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247, Sai5t-Nicolas-acx-Bois (Abbaye). — Compte général que rendent les prieur et religieux de l’abbaye de Sainl-Nicolas-aux-Bois, diocèse de Laon, à Pierre Desmarelz, abbé de ladite abbaye, pour le revenu de sa manse abbatiale, pendant les années J755-1758. Manuscrit sur papier; in-fol. de 34 feuillets. ^5 fr.
ij: inaiiuscrU est divisé en deux cahiers. L’an contient le compte général des années 1755-1756 ; l’autre, celui des années 1757-1758. Le premier compte, arrêté le a8 février 1757, est signé L*ahbé Desmaretz et Pr. Edmond Bataillon^ cellerirr et procureur de la susdite abbaie; le second, arrêté le a 5 janvier 1759, est signé Vabbé Desmaretz et Fr. /.-F. Neveux^ cellerier.
Haut et puissant messire Pierre Desmaretz, frère du maréchal de Maillebois, était fils de Nicolas Desmaretz, ministre d’Etat, controleur général des finances, et de Madeleine de Béchamel. Il possédait, depuis le a 5 juillet 1710, l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, et il fut nommé abbé de Saint-Nicolas-aux-Bois en janvier 1716. Saint-Simon dit à ce sujet : «Le Roi, contre sa coutume de ne donner les bénéfices que les jours qu’il avoit communié le matin, en donna à la mi-janvier de cette année (1715), mais seulement au fils, plus que disgracié de corps^ de mœurs et d*esprit, de son ministre des finances, et à trois favoris de la constitution. L’abbé Desmaretz, qui avoit déjà une grosse abbaye et d autres bénéfices, eut l’abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois. «
i^tte abbaye, de l’ordre de Saint-Benoît, congrégation de Saint-Maur, étendait sa juridiction dans le Haiuaut et dans la Flandre ; elle jouissait en certaines localités du droit de haute justice. Mais il y avait des charges que l’abbé supportait presque entièrement: réparations aux églises et aux presbytères ; redevances aux chapitres de Laon, de Saint-Quentin et de Cambray ; charges claustrales de l’abbaye; officiers de la justice abbatiale; et, quelquefois, des procédures coûteuses. Exemple :
(Art a4 du compte de 1756.) «Item, payé à l’acquit de monsieur 1 abbé, comme haut et puissant seigneur d’Anguilcourt, la somme de six cent soixante cinq livres onze sols pour les prod\jn*^h faites contre un nommé Jean Dehant, voleur
^ ^ et condamné par sentence du Bailli de ladite ab-
baye, continuée au parlement, au fouet, à la fleur de lys et au banissement. »
La manse abbatiale de Saint-Nicolas-aux-Bois s'élevait annuelle* ment à 1 3,545 livres; mais les dépenses réduisaient ces revenus de moitié. L’abbé ne recevait en moyenne que 7,000 livres on environ.
Il est assez curieux de retrouver, à notre époque, des manuscrits de ce genre. Ce sont des fragments de l’iiistoire d’institutions qui n’existent plus ; cependant, ils conservent encore de l’intérêt pour tous ceux qui aiment à fouiller dans le passé, et à faire revivre, ne fût-ce que pour un instant, les hommes et les choses d’autrefois.
248 . Sales (Les). — Terrier ou Registre des cens et rentes dûs au seigneur des Sales en Forez par les possesseurs des domaines situés dans di> verses paroisses. Manuscrit, sur papier, du XV® siècle ; pet. in-4* de 118 feuillets, parch. 6o fr.
Ce manuscrit, d*une bonne écriture, est orné de grandes initiales à traits de plume, accostées de masques grotesques.
La commission donnée par J. Pelletfer, juge ordinaire du comté de Forez, à Guichard de Montossa, notaire juré, pour recevoir les déclarations des tenanciers de noble homme Gilet des Sales, damoiseau, seigneur des Sales et de Tignon, est datée de Montbrison, le i 8 mars 1461 (146^)* Cette pièce est précédée d’une ordonnance de Louis de la Bernade, chevalier, conseiller du duc de Bourbonnais. Chaque article est signé par Barthélemy de Montossa, notaire, fils de Guichard, qui mourut avant la clôture du terrier.
Les domaines compris dans ce registre s’étendaient sur les paroisses de Saint-André, Saint-Léger, Ronneysons et Roanne. Quarante-trois tenanciers ont fourni leurs déclarations, depuis le 3 i août 1462 jusqu’au mois de février 1482. La rédaction de ce terrier fut interrompue par la mort de Guichard de Montossa vers 1469» et par celle de Gilet des Sales, vers i 477 -
Ces anciens terriers, dans lesquels on cite un grand nombre de personnes, ainsi que des domaines avec leurs confins et leurs servitudes, sont importants pour la géographie des provinces, et souvent utiles pour établir et justifier certains droits appartenant soit aux familles, soit aux communes.
249 . Savoie et Piémont. — Mémoires concernant les frontières de Piémont et de Savoye, pour servir à l’instruction tant pour les campements des armées que pour les faire manœuvrer. Manuscrit du XVIIP siècle, sur papier; in-fol. de 116 pages, carte gravée, v. f. 260 fr.
Ce mémoire, TRÈs-PRiciEux pour l’art militaire, a été écrit, après l’année 1720, par un officier français ayant pris une part active aux six campagnes qui eurent lieu depuis 1707 jusqu’en 1714, en Dauphiné et sur les frontières de la Savoie et du Piémont. Ce manuscrit paraît être autographe. L’auteur décrit avec soin tous les mouvements de l’armée française successivement commandée par les maréchaux de Tessé, de Villars et de Berwick, ainsi que les mouvements de l’armée des alliés commandée par le prince Eugène, le duc de Savoie et le comte de Thaun. Après avoir exposé les préjudices que causa à la France la paix d’ütrecht signée en 171 3 , il développe un plan (Vattaque contre le Piémont^ et un plan pour la défensive. Ces deux projets prouvent que l’auteur était un excellent tacticien.
Mais la partie la plus curieuse du livre est celle qui est intitulée : Explication des vallées, des rivières, des ruisseaux et de tous les cols et passages qui sont dans le Briançonnois, dans VEmbrunois, comme aussi dans les vallées de Cezanne, de Bardonnèche, (C Oulx, d'Exiles, de Chaumont, de Pragelas, de Suze, de Pérouze, de Saint-Martin, d'Angrogne, de Luzerne, de Barcelonnette, du Château-Dauphin, de Pô et de Mayre ; les endroits où ces passages vont aboutir, et le temps qui il faut d* un pas réglé pour aller éCun lieu à un autre ,* ceux qui sont praticables pour le canon, pour les chevaux et Vinfanterie, On trouve dans cette explication des détails géographiques très-exacts et fort utiles pour ce pays de montagnes.
L’auteur décrit ensuite les places de guerre de la frontière ; Antibes, Toulon, Montdauphin, Embrun, château de Queyras, Briançon, fort Barraux, Grenoble, fort de l’Écluse. II indique les pics les plus élevés des Alpes, les animaux qu’on y rencontre, tels que chamois et marmottes, les mœurs et les habitudes des habitants, le climat, etc. Et pour faire mieux comprendre toutes ces relations militaires, toutes ces descriptions géographiques, on a ajouté au manuscrit une grande et belle carte, gravée^ du théâtre delà guerre en 1743, dans le Dauphiné, la Savoie et le Piémont.
MANUSGRnS.
250. Spéculum humane salvacionts. — Manuscrit du XIV® siècle, sur peau vélin ;in- 4 ® de 76 feuil-» lels, ais en bois. 680 fr.
Beau manuscrit du xiv® siècle, sur peau vélin, à longues lignes, avec initiales coloriées. Les notes marginales et les titres des chapitres sont écrits en lettres rouges. Quoicjue ce manuscrit soit du même siècle que le Spéculum composé en i 324 > cependant le copiste transcrivait un manuscrit plus ancien, et difficile à déchiffrer; car il a commis des erreurs, et laissé incomplets quelques vers, que nous avons rétablis à l’aide des manuscrits de la Bibliothèque impériale. On remarquera que tous les manuscrits postérieurs sont ornés de miniatures, tandis que celui-ci en est dépourvu : cette particularité est, à notre avis, un indice certain de son ancienneté.
Ce manuscrit est complet, et se compose de 45 chapitres. Les éditions imprimées, latines et hollandaises, sont réduites à 29; les éditions allemandes ne donnent que les 45 chapitres abrégés, et les traductions françaises contiennent seulement 4^ chapitres.
11 est bien rare de rencontrer deux manuscrits du même ouvrage, entièrement semblables : c’est ce qui rend la comparaison des manuscrits si utile pour obtenir des éditions exactes. Il en est ainsi pour le Spéculum, Notre manuscrit, collationné avec ceux (]ue possède la Bibliothèque impériale, fournirait de nombreuses variantes. Nous en signalerons une seule, à cause de son importance. Les trois premières pages renferment une table alphabétique, à deux colonnes^ des faits principaux, racontés dans les 45 chapitres : table qui manque complètement aux autres manuscrits, et dont le titre n’est pas facile à expliquer. TVibula super Spéculum humane sahacionis anhasia quedam in prologo, Amen, On lit sur la quatrième page :
« locipit Prohemium cujusdam nove compilationis
Cujus noinen et (itulus est spéculum humane salvacionis.
Ce prologue en prose rimée, qui donne le sommaire de chaque chapitre, finit ainsi : " - '
« In 45 capitulo agitur de septem gaudiis ejusdem gloriose virginis.
Et sic terminantur capitula hujus libelli et voluminis. »
<( Expliciunt capitula super spéculum humane salvationis. >•
Et sur le feuillet suivant ;
« lucipit spéculum humane salvacionis ; etc. «
Or ce prologue a une suite de 6a vers dans Tun des manuscrits de la Bibliothèque impériale, et de 98 vers dans Tau Ire. Il résulte de là que cette introduction n’a pas une étendue bien fixée, et qu’elle n’est peut -être qu’un appendice ajouté plus lard. Ce long prologue n’existe pas dans la traduction française qui est la plus eonjorme au texte latin (P. Paris, Manuscrits français ^ t. IV, p. aoo); et les marges de cette traduction sont chargées de notules et de sommaires qu’on ne trouve que dans notre manuscrit : ceci prouverait qu’elle a été faite sur un ancien manuscrit analogue à celui que nous avons sous les yeux.
Le Spéculum humane salvacionis est un ouvrage célèbre dans les annales de l’imprimerie. Quelques auteurs ont fait remonter la première édition à l’année i4îio; d’autres l’ont datée de i 43 o à 1489, en l’attribuant à Coster de Harlem. Cette dispute bibliographique et littéraire a provoqué de nombreuses dissertatipns fort curieuses. L’une des meilleures notices est celle de M. J.-M. Guichard, publiée en 1840. Avant cette époque, on ne s’était occupé du Spéculum que par rapport aux caractères typographiques et aux figures xylographiques, qui constituaient ces fameuses éditions du xv« siècle, dont il ne subsiste plus que de rarissimes exemplaires.
« Le Spéculum humane salvacionis^ ditM. Guichard, appartient à celte nombreuse famille de livres ascétiques qui, dux® au xvi® siècle, forme à elle seule la majeure partie des productions littéraires de l’Europe, Longtemps oubliés, ces livres, dont le fond est emprunté aux doctrines chrétiennes, méritent cependant de fixer Fattention des critiques; leur ensemble offre un tableau complet et varié des mœurs et des croyances religieuses pendant le moyen âge. Le Spéculum contient une histoire moralisée de la rédemption du genre humain; l’auteur a puisé tout à la fuis dans les littératures grecque et romaine, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, dans les légendes et les traditions populaires de son époque : cette dernière partie n’est pas la moins intéressante. »>
« Le Nouveau Testament contient fort peu de détails sur les parents et la vie de la sainte Vierge. L’auteur du Spéculum a eu recoiirsi pour cette partie de son ouvrage, au protévangile de S. Jacques, et aux autres livres apocryphes. »
« Les 45 chapitres du Spéculum^ le prologue- et jusqu’à la table des matières, sont écrits en prose latine rimée; les mots barbares, les constructions vicieuses, employés dans cet ouvrage,* montrent dans quel état de décadence était tombée l’étude de la
langue latine au xir* siècle. Le poète n’avait égard qu’à la rime ; il ne s’est imposé aucune règle, ni de mesure, ni de quantité: des vers ont dix syllabes, d’autres en comptent jusqu’à vingt-cinq, »
Chaque chapitre du Spéculum est consacré à un acte tiré du Nouveau Testament, et suivi de trois figures exivhxies de l’Ancien Testament et même des histoires profanes; afin de prouver que tout ce qui est écrit dans les évangiles, avait été annoncé depuis longtemps.
Le 43* chapitre contient les sept stations de la Passion de /ésus-Christ ; le 44®, les sept douleurs de la Vierge; et le 45*, les sept joies de la Vierge, Ces trois chapitres forment une espèce de supplément, qui a été retranché dans la plupart des éditions imprimées.
Il paraît que l’auteur du Spéculum avait écrit le Prohemium^ en faveur des pauvres prédicateurs. Voici les quatre premiers vers de la suite du prologue :
Predictum prohemium de contentis hujus libri compilavi Et propter pauperes predicatores apponere curavi,
Qui si forte nequierint totum libnim comparare Si sciunt hystorias pôssuut ex ipso prohemio predicare.