‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 30 sur 36 · PSAUTIER A L’USAGE DE L’ÉGLISE DE LAN · texte numérisé non relu

PSAUTIER A L’USAGE DE L’ÉGLISE DE LAN

' GRES. MiVNUSCRiT du xiii® siècle, pet. in-fol. miniatures, ais en bois, mar. brun, fd. comp.à froid; Ir. dor. fermoirs en argent. 4)5oo fr.

Magnifique MANUSCRIT sur vklin, d’une conservation parfaite. Il est orné de a4 peintures eu médaillons, sur les marges du calendrier ; de 8 grandes miniatures de la grandeur de la page; de 8 miniatures peintes dans des initiales de 7 ou 8 centimètres carrés et accostés de plusieurs lignes en capitales gothiques, eu or, sur un fond mosaïque, chargé d’ornements divers ; de i 5 o grandes capitales en or et en couleur, auxquelles se rattachent souvent de longs appendices, et d’initiales gothiques, alternativement bien et or. Chaque ligne qui n’est pas entièrement remplie par le verset se termine par un tiret compliqué, soit en or, soit eu couleur, mais toujours de la hauteur des caractères de l’écriture : quelques-uns de ces tirets affectent des formes bizarres.

Le calendrier, écrit en ronge et en bleu, est d’une charmante exécution, et reproduit les plus beaux modèles de récriture du treizième siècle. I^s lettres k.l\ qui se lisent en tête des mois, sont de grandes capitales eu or. Chaque mois est orné sur les marges de deux vignettes en médaillons et sur fond d’or ; l’iine représente le signe du zodiaque, et l’autre les occupations du mois. — Fil Janvier, c’est Janus aux deux visages, assis.devant une table chargée de mets; en Février, un vieillard qui se chauffe; en Mars, la taille des arbres; en Avril, ce sont des fleui's; en Mai, on chasse au vol; en Juin, on fauche les prés ; eu Juillet, ou moissonne ; en Août, on bat le blé; en Septembre, on vendange; en Octobre, on tire le vin; en Novembre on tue les porcs; en Décembre, le bûcheron se met à l’œuvre.

Nous remarquerons que ce manuscrit est presque^ daté. ; Le jour.de Pâques y est indiqué au 27 mars, et le nom,de saint

François s’y trouve; on doit donc en conclure que ce manuscrit

a été achevé en l’an isi 39 ou en ia 5 o. •-

Les jours néfastes^ sont signalés par. les inot$.£^<>^ Nous

regrettons que le copiste n’ait pas réproduit les vers latins caba^ listiques pour toute l’année; car;la leçon qu’il avait adoptée'est fort exacte.'Il s’est arreté au mois de juin. • ^ \ •

Janvier : Jaoi prima dies et septima fine timetur.

Février: Ast februi qiiarla est, précedit lertia finem.

Mars : Martis prima necat eujus sic cuspide quarta est.

Jvrtl : Aprilis in decimo est iindeniim a fine salulat.

Mai : Tercius in Maio lupus est, et septimus anguis. . ' •

Ce Psautier a été exécuté pour l’usage de, réglise de Langres. Kii effet, la cathédrale de Langres est dédiée a saint Mammet ou Mamniès, iiiurtyr. Or on a indiqué dans le calendrier la fête de saint Mammet au 17 août, la translation de saint Mammet an 10 octobre, la dédicace de l’Église de saint Mammet au a6 août. Nous pourrions citer encore, à l’appui de notre assertion, d’autres saints champenois spécialement notés, tels que : la translation de saint Grégoire, évoque de Langres [sancti Gregorii Lingonensis)^ saint Robert, premier abbé de Molémes, diocèse de Langres, saint Rasle, Basolus^ ermite en Champagne, saint Berchaire, premier abbé de Hautvillers, près de Reims, saint Vinebaud, abbé de Saint-Loup de IVoyes, etc.

Les huit grandes miniatures byzantines, à fond d’or, qui suivent le calendrier, sont divisées en deux compartiments et représentent : la première, la Salutation angélique et la Visitation ; la deuxième, la Nativitéet l’Adoration des Mages; la troisième, la Tentation de Jésus-Christ et la Flagellation ; la quatrième, le Crucifiement et la Descente de éroix: la cinquième, les Saintes Femmes au sépulcre et l’Apparition de Jésus-Christ à sainte Madeleine; la sixième, l’Ascension et la diffusion du Saint-Esprit; la septième, Jésus-Christ dans sa gloire et la Résurrection des morts; la huitième, qui sert de frontispice au psautier, représente le roi David jouant de la harpe et un musicien qui l’accompagne avec un violon alto; puis, au-dessous, le combat de David et de Goliath.

Sur le recto de cette dernièi'e miniature ou lit la note suivante :

« Révérendissime seigneur messire Jean Doroz, évesque, prince • et comte de Lausanne, se trouvant en ce lieu de Vercel, le « mardy sixième,de Juing 1604, pour la reddition de sœur Janne K L’Isola, sa fillole, au couvent des Sœurs du tier ordre de sainct

« François, nouvellement érigé audit lien, le jour de TAsoension « nostre Seigneur dernier passé, en mémoire dudit glorieux sainct « François et de Madame sainte ËlizHbet,ha donné ce psau- « lier à sadicte fillole, et audict couvent, pour s’en servir au divin « office et avoir souvenance de luy, en leurs prières et oraisons.

« Et soit convenu que le mesmé jour a été faicte la bénédic- « tion d’une cloche pour l’usage de l’église dudict couvent, à la « présentation dudict révéreiidissime seigneur, et de Mme Chres- « tienne de Madruz, femme et compagne de Mgr le marquis de « Dogliani, sieur de Dissey, dudict Vercel, etc., ayant ladicte n dame marquise subrogiié en son absence damoiselle Susanne « Recy, femme de noble Hiérome L’Isola, ciloien de Besançon, « père et mère de ladicte sœur Jaune, et a esté donné à ladicte « cloche, le nom de Janne-Chrestienne-Susanne. Que Dieu veuille « soit pour sa gloire, et de son divin service à tres-longues an- « nées. Amen. »

Cette nple nous apprend que ce psautier appartint à Jean Dorez, évêque de Lausanne, qui le donna, en 1604, à sa filleule Jeanne l'isola et au couvent de Verceil, dans lequel elle avait pris le voile; et que Jeanne ITsola était fille de noble Hiérome l’isola, citoyen de Besançon, et de Susanne Recy. Nous ajouterons que Jeanne l’isola était la sœur aînée de François de l’isola, baron, ambassadeur d’Autriche dans plusieurs cours de l’Europe et auteur de la Sauce au verjus^ ainsi que de plusieurs autres ouvrages politiques.

Sur le recto de la première miniature, on a écrit, évidemment après coup, un extrait des Évangiles selon saint Marc et selon saint Luc, relatif à l’apparition de Jésus-Christ à ses disciples et à la Salutation angélique : cet extrait se prolonge sur le verso, au-dessous de la miniature.

Les huit miniatures, peintes dans les initiales, représentent : la 1^* (fol. 10, r®), David oint par Samuel; la 2® (fol. 26 r®), une entrevue du démon avec le roi; la 3 * (fol. 35 v®), un sujet analogue au précédent; la 4 * (fol* 44 v*), David implorant Dieu du fond de l’abîme; la 5 ® (fol. 54 r®), David frappant avec deux marteaux sur un instrument de musique composé de sept cloches suspendues ; la 6* (fol. 62 v®), des moines chantant les psaumes; la 7® (fol. 64 r®], David priant à genoux devant un autel chargé d’une coupe et d’une croix; la 8® (fol. 73 v®), la Sainte Trinité, sous la figure du Saint-Esprit, descendant entre deux personnages assis.

L’éoritiire du psautier est d*une grande netteté, en beaux carac* tères solides. Les notes marginales sont écrites en caractères plus petits^ qui rappellent ceux du calendrier.

On trouve rarement, dans les manuscrits du xiii* siècle, des miniatures de co genre, à fond d*or et de Técole byzantine. Elles paraissent plus anciennes que le texte et sont quelquefois d'une grande naïveté. Ainsi, dans le tableau de la Nativité, la Vierge est à moitié couchée sur un lit à tréteaux, garni d'un rideau qui glisse sur sa tringle; et l'enfant Jésus, emmaillotté comme une momie, semble être étendu sur le haut d’une armoire, tandis qu'au-dessus de ce prétendu berceau apparaissent les têtes du bœuf et de l'àne. Le bûcheron peint dans le médaillon du mois de décembre se trouve dans une position bien gênante ; il tient sa cognée des deux mains, mais on ne sait où rattacher le bras gauche.

EnGn, ces miniatures k fond d'or, ces initiales et ces tirets en or et en couleur, ces lignes mosaïquées, ces appendices bizarres attachés aux capitales historiées, cette écriture nette, solide, et aussi belle sur la dernière page que sur la première, font de ce manuscrit un splendide spécimen de lu calligraphie ornementée du xiu® siècle.

154 . PsALTEBiuM. Manuscrit du xiv” siècle, pet. iii-8 de 174 feuillets, sur vélin, f miniat. init. rubriques, V. ant. empreintes à comp« ais en bois, fermoirs en argent, tr. dor. {Jnc. rel.) 200 fr.

Psautier à l’usage de l’Église de Lyon. Très-joli manuscrit du XIV* siècle, sur vélin ûn. La première page est ornée d'une majuscule à vignette qui représente David pénitent. Cette page est encadrée sur trois marges d\ine large et élégante bordure, semée de points d'or qui se rattachent à des rameaux fleuris ou fruités. Le volume renferme encore sept belles majuscules coloriées, au centre desquelles s'épanouissent des fleurs peintes en camaïeu ; et, de plus, ai3 petites initiales, or et couleur.

Quoique la fête de saint Louis ne soit pas inscrite au calendrier, cependant nous datons ce manuscrit du xiv« siècle, attendu (ju’au 19 mai on trouve le nom de saint Yves, confesseur, canonisé en i347.

Nous ferons remarquer que le manuscrit parait être de deux époques différentes. Commencé dans les premières années du

XIV* siècle, il n’a été achevé qu’après i347. L’encre employée pour la dernière partie est beaucoup moins noire que celle dont le premier copiste a fait usage ; et c’est de cette encre grise que l’on s’est servi pour le calendrier.

r Le psautier finit au i38^ feuillet; il est suivi des cantiques d’Isaïe, d’Ézéchias, d’Abacuc, etc., de l’hymne de saint Ambroise, du Symbole d’Athanase, des litanies, des offices de la Vierge et des Trépassés.

Ce psautier a été évidemment écrit pour Tiisage de l’Église de Lyon; car le calendrier est surchargé d’indications qui ne conviennent qu’à cette ville. Ainsi, on lit les noms des saints Nizier [Nicecii episcopi Liigdunensis)^ Potliin, Agobard, Yrénée, Vivenciol, Ennemund, Loup, Antioche, Eucher, tous évêques de Lyon ; des saints Epipode, Alexandre, Sperat, Prothus et Jacinthe, ayant souffert le martyre à Lyon [marty rium Lugduni pa» 7//</ït//r) ; Ta r rivée de saint [Àdventus Justi de Ertmu)\ la consécration de l’autel de Lyon. Presque toutes les fêtes sont précêdéès du mot Lugd.j c’est-à-dire Lugduni celebratur. On trouve encore Lugd,-Desiderii episcopi (évêque de Vienne), Lagd^^Ste» phani episcopi (évêque de Die). Enfin, l’Office de la Vierge a pour rubrique iSequitur 0/ficium beate Marie secundàm usumLugduni, Les jours dangereux sont marqués dans le calendrier; et, en tête de chaque mois, est inscrit un vers symbolique. Nous avons déjà reproduit ces vers, tels qu’on les^ trouve dans des psautiers du XII* siècle et du xiii*; mais ceux-ci offrent une singularité qu'il nous faut signaler. 11 paraît que l’ancienne leçon ne convenait plus au XIV* siècle. On composa des vers léonins, dans lesquels la quantité des syllabes est fort négligée. La leçon fournie par ce manu.scrit est très-rare et n’a jamais été citée. Nous la transcrivons textuellement.

Janvier : Prima (lies mensis, et septima truncal ut ensis.

Février : Quarta subit morlem, prostemit tercia fortem.

Mars : Primiis mandentem, disrumpit quarta bidetitem.

Avrii : Denus et undecimus, est Mortis vulnere plenus.

Mai.: Tercius occidit, et septima hora residit.

Juin : Denus palescit, quindeniis fédéra nescit.

Juillet : Tridecimus mactat, Julii dreimus labefactat.

Août : Prima iiecal fortem, prosleruit secunda cohoriem.

Septembre : Tcrcius septembris, et decimus fert mala membris.

Octobre : Tercius et decimus, est sicut mors alienns.

Novembre : Scorpius est quiutiis, et Tercius est nece cinctus.

Décembre : Septimus exanguis, virosus decimus ut anguis.

155. Rabutin. Histoire généalogique de la maison lie Rabuliiiy dressée par messire Roger de Rabulin, comte de Bussy^ lieuleuaiil général des armées du roy, et meslre de camp général de la cavalerie légère de France; et addressée à dame Marie de Rabutin, marquise de Sévigné. Manuscrit auto- GRAPHE DE l’auteur, in-4> mar. r. fil. tr. dor. [Aux armes de Bussy^Rabulin et de la duchesse de , Holstein.) i85o fr.

Roger de Rabutin, comte de Bussy, plus connu sous le nom de Bussy-Rabutin, membre deUAcadémie française, naquit en 1618 , et mourut A Autuii en 1693 . Vaniteux et satirique, il composa des Mémoires^ dans lesquels il se complut à raconter longuement ses exploits galants et militaires. La publication de son Histoire amoureuse des Gaules et de la Carte géographique de la cour) lui coûta un emprisonnement à la Bastille, la perte de sa charge de mestre de camp général de la cavalerie légère, et enfin un exil de seize années. Cette sanglante satire des dames de la cour serait peut-être restée impunie, si Bussy n'avait eu rimprudence de chansonner Louis XiV et mademoiselle de la Vallière.

Pendant son exil, il recueillit les documents relatifs à sa famille, et il en dressa une généalogie, jusqu'à ce jour inédite. — Il est probable qu’il n'y eut au plus que trois exemplaires manuscrits, et sans doute autographes, de cette histoire généalogique : l'un, adressé à la marquise de Sévigné, sa cousine; l'autre, destiné à la duchesse de Holstein, femme de Louis de Rabutiu, marquis de Prémonville, général au service de l'Empire: exemplaire qui, à notre avis, n’a jamais été envoyé à son adresse ; et enfin, le dernier qu'on peut nommer l’exemplaire de l’auteur, qui serait celui que nous avons sous les yeux.

Ce manuscrit commence par une lettre d'envoi à la marquise de Sévigné. Cette lettre, fort remarquable, n'est ni datée ni signée. Au milieu du volume, il y a une autre lettre d'envoi, également sans date ni signature, adressée à la duchesse de Holstein, comtesse de Rabutin. Il est évident que cet exemplaire n’a point été envoyé à madame de Sévigné, puisque ses écartelé de

sable et d*argent, ne sont point sur* le volume. Quoique les arnnoiries de la duchesse de Holstein soient imprimées sur l’un des plats du livre, il n’est pas possible que cet exemplaire lui ait

été envoyé. En effet, ou y trouve un grand nombre de ratures, des additions successives, des articles incomplets, suivis de feuillets blancs, Tarticle de la duchesse de Holstein, à peine ébauché, et la lettre qui lui était destinée, rejetée sans motifs apparents, au milieu de la généalogie. Nous pensons donc que Roger de Rabutin a subi, en cette circonstance, rinfluence de la vanité. Sur le premier plat du volume, il n fait graver ses armes, entourées de douze bannières semées de France; puis sur le second, ses armes accolées de celles de Holstein. Ceci est d’au- *tant plus probable, que les armes du manuscrit sont de Rabutin- Bussy et Chantal, tandis que Louis de Rabutin, mari de la duchesse de Holstein, ne descendant point de ces deux branches, ne devait pas porter ses armes écartelées d*azur à une croix d'or. Il nous paraît démontré que cet exemplaire, contenant les deux dédicaces, et préparé pour recevoir les additions, a été écrit par Fauteur |>our son propre usage.

Cette généalogie de la maison de Rabutin est fort intéressante par les détails historiques qu’elle renferme. Nous signalerons, en outre, Tarticlc consacré à madame deSévigiié, ainsi que la dédicace qui lui était adressée. Bussy a presque toujours cité textuellement ou par extrait les chartes, les lettres de rois, et autres pièces honorables pour sa famille. On retrouve dans cet ouvrage le style pur et élégant et Tesprit satirique de l’auteur de \HistoUe adhnreuse des Gaules; on y reconnaît également les idées vaniteuses qui dictèrent les Mémoires de sa vie.

1S6. Raimono de Pegwafort. Summiila casuuni peniteiitie. Manuscrit du xiii* siècle, sur vélin, pet. in-4 de ago feuillets, init. rubriques, v, m, aSo fr.

Beau manuscrit du xiii« siècle, sur vélin fin et blanc, de 3 o lignes à la page. — Conservation parfaite. — Initiales coloriées; rubriques. — Le texte, en minuscules, est entouré d’une glose marginale écrite en caractères plus exigus (|ae ceux du texte, mais trèS'Uets et irès-lisibles. Quelques lignes sont en majuscules gothiques, alternativement rouges et noires.

Raimond de Pegnafbrt, né près de Barcelone, eu 1175, enseigna le droit canon à Bologne, il entra ensuite dans Tordre de Saint-Dominique, et fut élu géuéral en H mourut à Bar¬

celone en 1x75, k Tàge de cent mstis, cl fut canonisé en 1601.

La Somme des cas de oonscience était fort estimée autrefois.

Elle est divisée en trois livres, et traite de la simonie, du vol, des sortilèges, de l’usure, de l’homicide, du duel, etc. Le troisième livre est suivi d’un traité canonique sur le mariage et sur les divers empécliemetits, tels que le degré de parenté, la diflerence de religion, T impuissance, etc. Raimond était un canoniste distingué ; il a recueilli, expliqué et résolu une foule de eus difhciles indiqués dans les livres de droit. £go Reyniundus frater prcUnis Predicatorum , mini/nus immo inulilis servus, ad honorent Domini Nostri Jesu Christi et gloriose P’irginis mat ris cjus et beate Katerine, présentem Summalam exdiversis auctoritatibus et mtyomm meoram dicùs diligenti studio compilavi*

Cet ouvrage a été imprimé plusieurs fuis dans le xv« siècle^ et même plus tard. On annonçait chaque édition comme ayant été revue et corrigée ; mais la meilleure est, dit-on, celle que publia le P. Laget avec de savantes notes. Notre manuscrit, exécuté pendant la vie de l’auteur et accompagné d’une glose formidable^ peut servir à publier une nouvelle édition plus exacte que les éditions antérieures, et beaucoup plus ample en y ajoutant des extraits de la glose, qui est au moins aussi longue que le texte.

157. Recueil db plusieurs Pensées (de Tabbé de Saint-Cyran) sur les Testes de la très-sainte Vierge mère de Dieu (écrit par M. de Ponlchâieau). — Chapelet du Saint-Sacrement (in-64 de la pages, imprimé), — Les Dispositions que les âmes doivent porter au regard du Saint-Sacrement (également écrit par M. de Pontchàteau), i656; manuscrit in-32, rel. en vélin. 8o fr.

Ce manuscrit, autographe do M. de Pontcliâteau, et dont le texte a été composé par l’abbé de Saint-Cyran, est une asuvre du plus pur jansénisnio» Nous connaissous tous ieao Du Venger d’Auraune, ou de Haiiranne, abbé de Saint-Cyran; nous avons sous les yeux un beau portrait de l’abbé de Saint-(^yran, gravé par Morin, d’après Champagne. Quant à M. de Pontchàteau, il se ■oinmait Sébastien-Joseph deCambout, abbé de Saint-Gilles des Bois, dit l’abbé de Pontchàteau, mort à Paris le 27 juin 1690, en odeur de sainteté^ et inhumé à Port-Royal.

Nous ferons remarquer que plusieurs de ces Pensées sur la

sainte Vierge ont été textuellement reproduites dans les Considérations imprimées de Tabbé de Saint-Cyran. Mais notre manuscrit forme un ouvrage complet, divisé en chapitres, qui embrassent toute la vie de la Viei'ge, depuis sa conception jusqu’à sa mort. Nous avons lu ce livre, et noiis avons reconnu, à notre grand regret, qu’il fallait être abîmé dans la grâce pour y comprendre quelque chose. Cette théologie est si profondément mystique, et les raisonnements sont tellement subtils, que l’abbé de Pontchâteau aurait dù écrire sur le titre : Procul estote profani. L’auteur lui-méme s’égare dans le labyrinthe inextricable qu'il s’est plu à construire. Ainsi, après avoir longuement disserté sur le point délicat de la sanctification de la Vierge avant sa naissance, il clôt la discussion en avouant que personne ne sait comment a eu lieu la conception de la Vierge. Pourquoi donc s’alambiquer l’esprit à raisonner sur des sujets que Dieu seul connaît? 11 est évident que, si les disputes sur la grâce ont été soutenues dans le même style par les jansénistes et par les molinistes, ces disputes pouvaient durer longtemps. Aussi le Régent,' qui n’y comprenait rien et qui aurait été fort embarrassé pour donner raison à l’un ou à l’autre parti, eut-il le bon esprit d’imposer silence, pour et contre, à tous les extracteurs de quintessence de la grâce surnaturelle, efficace ou suffisante. '

.y Nous nous sommes aperçu que Tabbé de Saint-Cyran niait Timmaculée conception; il suivait, dit-il, l’opinion de saint Augustin et de saint Bernard, qui n’exemptent point la Vierge du péché 'originel.

“ Nous transcrirons le passage suivant, pour l’édification des fidèles, ou plutôt des jansénistes, car nous ignorons si cette phrase est ou n’est pas hérétique : dans tous les cas, nous nous en lavons les mains. « La Vierge a esté produite sur la terre en un estât parfait de grâce, comme Adam dans le Paradis; et pour •croistre comme il falloit sans qu’il peut.estre autrement, Dieu i’a fait ausisitost transplanter dans le temple qui est le lieu de la 'terre,' pour le dire ainsi, où*les âmes croissent en la grâce plus • parfaitement. Ainsi Adam fut àussitost transplanté dans le Paradis pour la niesme raison, et pent-estre que pour n’avoir pas travaillé longteiiips à l’accroissement de sa grâce surnaturelle par de bonnes œuvres , et avoir veu trop lost Eve sortir de son costé, il est décheu .de sa grâce. » Par quelles bonnes œuvres Adam pouvait-il accroître sa grâce surnaturelle? Envers qui > lui était-il possible d’exercer ces bonnes œuvres ? Il était seul

dans le paradis, entouré d’animaux, tous plus doux que des moutons. A celte époque très-reculée, les lions, les tigres, les loups et les panthères ne se faisaient point la guerre et ne dévoraient pas les faibles animaux. Ils paissaient Therbe tendre, au * milieu des brebis et des agneaux. Si Adam est déchu de la grâce pour avoir vu Ève trop tôt, il est bien fâcheux pour nous qu’il ne l’ait pas vue un peu plus tard.

Voici une pensée logogriphique qui s’accorde mal avec nos idées sur la charité chrétienne : «Comme la Religion chrestienne consiste en contrariétez, il arrive quelquefois qu’en faisant la charité à quelqu’un, on ne la fait pas, et, au contraire^ en ne la faisant pas, on la fait. Ainsi en s’esloignant de faire la charité aux hommes, on en fait paroistre dans l’âme une plus grande devant Dieu envers ces mesmes personnes, moyennant qu’on conserve la volonté de leur bieu faire en temps et lieu. » Ce pré-, cepte est d'une application facile, et surtout peu coûteuse.

Ce traité sur la Vierge finit ainsi : «Dieu a accoustumé d’accorder beaucoup de grâces aux intercessions des saints nouveaux faisant des miracles après leur mort^ mais la Vierge a cela d’extraordinaire, qu’elle est tousjours ancienne et tousjours nouvelle médiatrice, faisant tousjours ressentir l’effet de ses intercessions à ceux qui l’invoquent. » Il résulte de là que plus les saints sont nouveaux, meilleurs ils sont. La Vierge seule est exceptée, attendu que, en style mystique,^elle est toujours ancienne et nouvelle.

Le Chapelet du Saint-Sacre ment est un petit livret imprimé, de la pages in-64, ajouté au volume, et suivi d’une paraphrase ascétique sur les trois dizains du chapelet. Cette paraphrase a été également écrite par l’abbé de Pontchàteau.

158. La Règle de Saînt-Beitoit, trad. en français. Manuscrit du xv* siècle, suivvélin, in-4, de 68 feuillets, bordures, init. rubriques. 35o fr.

Beau manuscrit de la fin du xv« siècle, orné de deux majuscules coloriées à fond d’or et de deux élégantes, bordures sur les pages 1 et 9. — Ce manuscrit renferme encore un grand nombre de jolies initiales coloriées.

On lit à la fin du volume : « L’an mil quatre cens sexante et deulx fut translatée cesle reugle de saint ^enest de latin en franchoys en labbaie de Saint-Ëstienne de Caen-de l’ordre de monsi-

Id

gnor saint Benest, à la requeste de tres-honnourable dame religieuse dame Marguerite Dubosc, par la permission diuine humble abbesse de Saint-Legier de Preaulx : Plaise à ceglx et à celles qui le luyront pardonner es faultes de ccluy qui la ^scripte. » Marguerite Dubosc ne devint abbesse de Saint-Léger de Préaulx qu'après le 5 mai 1462. Il parait qu’elle s’empressa de faire traduire en français la règle de saint Benoît pour l’usage de son monastère. Elle s’adressa, en cette circonstance^ à l’abbé de Saint-Étienne de Caen; et, certes, elle ne pouvait mieux choisir, car l’abbé, Hugues dejuvigny, était maître ès arts et renommé pour sa science.

Cette traduction, essentiellement normande et faite spécialement pour un couvent de femmes, est restée inédite. Elle commence ainsi :

« Cy ensuyt ung sermon translaté de latin eu franchoys que iist monsignour saint Benest au commenchement de sa reulle... » Et, à la page 9 : « Cy coinmenche la recule de monsignour saint Benest pour ceulx et celles qui le vouldront ensuir. »

Cette règle, divisée en 71 chapitres, est suivie d’une formule pour la cedulle que len met sus lautel quant len fait profession^ et de la souscription que nous avons transcrite.

Le dernier feuillet contient ce que doivent faire les religieuses lorsque l’une d’elles est près de mourir. Dans cette instruction, les psaumes et les oraisons sont fréquemment accompagnés de coups de discipline. Viennent ensuite les questions que l’abbesse doit adresser à une fille qui va prendre le voile, et les réponses de la récipiendaire. Ces lignes ont été évidemment écrites par une femme, et peut-être par sœur Marguerite Dubosc.

159. Règle et Statuts pour les monastères réformes DE Chelles, de Montmartre et de Malenoe, vers i5o6; manuscrit pet. in-8, vélin, v. ant. sur ais en bois, comp. tr. dor. {ReL du temps.) 4oo fr.

Charmant manuscrit français, sur vélin blanc, d’une grande pureté et d’une parfaite conservation. L’écriture est fort élégante, et les initiales, or et couleur, ont été exécutées avec beaucoup de soin.

Les abbayes de Chelles, de Montmartre et celle de Malenoe, connue antérieuremenl^sous le nom de Sainte-Marie de Footel ou de la Forest, appartenaient à l’ordre de Saint-Benoît et dépen-

daient du diocèse de Paris, Le désordre s’était glissé dans ces monastères de filles. Les religieuses dilapidaient leurs biens temporels, portaient des habits somptueux et des bijoux, n’observaient plus la clôture, entretenaient des correspondances, recevaient des visites et se livraient enfin à tous les plaisirs mondains. Jean Simon, évéque de Paris depuis 149^) entreprit de réformer ces monastères. Catherine de Lignières, abbesse de Chelles, s’opposa aux prétentions de Tévêque. Cette abbaye, de fondation royale, qui possédait les tombeaux de la reine Bathilde et de Clotaire 111 , jouissait d’immunités qui la rendaient indépendante de révéque diocésain. Ces privilèges furent reconnus par arrêt du Châtelet de Paris. Mais il y eut scission parmi les religieuses : neuf d’entre elles élurent une nouvelle abbesse et demandèrent à être réformées. L’évêque de Paris s’empressa d’accueillir leur requête; il introduisit à Chelles des sœurs de l’ordre de Fontevrault, et lors de cette réformation, en 1499, J^^^une de la Rivière fut nommée abbesse. « Jl restitua à sa première hoiinesteté et entière beaulté de mœurs, le très-anticque et noble monastère de Chelles, royallement fondé, en y mectant fermeté de clausture. >• Jean Simon ne put vaincre la résistance des abbesses de Montmartre et de Malenoe; il mourut en 1602, avant d’avoir exécuté ses projets de réforme.

Ëstienne Pencher succéda à Jean Simon, le 3 février i 5 o 3 . C’était un prélat de grand mérite ; savant jurisconsulte, conseiller au parlement de Paris, il devint, sous le règne de François chevalier de l’ordre de Saint-Michel, chancelier du duché de Milan et archevêque de Sens en iSig. Il sut briser tous les obstacles que lui suscitèrent les religieuses de Montmartre et de Malenoe; et, bon gré mal gré, il les assujettit à la reforme, en plaçant dans ces abbayes des sœurs de l’ordre de Fontevrault : « A ceste cause, devant toutes choses nous avons faict vostre monastère de Montmartre, de unglatibule et larronnière de diables et satires saillants, ung sainct habitacle à Dieu tout-puissant, en jectant hors toute immundicité et iniquité. En après, sommes allez en vostre maison appellée vulgairement Malenoe, laquelle avons soygné remplir de vierges sacrées. » — « O duulces vierges de Jesuchrist, combien cuydez vous que je aye de joye au cœur, quand je voys que vous cheminez non point en habit méretricieux et deslionnestc, non point chargées de perles ou bagues d’or et d’argent, et ne marchez orgueilleusement le col es tendu et la teste levée; mais avez tout vostre ornement et toute vostre

beaulté par dedans en Tame... » — « Pourtant csuil nécessaire que on tous fasse des loix, status et ordonnances par lesquelles vous debvriez reijjler toute vostre vie. »

Les passages que nous venons de citer sont extraits de la Pré-face adressée par Estienne Poncher aux religieuses de Chelles, de Montmartre et de Malenoe. L’abbaye de Montmartre fut réformée par les soins d'une nouvelle abbesse nommée Marie Cornu. A Malenoe, Tabbesse récalcitrante, Jeanne Chauvet, se vit obligée d'abdiquer ses fonctions abbatiales, et elle fut rem* placée par Marie de Savoisy, Tune des réformatrices.

La Préface de Pévéque de Paris est suivie d'une Table des chapitres, au nombre de 9a pour les sœurs et de 16 pour les frères ; car 011 sait que Tordre de Fontevrault se composait de religieuses et de religieux, également soumis à Taiitorité des abbesses. Suivent les Statuts rédigés par Estienne Poncher, pour ces monastères réformés. Cette règle est extrêmement rigoureuse. Le.s religieuses ne doivent rien posséder en propre^ ni cahier, ni livre, ni rien de tout en tout : c’est Tabbesse qui leur fournit robes, chaussures, couteaux, aiguilles, etc. Élles ne peuvent écrire à personne, ni recevoir de lettres. Il leur est enjoint d'oublier père, mère et parents. On leur ordonne le silence le plus absolu. Elles reçoivent la discipline des mains de Tabbesse le vendredi de chaque semaine; pendant TA veut et le Carême, le lundi et le mercredi) sans préjudice du vendredi; et, depuis le dimanche des Rameaux jusqu’à Pâques, tous les jours. La plus petite faute est aigrement punie. Il leur est défendu de prendre des bains, à moins qu’elles ne soient malades. — Nous ne comprenons plus aujourd’hui que des femmes aient pu être condamnées, pour plaire à Dieu, à un régime de vie qui n’était qiTune torture perpétuelle. L’évéque de Paris n’a oublié aucun détail : le costume, Talimentation, la composition des lits, Theure du lever et du coucher, etc., etc., tout est minutieusement réglementé. Nous ne citerons qu’un passage : Les religieu.ses étaient vêtues d’une ciiemise de blanchet ou d’étamine, d’une robe blanche et d'une robe Hoire pardessus. « Les manches de la robe noire soient longues jusques aux genoulx et larges de deux piedz, affin que plus facillement en ployant voz bras dedans puissez rebourcer la robe noire par dessus la teste et lâcher voz robes de dcssüubz jusques à la ceincture pour recepvoir saincte correction de discipline. »

Les Statuts sont suivis de Xapprobation et ratification d’Estienuc

Poncher^ lé S mai i 5 o 6 ; du Procès de la confirmation apostolique desdits statuts, fait par Martin des Champs, abbé de Notre-Dame de Livry, juge commis par le cardinal Georges d’Amboise, légat en Fraiice. Les Lettres de commission du légat sont datées de février i 5 o 4 (i 5 o 5 ) ; le Procès fait par Martin des Champs est daté du i 4 juillet suivant; enfin, à^SLOXresLettres d’Estienne Poncher, qui déclare avoir composé ces statuts, de Tavis et conseil de plusieurs personnages nommés dans cette pièce, le 27 novembre i 5 o 4 .

Parmi les seize théologiens qui ont concouru à cette œuvre, nous avons remarqué Jehan Clerée, frère prêcheur, confesseur du roi Louis Xll; Gaillard Ruzé, chanoine, conseiller au parlement, vicaire général de Tévéque de Paris ; Henri de Hacqueville, visiteur des couvents réformés de l’ordre de Fontevrault ; Gui Juvénal, abbé de Saint-Sulpice de Bourges; Loys Pinelle, chancelier de l’église de Paris, etc.

160. Règle (sensuit la) des soeurs religieuses et FILLES DE L\ VIERGE Màrie. La Déclaration de la règle des sœurs de la Vierge Marie (avec des additions manuscrites à la fin du volume). S. L n. d. (vers iSag); i vol. pet. 10 - 4 ^ demi-goth. v. f. fil. tr. dor. f5o fr.

La reine Jeanne, fille de Louis XI et femme de Louis XII, après avoir été répudiée par son époux, reçut en douaire le duché de Berry et se retira à Bourges. L’an i 5 oi, elle fonda, dans cette ville, l’ordre des Religieuses de la Vierge-Marie, plus connu sous le nom de l’Annonciade.La même année, le pape AlexandreVi approuva la règle de ce nouvel ordre religieux. Jules II la confirma en i 5 o 6 , et Léon X en i 5 i 5 , puis en ]5i7. Le dernier bref de Léon X, qui contient le texte delà règle des religieuses, forme la première partie du volume dont nous nous occupons. La seconde partie se compose des statuts généraux des filles de Sainte- Marie, rédigés à Parme, dans le chapitre des Frères Mineurs de l’Observance, le jour de la Pentecôte 1529, et envoyés aux mor nastères de ces religieuses par Paul de Parme, général des frères mineurs. Ces statuts, ainsi que le bref de Léon X, furent traduits en français par le P. Gabriel Maria, visiteur général des Annonciades.

Les additions manuscrites jointes au volume en augmentent singulièrement le prix. Elles occupent 71 pages, dont 5 a ont été écrites par Gabrtelle de Rochechouart, dite de Sainte-Thérèse, mèreAncelIe {Ancillà)yO\x supérieure d’un couventd’Annonciades. Ce couvent était, peut-être, celui de Meulan, car on lit sur le titre, d’une écriture de la meme époque : Bibliothèque des Religieuses de Metdan. La première série de ces additions a pour titre : Ce que iay veu à Bourges Van 1657. Suit un catalogue des bulles, brefs, lettres et autres pièces relatives à la fondation, i\ la confirmation et aux statuts de l’ordre. Nous avons remarqué l’article suivant : Un viel manuscript de la main de sœur Françoise Guyard, niepce du B. P, Gabriel Maria, relié //ï- 4 ®, couuert devenu noir et fermé de dent ferre mens de cuiure h Vantique, contenant ce qui suit : i® Un traité de Vinstitution de Vordre et de la fonda~tion du couvent de Bourges, En iceluy sont les intentions de sainte. Jeanne, son grand testament et plusieurs autres choses, comme sa mort et ses miracles, etc.; 2® un traité de la vertueuse conuersation de feu le P, Gabriel Maria, La sont son testament d^ amour, quelques lettres, etc.

Ce catalogue est suivi de l’inventaire des meubles et autres choses de la B, Jeanne que iay veu et touché h Bourges Van 1657. Que sont devenues les reliques de la reine Jeanne? où retrouver aujourd’hui ces deux anneaux ronds, sans pierre, Vun d*or, Vautre d'argent, qu'on croit estre les anneaux de son mariage ; et les quatre lettres de la B, Jeanne au B. P, Gabriel, de la propre main d'elle, collées sur parchemin, et tant d’autres objets précieux dont il n’existe, sans doute, que cet unique inventaire? Au milieu de cette liste, on a intercalé une hymne avec la musique notée, et une prose qui se chante à Bourges en Vhonneur de sainte Jeanne,

La 2® série ii’est pas écrite par Gabrielle de Rochechouart; elle a pour titre : Sensuit la table des punitions des sœurs de la religion de la sacrée vierge Marie, etc. Après cette table très-détaillée et fort curieuse, on lit : Sensuivent les tableaux des officières, et les tableaux de l'échelle blanche et de l'échelle rouge,

La troisième série, écrite, ainsi que la première, par Gabrielle de Rochechouart, contient la copie d’appendices aux statuts par le P. Gabriel Maria, de plusieurs bulles d’Alexandre VI, de Jules II, de Léon X, de Clément VII, et des premières règles approuvées, en i 5 oi, par Alexandre VI; le tout en latin et extrait des archives du monastère de Bourges.

11 serait difficile de trouver des renseignements plus intéres-

MAmiSCRlTS. 247

sants sur les filles de Sainte-Marie, sur leur fondatrice et sur les statuts de cet ordre religieux. Les deux pièces imprimées sont très-rares, et les manuscrits autographes ajoutés au volume rendent cet exemplaire unique.

MEUBLES ET AUTEES CHOSES DE LA B. JEAlfNE QUE IAT TEU ET TOUCHÉ A BOUBGES LAN l657.

Trois croix en grains de jaspe et calcédoine, attachez par une chaisne.

Des patenostres de jaspe.

Une coëfPe de satin noir.

La chemise en laquelle elle est morte.

Petit scapulaire rouge qu’elle portôit sous ses habits de duchesse.

Tablettes d’yuoire à trois feuillets fermées d’argent et figurées sur les couuerts.

Une bourse de satin noir.

Une petite pièce d’ounrage jaulne de laine, où est une couronne d’espine et Jésus et Maria.

Deux mouchoirs et iin voile de la B.

Une petite bource de Velours rouge, doublée de bougran jaune.

Deux cachetz d'argent attachez ensemble par une chaisne d’argent, en l'un desquels sont graucz ses armes, c’est-à-dire trois fleurs de lis couronnez d'une couronne ducale, et en l’autre est grauée une Annonciation.

Un petit anneau d’or aueq un petit diamant.

Deux anneaux ronds, sans pierre, l’ün d’or l’autre d'argent, qu’on croit estre les anneaux de son mariage.

Deux petits habits de tafetas gris, formulaire de ceux qu’elle vouloit que portassent ses filles. Jtem, deux petits manteaux de tafetas violet, formulaires de ceux de ses sœurs. Jtem, deux petits scapulaires blancs de tafetas, formulaires dé ceux de ses sœurs, et une petite tunique de tafetas blanc, formulaire de la tunique de dessous de ses sœurs. Le tout fait paV la B. Jeanne.

Une petite corde à trois cordons aueq dix ncends dont la B. se ceingnoit à nud sur sa chair. '

L’effigie en piastre de là B. Jeanne, qu’ôn tira aussy tost qu’ellé fust morte. -

Une croix d’argent doré, chargée de fleurs de lis.

Uiie petite croix d’or aueq ses armes de France au pied et (é

gros grain d’ambre de son gros dixain où sont grauées les trois dénotions de la B. Jeanne, scauoir les cinq play es de Jésus^ le S. Sacrement et rAnnonciation.

Les patins de la B. de cuir doré.

Libellus rerum promissarum B. Johannâ in die Pentecostes. Un viel papier roanuscript où est une croix au mitan, et les dix vertus aux deux costés d’icelle.

Quatre lettres de la B. Jeanne au B. P. Gabriel, de la propre main d’icelle, collées sur pai chemin.

Uu dixain de jaspe aueq une médaille d’argent doré où est grauée une Annonciation.

Un dixain du B. P. G. Maria de couleur grise.

Un grand reliquaire de bois doré proche le balustre du chœur des frères, dans lequel sous le verrin sont les cinq ciouds d’argent attachez à un petit aiz; de la B., sa haire et un cordon à dix nœuds qu’elle portoit sur sa chair.

L’image d’argent que les sœurs portent deuant leur estomac, a d’un costé la B. Vierge tenant son Fils entre ses bras, et de l’autre une B, Jeanne, sans soleil ny estoiles à l’entour de l’image de la Vierge.

Tous lesquels meubles sont soigneusement et déuotemcnt gardez au monastère de l’Annonciade de Bourges, où ie les ay'veu, de la bonté de la R. mère Ancelle, et religieuses. L’an susdit au mois de may.

{Autographe de Gabrielle rie Rochechouarty dite de Sainte- Thérèse^ mère Ancelle,)

161. Règles de la seconde rhétorique. Manuscrit du xv« siècle, sur vélin, petit in -4 de 78 feuillets, V. ant. empreintes à comp. ais en bois. {Ane, reL) 1,000 fr.

Manuscrit du quinzième siècle, d’une jolie écriture; vélin, majuscules coloriées. Ouvrage curieux et très-important. C’est Vart poétique français et le dictionnaire des rimes les plus anciens que nous connaissions. Ce manuscrit se compose de nombreux chapitres qu’on est surpris de trouver réunis dans le même volume; il contient, en outre, d’anciennes poésies fort remarquables, telles que VEscouffUy le Trésor et le petit Testament de Jehan de Meun, VHospital amours y etc., ainsi que d’aùtres poésies d’un rhythme singulier.

Les premières pages de la Seconde Rhétorique nous ont paru tellement précieuses pour Thistoire des poètes français du moyen âge, que nous les reproduisons textuellement :

« Cy commencent les règles de la Seconde Rectorique, cest assavoir des choses rimées, lesquelles sont de plusieurs tailles et de plusieui's fâchons, sy comme lais, chans royaus, diz, serventois, amoureuses balades, rondeaux, virelais, rotuenges, sotes chansons , et plusieurs aultres choses descendans de la Seconde Recthorique. Et est dicte Seconde Rethorique, pour cause que la première est prosayque. Et affin que quiconques voulra soy introduire à faire aucuns diz ou balades, il convient que on les face selon ce que donnèrent les premières rethoriques dont aucuns sensuyvent. Et tout premièrèraent :

a Maistre Guillaume de SaiiiT'Âmoue, lequel ou parvis de Paris fist destruire hérésie, ypocrisie et papelardie la mère de faulz semblant. Et en aprez, en lonneur de Nostre-Dame, mist les figures de la Bible et les appliqua à la Vierge Marie, et en fist un dit de vers croisiez, qui se commence ainsi :

« Royne de pité, Marie En qui deyté pure et clere A mortalité se marie. »

Et fut le premier qui traitta de la nouvelle science.

« Aprez ycelluy vint maistre Guillaume de Loeeis, lequel commencha le Rommant de la Rose, et en fist jusqnes à ce que Jalousie feist mettre Bel Acueil en prison.

« Aprez vint maistre Jeham de Msuii, lequel parfist ycellui Rommant de la Rose et plusieurs aultres livres de moult noble doctrine, sy comme Boece, le Livre de son Testament et plusieurs aultres.

« Aprez vint Philippe de Vitrt, qui trouva la manière dès motés et des balades et des lais et des simples rondeaux; et en la musique trouva les quatre prolacions et les notes rouges et la nouvcleté des propordons.

a Après vint maistre Guillaume de Machault, le grant retthorique de nouvelle fourme, qui commencha toutes tailles nouvelles et les parfais lays d’amours.

« Ou temps du dit Machault, fut Beisebaees de Douay, qui fist le livre de VEscolle de Foy et le Trésor Nostre-Dame. Et si fist le serventoys de « Samours nestoit plus poissant que nature, no foy seroit legière à condempner, » et plusieurs aultres qui bien sont

MAmiSCRlTS.

à recommander à aprésier; car ses fais furent bons et nestoit point clers, ne ne savoît lire nescripre.

« Aprez vint Jehan Lissansdeaps de Douât, lequel fut en son temps tenu pour si bon ouvrier comme destre reputez philosophe en sotie.

« Aprez vint Jacqüemaet le Cuvelibe de Touenat, qui fut faiseur du roy de France Charles le Quint.

« Aprez vint Hannequin d’Odenaede, faiseur du compte de Flandres. ,

« Aprez vint maistre Jehan Vaillant, lequel tenoit à Paris escolle de musique.

« Aprez furent et sont plusieurs aultres, et par especial maistre Jehan le Fèvee de Paeis, lequel hst Matheologus et le livre du Respit de Mort, et translata le livre qui est d*Ovide qui se nomme de Fetula, et moult d*aultres choses, et pour les bonnes manières qui furent en li est présentement appeliez poëtes.

« Après vint Eustage Moeel^ nepveux de maistre Guillaume de Machault, lequel fut bailli de Senlis et fut très souflisaiit de diz et ballades et d'aultres choses.

« Moult furent d*aultres bons ouvriers, par especial messire Jehan Froissaet, curé de Lestines en Haynault; mais il fist tous ses fais à lonneur de la partie d*Eng 1 eterre.

« Aprez sont de présent Colinet Lalexis, Hanequin le Feveb, Jaquet d*Oeli£Ns, Maeg Doe, Olivet Tapissier, messire Nigole Roussel, Chaelot Falue, Raol de Beegt deMons, maistre Jehan DE SuzAT, et plusieurs aultres, qui enssuient les règles telles que nous mettrons en nostre traitié. i>

Une dissertation sur les poëtes qui viennent d’être cités nous entraînerait trop loin. Cependant nous ne pouvons résister à la tentation de faire quelques remarques. Guillaume de Saint-Amour, le premier qui traita de la nouvelle science, était docteur de Sorbonne et chanoine de Beauvais; il mourut en 1272. Les biographes ont enregistré son nom et sa vie. Ce chanoine se rendit célébré par le zèle qu’il déploya contre l’institution des religieux mendiants. C’est lui qui défendit l’université de Paris dans un procès intenté aux dominicains. Son livre des Périls des d^r^ niers temps lui suscita de graves embarras. Guillaume de Saint- Amour est donc bien connu comme théologien ; mais il n’est cité nulle part comme poëte. On sait maintenant, grâce à notre manuscrit, que Guillaume de Lorris « fist le Romàn de la Rose^ jusques à ce que Jalousie fist mettre Bel Acueil en prison. » Ainsi, la

part de Jehan de Meu dans la composition de ce roman est définitivement fixée. Philippe de Vitry, qui devint évêque de Meaux en i 35 o, était poète et musicien. L’article qui lui est consacré nous apprend qu// trouva la manière des motets ^ des ballades, etc,, et, en musique, les quatre prolacions, les notes rouges et la nouveleté des proportions. Le poète Brisebarre de Douay n*e$toitpoint clersy ne ne savait lire nescripre. Nous terminerons ces courtes observations en faisant remarquer que, dès le quinzième siècle, on signalait la partialité de Froissard pour l’Angleterre : Mais il fist tous ses fais à lonneur de la partie d" Engleterre,

' La notice des poètes du treizième siècle, du qnatoi'zième et du commencement du quinzième, est suivie.de règles fort curieuses, dont quelques-unes sont aussi utiles pour la langue française que pour la poésie. Nous analyserons très-sommairement les divers articles de cette poétique, et nous indiquerons les exemples cités par l’auteur à l’appui des préceptes qu’il recommande.

« RioLE des moz léonines et plains sonans et esquivoques et presonans. » Exemples : Coing, qui sont pommes ; coing à fendre le bois. Dieux, pour les dieux; Dieux, pour regard, etc,

« Autre A B C feminis : » Amoureuse, savoureuse; karoles, paroles; zuearée, zacarce; etc. Nota : Zucarée est entendu dire sucrée, car les apoticaires nomment sucre zuchare, Zacarée c*est le nom féminin qui descent du nom de zacarias,

« Fourme d’esquivoques toutes plainnes ; » Point, point; dix, diz; passage, pas sage; habondnnce, bon dance; dampnee, d’Adam née; râler, raaler. Nota ; Râler est pour retourner; raalcr, pour cellui qui a male poytrine.

Les presonans, tels que soustenu, obtenu^ valent autant que les plains sonans ou leoninés, comme regarder, tarder, farder, larder, etc. »

« Tailles de tous diz, et combien ils doyvent avoir de longour et de silabes et de coupplés. »

Lais. Le premier couplet, donné pour exemple, est charmant. En voici le début :

« y ne moult faitice bergière Yj hier a leure de prangière Garder mainte brebis portière.

Qui se iamentoit à la mort, etc. **

Yirklat.

« La douceur du temps de May Qui toute joye ramaine,

Fay que tost et sans delay,

Pour ma dame souveraine Face un virelay, etc. »

Rondeaü simple. Exemple de poésie singulière.

« Par ces argens Que tant prisons,

Sont huy ars gens Par ees argens.

Pas n’est ars gens Quant est pris boms Par ces argens Que tant prisons. »

« Chans royaux pour porter aux puis de Nostre-Dame en la ville de Dieppe sur la mer, et non ailleurs. » Exemples : VEscoufflcy chant royal couronné, fait par Colinet Brunet. Amoureuse^ couronnée à Abbeville.

Serventoys.

« Bien sont les fais d’amours doulx à sentir, etc. »

« Rime alexandrins pour faire romans. » On cite pour exemple le prologue du roman de Bertrand do Guesclin :

« Seigneurs or faites pais pour Dieu le roy divin;

Chevalier et sergent, escuier et meschin Et vous orrez chanson d’un noble palasin, etc. »

Le Fies des Saints, le Testament de Jehan de Meun, la Vie Florenee de Eomme et de saint Alexis étaient également en rimes alexandrines.

Autres tailles. — Douzaines croisiez. Exemple ; La Tour amoureuse,

, « Amours par son sutil atrait

Amans et amies atrait, etc. »

COMPLÀIHTS AMOURBUSa :

« Ou mois de May, en un lieu delitable Enmy beau pré, plaisant et bonnorable Yy un amant amoureux et notable En prez sa mie, etc, »

Taille doublette, comme le Romnnt de la Rose, Exemple : Le Dit de VOrthie :

« Pour moy déduire el déporter Men alay lautre jour jouer En un vergier vert el fueilli, etc, »

Une sote Balade. Chanson satirique contre une laide femme que Tau leur ne pouvait s’empêcher d’aimer.

Coiffso5zrAZfs, tels que sagement, simplement, noblement, etc. Ces coDSonnaiis sont pouraprendre à faire bonne orthographie,

« Autre ABC, pour aprendre a espeler toutes paroles. »

OyU; Büy he^ bi, bn^ bu^ etc.

Le dernier chapitre de cette première partie du manuscrit a pour titre : « Pour avoir congnoissance d’aucuns poetes et de plusieurs pers de mélodie, et d’aucunes sont mises leurs figures ainsi qu’il senssuit, afhn de mettre et atribuer leurs fais à d’autres et pour faire Diz, Lays, ou Ballades, ou Rommans. »

L’auteur commence cette biographie par Adam, qui mourut en douleur de goutte. Viennent ensuite Ève, Caïn, Tubal ; puis Caliope, le maître à chanter d'Orpheus^ Zéphirus, Pygroalion, Calcas, tous les dieux de la Fable, etc. Il y a dans ce chapitre de charmantes histoires. Nous transcrivons le récit des aventures de Jason.

« Jason fut du pais de Grece, nepue d’un duc qui moult tenoit grande seignourie et pour double quil ne sourmontast, son oncle lenvoya par fraude quérir lu toison dur qui estoit en lille de Calcos; pour laquelle toison moult de nobles chevaliers estoient mors, quar homme ny alast qui ny inourust ; car serpens et buefs envelimez qui gardoyent ycelle toison, si occisoyeiit tous ceulz qui en celle isle passoyent et pour cause que nul homme ne povoit retourner dycellui voiage. Antheus, oncle de Jason, pour double quil ne li ostast sa terre, li envoya en disant ainsi : Beaux nycz, tu es noble, grant, bel et fort; tu te deusses faire valoir et aquerir honour et puis or estil vray que le plus noble trésor qui soit au monde, cest la toison dor qui est en lille de Calcos, si seroit ton grant houoiir dy aler, et se tu le veulz faire, je te bailleray gens el vaisel pour toy porter. Et Jason lotroya. Lors se mist en mer et dit Calcas que ce fut la première nef qui onques portast tref, et la (ist Argus. Advint que Jason adriva li et ses gens en un royaume dont le pere Medee estoit Roy et na-

IIÂNUSCRITS.

voit plus denfans. Ycelliii Jason fut recueilli Doblement et pour sa grant beauté ycelle Medee le priut en amour; et quant elle sut quil voulut aler en lille de Calcos pour la toison, moult en fut dolente. Nonobstant, elle li donna premier son cuer et son corps et son royaume, et puis li bailla enchantement dont il ot ladicte toison et la conquist par son moyen et revint Jason à elle a toute ladicte toison, et depuis ot de Medee deux enfans mades, et au chiefde sept ans, il voulut retourner en son pais pour avoir loenge de sa chevalerie qu*il avoit faite en conquérant la toison. Et Medee ce voyant quil la vouloit laissier, li ramentut comme elle li laivoit donné corps et cuer et royaume, et si li avoit fait avoir lonour de la toison ; et il dist : cest voir, et Medee dist, retournerez vous point? 11 dist, si feray. — A quel signe? Et Jason li promist tous les Dieu quil retourneroit no que aultre femme jamais naroit. Elle le crut; mais Jason se parjura, car il la lessa pour aultre, dont il mourut, car quant Medee vi la grant ingratitude de Jason, elle qui savoit les ars de nigromance, se inist en guise domme et iist tant quelle trouva Jason en son pays, et puis li hst mengier par desespoir les testes de ses enfans. Ainsi mourut Jason. »

Nous aurions préféré reproduire la naïve histoire de Pyrame et Thisbé, dont voici le début :

« De Piramus et de Thibée est une moult piteuse ystoire. Piramus fut filz d’un moult grant riche homme. Thibee fut fille d*un petit homme. Mais ilz demouroyent lun auprès de lautre, et ny avoit point despasse entre leurs deux maisons. A vint que Piramus voyant la merveilleuse beauté et la grant douceur de Thi* bee, il lama de tout son cuer et elle lui, de si très excelente amour conques ne fut nulle plus parfaite, etc... »

Mais, malheureusement, le copiste a laissé son œuvre inachevée, et les dernières lignes de cette histoire nous manquent. Cest ainsi qu’on doit expliquer cette lacune; car tous les cahiers du volume sont complets, et il est évident que le feuillet ou les feuillets dont nous regrettons la perte n’ont pas été reliés avec le reste du manuscrit, quoique la reliure soit très-ancienne.

De plus, la deuxième partie de la Seconde Rhétorique est d’une autre main. Ce nouveau copiste a signé en pleine page sur le feuillet 6i ; il se nommait P. Dompie5cne. Nous ferons remarquer que le paraphe compliqué qui accompagne cette signature a pour base la queue de la lettre c ; et tous les o qui se trouvent sur la dernière ligne des pages sont ornés d’un para<^

phe identique qui s’épanouit en losange sur la marge inférieure.

Cette seconde partie est écrite sur trois colonnes, excepté les deiTiières pièces de vers qui sont à longues lignes. Elle commence par l’exposition de « trois règles pour faire convenablement Lay, Ballade, Rondel, Virelay, Motet, Rothuenge, Sote chanson, Arbalestrière et Pastourelle.» — « Item, pour savoir la désignation de aulcuDS vocables obscurs appeliez mos couvers poétiques, sensieut une table des mos terminés en on et eu yon. » Cette table est très-curieuse ; elle se compose de 3 oo mots ou environ, dont l’auteur explique la signification. Voici quelques-uns de ces vocables poétiques : annexion, corrélation, coagulation, décoction, incorporation, fraction, motion, relaxation, ventilation.

Taille de Ballades et de poésies singulières, telles que Fatras, Doubles Virelais, Motets esquartelés, Rotuenges, Rondeaux d’une syllabe, Arbalestrière, Laisses douzaines nommées Audengiéres, etc.

Nous ne pouvons nous dispenser de citer ces poésies singulières, dont on ne retrouve le modèle nulle part. Ainsi, on ne connaît que les douze vers monosyllabiques faits chez le président Hénault, à la suite d’une discussion sur l’impossibilité de com* poser des vers de ce genre. Cependant, on avaât abordé cette difficulté dès le XV* siècle. Nous en donûonx ta prénve :

RORDIL. D*OnS STLLIBI.

« Bel Oeul

Quel I

Bel

Tel

Vuel

Bel

Oeul. »

Taille de fatras sur ce motif :

«• Or gardes mieulz vos geliiies Que rembourc ne fist son coc. >•

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