‹ Description raisonnée des monnaies mérovingiennes de Chalon-sur-SaôneChapitre 24 sur 30 · RESUME CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

RESUME CHRONOLOGIQUE

Nous pouvons donner, comme résumé de noire élude, la liste des

monétaires de Chàlon en établissant leur ordre chronologique et les dates approximatives de leur fabrication.

de 540 à 550

vers 548 rers 555 vers 557 vers 558 de 558 à 560

vers 561 vers 570 vers 572 vers 574 vers 575 vers 576 vers 577 ve:s 578

vers 582

de 585 à 593

vers 600 vers 610 vers 620 vers 630 vers 635 vers 640

1er gi»oupe.

Stephanus

6<= groupe.

8« groupe- Theodebert.

2« groupe.

Nonnus

Priscus et Domnolus

Duccio

Domnolus

Domnittus (1" style)

Chlotharius, rex

3e gi'oupe.

Domnittus (2= style)

4= groupe.

Wintrio

Baiulfus et Baio

Bonefacius

Bertheramnus

Bodoinus ?

Domulfus

Bonefacius et Wintrio

Domulfus et Baio

Betto

Baudomeres

Wintrio et Betto

Saturnus

Baudomeres etRignoaldus

Wintrio et (?) Baudegiselus.

Marol ?

Fraternus

Mummolus Emmes?

Anstadius

Mummolus Bil....inu8?

T*^ groupe.

Austadius

5« groupe.

3 Abbo

Abbo

Abbo

Abbo

Nertunus

Inportunus

Inportunus

Alasius

Emmes?

Magnoaldus lacote die (?) Ed cdmusias ?

Bobo

La chronique de Frédegaire (ch. xc) nous apprend qu'en 64i la. vilîe de Châlon fut dévorée tout entière par un grand incendie.

Nous retrouvons un atelier monétaire à Ghalon et à Saint-Marcel, sous les règnes de Pépin et de Charlemagne. Les deniers royaux inscrivent la légende CAVIL en une ligne dans le champ, et les deniers de Saint-Marcel portent pour légendes P RX F. 1/. SCI MAR. Nous ne

MONNAIES MEROVIXGIEXNES DE CHALOX-SUR-SAONE.

connaissons encore aucune des monnaies de transition qui ont pu pFoparer ces nouveaux types; jusqu'ici même le denier de Pépin et celui de Charlemagne pour Glifilon, ainsi que ie denier de Pépin pour Saint- Marcel^ provenant tous les trois du trésor d'Imphy, sont les uniques exemplaires connus de cette fabrication. Châlon avait pourtant reconquis assez d'importance sous le règne des premiers carlovingiens pour être Tune des dix villes dont Tatelier a été maintenu par Tédit de Pistes en 864. (Voy. R. N., 1841, p. 230.)

LISTE ALPHABETIQUE DES MONETAIRES DE CHALON.

Rois.

Theodebertus {Teudeherté).

Clotharius.

Evêque Stepbanus [Estnu].

Abbo

Alasius

Austadius

Baie

Baiulfus

Baudegiselus

Baudomeres

Bertheramnus

Bette

Bil....inus (?)

Bobo (?)

Monétaires .

Bodo....inus (?)

Bonefacius

Domnittus

Domnolus

Domulfus

Duccio

Emmes

Fraternus

lacotcdic (?)

Inportunus

Magnoaldus

Monétaires douteux.

Dodo.

Meroveus.

Mudulenus.

Marol (?)

Mummolus

Nertunus

Nonnus

Priscus

Rignoaldus

Saturnus

Usias m ed

Wintrio.

cdm (?)

Monétaires rejetés.

Agnoaldus. Y. Magnoaldus, p. 74.

Dipeno. (Lagoy. Descr. de quelques monn. mérov., etc.) La monnaie

indiquée n'est pas de Châlon, mais d'une localité de l'Ouest dont le

nom commence par GA- Itadius. V. Austadius, p. 70.

Je ne terminerai pas cette partie purement numismatique de mon travail sans remercier ceux qui m'ont aidé dans l'accomplissement de ma tâche. Je dois citer au premier rang M. Batault, le savant et consciencieux, conservateur du musée de la Société archéologique de Chàlon. J'ai trouvé, d'abord dans son catalogue de la riche collection léguée par M. Bessy-Journet, et ensuite dans les renseignements qu'il m'a procurés avec le plus aimable empressement, les éléments les plus importants de mon travail; M. Gariel m'a permis aussi de consulter les cartons où il rassemble toutes les raretés numismatiques de la Bourgogne. En comparant ces deux collections avec la mienne et celle du cabinet de France, j'ai eu sous les yeux un ensemble de cent quatrevingts monnaies de Châlon, beaucoup plus qu'il n'en fallait pour asseoir mon système sur les données les plus sérieuses; du reste, la collection de Châlon et la mienne m'avaient largement suiii pour établir les bases de mon travail, et je suis heureux de dire que les communications ultérieures n'ont fait que confirmer mes premières appréciations* c'est là, je le crois, le meilleur critérium de cette étude. J'offre encore mes remercîments à M. Muret, attaché au cabinet de France, à M. Martin Daussigny, conservateur des musées de Lyon, ainsi qu'à MM. l'abbé Ledain, de Metz, Lacroix, de Mâcon, Jarry, d'Orléans, Çharvet, Roilin et Hoffmann, pour la complaisance qu'ils ont mise à me procurer des empreintes ou des renseignements.

Comme il faut rendre à chacun ce qui lui appartient, je dois dire que l'idée même de faire celte recherche m'a été inspirée par l'éminent numismatiste M. Fillon. « Si l'on classait d'après leur style les nombreuses monnaies de Chalon-sur-Saône, écrivait-il (Lettres, p. 56), il en résulterait des observations de la plus grande utilité pour la numismatique et l'histoire de l'art mérovingien. » Ce savant trouvera sans doute que mon travail n'est qu'une ébauche de l'œuvre qu'il avait conçue. En cela nous serons parfaitement d'accord; je crois n'avoir dit oue le premier mot de la numismatique de Châlon; puissé-je avoir mérité au moins, en réunissant ces matériaux, l'indulgence des hommes de science pour les erreurs que j'ai pu conmiettre !

MONNAIES MEROVINGIENNES DE CIIALOX-SUR-SAONE. 87

C0M3IENTAIRE HISTORIQUE.

Jusqu'ici nous n'avons étudié les monnaies de Châlon qu'au point de vue exclusivement numismatique. Ces intéressants matériaux ne pouvaient servir à l'histoire qu'après la lente et difficile élaboration que nous venons de leur faire subir. Nous les avons mis en ordre et nous croyons avoir trouvé leur classement chronologique; c'était une œuvre d'observation, de patience et de sincérité; elle nous a procuré des résultats imprévus, elle a modifié nos idées antérieures, et nous invitons les savants qui auront Toccasion de se servir de notre travail, à n'admettre aucune de nos conclusions sans avoir sévèrement vérifié nos dires et contrôlé nos preuves. Si le terrain que nous venons de niveler a bonne apparence, ce n'est pas une raison pour y rien construire avant de s'être assuré de sa solidité.

Un problème redoutable a préoccupé tous les explorateurs des monnaies mérovingiennes : quel rôle jouaient dans la société de ce temps-là les hommes dont les noms sont inscrits sur ces monnaies ? Peut-on les identifier avec les personnages de mêmes noms et de la même époque qui se rencontreraient dansThistoire?

Rendons d'abord justice aux numismatistes de notre siècle en attestant leur prudence et en témoignant de leur extrême réserve sur ce point. Le meilleur moyen de ne tromper personne, c'est de se taire, et il vaut cent fois mieux garder le silence que d'avancer des faits erronés. La première chose à faire, du reste, avant de risquer une identification, était de savoir si le monétaire et le personnage historique avaient vécu dans le même temps; or comment l'aui ait-on su, puisque le classement chronologique n'était pas fait ? On comprend à quels anachronismes se sont exposés les numismatistes trop zélés qui, sans autre indice qu'une similitude de forme, ont cherché dans les livres d'histoire l'application de tous les noms inscrits sur les monnaies. On a été jusqu'à lire sur les monnaies mérovingiennes des noms de chefs francs antérieurs à Clovisl et comme conséquence forcée de ces témé-

rites, il sVst opéré depuis une telle réaction qu'on n*ose plus ajouter foi aux identifications les mieux fondées.

Je ne me départirai pas de la sage réserve qui est à l'ordre du jour ; mais je crois que, puisque l'étude des monnaies deChâlon vient de faire un pas, il est permis d'ajouter un mot, et je ne craindrai pas d'examiner les deux faces du terrible problème :

l'* Peut-on, sans témérité, identifier un nom inscrit sur une monnaie mérovingienne avec celui d'un personnage historique du même temps et du même pays ?

2° Quels sont les monétaires de Ghâlon dont les titres historiques peuvent être discutés?

Disons d'abord que nous n'avons rien k attendre des textes connus jusqu'à ce jour, pour la solution de la première question. Ils sont, à cet égard, d'un mutisme désespérant; il faut avoir recours à des considérations d'un autre ordre; mais d'abord il faut examiner l'argument que les ennemis des identifications pourraient tirer de l'absence même de textes. Les choses les plus évidentes sont celles dont les historiens parlent le moins, pour cette raison très-simple qu'un chroniqueur ne veut apprendre à ses contemporains que ce qu'ils sont censés ignorer. Grégoire de Tours décrit scrupuleusement une monnaie de l'empereur Tibère II (582 à 602), que des ambassadeurs de Chilpéric ont rapportée d'Orient ; mais il ne dit pas un mot des monnaies qui circulent en Gaule à la même époque. S le fait d'avoir son nom inscrit sur les monnaies avait été un fait isolé, inouï, les chroniqueurs n'auraient pas manqué d'en faire mention, mais rien n'était plus commun: plus de mille noms avaient sinon cet honneur, au moins cette sorte de publicité. Un chroniqueur ne fait jamais assez abstraction de ses contemporains pour prendre la peine d'écrire ce que tout le monde sait. Aucun historien ne remarque que S. Eloi,ministre du roi Dagobert, avait son nom inscrit sur les monnaies; c'est donc que ce fait n^avait rien d'étonnant, et, comme on le voit, l'argument tiré de l'absence de textes est une lame à deux tranchants ; à ceux qui demandent des textes pour affirmer les iientifications, on peut répondre en demandant des textes pour les infirmer. Qu'on produise un texte duquel il résulte, par exemple, que Mummolus des monnaies n'est pas le patrice Mummole, et alors la question sera jugée.

Arrivons donc à d'autres considérations :

Les titres étaient personnels et intransmissibles par voie d'hérédité sous la première race; seule la royauté était héréditaire, et au-dessous d'elle, comme un de ses démembrements, la propriété, avec la richesse et la considération qui lui servaient de cortège. Il en résultait que, soit

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par lo mérite, soit par l'habilelé, on parvenait Irès-rapidemont d'une position obscure aux plus hautes fonctions. La carrière était ouverte le plus souvent par des largesses faites à propos et par les ressources peu avouables de l'ambition. La première habileté consistait à savoir faire des présents, et l'on devenait ainsi très-rapidement comte, duc^ patrice> voire môme évêque, chose assez triste à dire et que le saint évoque de Tours ne dissimule pas dans son histoire. Parvenir à la fortune^ c'était donc parvenir aux honneurs ; or si quelqu'un pouvait facilement devenir riche, dans ces siècles barbares, n'était-ce pas celui qui, par profession, maniait de grandes quantités de métaux précieux, connaissait les procédés de l'affinage, et savait, comme l'honnête Eloi, exécuter la chaise d'or commandée par Clotaire II, puis, au grand étonnement du roi, produire une seconde chaise semblable, faite avec les restes du métal qu'un orfèvre moins délicat aurait gardés pour son profit? S. Eloi a dû son élévation à cet acte de probité; mais sa grandeur de bon aloi semble être la condamnation tacite de beaucoup de ses collègues, et son historien ne dissimule pas les ruses qu'employaient en général les autres orfèvres pour s^'enrichir. Il devait donc se trouver parmi les monétaires deux espèces d'hommes, les uns exerçant honnêtement et sans ambition leur profession modeste mais honorable, les autres aspirant à la fortune et ayant en mains les moyens de l'obtenir.

En elle-même, la profession de monétaire était moins subalterne qu'on ne le suppose généralement. Soit que, collecteur d'impôts, le monétaire s'en allât avec le domestique pour peser le tribut et le convertir en nouvelles espèces, soit que, chef d'industrie, il fabriquât la marchandise-monnaie à son propre compte et pour les besoins du commerce, il était un homme relativement considérable ; dans le premier cas, il était fonctionnaire, et tout fonctionnaire était un personnage; dans le second cas, il était entrepreneur, marchand de métaux précieux, changeur, orfèvre, économiste, artiste, autant qu'on pouvait l'être dans ce temps-là. Parfois, peut-être, il bornait son ambition à voyager de vicus en vicus, emportant un humble outillage et monnayant de ses propres mains pour ceux qui voulaient convertir du métal en espèces, mais le plus souvent il dirigeait une active fabrication, et ne gravait même pas de sa main les coins sur lesquels il faisait inscrire sa signature.

Tout homme delà race conquérante, et même le Gallo-Romain ingénu de naissance, pouvait parvenir, comme nous venons de le dire, aux plus hautes charges; il faut ajouter que, dans l'administration franque, il n'existait pas d'humble fonction pour un homme libre. Tout ce qui touchait au roi, à la maison du roi, au fisc, à l'administration des

domaines et du trésor du roi, était fonction noble et distinguée. De même qu'on passait de domestique duc, ex domesiico ducem \ on pouvait devenir de monétaire comte, patrice, évêque; bien plus, l'exemple de S. Eloi nous apprend qu'on pouvait exercer ces fonctions sans cesser d'être monétaire : alors qu'il était tout-puissant auprès de Clovis 11^ Eloi inscrivait encore sur les monnaies les simples mots Eligius monetarius.

Les monétaires ne sont d'ailleurs pas les seuls personnages qui aient inscrit leur nom sur les espèces ; sans parler des rois, on connaît déjà un certain nombre d'hommes mentionnés par l'histoire, tels qu'Ebroin, maire du palais, plusieurs patrices de Marseille, Lambert, évêque de Lyon, etc., dont les noms figurent incontestablement sur des espèces; on les signale surtout sur des monnaies d'argent, et ce fait que le nom de Mummolus se lit sur un denier de Châlon, est une présomption sérieuse en faveur de l'attribution au patrice Mummole^ non-seulement de ce denier, mais des tiers de sol sur lesquels est inscrit le même nom.

Ainsi je considère comme très-admissible, mais avant tout comme devant être discutée avec soin , l'identification des monétaires de Chalonsur-Saône, avec les personnages homonymes qui ont joué un rôle historique, à la condition qu'ils aient vécu en même temps et qu'ils aient pu habiter Chàlon au moment où les monnaies qui portent leurs noms ont été émises.

Et j'ajouterai deux remarques dont l'importance n'échappera à personne :

La première, c'est que pendant près de trois siècles qui séparent Clovis de Charlemagne, quoique le vocabulaire des noms francs et galloromains n'ait pas été sensiblement modifié, une seule période offre une série considérable de noms historiques pouvant s'identifier avec ceux des monnaies de Chalon-sur-Saône, et c'est précisément celle où, d'après des données complètement étrangères aux préoccupations historiques, nous avons vu se ranger chronologiquement les abondants produits de l'atelier de Châlon.

La seconde, c'est qu'en comparant les dates d'exercice de la profession de monétaire et d'autres fonctions plus élevées, on constate toujours l'antériorité de l'exercice de la première profession. Autant il est logique d'admettre qu'un homme soit monétaire avant d'être duc, patrice ou évêque, autant il serait déraisonnable de vouloir faire devenir quelqu'un d'évêque, monétaire. S. Eloi signait les espèces comme monétaire, avant

Greg. l.Vl, ch. xi.

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d'inscrire son nom comme ministre dans le champ des monnaies. Si l'on admet d'autres identifications, il est important de contrôler l'ordre des dates; Tavancement pouvait être très-rapide; mais la fonction de monétaire ne devait être en général que le point de départ. Or les identifications que nous offre la liste des monétaires de Châlon sont toutes dans ces conditions.

Je ne donnerai pas plus de développement à la discussion de la première question que j'ai posée, et je vais procéder à l'cnquéle rapide sur les personnages dont il est permis de chercher les noms sur nos monnaies.

Je le répète une fois de plus^ je n'impose pas leur identification, je demande qu'on la discute.

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