Vaüluisant, abbaye. Recettes el dépenses de
Tabbave de Notre-Dame de Vaiiluisant. ordre de
Giteaux (diocèse de Sens), pour Tannée commençant le septembre i5a5 et finissant le 3i août iSab, Manuscrit du xvi® siècle, sur papier, in-4 de i34 Feuillets, parch. 4^^
Très-beau manuscrit, d'une jolie écriture ronde, sur papier blanc à grandes marges, et parfaitement conservé ; il est orné de majuscules en traits de plume, telles qu'on en voit sur le titre de plusieurs livres imprimés de la meme époque.
Ce manuscrit est précieux. Il fournit de nombreux et curieux renseignements sur des usages du moyen âge, qui existaient encore au seizième siècle, sur le prix des denrées, sur le salaire des artisans et des journaliei;3, etc., etc.
L’abbaye de Vaiiluisant, située près de Sens, fut fondée au douzième siècle par le roi lx)uis VH et par Thibaut, comte de Champagne. En 114a, le premier abbé transigea avec Héloïse, abbesse du Paraclet, pour certains domaines dont lu possession était contestée. Eu i 5 oi, Georges d'Amboise, cardinal - légat, accorda à Pierre llanoteau, abbé de Yauluisant, le privilège de porter la mitre et les habits pontificaux. Antoine Pierre, né à Rigny-le- Féron, village dépendant de Yauluisant, élu abbé le ao septembre i 5 oa, devint en i 534 évécjue de Sidon, el mourut le 5 février 1549. inhumé dans l'église de l'abbaye, et 011 lisait sur son tombeau l'épitaphe suivante : Hic jacet piœ memoriœ damnas An» tonius Petri^ apud Rignincum Le Feron oriundus^ hajus monasterii Vallislucentis ahbas ay, qai ohiit anno Domini i 549 , die quinta mensis Fehruarii,
L’abbaye de Yauluisant était riche et puissante. Sa juridiction s’étendait sur trente localités ; elle possédait des fermes, des pâturages, des vignes, des forêts, des pêcheries; des moulins à blé, à foulon et à tan; des verreiies; des maisons à Sens, à Troyes, à Nogent, à Provins, â YiUeneuve-l'Archevêque, à Paris, etc., etc. Quarante-deux chevaux étaient répartis en cinq fermes; Tabbé
avait, pour son usage personnel, une mule et trois chevaux de selle. L’abbaye prélevait des droits féodaux de toute espèce, tels que cens, coutumes, amendes, lodset ventes, terrages, dîmes, pasnage, paisson, fours et moulins banaux; elle jouissait du privilège de haute justice dans plusieurs seigneuries qui lui appartenaient; elle nommait un bailli, un garde-scel, des prévôts, des maires et des tabellions.
Pacquet Triche et Jacques Oaulge, receveurs de l’abbaye, rédigèrent ces comptes, par ordre de l’abbé Antoine Pierre. Ce registre nous fait connaître les noms de dix-sept autres moines, parmi lesquels nous indiquerons seulement Claude Lanoix, procureur de l’abbaye; Guillaume Bouteroclie, dépensier; Jehan et Noël de Pied, gouverneurs du château de Corgenay; Jehan de Villiers, gouverneur de la métairie de Touchebœuf, et Jehan Pluvret, gouverneur de la métairie d’Armentières ; les autres seigneuries étaient administrées par des prévôts et des maires. (Dans lu coutume de Sens, d’Auxerre, de Sentis et de Bar, le mot maire signifie seigneur bas-justicier, et le mot mairie^ basse-justice.) Voici deux personnages qui devaient être parents de l’abbé Antoine Pierre : M* Mathieu Pierre, licencié ès loiSy enquesteurau bailliage de Sens, garde du scel du tabellionage des prévostés et seigneuries^ du tabeU lionage et bailliage de céans^ Nicolas Pierre, pour les drtnts de nostre tabellionage de céans^ Lailty^ Corgenay et autres lieux ou avons haute justice.
Nous ne saurions analyser ces recettes et dépenses, qui donneraient lieu à d’amples commentaires. Nous reproduirons cependant plusieurs articles, afin qu’on puisse apprécier la valeur de ce manuscrit.
i'* P4ET1E : RECETTES. — Pèche de l’étang de Lailly : on vendit 6925 carpes et 10 seilléesàe roussailles. Les brochets furent conservés pour les moines. On reçut des fermiers 8 porcs gras, qui furent tués et salés pour le manoir de céans; mais il y avait des porcheries appartenant à l’abbaye : à Vauluisant, B9 porcs; à Touchebeuf, 20 porcs; à Breuières, 12 porcs; à Corgenay, 3 porcs. On nourrissait également, dans les fermes que nous venons de citer, des bœufs, des veaux, des moutons, des agneaux, des pigeons et des volailles, pour l’entretien des moines.
2^ PARTIE : dAperses. — Antoine Petit fit construire un corps de bâtiment destiné à la bibliothèque de l’abbaye. Les comptes de s 525-1626 nous apprennent qu’on employa, pour cette libraL rie, 2,000 pierres de grès, 1,400 pierres carrées pour les piliers,
90 tonneaux de pierres de taille de Saint-Leu, 88 clievrons de trois toises de long, 3 ,000 lattes, a, 5 oo clous, 16,000 tuiles, et 100 chevilles de fer. Total de la dépense : 629* 4 ^«
Les celliers de l’abbaye renfermaient, tant en vermeil, blanc et clairet, ^58 muids de vin, soit 4.^33 hectolitres. Les moines consommèrent 5 caques de harengs et 4>000 harengs sorets, i 3 , 3 oo œufs, etc. On employa pour la cuisine 16 minots de sel, 8 trézeaux de safran, 5 livres de poivre, 3 livres de clous de girofle, a livres de gingembre, une demi-livre de cannelle et d'autres épices. On acheta 610 livres de chandelles. On coupa dans les forêts de l’abbaye 398 cordes de bois, 1,600 fagots et 1,000 falourdes.
On peut juger de l’étendue des vignes de l’abbaye, et de l’importance de la récolte des grains^ par les notes suivantes : Pour fumer, proviguer, déchulasser et tailler les vignes, on employa 1 ) 94 ^ journées d’hommes et 4^0 journées de femmes. Pour les vendanges, a tonneliers travaillèrent pendant 5 o jours ; on acheta 4,000 cercles, a douzaines de paniers et a hottes. Pendant 6 jours, 40 femmes coupèrent le raisin, et 8 hommes portèrent la hotte. 4 hommes travaillèrent pendant ao jours à mettre la vendange dans les cuves, à faire le vin et à presser les iiiarcs.
On faucha a4a arpents d’orge et d’avoine; 8 femmes travaillèrent pendant a8 jours à amasser et à lier lesdites orges et avoines., 11 fallut a4o journées de femmes pour ensacher le froment; a 34 journées, pour ensacher l’orge et l’avoine; 36 journées, pour ensacher les oignons des jardins de l’abbaye.
Dépenses diverses; — Le jour du grand jeudi, donné en aumône aux pauvres, à chacun a deniers ; total, 27 livres 4 sols : il s’était donc présenté 3 ,a 64 pauvres. A l’apothicaire, pour clystères, pilules et autres drogues, pendant un an, aa livres. A un médecin de Sens, à qui on a montré les urines des malades, pendant un an, 2 livres.
Prix de quelques objets : — Froment, 16 livres le miiid (18 hectol., 782) ; seigle, 10 livres ; orge, 8 livres; avoine, 6 livres ; un bœuf, 5 livres; un vean, 1 5 sols; oisons, 20 sols la douzaine; poulets, 6 sols la douzaine; œufs, 6 sols 8 deniersle cent; carpes, 16 livres le cent; poires, 2 sous le cent; bottée de cerises, 6 sols; figues sèches, raisins secs et pruneaux, 1 sol la livre; chandelles, 20 sols les douze livre.s; toile pour draps et nappes, 1 sol 8 deniers l’aune; serviettes, 20 sols la douzaine; drap gris, i 5 sols l’aune; fer, 2 livres le quintal ; clous, 5 sols le mille; une cheville de fer, 3 deniers; lattes, 1 solie cent; piei’res de grès, 12 livres 10 sols le mille;
cercles, 3 o sols le raille; seaux, ao sols la douzaine; balais, i sol la douzaine; la mains de papier^ achetées à Troyes, lo sols.
Salaxeks : — Le bailli, pour tenir les assises de Tabbé, 5 livres par an. Robert, qui enseignait la grammaire aux jeunes religieux, ai livres par an. Le garde des bois et forets de l’abbaye, la livres par an. Adam de Troyes, tanneur de Fabbaye, 14 livres par an. Le barbier des moines, 5 livres par an. Le maréchal et son aide, pour eux deux et par jour, 3 sols 4 deniers; le couturier, I sol 3 deniers par jour; la couturière, i sol; le charron, le tonnelier, le cordonnier, et les faucheurs, a sols 6 deniers par jour; les vendangeurs, a sols 1 denier, et les vendangeuses, a sols ; les faneuses, i sol; les bûcherous, 1 sol 3 deniers par corde, et
3 sols 4 deniers par ccut de fagots.
Domestiques. Gages par an : — Le gardeur des vaches, 6 livres; le gardeur des brebis, 10 livres; le gardeur des pourceaux, 6 livres; une chamhetlière (\y\\ pansait les vaches, faisait les lessives et servait les serviteurs, 5 livres; a autres chambellières, chacune
4 livres 10 sols ; la chambellière qui gardait la porte du château de Corgeuay et pansait les vaches, 4 livres 10 sols; et une petite fille qui lui tenait compagnie, 40 sols.
Procès. — Pour défendre les intérêts de son monastère, et pour exercer ses droits de haut-justicier, l’abbé Antoine Pierre intenta ou soutint de nombreux procès. Us figurent, dans les dépenses de l’année i 5 a 5 -i 5 a 6 , pour une somme de a 65 livres i 3 sols a deniers. Procès contre le curé de Regny-le-Feron, qui prétendait posséder les dîmes du vin de Regny; contre le commandeur deCollors, pour quatre septiers de grain que l’abbé réclamait sur sa commanderie; contre la dame du Bray-sur-Seine, pour un chêne que l’abbé avait fait abattre ; contre les locataires de la maison que l’abbaye possédait à Paris; contre l’abbaye de Saint-Denis, qui prétendait que la justice de Brenières devait relever d’elle; contre Damyen Merle, dont le cheval avait tué un petit valet de Corgenay, et qui refusait de livrer ce cheval à la justice; contre Gaillebault du Fournauldin, qui avait trouvé une brebis et l’avait gardée comme épave.
Mais voici le plus curieux de tous ces procès. Pierre Alphons, diti le Briquetier, avait été condamné par le prévôt de Brenières à être geigne et à répondre du cas dont il était accusé, à savoir, d’avoir forcé une jeune fille; il en ap|>ela au bailli de Nogent, qui le condamna à être pendu à Brenières. Nouvel appel du condamné au parlement de Paris. On consulta alors un avocat de Sens, qui
coaseilla à Tabbé de ne pas soutenir le jugement du bailli, attendu que la sentence était douteuse : cette consultation coûta deux écus soleil, soit quatre livres. On écrivit au bailli pour Tinviter à retarder renvoi du Briquetier à Paris; mais celui-ci déclara qu’il avait bien jugéetne voulut point flifférer. Ou fit conduire ledit Briquetier à Paris, dans un bachot, par le frère Girard, trois sergents et deux maronniers : Nous ne creusmes pas les opinions de nostre conseil de Sens, dont nous en prist mal. Le bourreau s’était empressé de venir à Nogent pour pendre le Briquetier; on lui paya quatre livres d’indemnité.
Le parlement de Paris, par arrêt du 17 septembre, cassa le jugement du bailli, et condamna le Briquetier à être fustigé, par troiè divers jours, aux quatre carrefours de Brenières, à être banni du royaume, et ses biens confisqués. On le renvoya à Brenières, où il fut amené par quatre sergents; et comme il n’y avait point de prison forte à Brenières, on l’incarcéra à Nogent. Le ao septembre, la sentence fut exécutée par le bourreau de Sens, sous la surveillance du bailly de l’abbaye, Martin Hanoteau. On paya au bourreau cinq livres et une paire de gants de deux sols; on acheta des cordes pour lier le Briquetier, afin de le mieux fustiger. Après l’exécution, on lui donna congé, parce qu’il était banni, et de plus vingt sols d’aumône. Ce procès coûta à l’abbaye loB livres 14 sols 3 deniers.
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