RECHERCHES SUR L'ÉVÉQUË ETIENNE
La légende EPISCOPVS ESTNV inscrite sur les monnaies du premier groupe, ne semble pas susceptible d'une autre interprétation que celle de « Vevêque Liiennea. Stephanus n'est devenu Etienne que par l'antéposition d'une voyelle pour diminuer la dureté d'une syllabe à la prononciation de laquelle les aptitudes des peuples occidentaux paraissent avoir été rebelles. Toutes les fois que l'S initial était suivi d'une consonne dans le latin, il a d'abord été précédé d'un E dans le français, puis supprimé dans la prononciation et même dans l'écriture. C'est ainsi que stagnum, stabulum, scala, scola, Stella, ont formé les mots étang, étahle, échelle, école, étoile. La légende d'une monnaie de Genève : ISTEPHA- NVS MVNI, nous prouve que, dès l'époque mérovingienne, cette exigence du langage parlé tendait à s'imposer aux épigrapiiistes.
J'ai cherché vainement, vers l'an 540, un évêque de Chalon s'appelant Etienne. Un seul évêque a gouverné l'Eglise de cette ville de 53-2 à 580, pendant quarante-huit ans, il s'appelait Agricola et l'Eglise l'honore comme saint. Grégoire de Tours ' en fait mention en ces termes : c( Multa in civitate illa œdi/icia fecit^ domos composuit, ecclesiam fahricavit quam columnis fulcivit, variavii marmore^ musivo depinxit... Obiit episcopatus anno 48, œvi autem 83. » L'église cathédrale construite par Agricola était sous l'invocation de S. Vincent. Ce serait entrer dans le domaine des conjectures que d'attribuer la monnaie à l'évêque Agricola
' L. V, cil. XLVI.
et (le considérer le nom de Stephanus comme le nom de baptême de cet évoque; c'est pourtant l'usage des évoques encore aujourd'hui, de ne signer leurs actes que par leur nom de baptême, et les usages de TEglise , on le sait, sont fondés sur les plus anciennes traditions. Ajoutons qu'au moment de la conquête de la Bourgogne par les Francs, l'Eglise de Châlon était sous Tinvocation de S. Etienne; que ce premier martyr était particulièrement vénéré dans la Bourgogne, puisqu'il était aussi le patron des Eglises de Besançon et de Dijon; et que nul autre nom n'aurait eu plus de chance d'être assigné comme nom de baptême à un noble personnage du temps et du paysd'Agricola.
L'histoire de Bourgogne fait mention d'un personnage du nom de Stephanus qui était intendant des domaines du roi Sigismond : « Quidam ex officio Régis Sigismundi, nomine Stephanus, qui super omnem domina tionem fisci principatum gerebat. » Il encourut des condamnations de la part des évêques Avitus de Vienne et Apollinaire de Valence, pour avoir épousé sa belle-sœur après ia mort de sa femme; mais Sigismond l'aimait beaucoup et le défendit jusqu'à la fm de son règne ', Le roi Sigismond est mort en 523, et l'époque où vivait l'intendant Stephanus correspond d'une manière satisfaisante avec la date de l'émission de la monnaie. Mais si c'est lui qui l'a fait frapper, pourquoi prend-il le nom d'episcopus? Est-ce qu'il était co-évêque d'Agricola? Est-ce qu'il occupait un autre siège que Châlon? Les mystères abondent dans cette période obscure de l'histoire. Cent ans plus tard, on voit à Lyon deux frères, Dalphinus et Annemundus, qui tous les deux ont le titre d'évêque '. S'il était permis de tout concilier au moyen d'une hypothèse, on dirait : a Agricola, né en 497, de race sénatoriale, reçut au baptême le nom d'Etienne; il eut de bonne heure la confiance du roi Sigismond qui lui donna l'administration de ses domaines; il devint évêque en 532, neuf ans après la mort de son bienfaiteur; il inscrivit son nom sur les monnaies vers 540, construisit l'éghse Saint- Vincent^ et mourut en 580, âgé de quatre-vingt-trois ans.»