‹ Description raisonnée d'une jolie collection de livresChapitre 2 sur 149 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

tûmes , de ces livres à gravures en bois dont les exemplaires non déshonorés sont si rares ; j'ai toujours désiré un Veccellio, un Holbein, et parmi les livres de chasse un beau vieux et frais Gaston PhaHms. »

Il disait encore : « La classe de mes livres que j'affectionne le plus est, sans contredit, celle des beHes-lettres; là, j'ai mis tous mes soins à recueillir ; j'ai voulu qu'il ymanquflt peu de véritables diamants. Cependant, je ne suis pas encore content ! je n'ai jamais trouvé un beau Nigot dans sa vieille reliure: qu'il se présente, je lui fais sur-le-champ une belle place. J'ai d'ailleurs tout ce que j'ai pu trouver, et j'ai été assez heureux pour avoir de très beaux exemplaires. Voyez mesgrammaires de la Bornée, Meygret, et mes divers ouvrages d'Henri Estienne; ils sollicitent l'admiration la plus rebelle. »

La difficulté de trouver de beaux , d'excellents exemplaires des livres anciens est bien plus mal aisée qu'on ne le pense communément : ainsi, dans les cadres de M. Nodier il entrait nécessairement un Virgile. Eh bien ! sa bibliothèque est sans Virgile ! Rien pourtant, dira-t-on, n'est moins rare qu'un beau Virgile; mais notre illustre patron ne voulait avoir que le Virgile des amateurs , le Virgile Elzevir 1636, beau, grand, et s'il eût été possible, dans sa vieille reliure. Eh bien ! il n'en a jamais trouvé un exemplaire digne de sa bibliothèque , tel qu'il le rêvait , tel qu'il le connaissait dans quelques cabinets d'amateurs de Paris. Il se serait encore contenté du Virgile Elzevir de 1676, mais en grand papier, et dans l'attente d'un tel Virgile il n'en achetait pas d'autre.

Dans toute sa collection on reconnaît le goût exquis du littérateur consommé pour toutes les belles et bonnes curiosités ; au&si ne soyez pas étonnés de trouver huit éditions de Rabelais , toutes plus rares , toutes plus jolies les unes que les autres. Voyez aussi sa collection des Moyensde parvenir; ses Cabinet et Parnasse satiriques, sa préoieuse

PRÉFACE. m

collection patoisb; ses délicieux livres macaroniques. Quel choix exquis! Où trouver ailleurs une seconde collection pareille. Une telle bibliothèque est au-dessus de nos éloges, il nous suffira de tracer en quelques mots son histoire. En 1829, sa collection fut vendue, on sait à quelle touchante occasion , et ce qu'il en avait excepté fait le nouveau cadre de celle-ci dont il ne devait se séparer qu'à la mort. Fidèle à son premier plan, M. Nodier était pourtant devenu plus difficile encore pour ses exemplaires ; à peine s'il admettait un livre qui ne fût pas relié en maroquin, le plus léger défaut suffisait pour motiver un rejet définitif; il est résulté de cela qu'à l'exception de quelques volumes qui n'existent plus autrement, tout y est parfait de condition.

Je ne citerai rien : je demande qu'on lise ce charmant catalogue rédigé sous ses yeux et annoté par lui ; je prie le lecteur d'étudier cet ensemble, de voir, dans chaque classe, avec quel admirable goût la collection a été faite , et de décider alors, en parfaite connaissance de cause, si jamais homme du monde, homme de goût, a porté plus loin que M. Charles Nodier, a mieux recommandé par son exemple, la passion éclairée des raretés bibliographiques.

J. Xbcbinbr.

IMPRIMBRIB D'B. DUVBRGBR, Rue de Ternevil, n. 4.

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