Chartier (Alain). Le Quadrilogiie. Manuscrit du
XV® siècle, sur papier, pet. in-fol. de 66 feuillets. 3 oo fr.
Très-beau manuscrit, sur papier fort, d’une excellente écriture et d’une conservation parfaite. Chaque paragraphe est orné d’une grande majuscule en traits de plumes, d’une correction et d’une élégance remarquables. On pourrait extraire de ce manus-
crit UD magnifique alphabet, qui tiendrait une place distinguée dans les collections de ce genre*
Voici le titre complet du Quadrilogue : « Cy commance ung notable et excellant traictié sur le fait de la guerre, en cori igeaiit et reprenant les estas cbascuu a lendroit soy, lequel traictié est nommé Quadrilogue, pour ce que en quatre personnes fust compilé par feu vénérable, discret et sage maistre Alain Chartier, eu son vivant docteur en decret et secrétaire du roy nostre sire Charles le septiesme de ce nom. »
11 semble résulter de celte phrase, feu maistre Alain Chartier? secrétaire de nostre sire Charles septiesme du nom, que ce manuscrit a été écrit après la mort d’Ai. Chartier, mais pendafnt le règne de Charles VII ; il serait donc antérieur à Tannée 1461.
Le Quadrilogue fut composé en 142a. « Comme doncques en cestui an mil cccc xxij,je veissele roy angloiz, ancien aduersairc de ce royaume, soy gloriffier en notre ignominieux reproche, enrichir de nos despoilles, etc. » C*est un dialogue entre la France, le peuple, le chevalier et le clerc, dans lequel Tauteur retrace les calamités de la France et les causes de son abaissement. 11 s'efforce de stimuler les divers États du royaume à faire usage de toutes leurs ressources- pour chasser le? Anglais et rendre la liberté à leur patrie. Alain Chartier écrivait ce traité dans le temps le plus désastreux de lu monarchie. En effet, Charles VI mourut le aa octobre i4aa, et Henri V, roi d’Angleterre, fut proclamé roi de France. Charles VII, réfugié à Poitiei-s, n’était roi que de nom; et, certes, il ne réussit à conquérir son royaume que par la haine du peuple pour la domination étrangère. Le Quadrilogue est donc un ouvrage essentiellement historique, qui fait connaître Tétat malheureux de la France en i4aa. Ce livre a été imprimé plusieurs fois an quinzième siècle, au seizième, et même au dix-septième. Notre manuscrit fournirait sans doute d’utiles variantes.
32 . Crisostomi (Joannis), episcopi et Basîlii Cesariensis, dialogi de Dignilale sacerdotii libri sex. Manuscrit du xi® siècle, sur vélin, gr. in -8 de 104 feuillels, mar. bleu, fil. 55 o fr.
Beau manuscrit, à grandes marges. Ou lit sur le recto du premier feuillet : « Frater Otto haec scribebat ano dni in, tercio.» Cette note paraît être de la même époque que le texte. Au des-
sous, et d*ane écriture moderne : «Ce mamtscrit, de Pan ioo 3 , appartenait, en 1792, à L. C. Manesse, homme de loi et de lettres, à Avesnes. »
Le titre, en capitales mêlées d’onciales, rouges et bleues, occupe la moitié du verso du premier feuillet4 Le dialogue commence au deuxième feuillet, l’remîers mots: « Michi quidem multi fuerunt amici certi et amicitie jura scientes. a L’initiale M est une grande onciale, rouge et bleue, d’un dessin compliqué, dans lequel on distingue un masque monstrueux, deux dragons ailés et des arabesques. Les premières lignes, en lettres rouges, sont, comme le titre, d’une écriture mixte.
Ce Manuscrit est d’une admirable pureté ; il est orné de rubriques et d’un grand nombre d’initiales coloriées. Certains passages, tels que les tables des chapitres de chaque livre, sont écrits en caractères minuscules d’une élégance remarquable. Rien ne dément la date que lui attribue la note du premier feuillet.
Le dialogue de Dlgnitate sacerdotii est suivi d’un autre ouvrage de saint Basile, en dix-sept feuillets : « Incipit liber sancti Basilii episcopi Capadocie ad filios spîrituales. x> Cet opuscule paraît être inédit. Le dialogue de saint Jean Chrysostome a été imprimé plusieurs fois dans le quinzième siècle * mais nous ne doutons pas qu’un manuscrit aussi ancien que le nôtre ne fournisse d’importantes variantes pour rétablir le texte des éditions imprimées, dans toute sa pureté.
33. Chronique universelle, depuis la création du monde jusqu’en i 34 o. Manuscrit du xv* siècle, pet. in -4 de loo feuillets, miniat. init. velours grenat. j 5 oo fr.
Beau manuscrit, sur vélin très-blanc, omé de sept ifiiniatures, demi-grisaille, à page entière ; de nombreuses initiales élégantes et de tirets en or snr fond grenat.
Les miniatures sont d’une charmante exécution ; la perspective est bien observée. Elles représentent; i^Dieu défendant à Adam et à Eve de toucher aux fruits de l’arbre de la science ; 2® Noë partageant la terre entre ses trois fils: joli paysage, rivière et trois châteaux forts ; 3 ® le sacrifice d’Abraharo; 4 o David priant, tandis que son armée assiège Jérusalem. Cette ville est une forteresse du moyen âge; on distingue, au-dessus des remparts, une foule de clochers, de flèches et à'églises ; 5 ® Servius,
roi de Romc^ faisant creuser des fossés autour de la ville : c*est une belle citadelle du moyen âge; 6" Auguste, empereur de Rome, debout, couvert d’une riche armure damasquinée, sur laquelle est jeté un ample manteau bleu ; 7^ le baptême de Jésus* Christ
Cette chronique anonyme paraît être inédite.' — Premiers mots : « Dieu fist le monde tout ensamblc, et ce qu^il en fist en* samble ne puet pas estre dit 'cnsamble, et commencerons premièrement aux Angels. » — Derniers mots : « leellui £douart guerroie maintenant le roy de France et luy a tolut son navire à l.escluse en Flandres, l’ân de grâce mil iijc et quarante, qpi est Tan qui court pour le présent que ce livie fut composé et fuit b
On lit encore au fol. 8a: a Charles, comte d’Alençon.qui fut
père au roy qui maintenant vit l’an mil iijc et xl, que cest livre fut fait et escript en cronique. » .
L’auteur divise son œuvre en sept parties inégales, qui sont les sept âges du monde. Chaque partie commence par une miniature. On trouve dans cette chronique abrégée, et presque toujours dépourvue de dates, l’bistoire de la papesse Jeanne : « Jehan Engloys. 11 estait femme et excellent en clergie. 11 sist deux ans, etc. »
Voici quelques passages curieux :
a La femme Noë avoitnom Puarphara; la femme Sem avoit nom Parphya ; ia femme Cam avoit nom Cataflua ; la femme Japhet avoit nom Fluia. »
a Saint Pierre demoura ès parties de Jherusalem et célébra la première messe. »
. a Salomon avoit onze mille chevaux pour cbarettes, et douze mille pour chevauchier. On mengoit chacun jour en sa cour trente bœufs et bien cent moutons, sans la vollatile et sans les ^ venoisons... En la fin, il affola et morut.B
c Dieu affola Nabugodonosor par telle manière qu’il cuidaîl estre un. beuf ; et fut ainsi par sept ans. »
Ce volume renferme les chroniques de l’Écriture sainte, des papes, des empereurs, des rois de France et d’Angleterre, des ducs de Normandie et des rois de Bretagne. Malheureusement le manuscrit est incomplet d’un feuillet, qui a été coupé. 11 contenait la liste des premiers rois de Bretagne. Nous ne possédons cette chronologie fantastique que depuis le roi de Bretagne, çai régna dix ans du temps de Samuel.