‹ Description raisonnée d'une jolie collection de livresChapitre 3 sur 149 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Après le plaisir de posséder des livres , et d'en jouir à la fois comme simple amateur et comme studieux, je ne connois guère de plaisir plus vif que celui d'en parler. » Cet axiome , dont on ne sauroit du moins contester la franchise et que j'ai souvent entendu sortir de la bouche de M. Nodier, ne pouvoit manquer d'être rappelé en tête d'un volume dont il indique en quelque soirte la pensée , dont il exprime très fidèlement le caractère.

M. Nodier aimoit les livres avec passion, tout le monde le sait j mais ce que l'on sait moins peut^tre, ce qu'il faut apprendre à ceux qui Tignoreroient encore et qui ne verraient ici qu'un bibliomane ordinaire , e'est que chez lui cet amour si vif et si passionné, si actif et si persévérant, bien loin d'être aveugle, fut constamment dirigé , soutenu , animé par le goût le plus fin , le disœrnement le plus exquis et le plus délicat. M. Nodier

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aimoit a se rendre compte à lui-même des raisons de son enthousiasme, des motifs de sa préférence pour tel ou

tel curieux volume dont il enrichissoit de temps è autre ce qu^il nommoit modestement sa petite bibliothèque. Chacun de ces nouveaux arrivants étoit, en prenant place dans cette collection si bien faite , Tobjet d'un examen attentif, on pourroit dire paternel , qui se répétoit plus d^une fois ; puis , dans quelque jour d'heureuse et spirituelle inspiration , et ces jours-là ne manquoient pas à M. Nodier , Fillustre bibliophile se laissoit aller au plaisir de consigner par écrit , ou sur les feuillets de garde du volume , oci sur quelque carte isolée , Texpression toujours ingénieuse de sa conviction d'agiateur et la raison de Tune deses jouissances. C'estainsi'que 8^ étoit fait successivement, c'est ainsi ques'aohevoitpeu'à peu ce Catalogue aussi intéressant pour le fond qu'il promettoit d'être agréable par la forme; et lorsque, dans les derniers mois de cette existence maladive qui deyoit^ terminer si prématurément, laissant après elle tant de vide et de si amères douleurs, lorsque M. Nodier songea à recueillir toutes ces notes éparses , écrites à dit erses époques , mais avec le même esprit et sous une même inspiration, et à donner ainsi la description raisoonéede cette délicieuse collection faite avec autant de goût que t)e persévérance, il n'avoitguère plus d'autre soin & prendre que de revoir son premier travail , de le compléter, de

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le mettre en ordre, et cette nouvelle occupation deroit être, étoit réellement une jouissance nouvelle qui réveilloit toutes les jouissances antérieures dont elle étoit le couronnement et la fin. C'étoit pour lui, c^étoit pour sesamîs, bibliophiles ou bibliomanes, comme on voudra, la plus séduisante des perspectives, que Tespérance de voir bientôt livré à la curiosité, à Fempressement des amateurs , l'inventaire de ces trésors bibliographiques et littéraires dont le possesseur s' étoit laissé aller avec tantdegrftce, avec un si facile abandon, à faire luimême les honneurs, bien plus encore, au reste, pour sa propre satisfaction que pour l'instruction et pour Tagrénient que ne pouvoient manquer d'y trouver ses lecteurs. Le eiel ne permit pas que M. Nodier pût conduire à son terme cette tâche qu'il s'étoit imposée, et jouir ainsi de son dernier bonheur de bibliophile; et lorsque ses nombreux amis eurent à pleurer cet illustre ami, cet homme qui valoit mieux encore par le cœur que par Tesprit, la Description raisonnée étoit en cours d'impression et n'avoit pas encore reçu dans toutes ses parties la dernière louche de la main du maitre. Il fallut pourtant songer à publier ce travail, et il

devenoit dès lors indispensable d'essayer de le compléter, sous peine de priver le public lettré de la partie achevée d'un ouvrage attendu avec une justeimpatience. Celle tache délicate fut acceptée, non avec l'espérance

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présomptueuse de continuer dignement Fœuvre laissée imparfaite par M. Nodier, mais dans la pieuse intention de donner à un ami sincèrement regretté ce dernier témoignage d'une tendre et profonde affection ; et si , de temps en temps, quelques notes, assez rares toutefois, ont été ajoutées à celles de M. Nodier» pour caractériser quelques-uns des charmants volumes d'une collection qui les réunit en si grand nombre, c'étoit uniquement pour ne pas laisser passer en quelque sorte indifféremment et sans un mot de souvenir les plus brillants de ces délicieux bijoux, dont M. Nodier n'eut certainement pas manqué de parler. On a eu soin, d'ailleurs, de distinguer, par un signe particulier, ces notes, que j'appellerai complémentaires, non qu'il fut, je me hâte de le dire, possible de s'y méprendre, mais du moins pour ne pas laisser la moindre place, le plus léger prétexte au soupçon d'une émulation téméraire qui eût été au moins aussi ridicule qu'inexcusable.

On a donc tout simplement fait ce qu'il était possible dé faire pour rendre ce volume, dans toutes ses parties, sinon tout-à-fait digne du nom célèbre qui le recommande et des lecteurs auxquels il s'adresse, du moins assez complet pour ne rien laisser à désirer de ce qui étoit nécessaire pour qu'il devint vraiment utile. Celui qui s'est chargé de ce soin sent parfaitement, sent mieux que personne tout ce qui peut manquer ici pour sa-

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