‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'euxChapitre 14 sur 20 · II. (jaston, duc d’Orléanr. N. 1608. M · texte numérisé non relu

II. (jaston, duc d’Orléanr. N. 1608. M

Lettre aut., s., à Louis XlII; Monteraa-faut^Yonne^ la dovembre i 63 a.

Cette lettre, de 3 pages gr. in-foL, et d’une écriture fine et serrée, est très-précieuse. On lit dans VArt de vérifier les datesj que Gaston, irrité de la mort du duc de Montmorency, écrivit au Roi pour s’en plaindre, et sortit du royaume. On cite quelques passages de cette lettre dans la Biographie universelle de Michaudy art. Orléans (Gaston d’). Mais nous ne l’avons trouvée imprimée ni dans les Mémoires de Montrésor^ ni dans les Mémoires de Gaston. Nous ignorons si elle a été publiée ailleurs, en ender. C’est l’original de cette lettre célébré, que nous avons sous les yeux. En voici des extraits :

<t Monseigneur, il est vray que le debvoir auquel m’assujettit ma naissance et que mon inclination obligèrent tousjours de rendre à Vostre Majesté toutes sortes de respects. Mais comme, ces derniers jours, elle a désiré de moy des submissions extraordinaires et sans exemple, je luy advoue que pour m’y porter, il ne falloit pas une considération moins puissante que celle qui m’y a fait résoudre. Je croy aussy. Monseigneur, que M^ de Buillion n’auroit pas manequé de dire à Vostre Majesté les protestations que je luy ay faites, quand il me dit sur l’instance que je luy faisois pour sauver la vye et rendre la liberté à mon cousin le duc de Montmorancy, que le seul moyen que j’avois pour l’obtenir de Vostre Majesté, estoit de me soubsmettre absolument à toutes vos volontés, que vous en demander les asseurances estoit vous irriter et blesser la confiance que je debvois prendre en vostre bonté. » — «rSi la résolution que je prends maintenant vous fasche, permettez-moy de vous dire que c’est à ceux qui vous ont conseillé une sy grande violence, à qui Vostre Majesté s’en doibt prendre justement. » — « Comment eussé-je pu croire qu’elle n’eust point esté touchée de compassion, en considérant l’estât où elle réduiroit un prince qui'a l’honneur d’estre son ,,frère, par un effet que personne ne pouvoit s’imaginer ? Pardonnez-moy. Monseigneur, sy je vous parle avec trop de liberté, la considération de mon honneur et de ma réputation ne debvoitelle pas vous fleschir ?»— Et cependant je supplye très-humblement Vostre Majesté de n’avoir point désaggréable la résolution que je prends de sortir de son royaume et de chercher chez les Estrangers une retraitte asseurée pour ma personne, puisqu’après la cognoissance que j’ay du peu de bonne volonté que Vostre

Majesté a pour moy, je doibs appréhender justement les suittes et les conséquences d’un sy grand mespris de toutes mes submissions.»

Gaston alla rejoindre la Reine-mère, à Bruxelles. 11 arriva dans cette ville, au mois de janvier i 633 .

241. Recueil de piècea diverses. — i. Le Progrès du schisme en France, depuis la dernière assemblée du clergé en iy 55 : Manuscrit autographe de (\% feuillets. — 3. Jésus-Christ traité comme il le mérite. Paris, J. Philippe, 8 pages à a col.; — 3. Jugement des auteurs du Journal encyclopédique sur la législation du divorce, in-ia de la pages. — 4. Lettres sur le divorce, par l’ahbé de Barruel. Paris, Crapart, 1789. — 5. Le Patelinage des évêques constitutionnels dévoilé, ou lettre au sieur Pierre Thuin, soi-disant évêque de Meaux. Paris, Crapart, 1792. — 5 parties en i vol. in-8°, v. m. . 60 fr.

Les pièces qui composent ce recueil appartiennent à la théologie polémique et au droit canonique; mais elles se rattachent aussi à rhistoire de l’Église gallicane et à celle de nos institutions nationales. — Molinistes, athées, légistes et canonistes ont concouru à la formation de notre recueil, que nous analyserons sommairement.

Le Progrès du schisme est la minute autographe de l’œuvre d’un moliniste, qui prétendait défendre la bulle Unigenitus et la puissance ecclésiastique contre les Jansénistes, le parlement et l’autorité séculière. Ce manuscrit, surchargé d’additions, de corrections et d’observations, était préparé pour l’impression. Nous croyons cependant qu’il est encore inédit. Au surplus, aucun imprimeur n’aurait osé publier, en France, un volume dans lequel on lit des passages tels que ceux-ci : « L’Église n’est point dans l’État pour recevoir les lois des princes sur la discipline essentielle de son gouvernement spirituel, sous prétexte que cela est extérieur. Enfin, l’Église n’est pas dans l’État pour y parler ou se taire au gré des rois et des magistrats. Ce sont là de ces chimères que l’hérésie a forgées et que l’irréligion entretient. » — « C’est donner le saint aux chiens j que de donner l’Eucharistie à ceux ou à celles dont la désobéissance à la büllc Unigenitus est

notoire et scandaleuse. » Ce livre devait avoir pour vignette une hostie rayonnée, à peu près semblable au cachet des Jésuites, et pour indication de lieu, à Filiefranche , avec la date 1756. Le manuscrit est divisé en deux parties suivies de pièces justificatives. ,

Au milieu de violentes diatribes contre les dix-sept évéques dissidents de rassemblée du clergé en 1755^ contre les Pères de rOratoire, les membres du parlement, les magistrats, les Jansénistés, etc., ou trouve quelques faits singuliers et peu connus. Ainsi, au mois d'avril 1765^ à Montpellier, Mad. de Moustelon, en vertu d’un arrêt du parlement de Toulouse, se fit administrer le saint viatique à main armée^ c*est^à-dire par un misérable prêtre escorté par des soldats, curckars et huissiers, commandés par le juge^mage.-^ En r744, les Jansénistes, croyant leur cause désespérée, cherchèrent de nouveaux établissements en Hollande et en dautres pays hérétiques. Ils achetèrent, près d*Utrecht, une étendue de terrain assez considérable : leur dessein était d*y éta~ blir des espèces d académies pour Vun et Vautre sexe, — On lil,

. p. la bis, une curietise notice sur Pierre-Paul Boucher de la Timonière, qui, sous le nom de frère La Croix, publia en 1753, le Progrès du Jansénisme, P.-P. Boucher, d’abord janséniste, trahit ensuite son parti, dénonça à tort et à travers, voulut même établir la complicité des Jansénistes et du parlement avec Damiens; mais, à cette occasion, le commissaire de quartier de la place Saint-Michel le fit arrêter et conduire à la Bastille, le 3 i janvier 1757.

La seconde pièce du recueil est un pamphlet impie, attribué au curé Meslier; il est, heureusement, d’une excessive rareté.

Les deux pièces suivantes sont relatives au divorce. — Dans leur jugement, les auteurs du Journal encyclopédique préconisent un écrit anonyme, imprimé à Londres ou à Bouillon, sous le titre de Législation du Divorce, — Les lettres de l’abbé Barruel ont pour but de réfuter un ouvrage intitulé du Divorce, Ces lettres, adressées à un député de l’Assemblée nationale, furent publiées en 17B9. L’auteur, dont l’ardente polémique est bien connue, procède dans cette brochure par intimidation. « N’a-telle donc pas assez d’ennemis, cette auguste assemblée? Et veuton absolument les autoriser tous à dire qu’elle semble appelée pour tout bouleverser? Déjà on l’accuse d’avoir accrédité l’impiété par une liberté de penser et d’écrire, dont les incrédules ont abusé effrontément: déjà ses discussions sur les biens ecclé-^

siastiques^ déjà la suspension des vœux monastiques n’pnt que trop eflfrayé les âmes timorées. Des imprudents ajoutent chaque jour à cette terreur. On nous menace d’un décret favorable à tous les cultes ; on parle de motions contre l’habit et le célibat des prêtres. On fait des motions contre les cloches même. Enfin, voici un homme qui vient solliciter cette Assemblée de porter des lois en faveur du divorce. La prend-il donc pour iin synode de Dordrecht, ^de Qenève ou d’Augsbourg ?.... Avoues que nos plus grands ennemis ne s’y prendraient pas mieux pour révolter les proyinces, la capitale même, contre nos députés. » Malgré l’éloquence de l’abbé Barruel, toutes les mesures qu*il dénonçait comme dangereuses pour la sécurité de l’Asssemblée nationale furent décrétées. La loi qui permet le divorce est datée du ao septembre 179a.

Le Patelinage des évéques constitutionnels ^ publié le 1^' avril 179a, est dirigé contre un mandement de Pierre Thuin, évêque de Meaux ; et l’auteur saisit cette occasion pour démontrer que les évêques élus sont schismatiques.

242 . Recueil de pièces relalives à l’attentat commis par Damiens, sur la personne du roi, le 5 janvier 1757. i vol. in-ia, mar. r., fil., tr. dor. {Ane. rel.) 60 fr.

Bel exemplaire d’un recueil rare et curieux, composé de dix pièces, dont six sont manuscrites ainsi que le titre et la table des matières.

Voici la liste des pièces contenues dans le volume. — i. Réflexions sur r attentat commis le 5 janvier contre la vie du Roi, — a. Lettre (Cun patriote, où Ton cheache à prouver que l’auteur de l’attentat a des complices. — 3 . Déclaration de guerre contre les auteurs du parricide tenté sur la personne du Roi, — 4. Lettre d*un solitaire sur le mandement de tarchevêque de Paris, du 1®*^ mars — 5 . Arrêt rendu par le parlement, le a6 mars,

contre Robert-^Frangois Damiens, — 6. Autre arrêt du ap mars, qui bannit a perpétuité du royaume la famille de Damiens et lui ordonne de changer de nom, — 7. Relation faite par un spectateur, du supplice de Damiens, exécuté le a8 mars ,— 8. Relation de la mort de Damiens, par M, de Marsilly, docteur de Sorbonne, quiVassista pendant son supplice, — 9. Arrêt du parlement, du février 176a, qui condamne Paul-René du Truohe

de la Chaux^ écuyer^ garde du Roi, à être pendu en place de Grève, — lo. Autre arrêta du 29 décembre 176a, qui condamne à la même peine Jacques Ringuet, prêtre de la Société de Jésus, Les quatre premiers opuscules sont imprimés, et de la plus grande rareté; car, par arrêt du parlement du 3 o mars 1757, les Réflexions et la Lettre dtun patriote furent condamnées au feu ; et il est certain que la Déclaration de guerre et la lettre éCiin solitaire durent être supprimées avec soin. Les Réflexions et la lettre rCun patriote ont pour but de prouver, par des faits', que les jésuites étaient complices de Damiens. La Déclaration de guerre est une accusation de complicité dirigée contre le parlement ; enfin, la lettre d*un solitaire est une violente critique du mandement de Tarchevêque de Paris, et de sa résistance aux ordres du Roi.

Les pièces suivantes ont été copiées, parce que, sans doute, elles étaient imprimées d’un format trop grand pour être insérées dans un vôlume in-ia. La Relation faite par un spectateur de'la mort de Damiens, est une description très-détaillée des tourments atroces que souffrit cet assassin pendant son supplice, qui dura plus d’une heure.

Les arrêts du parlement, du i®** février et du ag décembre 176a, n’ont aucun rapport avec l’attentat de Damiens. Le garde du Roi, Du Truche de la Cliaux, fut pendu pour avoir fabriqué des impostures contre la sûreté du Roi; et le jésuite Ringuet subit le même supplice, pour avoir tenu des propos séditieux et fanatiques contre le Roi et contre le parlement, et pour avoir annoncé des projets factieux qu’il attribuait à sa société que le parlement avait abolie, par arrêt du 9 août 176a.

243 . Recueil de différents mémoires el décisions pour le service du Roy (Louis XV). Manuscrit du XVin® siècle; in- 4 ^ ftiar. v., dent., fil., Ir. dor. {Aux armes du Roi.) 120 fr.

L’étiquette de la cour était soumise à des règles fort minutieuses. Le Roi jugeait en dernier ressort les fréquentes contestations qui s’élevaient entre les officiers du palais, sur les droits attribués à leurs charges. Ces décisions royales avaient force de loi, et on les enregistrait avec soin, afin d’y avoir recours en temps et lieu. Ce manuscrit contient des règlements pour les entrées chez le Roi et chez le Dauphin; pour les places que les

seigneurs et les dames devaient occnper^ d’après leur condition, dans les bals, aux mariages, aux pompes funèbres et à la réception des ambassadeurs ; de plus, des mémoires avec les décisions du Roi, sur les différends survenus entre le premier gentilhomme de la Chambre et l'intendant général des meubles de la couronne, la dame d’atours de la Reine, le grand-écuyer, le grand-maître de la garde-robe, et le directeur-général des bâtiments. La pièce la plus récente est datée de 1745.

La corbeille de la reine Marie Leczinska, garnie de bijoux, coûta, en 17^5, ia3,i33 livres. On y remarquait 46 tabatières en or, 18 montres en or, 33 étuis pour curedenls, rouge et ciseaux, 6 boîtes à mouches, 5 cannes à pomme d’or et une canne à poignée de diamants, 36 éventails, dont 6 brisés, etc. — La corbeille de la Dauphine coûta, en 174^» 13o,ooo livres.

Nous citerons encore la disposition des grands appartemenVi de Versailles pour taudience solennelle de tambassadeur de la Porte ottomane y le ii janvier 174^^ et celle | des appartements du Roi pour le mariage du duc de Chartres y le i5 décembre 1743.

La réception de l'ambassadeur turc donna lieu à de graves difficultés. Ainsi, le premier gentilhomme de la chambre demanda très-humblement au Roi « si la porte de son cabinet donnant sur la galerie serait ouverte ou fermée; si, par hasard, il permettrait à quelques pereonnes de passer par son cabinet des perruques. » Mais une question plus délicate vint agiter les esprits. 11 s'agissait de savoir « combien il y aurait de degrés pour arriver au trône du Roi. et si le degré sur lequel sera le trône est compté pour le huitième. » Le premier gentilhomme n'osa décider la question et renvoya l'examen de ce point important au grand-maître des cérémonies et à l’introducteur des ambassadeurs.

Le dernier mémoire est relatif aux fonctions et revenus de la charge de premier gentilhomme de la chambre du Roi. Les revenus s'élevaient à la somme de 34,64a livres. Un des articles est ainsi conçu : « Et à la fin de l'année, tout le linge de la chambre, qui coûte ordinairement 4>ooo livres, appartient au premier gentilhomme de la chambre; il vaut bien a,ooo livres, parce que le Roi s'en sert très-peu, «

Le premier gentilhomme de la chambre •> donne la chemise au Roi, à moins qu'il ne se trouve quelque prince du sang à qui il cède cet hçnneur-là; il donne l'ordre aux huissiers de la chambre, après que le Roi a pris sa chemisej de laisser entrer les personnes de qualité qui sont à la porte; il sert le Roi à son déjeu-

ner, et fait beaucoup d'autres fonctions à la chambre, tant au lever qu’au coucher, qui seraient trop longues à expliquer. »

244 . Réflexions sur le Nouveau Testament, à l’usage de l’abbesse de Chelles (Louise-Adélaïde d’Orléans) : A Paris. Manuscrit du XVIIP siècle; 2 tom. en i vol. in-8° (200 et 107 pag.; et 10 pages de tables), mar. ol., jans., doublé de moire, tr. dor. 3 oo fr.

Une notice sur ce manuscrit curieux et inédit a été insérée dans le Bulletin du Bibliophile^ an. iSSq, pag. 730-738 : nous y renvoyons le lecteur. Cependant nous ajouterons quelques observations qui peuvent servir à rectifier ou à compléter la notice de M. le baron Ernouf.

Nous ferons d’abord remarquer que les mots abbesse^ Chelles et Louise-Adélaïde d*Orléans, ont été écrits, après coup, sur les titres des deux tomes. 11 était fort inutile que le nom de l’abbesse de Chelles fût inscrit sur le titre d’un livre à son usage.

Dans l’appréciation de ce manuscrit, on n’a pas tenu compte de la souscription à Paris ; souscription importante, qui prouve qu'il n’a pas été exécuté à Chelles, mais à Paris pendant la retraite de l’abbesse au couvent de Notre-Dame du Tresnel. Il a dû être transcrit sur le manuscrit autographe de l’abbesse, ou peut-être dicté par elle* Mais il n’est pas probable qu’un ouvrage, où l’on trouve tant de passages se rattachant à la vie intime de cette princesse, ait été primitivement dicté à un secrétaire. Nous croyons que la minute des Réflexions sur le Nouveau Testament a été écrite par l’auteur, et que l’unique copie de ce livre a été faite au couvent de Notre-Dame du Tresnel, vers 173*2.

Louise-Adélaïde d’Orléans, fille du Régent, née le i 3 août 1698, entra au monastère de Chelles le 17 mai 1717, prit l’habit le 3 o juillet suivant, prononça ses vœux le 25 août 1718, fut installée abbesse le i4 septembre 1719, se démit de cette charge à la fin de l’année 1731, et se retira au couvent du Tresnel, où elle mourut le 20 février 1743.

Le P. Adry, de l’Oratoire, ce philologue et bibliographe distingué, a ajouté sur le dernier feuillet du volume une note autographe, tendant à prouver que ces réfiexions ascétiques sont l’œuvre de l’abbesse de Chelles; on ne saurait en douter après les avoir lues. Il est certain que cet ouvrage a été composé à

Chelles, par la princesse d’Orléans. Il fut commencé peu de temps avant la prononciation de ses vœux : « J’approche de ma purification, de ce jour où m’engageant à vous par les vœux solennels de religion, vous me purifierez de toutes les taches que m’a fait le péché (t. 1 *', p. lo). » Il fut continué pendant les premières années de son abbatial : « Vous nous avez choisie pour être la première de celles que vous m’avez confiées (t. !•% p. 144). » — « C’est pour être vrayement chrestienne que je me suis faite religieuse. Donnez-moy, mon Dieu, ce que vous me commandez, et commandez-moy ce que vous voudrez, afin que je conduise le troupeau que vous m’avez confié^ à la gloire éternelle, en leur montrant l’exenlple de toutes les vertus chrestiennes et religieuses (t. Il, p. 21). » Enfin, il fut achevé vers l’année 1721, car on lit, p. 57 du tome II qui finit à la p. 107 : « La misère se répend de toutes parts, la peste désole des villes entières, et bientôt perdra tout le royaume. » Or l’abbesse de Chelles faisait évidemment allusion à la peste qui sévit à Marseille en 1720. Ainsi, ce livre fut composé de 1718 à 1721.

Nous reproduirons quelques passages de ces Réflexions^ qui ont un rapport direct avec l’histoire de la princesse Louise-Adélaïde d’Orléans : « Vous scavez, mon Dieu, que j’ay quitté mon père, ma mère, mon frère et mes sœurs, pour vous suivre; vous scavez que je les ay itioins aimez que vous. Mais ce n’est point assez, il les faut haïr, il les faut oublier : faites m’en la grâce. Seigneur, afin que rien ne me distraye de votre amour 1(t. II, p. 16). » — « Vous scavez,mon Dieu, que j’étois riche et d’une naissance illustre, lorsque vous passâtes où j’étois ; vous y veniez sans doute pour moy, puisque je fust la seule qui désiré vous voir. — Je compris alors ce que c’estoit que la véritable grandeur et les véritables richesses. J’abandonné volontiers non la moitié de mon bien, mais le tout pour acheter le trésor de vôtre amour. Je ne craignis point le monde qui se déchaina contre moy. Croyez-vous, me disoit-il, que vous souteniez cet état; vous quittez le certain pour l’incertain; vous avez trop offencé Dieu, pour pouvoir rien espérer de sa grâce.... Qiioy qu’ils ayent déjà vu l’effet de vos promesses, vous scavez, mon Dieu, qu’ils se ferment les yeux pour ne point voir. Vous scavez de combien de calomnies ils noircissent ma réputation. Vous l’avez souffert. Seigneur, vous qui êtes la sainteté même, et moy je scaurois mauvais gré à ceux qui m’injurient ainsi, moy qui, sans votre grâce, serois encore dans les mêmes ténèbres et les mêmes égaremens! Non, mon Dieu, je priray pour

eux, je béniray ceux qui rae maudissent, je feray du bien à ceux qui me persécutent ; car ils me font en cela pins de bien que de mal, en ce qu'ils me représentent sans cesse mes fautes passées et vos miséricordes toujours présentes (t. II, p, 37), » — « Je ne vous ay pas toujours aimé comme Marie, mais je vous ay beaucoup offencé comme la pécheresse. Donnez-moy Tamour qu’elle a eu pour vous après sa conversion (t. II, p. 43 ). • — « Combien de sacrilèges ay-je commis! A la vérité, j’étois bien jeune; mais vous m’aviez déjà comblée de vos grâces et vous me donniez assez de lumières pour me rendre très criminelle (t. II, p. 68 ). » — «< Je suis tombée plusieurs fois, vous avez daigné me relever; ne permettez plus, mon Dieii,’^de telles rechutes (t. II, p. 76), »

245. 1® Le Roman des Sept Sages de Rome, a® Le Roman de Marques, sénéchal de Rome, fils de Caton. 3® Le Roman de Lorin, fils de Marques

ET empereur de CoNSTANTINOPLE. 4)000 fr.

Manuscrit du xm® siècle, très bien écrit sur vélin et orné de huit petites miniatures curieuses. Grand in- 4 ® de aia feuillets à deux colonnes.

Il n’est pas aisé de reconnaître tout ce qu’il y a dans ce volume. On pourrait dire que le commencement est à la fin, ou plus exactement encore qu’il n’a pas de tète et que les pieds n’y sont pas à leurplace. AprèsTavoir bien tourné et retourné, on est tenté de le comparer à quelque recueil de bonnes feuilles de trois ou quatre ouvrages, tirées et reliées sans ordre par un prote dMmprimerie. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que le volume ne semble pas avoir été privé d’un seul des feuillets qu’il possédait quand on lui donna la reliure qu’il conserve encore; et cette reliure est elle-meme ancienne. Pour expliquer un tel assemblage, il faut supposer que dans le magasin du copiste ou libraire qui écrivit ou ht écrire les trois romans des Sept Suges, de Marques et de Lorin, plusieurs feuillets n’avaient pas été employés et n’avaient pas servi à compléter un exemplaire. Cette hypothèse n’a rien d’excessif: avant l’usage de l’imprimerie, les libraires, entrepreneurs de manuscrits, faisaient exécuter en meme temps un certain nombre de copies du meme ouvrage, comme aujourd’hui les imprimeurs. De ces exemplaires il en était souvent plusieurs qu’on ne parvenait pas à compléter, ou qu’on gardait avec intention, pour les vendre en parcelles, à ceux qui avaient à compléter

leurs exemplaires. Mais ce que je tiens à constater ici, c’est que notre volume, tel qu’il est, ne fut jamais complet et n’a jamais possédé les feuilles qu’on regrette de ne pas y trouver.

Ajoutons qu’il serait permis de préférer les longs fragments qu’il renferme de trois grands romans, à l’un de ces trois romans complet. L’intérêt de la lecture s’accroît, en effet, par la variété des récits, et les longs morceaux conservés suf&sent pour donner une idée très exacte de l’ensemble des trois ouvrages.

On doit au savant et judicieux orientaliste, M. Loiseleur des Longchamps, dont la perte fut si vivement sentie, hélas! il y a déjà longues années, onluidoitun excellent Essai sur les Fables in€liennes^ et sur leur intt'oduction en Europe (Paris, i 838 ). A la suite de cet ouvrage, on trouve un texte en prose du Roman des Sept Sages, publié par les soins éclairés de M. Le Roux de Lincy. Après avoir lu le travail de M. Loiseleur des Longchamps, il est impossible de douter que la grande source de légendes qui commence au Roman des Sept Sages ne soit descendue de ITnde et de la Perse en Europe. Or celte première donnée pourra bien un jour faire reconnaître un autre genre d’analogie entre les origines de nos romans de la Table ronde et la littérature orientale. Qui sait? les philologues n’ont pas eu besoin des souvenirs positifs de l’histoire pour afhrmer que les Celtes, les Germains étaient venus à une époque très-indécise, des bords de l’indus et du Gange sur ceux du Rhône, de la Meuse, de la Seine ét du Rhin; je ne discute pas, je constate une opinion maintenant admise. Si elle est fondée sur quelque chose de réel, serait-il impossible que des traditions de l’antiquité la plus reculée se soient transmises, et, tout en changeant sur la route autant que la jument Alfana, aient cependant gardé des signes frappants de leur origine? Ce qu’on peut au moins assurer, c’est que rien dans les récits, dans les caractères, dans les descriptions, dans les tableaux de mœurs du cycle des romans des Sept Sages, et du cycle des romans de la Table ronde, ne s’accorde avec les caractères, les mœurs ou les souvenirs historiques des peuples chrétiens de l’Europe, à aucune époque de leur histoire. J’efûeure cetttfgrande question littéraire, dans l’espoir de donner à quelque autre Penvie de l’approfondir, et j’arrive à notre volume.

Si l’on veut en trouver le commencement il faut sauter tout de suite au f’ 14a. On y trouvera, à défaut du préambule, au moins le second feuillet du Roman des Sept Sages, et, dès la première colonne, en lui comparant le texte de M. de Lincy, ou reiuar-

qiiera' de grandes et importantes différences, à Tavantage du manuscrit. Le récit est ici plus ample, plus clair et plus complet. Les histoires racontées alternativement par l'Impératrice pour décider l'Empereur à faire mourir son fils, ef par les Sept Sages pour le détourner de cette mauvaise pensée, sont ici bien plus nettement exposées. Je vais transcrire ici non pas le récit que le texte imprimé a le plus maltraité, mais la fin de l’un de ceux dont la lecture peut sembler le plus agrçable ; et j’aurai soin de mettre en italique tous les mots qui sont omis dans l'imprimé, ou remplacés par d'autres qui ne les valent pas. Je m’attache donc à l'histoire, racontée par le sage Malcuidans, delà jeune femme qui, voulant devenir amoureuse, consulte sa mère et se décide à éprouver d'abord quelle serait la vengeance de son vieux mari s’il venait à reconnaître qu’il a été trompé. Elle commence par couper dans le jardin XerUe, la tige de l'arbre que le vieillard avait planté; le vieillard pardonne: elle tue le beau lévrier que son maître aimait le mieux et qui avait le privilège de s'étendre sur les tapis et même sur les lits; le vieillard réfléchit, et pardonne encore. A partir de là va courir ma citation, p. i 5 o.

« L’en demain s*aparella la dame ; si s'en ala au mostier. Elle (t troupa sa mère, si s'assistjoste U, Sa mère lui demanda cornent li « estoit avenu, et Dame, bien, » dist-elle, « or savés, pour voir, que « je wel amer. — Ha ! biele fille, » dist la mère, « si, ne t’en pues « tenir ? — Ciertes, » fait-elle, « non. — Ha ! biele fille, jé m’en sui « tenue toute ma vie ; onques puis que je vin g en le compaignie « votrepèrey ne fis folie, ne talent n’oi d’nwcr, — Dame, «distelle, « il ne vous convient pas amer ainsi qu’il fait moi ; car mes « pères fu jouenes hom quant il vous prist, là où vous recouvrâtes « moult de déduit et de soûlas ; mais je n’ai ne déduit ne soûlas « de mon seigneur; si me convient pourcliacier. — Et cui ameras- « tu? » dist la mère ; — « Chiertes, dame, jou le vous dirai : j’ou « amerai le provoire de ceste ville ki m’en a proié maintes fois. « — Le provoire? «"dist la mère. «—Voire, dame: car je n’ai- « merois pas volontiers un chevalier, pour cou qu’il se gaberoit « de moi et si m’engagêroit mes reubes et mes joiaux (i) : si en « morroie de f/we/.—Diva ! » fait sa mère, « fai encor par mon consel : « car tu ne verras ja si male vengance ne si cruel, coin est de viel « homme.— Dame, » dist-elle, « volentiers par vostre

(i) L'imprimé porte : et me demanderoïent mes gages a engajer; ce qui n'a pas de sens.

« consel. — Biele fille, assaie le donc encore. Or te dirai de coi tu « Cassaieras, 11 sera demain juesdis, si sera la velle dou Nouel, et « tes sires tenra grent cort ; car tuit li vavassor de ceste ville et de N chi entor i seront, car il i sont semons et mandé ; et tu sieras en « unecaiere (1)^11 tor de la table. Quant li premiers mes sera « assis, tu melleras tes clés es filembres (a) de la nape; si le lèveras, « si trairas tôt à toi, et si avéras ton seigneur assaié par trois fois. « Or va; si fai ensi que je t*ai dit, et Deus te laist joir et venir à « bon cief. »

La dame se parti de sa mère, si vint à sa maison, si siervi son seigneur bien et biel, tant que la veille del Nouel vint. Li vavasour de la vile furent venu et tôt cil d'entour vinrent à Vostel del sire, vavasour. Les tables furent mises, puis si s’asirent au mangier. La dame sist sur une caiere au tor de la table ; li servant aportent le premier met ( 3 ), si l’asisent sur la table. La dame ne vot plus atargier; ains prist ses clés, si les mist ès filenhres de la nape; lors salit sus et, si corne elle passa avant, totes les escuielles qui sour le table estoient espandirent. Li sires en fu moult courqciés, et la dame traist à soi les clés ki furent entorteilliés ès filenbres de la nape, — «Dame, »dist li sires, « vilainement avés « ouvret.— Sire^ » dient li baron à la table ^ « ne vous caille y elle ne « le Jist mie de gret, si le soffrês atant pour l'amour de nous, par « vostre grâce, —Sire, »dist la dame, « par ma foi, je devoie aler « pour vostre bon coutel, en ma hiice, que n’estoit mie aportés à « table, si m’en anuioit moult. — Dame, v dist-il, « de par Dieu ! « or tost aportés-nous autres napes, »

La dame les fist aporler; lors vinrent més à plenté, si rnangièrent à grant joie et li sires ne fist oncques semblant que il fust coureciés, et nanporquant si l’estoit-il durement, mais bien s’en pensoit à vengier procainement. Quant on ot mangié, si osta-on les napes; si lavèrent et burent après, Li sires les ot moult honerés et bien fais siervir, si qu'il s'en loèrent. Lors prisrent congié, si s'en partirent et alèrent à lor osteus et li sires demoura, si couvri son corage de si au matin que il fu levés.

Lors apiela la dame, si lui dit : « Vous m’aves faites trois males « entraites (4] et vilanies ; mais si je puis^ vous ne ferés pas la

(i) Chaire ou siège élevé.

(a) Ou filandres, excellent mot venu du latin fimbria , et qu’on ne trouve pas dans les glossaires.

(3) C’est-à-dire le premier service.

( 4 ) Cette expression répond assez bien à la nètre ; vous m'avez fait des traits.

• quarte. Ce vous fait faire mauvais sans, il vous convient sain- « nier. » Lors fist mander un sainneur, si fist faire un grant fu. Quant la dame vit çouy si li demanda : a Sire, que volés-vous faire?

„ —Dame, enne ( i ) Vavés vous oï?je vous ferai sainnierde vos deux « bras. — Sire ! » dit’clley « je nefus oncques sainnie en toute ma v/e,

« si morroie de pauor se je véote mon sanc. — Par Dieu ! dame,

« faire le vous couvient; car les entraites vilaines que vous mV vés faites, ce vous fait faire malvais sans. »

Lors fist la dame despoullier, voluist ou non^ le diestre bras : puis li fist caufer au fu longeaient^ et li sainnieres le fiert en une des vainnes del brac si que li sans en vole à grans randons ; et puis prist li sainnieres le seuiestre bras si que une fleuine eu issi et une grande betumée (a) tant que vermaus sans en issi. Lors fistli sires bras estancier ( 3 ) et puis/o/er et porter en sa cambre^ et li fist couchier; puis cria et braist,'et puis manda sa mère.

Et quant cle fu venue, si li dist: « Dame, morte sui sans recou- « vrier. — Cornent, biele fille? dit la dame.—Dame,//te^ sires « m’a fait sainnicr de deux bras. — Ore, biele fille, as tu talent « d’amer? —Chiertes, dame, je non; dont par seroie-je morte « ensi. — Fille, je le te disoie bien, tu ne verras jà si cruel ven- « gance corne es de viel homme. — Par ma foi, dame, se jou « pooie respasser, jamais n’aroie pensée ne talent d’amer. — Par « mon chief, biele fille, droit ares, m

— « Or sire, U dist maistre Malcuidans à l’Empereur, « dont « n’esploita bien li vieus sages de sa femme qui li ûst ces trois « entraites laides et vilaines ? La première fu de sa boine ente ; a la seconde de son levrier; la tierce de la viande espandre sour a la table; la quarte fust encore plus vilainne, car elle eust amé « le prestre de la vile. Autretel vous dis-je, de votre femme; elle « vous encite que vous destruisiés vostre fil à tort. »

11 ne manque à notre ancienne et excellente leçon de cet excellent roman que le préambule et les dernières lignes. Le re^te,

, sans lacune, est compris entre les f^° i4a et i 58 «

Le P i59 nous transporte au second feuillet conservé du roman de Marques de Rome, fils de Caton. C’est à proprement parler la seconde branche de ce ejele des Sept sages, translaté en Europe vers le Xll* siècle, du livre persan de Syntypas, lui-méme

(x) Enne, c’est l’interrogation anne des latins.

(a) Texte imprimé ; Et une flamme en oUsi, comme une bïstumes. (3) Arrêter, épuiser.

traduit ou imité d’un texte sanscrit. Marques^ nom qui paraît avoir été formé en souvenir de Marcus Cato, n*est pas moins sage que son père; il se laisse pourtant quelquefois tromper dans sa jeunesse, mais c’est afin d’avoir Texpérience complète de la vie humaine. Devenu à son tour l’objet particulier de la haine d’une seconde Impératrice, il est enfin accusé d’avoir mis à mal la fille de l’Empereur. Il n’en était rien, le coupable était un jeune varlet nourri par l’Impératrice, et dont personne ne prenait défiance. Je ne puis résister au plaisir de citer cet endroit, qui n’est pas dé> pourvu de naïveté et qui peindra mieux que tout ce que je saurais dire la singularité des mœurs dont ce roman offre le tableau. C’est au f° 198, v":

« Que vous iroi-jou contant? La puciele fu en eage, et moût caude de nature ; elle s’acointa au vallet et li vallet à li, et toutes les fois que il pooient trouver lieu, il s’entrébaisoient et aco*loient. Après le petit gieu vint li graiis. La puciele fu enceinte de vif enfant, si perdi sa coulour et fu dangereuse (i) de viandes. L’empereur s’empierçut, et là avoit des demoisieles qui bien sceurent que ce avoit fait li nourissous; mais bien le celerent.

« Et quand l’impereris sit que ele ut si mauvaiseiiient gardé sa fille, si en fu en moult dolente... Ele apiela sa fille et li dist : « Fille, mes nourris t’a engrossie. —Ciertes, dame, dist-elle, voir « est. — Fille, » dist l’impereris, « tu ne diras mie que fou ait il fait, « car jou et tu seriemes arses ; mais tu diras que çou a fait li « seneschaus qui ès chambre venoit ; et garde que tu reconrt noisses ne pour mort ne pour vie que autre t’ait çou fait. — « Dame, » dist la fille, « volentiers. »

Marques est accusé par l’Impératrice et a grand’peine à se défendre; alors commence une nouvelle série de contes que l’Empereur écoute alternativement de la bouche de l’Impératrice et de celle des Sept Sages. Ces histoires sont en général d’une crudité d’expressions qui n’a guère été surpassée. Dans la troisième que raconte un des Sept Sages, on voit un jouvenceau, amoureux de la fille d’un chevalier, et qui pour se débarrasser d’un surveillant incommode tue le père de sa maîtresse. La femme du chevalier rejette le crime sur son fillâtre qui en était parfaitement innocent ; et le Sage conteur en conclut que l’Empçreur ne doit pas ajouter foi aux calomnies de sa femme.

« 11 ne demeura gueres que li amis à la fille vint el pourpris

( 1 ) Elle sentit un graud dégoût de viandes.

•« parler à s’araie, et entra el vergier par dessus les murs, et por- * toit oluiuD are tendu et saietcs barbées, tant que il vint viers la • 1 cambre au seigneur, et vit en une arciere (i), la damoisiele <( qui se despoiiilloit et le segnour qui se gratoit. Si Ten anoia *1 moult; car il pensa que ele ne venroit à pièces (a) à lui. Et la damoisiele savoit bien que ses amis Tatendoit, si queroit ocoi- « son pour soi despartir de la couche. Mais U sires ne voloit, ains « se voloit aaisier et dégrater tout par loisir, et fuisoit sa cemise « revierser sour sa tieste, et puis se tournoit de Tun costé sour m l’autre; et puis à enviers et puis as dens. Cette cause anuia a moût à la damoisiele qui le dégratoit, et encor aniiioit-il plus a « son ami, qui l’atendoit el vergié, et tant que une partie de la « nuit fu alée. Li amis à la damoisiele ne pot plus souffrir, ains < entesa une des saietes pour férir le chevalier, et l’assena parmi «« le col si droit que il le feri el ventre, si com il estoit descouviers; « li chevalier gieta un cri, et cil qui féru Tavoit s’en fui... »

Après une longue et curieuse série d’exemples de ce genre. Marques, sur le point d’étre convaincu du crime qu’il n’a pas commis, demande à passer en revue toutes les demoiselles qui étaient chargées de servir la jeune princesse mise à mal. Il demande que l’on vérifie publiquement le sexe de chacune ; lUmpératrice s’y oppose, mais ne peut empêcher que l’Empereur ne soumette à cette épreuve celle que Marques soupçonne le plus. « La demoi- M siele, dit-il, sera descouvierte voiant mes ieus; mais nus ne le « verra, se je non ; tant que je saurai que ce sera. Adont la prist « par la main et l’enmena en une cambre. Li empereres seul à « seul de la demoisiele, descouvrit toute sa reube et i trouva tel «» signe qui ne li plot mie, et vit tout plainement que cou estoit «I un home viestus de reube de femme. Si fu moult iriés et se pier- « eut del tort que il avoit enviers Marque. Si prist celui et l’a- « mena en plainne sale tout descouviert et dist: Segnour, voz-ci « biel Joiel à dames et à damoisieles. Et quant il ot cou dit, si « s’agenouilla devant Marke et li cria merci... »

Au moins nous ayons la fin du roman de Marques. Il n’en est pas de même de celui de Lorin, son fils, qui rappelle mieux les récits de la Table ronde et qui offre le même genre d’amusement. Ce qui le distingue surtout c’est le charme des peintures amoureuses dont la singulière crudité d’expression est rachetée par la

(x) Une embrasure de fenêtre.

(a) A pièces, synonyme de />icctf.

naïveté des déclarations et la pureté réelle des sentiments de chacun des personnages. Ici, comme dans les chansons de geste, les princesses Galienne, Cassidore, Diogene, se chargent des premières avances, et tout le tort des chevaliers, quand ils en ont, c’est de ne pas toujours faire une assez longue résistance aux sollicitations passionnées de ces aimables princesses. Mon Dieu, que les temps sont changés, et comme aujourd’hui les rôles semblent intervertis ! N’est-ce pas, après tout, le cas de regretter le bon vieux temps ? i

Ainsi, pour nous résumer, le précieux manuscrit que nous avons sous les yeux contient: leroma/i des Sept Sages^ complet à l’exception du premier et du dernier feuillet; a® la plus grande partie du roman de Marques de Rome; 3 ® des fragments trèsconsidérables, formant à peu près la moitié de tout le volume, du roman de Loriny empereur de Constantinople, Je crois que Marques et Lorin n’ont jamais été imprimés; ils mériteraient assurément de l'être à meilleur titre qu’une foule d’insipides romans de chevalerie dépourvus d’invention, de naturel et d’esprit; ce qui n’empêche pas qu’on ne les recherche d’une ardeur sans pareille»

Pauliic Paris.

246 . S. Jérôme. — Ëpistolæ B. Jheronimi presbiteri. Manuscrit du XV® siècle, vélin; in-i6 de 383 feuillets, mar. r., tr. dor. 65 fr.

Beau manuscrit du quinzième siècle sur vélin très-fin. On lit au-dessous de VExplicita le mot CelestiniiSy qui paraît être la signature autographe du copiste.

Ce manuscrit doit fournir de précieuses variantes ; il contient six lettres de saint Jérome et des lettres de saint Ëusèbe, de saint Cyrille et de saint Augustin.Voici la table des matières que renferme ce volume. Epistolœ Beati Jheronimi ad Paulam et Eustochiumy de assumtione Virginis Marias^ — Ad Eustochium, de virginitùte servuadâ, — Ad Rusticiim, de institutione vitœ, — Ad Demedriadem virginem* — Ad filiam Mauricii, de virginitate exhortatorid. — Ad 'Jheodoram, super mortem mariti, — Epistola B, Eusebii de morte B, Jheronimi, et de quihusdam admonitionibus quas fecit fratribus suis, etc. -— Epistola Cirilîi Archiep, ad Augustinum, de miraculis Beati Jheronimi, — Epistola sancti Augustini ad Cirillumy de magnifiéenciis gloriosissimi, Jheronimi,

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