marc, dans la chambre d’Yseult, au moment où il écoute la reine chanter, en s’accompagnant de la harpe, un lai de sa composition : « Un jour estoit Tristan « entrés en la chambre la roïne, la roïne harpoit et disoit un n lai qu’il avoit fait. Âiidrés l’entent, si le vait conter au roy « Marc , et li rois Marc se travaille tant iqu’il feri Tristan d’un «I glaive envenimé.» ... On pourra lire le beau récit de la mort de Tristan tel qu’il se retrouve ici, dans l’ouvrage intitulé : les Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, tomes 1 et III. Il me reste à dire que les exemplaires manuscrits de Tristan ne se retrouvent plus que dans notre grande Bibliotlièque impériale, dans celle de l’Arsenal, et dans quelques rares dépôts publics d’Allemagne, d’Angleterre et d’Italie. Au point de vue de l’étude des plus anciens monuments de la langue et de la littérature françaises, le volume que j’ai sous les yeux me semble donc présenter un inestimable intérêt. Paulin Paris.

167. Roman de Rod et des ducs de Normandie, par Wace. Manuscrit du xviii' siècle, in-8, rel. 1 5o fr.

Les manuscrits de ce poëme célèbre de Wace sont très-rares. Nous Ven connaissons que trois à la Bibliothèque impériale, et un à la bibliothèque de l’Arsenal. Le premier, du xiii^ siècle, contient seulement la partie du poème, en vers de huit syllabes ; le second, écrit par AndCé Duchesne, est fort incomplet ; le troisième, plein de fautes et de transpositions, a été transcrit sur la copie de Duchesne. Celni de la bibliothèque de l’Arsenal est une copie moderne faite également sur le manuscrit de Duchesne, pour le marquis de Paulmy.

Ce roman du xii^ siècle a été publié complètement, pour la première fois, par M. Pluquet, en 1827, d’après les manuscrits de France et d’Angleterre. L’édition se compose de 16,547 vers et de quatre parties. La première, en vers de huit syllabes, est une histoire des irruptions des Normands en France et en Angleterre; la seconde, en vers alexandrins, comprend l’histoire deRou; la troisième, également en vers alexandrins, celle de

Guillaame Longue-Épée, et le commencement de Thistoire de son fils Richard; la quatrième, en vei*s de huit syllabes^ est plus longue que les trois premières parties réunies, et coritient la suite (le Thistoire de Richard, ainsi que l'histoire de ses successeurs jusqu’en 1106.

Notre manuscrit paraît être aussi complet que l’édition imprimée. il renferme les 16,547 vers et les quatre parties que nous venons de signaler. Seulement l'histoire de Richard a été détachée de celle de Guillaume Longue-Épée, et forme une partie séparée. Cette copie a été exécutée d’après les manuscrits de la Bibliothèque impérialè et de la bibliothèque de l’Arsenal. On a ajouté, à la fin du volume, les suppléments nécessaires pour rendre le poëme aussi complet qu’on peut l’avoir. Des notes marginales servent à expliquer des passages difficiles; et on lit, avant le texte, des notices assez curieuses sur les manuscrits de Rou , que possède la bibliothèque impériale.

Cette copie serait donc le cinquième raanu^rit du roman de Rou, et le plus complet de tous ceux qui existent en France.

168. Saint-Paul-les-BeaüvA ïs. Histoire abrégée de ce monastère^ et autres pièces manuscrites du XVII® siècle et du xviii®, in-4, d.-rel. dos et coins mar. vert. 200 fr.

Recueil factice de neuf pièces relatives à l’abbaye de Notre- Dame de Saint-Paul-lès-Beauvais. En voici le sommaire :

1. Factum, imprimé, de a feuillets in-4, pour les religieuses de Saint-Paul, contre Charles de Combault, chevalier, seigneur d’Auteuil. 11 prétendait que la seigneurie de Vaux, appartenant à l’abbaye , relevait d’Auteuil ; en conséquence, il la fil saisir pour défaut d’hommage, et il en poursuivait la confiscation.Dans ce factum, les religieuses démontrent que les prétentions du seigneur d’Auteuil sont mal fondées, et concluent à ce que la saisie soit déclarée nulle et tortionnaire.

a. Un extrait manuscrit de l’histoire du monastère, qui prouve qu’il est de (bndation royale. — 2 feuillets in-fol., ployés.

3. Lettre aut. s. comte de Saiiit-Chamant ; Versailles, fi janvier 1779. —' Relative.l’acquisition du domaine d’Ézanville, dépendant de l’abbaye de Saint-Paul.

4. Lettre aut. s. soeur Lallart D. (dépositaireyy Saint-Paul, 6 avril 1780. — Travaux de construction à Ézanville.

5 . Lettre aut. s. Villiers ; ao mai 1780. Il demande à l’abbesse de Saint - Paul de lui envoyer une délibération en bonne forme, pour accepter un legs fait au monastère par mademoiselle de Bénévent.

6 . Lettre aut. s. sœur Saint-Hiacinthe; a septembre 1784* — Relative à une jeune pensionnaire entretenue par la comtesse de Polignac.

7. Lettre aut, s. sœur Lallart; Saint-Paul, 29 décembre 1785. —Compliments pour le premier de Tan; placement de 5 oo livres, au profit du confesseur des religieuses.

8. Lettre aut. s. sœur Lallart, dépositaire; Saint—Paul, i 5 mars 1787. — Envoi d’un dossier judiciaire. — Demande si on change encore les vieux louis avec bénéfice. — Désire savoir s’il y a quelque chose d’intéressant à apprendre de l’assemblée des notables.

9. Petit Abrégé de V antiquité de P abbaye de Notre-Dame de Saint-Paul y tiré de Vhistoire de ladite abbaye» — a 5 pages manuscrites, du xvii® siècle. Cet Abrégé a été écrit par une religieuse. — Derniers mots : « Madame de Sourdis succéda à cette abbesse. » Cette abbesse était madame de Pellevé, morte en 1696.

On lit dans cette histoire un fait assez curieux. Les religieuses, ne connaissant point le concordat conclu entre Léon X et François élurent comme abbesse, en i 553 , Charlotte de Monceaux. « Mais elles furent extrêmement surprises de voir arriver chez elles les officiers du roi Henri II, lesquels demandèrent à parler à Tabbesse, à la porte du monastère. Elle s’y rendit; alors ils lui déclarèrent que son élection était de nulle valeur, en conséquence du concordat. Cela dit, ils se mirent en disposition d’enlever l’abbesse par violence. Le bruit s’en étant répandu dans le monastère, les religieuses vinrent de tous côtés pour s’y opposer; les sœurs converses s’y joignirent avec tous les instruments de leur cuisine, et frappèrent rudement sur les officiers du roi, lesquels ne laissèrent pas d’emmener l’abbesse à l’abbaye de Panthemont, qui était alors à trois quarts de lieue de l’abbaye; ils obligèrent cette dame à se démettre de son abbaye entre les mains de Sa Majesté : ce qu’elle fit très-volon tiers ; ensuite de quoi, ils la ramenèrent le même jour. »

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