INTRODUCTION
tisfaîre pleinement toutes les espérances ; il regrette surtout, comme tout le monde regrettera , que M. Nodier n'ait pas vécu assez, et pour conduire le livre à son terme, et pour nous faire lui-même, dans une préface dont il avoit conçu le plan, mais dont il n'a pas écrit une seule ligne, la confidence de la pensée qui avoit présidé au choix de cette collection presque unique, à laquelle il avoit en quelque sorte consacré la plus grande partie de sa vie et toute l'activité d'un esprit dont le temps et la souffrance n'avoient altéré ni la force, ni la fraîcheur.
Je n'essaierai pas de combler cette lacune ; une pareille entreprise seroit trop au-dessus de mes forces et sembleroit, avec raison peut-être, un manque de respect envers c^lte illustre mémoire. Pour qui voudra, au resle, étudier avec quelque soin et dans une intention sérieusement littéraire cet inventaire si curieux et si varié de richesses bibliographiques, il ne sera pas très difficile, ce me semble, de reconnoitre les goûts dominants de M. Nodier et de deviner de temps en temps les motifs de quelques-unes de ses préférences. Sera-t-il bien difficile, par exemple, de constater le goût particulier, l'admiration profondément sentie qu'avoit M. Nodier pour les grands écrivains qui ont fondé la suprématie littéraire de la France, en retrouvant dans sa bibliothèque les éditions originales de ces illustres et rares génies? Ne reconnoltrat-on pas également en lui un amateur déterminé de nos
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yieux poëtes, de nos anciens conteurs, de nos énei^ques pamphlétaires da seizième siècle, en comptant tous les livres de ce genre qu'il avoit réunis sur ses tablettes? Et cee livres sur les langues en général, sur la langue françoise particulièrement, sur les patois ; ces volumes si curieux, si importants, si rares, si précieux même, qu'il avoit pria soin de recueillir h grands frais , ne rappellent-ils pas le philologue le plus spirituel, le plus érudit, le plus fin, le plus digne peut-être de travailler au grand dictionnaire historique de notre langue? Il n'est pas jusqu'à ces livres d'un caractère moins sérieux et tout spécial, désignés ordinairement sous le nom de Facéties^ qui n^occupent une asssez grande place dans cette bibliothèque et qui ne méritent une certaine attention, puis* qu'ils ont été dignes de Fattention de M. Nodier.
A ce peu de mots se bornera cette légère esquisse que je crois suffisante pour faire connottre Tensemble et la physionomie générale de la bibliothèque de M. Nodier. En parcourant la Description raisonnée^ on reconnoitra sans peine qu'il m'eût été facile de m'élendre davantage et d'entrer dans des détails beaucoup plus complets, car il n^est certainement aucune des nombreuses sections de ce riche catalogue qui ne fût digne d'une étude particulière; mais, outre qu'il n^est pas possible de tout dire, il m'a semblé convenable d'être court et de laisser ainsi aux bibliophiles le mérite ou le plaisir de se donner »
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eui-mémes, sans qu'il soit nécessaire de les leur indiqneTy les raisons de T hommage que chacun d'eux s'empressera certainement de rendre au goût exquis et délicat du spirituel écrivain, de Thomme excellent que nous aimions tous à regarder comme un maître et comme un modèle.
20 mai 1844.
G. DCPLESSIS.