DUCCIO
IOj. + CÂBILONNO FIT. Buste de face, imberbe; front chargé d'un double diadème de perles.
iy. -|- .. DVCCIONE M.ON' Croix sur deux degrés^ accostée de CA, dans un grènetis.
C. (Bat., pi. III, no 18.) Poids : 1 gr. 30. Valeur : 250 fr.
(Sur le dessin publié par M. Batault, la légende semble élre -|~0F DVCCIONS MON.)
106. + CABILONNO FIT- Buste de face, imberbe; front chargé d'un double diadème de perles.
I^. + DVCCIONC MON-I Croix latine sur trois degrés, accostée de CA, dans un grènetis.
F. Provenance : collection Rousseau. Poids : 1 gr. 20. Valeur : 2S0 fr.
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 63
Les types monétaires signés du nom de Duccio nous otîrent le plus ancien buste de face qui soit gravé sur les monnaies de Châlon; ce que je vais démontrer par les lois presque mathématiques de la filiation des types, M. de Longpérier Tavait pressenti avec son admirable instinct numismatique. « C'est là, disait- il, une pièce précieuse, à cause de son style remarquable, qui la rapproche des monnaies romaines, o (Description de la coll. Rousseau, p. 43.)
Si Ton compare les tiers de sol de Duccio aux sols d'or impériaux dont le type est une tête de face, surtout à ceux de Théodcbert l«% on n'aura aucun doute sur l'origine et la filiation de ce type rare et intéressant. Sur la monnaie de Châlon^ le diadème n'a plus la forme élevée et l'aigrette du casque impérial, mais les deux rangées de perles qui décoraient ce casque se sont rabaissées sur le front et dissimulent la chevelure. Je ne puis dire quel espace de temps s'est écoulé entre Théodebert I" et les monnaies de Duccio ;\q type du revers s'est modifié, la Victoire romaine a été remplacée par la croix, les lettres CA accostent cette croix, enfin le grènetis complète un ensemble que nous ne rencontrons que dans la dernière période des 3° et ^^ groupe, sur les espèces dont nous avons composé le 5^ groupe; n:iais il est certain que les espèces signées par Duccio sont fort anciennes, et je crois qu'elles remontent jusqu'à l'époque du 2" groupe. Le triens que possède 1 1 société archéologique de Chalon-sur-Saône paraît avoir pour légende + OF DVCCIONS MON {officina Duccionis monetarii); or les légendes dans lesquelles on rencontre le mot officina sont rares et indiquent généralement les premiers produits d'un atelier mérovingien. Duccio n'a pas seulement dirigé l'atelier de Châlon, il est resté longtemps à Lyon, où il a signé de fort beaux tiers de sol ; le plus ancien monument numismatique sur lequel on rencontre son nom est un triens dont le revers offre pour type une croix latine sur un globe, accostée du chiffre vu avec la légende VICTORIA AVGVSTORVM au-dessus d'un trait horizontal, et à l'exergue les lettres CONOB. (Bouteroue, p. 2 19, n''71,F.)
C'est donc un monétaire qui, comme Abbon, mériterait une monographie spéciale, et, dans tous les cas, c'est, comme Maretomus, LaurentiuSj Nonnus, etc., un des créateurs du monnayage mérovingien.
BERTHERAMNUS.
107. CABIL ONNO^ Buste de face, imberbe, sous deux lignes de perles.
Ç^'. + BERTHERAMNVS [FECI. Croix sur deux degrés, accostée de CA, dans un grènetis.
C (Batault, n» 11, pi. II, n"?. Poids : 1 gr. 42. Valeur : 300 fr.
Trouvée 'a Thaisey, près Chalon-sur-Saône, en 1848.
Le triens signé par Bertherainnus diflère très-peu des monnaies de Duccio. C'est surtout à l'aide des modifications subies par la coifture que j'établis son rang d'une manière certaine. Les deux lignes de perles qui représentaient le diadème se sont détachées et forment un double rang de grènetis dans la zone destinée à la légende.
Dans Tornementation de la face^ sur la monnaie de Duccio j deux chapelets de perles descendaient du diadème et encadraient le visage; ces deux ornements se sont changés^ sur le triens de Bertheramnus^ en deux touffes de cheveux.
. La légende du revers est curieuse; c'est une véritable subscription, au nominatif et à la première personne du verbe: BERTHERAMNVS FECi. Le monétaire parle lui-même; c'est le seul exemple que j'aie remarqué de cette forme intéressante; on sait qu'à cette époque la signature des actes était faite dans la même forme : Bertheramnus subscripsi.
M. Bessy, le numismatiste qui a si généreusement doté la Société de Chalon-sur-Saône de la suite monétaire de cette ville^ pensait (V. Batault, 1. laud.) qu'on pouvait attribuer cette monnaie à Berthaire, le maire de Neustrie, qui s'empara de Théodebert 11 en 614. C'est une erreur : Berî-Chramnus et Bert-Harius sont deux noms de composition absolument différente, qui ont produit les deux form.es modernes Bertrand et Bertliier,
SATURNUS.
108. Illisible. Caste de face, imberbe ; la figure semble regarder en l'air, de sorte que le haut est raccourci, et le bas très-développé.
^' OÂTVRNVS ?^ONST. Croix grecque sur trois degrés, accostée de CÀ, dans un grènetis.
€. (Bat., no lo; pL II, n^ 11.) Poids : 1 gr. 40. Valeur : 300 fr.
Le dessin de celte monnaie, publié par M. Batault, indique un D comme première lettre du nom. Mais cette leçon est plus que suspecte Daturnus n'est pas un nom; ce n'est ni latin, ni grec, ni franc. La forme qui s'impose à nous est Saturnus. Or si l'on examine le dessin publié par M. Batault^ on trouve que le D est très-douteux; le trait vertical est
indiqué par des points, ce qui prouve que le dessinateur n'était pas sûr de voir ce trait; en outre, il reste avant cette lettre un certain espace inoccupé assez considérable pour contenir, non-seulement la croisette initiale, mais encore la moitié d'un S couché, eflacés par le frottement. Ce qu'on a pris pour un D est donc très-probablement la dernière courbe d'un to couché * .
On a pu voir avec quel soin jusqu'ici j'ai évité les conjectures. La numismatique mérovingienne est une science d'observation fondée sur des faits tellement minutieux, qu'il faut une grande dose de patience, j'allais dire de passion, pour oser s'y aventurer. Les dates manquent absolument, les textes font presque complètement défaut; le nombre et la variété des monuments sont presque infinis, mais on tremble toujours quand on veut construire quelque chose sur le sable d'or de ce sol mouvant. Il semble qu'on ait entre les mains tous les petits cubes d'une vaste mosaïque, et l'on se demande comment on pourra reconstituer le tableau dont les éléments sont confondus. On trouve tant de difficultés, tant d'apparentes contradictions, qu'on n'ose faire un pas en avant, dans la crainte d'être obhgé de reculer ensuite. S'aventurer ne serait que demi-mal, si, quand on se trompe soi-même,
on ne trompait pas les autres et ces angoisses du numismatiste se
prolongent jusqu'au jour où je ne sais quel heureux courant vient polariser toutes ces molécules, assigne à chacune leur place, et semble annoncer que la vérité est conquise et la science créée.
J'ai commencé cette élude avec la conviction, partagée par tous les numismatistes, que les monnaies mérovingiennes, intéressantes pour les collectionneurs, avaient un intérêt beaucoup plus géographique qu'historique, que la période de leur émission avait été très-courte, qu'il était imprudent de chercher dans tout leur répertoire onomastique un autre nom revendiqué par l'histoire que celui de S. Éloi, que les noms de monétaires inscrits sur l'or avaient exactement l'humble valeur archéologique des noms de potiers inscrits sur les monuments de céramique; qu'en ce qui concerne la ville de Châlon en particulier, son monnayage
' Je ne maintiens la rédaction de ce paragraphe que pour rendre le lecteur témoin de mes procédés de critique. Mon travail était achevé, j'ai voulu savoir k quoi m'en tenir sur la légende Dalurnus, et j'ai prié M. Batault de bien examiner celte pièce. Voici ce qu'il m'écrit le 23 mars 1873 : « En réponse a votre dernière lettre, j'aiThonneur de vous dire qu'on doit lire certainement SATVRNVS sur les monnaies qui laissaient supposer un D au lieu de S« »
66 ANi\UAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE NUMISMATIQUE.
appartenait au vn^ siècle; que les monnaies du règne de Contran n'avaient pu être que de grossières imitations du type impérial romain, avec la Victoire dégénérée au revers; que le Glotaire de Châlon était Clotaire II, peut-être Clotaire III; et à peine suis- je entré dans le vif de ma discussion que j'ai senti toute ma conviction s'ébranler. Et pourtant, reculer d'un demi-siècle toutes les monnaies de Châlon, non-seulement c'est s'insurger contre les idées admises, mais encore c'est faire partir de cette ville le grand mouvement d'affranchissement des types monétaires et mettre au second plan Marseille et les autres cités ; c'est oser dire que la capitale du second royaume de Bourgogne a devancé le reste de la France et n'a pas interrompu ses émissions d'espèces purement mérovingiennes, après l'incontestable initiative prise parTliéodebert. Il faut être dix fois sûr de soi pour oser cela, et les vérités mathématiques sont les seules qui donnent une semblable certitude.
Il faut donc douter longtemps, douter encore, avant de s'élever contre des idées reçues, que justifient d'ailleurs un ensemble de respectables probabilités. C'est ce que j'ai fait chaque fois qu'un rapprochement séduisant venait jeter une fleur sur le champ monotone de mes observations. A mesure que le raisonnement me faisait constater un fait imprévu, aussitôt une nouveauté de l'ordre historique se dressait devan moi comme une tentation; je croyais être victime d'un mirage, je résistais au démon, je cherchais toujours à douter. Je voyais les obscurs orfèvres, ces humbles potiers d'or, changer leur rôle, devenir de nobles francs, des comtes du palais, connétables, ducs, patrices, généraux, ministres et financiers; les Richelieu et les Rothschild de leur temps. Je voyais naître à Châlon l'étincelle artistique qui s'est propagée à l'Estet à rOuest, au Nord et au Sud, qui a allumé des foyers à Toulouse, à Orléans, à Troyes, à Metz, à Limoges, qui a produit S. Éloi, notre orfèvrerie byzantine, notre merveilleuse émaillerie de Limoges; j'assistais au départ successif de ces pionniers de l'art français, les aïeux des Léonard Limosin, des Pierre Raymond, de tous nos grands artistes; et quand, par respect pour la science, je cherche encore à chasser l'illusion, la sirène me poursuit et m'enlace! Serait-elle donc la vérité?
Je suis en présence d'un type monétaire qui me rappelle involontairement ces jolies têtes de face de Conpriniacum déjà citées par moi quand j'ai osé avancer qu'Abbon avec un groupe d'ouvriers et d'artistes a émigré vers Limoges; sur ce type de Châlon, je lis, sans préjugé, le nom de Saturnus, puis l'idée me vient de chercher quel monétaire a
inscrit son nom sur le triens de Conpriniacum Quel n'est pas mon
étonnement quand je lis ;+SATVRNO MONE! Je poursuis mon enquête, et sur un autre tiers de sol limousin frappé à Morterol-Sennar,
MONNAIES MEROVIXGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 67
suivant M. Deloche [Descript. desmonn, mérov,du Limousin, pp. 75, 81," 82), au revers d'une tête de face de même style, entourée |de la légende SENNAMAVRO, je lis encore : SATORNO MONETARIO; enfin sur un triens de Limoges même, au type cette fois d'une tête de profil, le même nom m'apparaît : SATVRNVS M |.
Ce n'est pas tout, je pousse plus loin mes recherches : le troisième triens limousin connu à tête de face, frappé^ dans un' lieu appelé SEROTENNVM^ porte la signature de Baudegiselus, un monétaire de notre quatrième groupe de Châlon ; un triens de Salagnac, SELANI ACO, toujours dans le Limousin, est signé de Betto , autre monétaire du même groupe; enfin un monétaire appartenant au 3^ groupe, Domulfus, signe à Limoges une monnaie frappée pour le compte de l'Eglise, et Fraternus, prédécesseur immédiat d'Abbon, inscrit sur des tiers de sol la légende SCI MA, qu'on peut lire aussi bien Sci Martialis que Sci Maxentii ou Sci Martini.
Peut-on trouver une confirmation plus éclatante d'une conjecture hasardée sur le simple examen du style? Je disais : a Abbon semble avoir transporté à Limoges une colonie monétaire composée surtout d'artistes du 4-'' et du 6*^ groupe de Châlon, » et voilà que je constate à Limoges la présence non-seulement de cet Abbon, le maître de S. Eloi, mais encore de Baudegisèle et de Betton, monétaires du 4" groupe, de Saturnus, monétaire du 6% de Domulfus et de Fraternus, monétaires du 3% tous contemporains d'Abbon et ses vétérans dans les officines de Châlon. En vérité, si tant de coïncidences étaient l'effet du hasard, il faudrait devenir sceptique.
AUSTADIUS {première période).
(09. CABL ONNO. Buste de face, jeune, imberbe. Dans le champ, à
droite, un anneau.
Ç^*. + (Légende illisible, parce que le flan est rogné. La croiselie
initiale au bas du type.) Croix latine pattée, sur deux degrés, accostée de CA, dans un grènetis.
G. Poids : \ gr. 15. Valeur : 80 Ir.
110. -f CABI""* LONNO-IBuste de face, imberbe, sous une ligne de grènetis placée dans la zone de la légende. Deux globules suspendus aux clioveux, k droite et à gaucfie de la face.
^* + AVSTADIVS* Croix sur deuxj degrés, accostée de CA, dans un diadème de perles avec anneau.
C. (Bat., no 6, pi. II, n» 4.) Poids : 1 gr. 20. Valeur : 80 fr-
111. CABIL Busle de face, imberbe, surmonté d'une ligne de points,.
acccompagné à droite d'une croiselte.
Ç^. Sans légende. Croix latine sur deux degrés, accostée de CA, dans un grènetis.
C. (Bat., no S3, pi. III, n» 9.) Poids ; 1 gr. 13. Valeur : 100 fr..
Trouvée à Châlon.
112, + CA8I LONNO. (Légende écrite de gauche a droite.) Buste de face imberbe ; un globule de chaque côté.
I/. VVSTAQI... Croix sur deux degrés, accostée de CA> dans un diadème de perles avec anneau, e. Poids : 1 gr. 23. Valeur : 80 fr