‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'euxChapitre 1 sur 20 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

20o. Alexander Magnüs. (le Roman d’Alexandre.) Liber Alexandri magui regis Macedonie de preliis. Manuscrit delà fin du xiii® siècle, sur vélin ; in-fol. de 5o feuillels, iiiit. v. marb. {Armoiries.) 5oo fr.

Très-beau niaouscrit sur vélin blanc, à grandes marges, rare, curieux, d'une excellente conservation et bien complet.

Les armoiries empreintes sur les plats de la reliure, et surmontées d’une couronne de marquis, avec la devise//! sperantia, paraissent avoir appartenu à Henri-Armand-Balthazar de Gérente ou Jarente, marquis de Senas, baron de I.iis, né en 1740; celte famille portait : au sautoir de gueules.

Le titre que nous avons adopte est celui des éditions imprimées au quinzième siècle. Notre manuscrit en reproduit le texte, sauf quelques variantes : c’est la leçon la plus rare, existant en manuscrit.

L’ouvrage contient 188 chapitres distingués par des rubriques et d'élégantes majuscules gothiques, rouges ou bleues. Cinq initiales, qui semblent indiquer les grandes divisions du livre, sont dessinées dans un cadre doré, avec le milieu et des appendices hargement coloriés. La première majuscule a 6 centimètres carrés; l’appendice encadre la marge intérieure et se réunit à d'autres appendices qui se détachent d’un écusson armorié peint sur la marge inférieure.

îi 1

Cette histoire fabuleuse des expéditions d*Alexandre est d’une haute antiquité, et a inspiré les romans de chevalerie du moyen âge. Elle a été primitivement écrite en grec , vers le septième ou huitième siècle, puis traduite en ladn vers le dixième. On l’a attribuée mal à propos à Callisthène, puisqu’il mourut avant Alexandre. Quelques écrivains prétendent, mais sans aucun fondement, que l’auteur se nommait Esopus; on est également en désaccord relativement auitnoms des différents traducteurs latins. Toujours est-il que ce livre est généralernent connu sous le nom de Pseudo-Callisthène. Le roman d’Alexandre a été traduit en prose et en vers latins, en prose et en vers français : la chanson de geste d’Alexandre le Grand est une des plus célèbres productions du moyen âge. Enfin, il a été traduit en allemand, en italien, en espagnol. Ce roman a fait les délices de l'Europe, à cette époque reculée, où l’on se passionnait pour le merveilleux.

Il est cerjjiin que ce livre est riche d’inventions de toute nature; et quelques-unes méritent de fixer l’attention. La plus ancienne des fictions qui composent cet ouvrage est celle qui donne pour père à Alexandre le Grand, Nectaiiébo, roi d'Égypte et nécromancien. Chassé de ses États, il se réfugia en Macédoine et abusa d’Olympias, femme de Philippe, à l’aide de sa puissance magique. Les merveilles de ITnde, les monstres que combattit l’armée d’Alexandre, ont fourni à M. Berger de Xivrey de curieux passages pour ses traditions tératologiques.

Les deux chapitres les plus remarquables sont les suivants : Quandb Alexander ascendit in aerem cum grijfis, — Quando Alexander fuit in frrofundum maris Rubri,

Dans le premier chapitre, l’auteur raconte qu’Alexandre, ayant gravi une haute montagne, conçut le projet de s’élever dans les airs. 11 ordonna de fabriquer un char en fer, lié avec des chaînes du même métal ; puis il fit amener quatre griffons, qui furent attelés avec d’autres chaînes de fer. Les griffons s’envolèrent et parvinrent à une si grande hauteur, que la terre paraissait aussi petite qu’une aire où l’on bat le grain, et que la mer ressemblait à un serpent aux replis sinueux. Mais alors un souffle divin aveugla les griffons ; et, au lieu de continuer à s’élever, ils descendirent et s’abattirent sur le sol, dans un lieu sauvage, situé à quinze jours de marche du camp d’Alexandre. Telle est la plus ancienne expérience aérostatique qu’on puisse constater. Elle

n*a pu être renouvelée dans les mêmes conditions; car la race des griffons n’a pas survécu aux romans de chevalerie.

Après avoir voyagé dans les airs, Alexandre voulut explorer les profondeurs delà mer Rouge. Il convoqua les verriers (vitriarios)y et leur commanda de faire un grand tonneau, du verre le plus transparent. Après qu’il fut fabriqué, on le lia avec des chaînes de'fer, dont l’extrémité était retenue par de robustes soldats. Alexandre entra dans le tonneau, en boucha la porte avec de la poix, et se fit descendre au fond de la mer. 11 vit des poissons de toute espèce et de toute couleur, des animaux semblables à ceux qui habitent la terre, et mangeant les fruits des arbres qui croissent dans la mer; il vit encore d’autres choses merveilleuses qu’il n’osa raconter, parce qu’elles auraient paru incroyables. On reconnaît dans ce récit l’idée primitive de la cloche à plongeur.

Au bas du feuillet verso^ on lit : Explicit liber Alexandri

victoris tocius orbis in duodecim annis. Les deux derniers feuillets ont pour titre; Incipiuntproemia que fàcta fuerunt à sapientibusy post morlem Alexandri. — Ce sont des appréciations diverses de la conduite et des mœurs d’Alexandre, accompagnées de deux épitaphes de ce héros, en vers latins, composées par Doctoniéus et Démosthène le philosophe, et de douze vers de Perse sur Alexandre.

Page 1