‹ Description raisonnée des monnaies mérovingiennes de Chalon-sur-SaôneChapitre 12 sur 30 · CINQUIEME GROUPE · texte numérisé non relu

CINQUIEME GROUPE

Ce groupe ne représente pas une fabrication spéciale, mais une transition, une tendance à l'unification des types.

Nous aurions pu ne pas le former, car les divers monétaires qui ont signé les espèces dont nous le composons appartiennent déjà à l'un ou à plusieurs de quatre autres groupes, les 3^ 4% T et 8% lesquels

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paraissent avoir été émis par autant d'ateliers fonctionnant simultanément.

Notre cinquième groupe est donc de pure convention; il est caractérisé par l'association du buste de profil à Tobvers et du grènetis simple autour de la croix du revers, ou, en d'autres termes, par Tunification de l ornement circulaire du revers.

Ses monétaires jusqu'ici connus sont :

FraternuSf dont nous avons décrit les produits au 3^ groupe.

Bonefacius et TFm/m, dont nous nous sommes occupé au ¥,

Abho surtout, sa principale personnalité, Abbo^ qui joue un rôle capital dans le monnayage de Châlon, qui clôt la série du 3° groupe, qui dirige la fabrication du 4% du 7^ et du 8% en un mot, qui tient un moment dans ses mains quatre ateliers et toute la fabrication des monnaies de Chalon-sur-Saône.

Le dernier tiers de sol du 3'' groupe, que nous avons décrit plus haut (n° 40) porte la signature à! Abho. Cette monnaie, par la forme de la légende CAVILONNO, et non CABILONNO, par l'ampleur de cette même légende (MONITARIO , en toutes lettres), par le style du buste, les boucles de cheveux, les draperies et surtout par cette disposition spéciale du type du revers, la croix posée sur deux degrés au-dessus d'un globe, appartient incontestablement au 3^ groupe.

Le n** 103, également signé par A^6on, appartient nussi incontestablement au 4^ groupe; il suftit pour s'en convaincre d'examiner les détails du buste et du diadème, qui reproduisent un grand nombre de types de Wintrio. Un des deux exemplaires connus du n*^103 est en argent; mais ce n'est pas un denier, c'est un triens à très-bas titre; les deniers de Châlon ont un type spécial que nous trouverons au 8" groupe ; il y eut une époque, et cette époque semble correspondre au temps du monétaire Abbon, où l'or des monnaies reçut une si grande quantité d'alliage, qu'il devint presque aussi pâle que l'argent. Nous venons de voir, par l'examen de quatre monnaies fausses, que de grands abus régnaient alors dans la fabrication des monnaies, et précisément le triens de saint Marcel nous en fournira tout à l'heure une nouvelle preuve.

Les n°'120, 121 et 122 portentencorela signature ù'Abbo et sont frappés au type complet et invariable du T groupe; ils ne se distinguent des autres produits de ce groupe que par la signature et l'étroitesse du flan, détail qui leur assigne une place auprès des monnaies de Mummous.

Enfin le n'^ 137, toujours signé par Abbon, appartient à la série des deniers d'argent, dont nous avons fait le 8'' groupe.

Ainsi Abbon apparaît partout, dirige tous les ateliers; je dis tous les ateliers, car, je le répète, ces quatre groupes indépendants et contem-

porains révèlent bien quatre fabrications simultanées. De ces quatre fourneaux monétaires , dont l'activité était si fiévreuse, alors qu'un seul homme ne sutiisait pas à la direction de chacun d'eux, quand, ici, les raisons sociales se multipliaient, quand, là, Wintrio inondait le marché de ses innombrables produits ; de ces quatre feux, dis- je, Abbon en éteint au moins un, peut-être deux ; il fabrique sous son seul nom, il fabrique peu, car ses produits sont rares. Que faut-il conclure de tout cela?

4° Qu'Abbon fut un monétaire éminent, le seul peut-être qui ait occupé un poste aussi important dans tout le royaume des Francs; un homme à qui pouvait parfaitement s'appliquer la qualification de faber aurifex probatissimiis.

2° Qu'à son époque Tindustrie monétaire se ralentit considérablement à Chalon-sur-Saône.

Si toutes ces données s'enchaînent logiquement, essayons d'en déduire des dates.

Nous avons déjà, tout en réservant notre jugement définitif, laissé entrevoir combien il serait logique de faire coïncider la période si active des ateliers de Châion, avec le règne de Contran, fils de Glotaire l^^j et de rapporter le ralentissement du monnayage à l'espèce de déchéance que subit cette ville quand le second royaume de Bourgogne fut sup primé.

Or Contran régna de 561 à 593. C'est pendant cette période de près de trente-trois années de paix et d'une certaine gloire, que la prospérité de Châion se serait affirmée par la multiplicité de ses émissions de monnaies.

A Contran succédèrent comme rois de Bourgogne son neveu Childebert, roi d'Austrasie, qui résidait soit à Meaux, soit à Marlenheim, en Alsace (593-596), puis Thierry, fils de Ghildebert (596 -613), dont la résidence fut fixée à Orléans. (Fred. ch. xvi.) Glotaire II supprima le royaume de Bourgogne en 613.

Dès l'année do la mort de Contran, le rôle de Chillon s'amoindrit; Metz devint la capitale de l'Austrasie et de la Bourgogne réunies; et il est tout à fait logique d'admettre qu'Abbon était dans l'exercice de ses fonctions à Ghidon en 593, année de la mort de Contran, qu'il diminua la fabrication dès cette année, congédia la plus grande partie du personnel des ateliers, et quitta lui-même Châion entre les années 593 et 600.

Comme nous le verrons quand nous nous occuperons du 7*^ groupe^

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Abbon laissa après lui une unité de monnaies dont on ne trouve d'exemple dans aucune autre ville ; six monétaires au moins se succèdent et signent les espèces dont le type, légué par Abbon^ s'immobilise sans dégénérer, ce qui prouve que ce maître des monnaies a laissé dans son officine de bons ouvriers et des règles sévères.

Que devient le personnel des ateliers supprimés? Où s'en vont les ouvriers réformés par Abbon? Il n'est pas trop téméraire, je crois, de poser cette question, car tous ces ouvriers ont écrit leur itinéraire. Ils Tout écrit, non pas sur le parchemin, mais sur le métal; ils Font écrit, non pas seulement dans le nom qu'ils ont buriné sur un coin d'acier, car il ne faut pas confondre le monetarius, dont le nom figure dans une légende, et le faber aurifex, qui manie le burin; mais ils se sont révélés, même sans le savoir, dans tout ce qu'ils ont produit; partout où ils ont porté leur industrie, ils ont gravé sur leurs œuvres une signature inimitable, leur style et le cachet artistique qui leur est propre.

La plupart des monnayeurs du 3" groupe sont allés à Metz, où ils ont créé le beau style messin, remplaçant le type primitif des vallées de la Meuse et de la Moselle par le nouveau type bien connu qui s'est propagé jusqu'à Reims, Mouzon, Maestricht, Trêves et Sarrebourg. Les monnaies du grand style austrasien descendent directement du 3^ groupe de Châlon, et, sans entrer ici dans l'examen détaillé des caractères du buste, j'appellerai l'attention sur le type général des revers de ces monnaies : l'ornement circulaire est une guirlande de feuillage, et la croix est accostée invariablement des lettres CA importées de Chàlon.

Beaucoup de monnayeurs du ¥ et du 6* groupe se sont dirigés vers l'ouest. Quiconque est initié à la connaissance des monnaies mérovingiennes, reconnaîtra qu'entre les foyers artistiques de Tours, de Poitiers, de Bourges et de Clermont, il y a eu à Limoges une école qui a puisé son inspiration dans les monnaies du 4° groupe de Chàlon. La manière de traiter le buste, le grènetis du revers, qui, notamment sur un triens de Daulfus conserve encore parfois les rubans de l'ancien diadème, tout l'ensemble enfin accuse cette émigration, en même temps que les têtes de face de Conpriniacum et de Sennomaurum montrent dans le Limousin la présence d'artistes bourguignons du 6^ groupe, de ceux qui travaillaient à Châlon quand Abbon fut mis à la tète du monnayage de cette ville.

Après avoir constaté ces dates et ces faits, nous sera-t-il permis de nous demander s'il n'y aurait pas identité de personnage entre notre Abbon et le monétaire de Limoges qui eut l'honneur d'être le maître de S. Éloi? Oui certainement; mais nousle ferons avec la plus grande

prudence et avec cette ferme persuasion qu'il faut se défier des hypothèses, surtout lorsqu'elles ont un côté attrayant, parce qu'une supposition n'est jamais une preuve. Eh bien, oui, Abbon de Limoges peut être le même qu'Abbon de Châlon; oui, le milieu artistique dans lequel ces deux hommes ont vécu est le même; oui, Tunité de temps existe, car, d'un côté, d'après nos calculs, l' Abbon de Châlon brillait de son plus grand éclat en 593, l'année de la mort de Contran ; il supprima un atelier (celui du 3^ groupe) qu'il dirigea vers Metz, sous Childebert II, de 693 à 596 j il envoya une colonie d'ouvriers de deux autres ateliers à Limoges, dans les dernières années du vi*' siècle, et d'un autre côté, d'après l'histoire, S. Éloi âgé de seize ans, en 604, fut confié à l' Abbon de Limoges, qui est qualifié dans la vie de ce saint écrite par S. Ouen : Vu' honorabilis, faber aurifex probatissimus, qui, eo tempore, public am monetœ fisci officinam gerebat,

Piien ne s'oppose donc, jusqu'à présent, à ridentification d' Abbon de Châlon et d'Abbon de Limoges; disons plus, tout semble l'indiquer. Mais en attendant des preuves plus formelles, réservons encore notre jugement définitif.

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