DEUXIEME GROUPE
Transition,
4 NVSTIA. Buste de profil à droite; double diadème perlé.
9^» VIITORI AVITONVM. Croix latine potencée sur un globe écrasé, ac compagnéedes lettres CG, au-dessous desquelles le chiffre VII; au-dessous un trait horizontal; a l'exergue NIONI.
G. Poids 1 gr. 35. Valeur : 80 fr.
5. JVTDIV + CAVELONO. (VICTVI retrograd.) Buste de profil à droite;
double diadème, dont le filet inférieur est un chapelet de perles. Manteau largement drapé, avec anneau d'attache sur l'épaule, a gauche,
9^. VIITOIA AV-ITO.... Croix latine potencée, soudée sur une base, audessus d'un globe, accostée des lettres C G, au-dessous desquelles le chiffre VII; au-dessous un trait horizontal. A l'exergue NIONI*
P. provenant de la coll. G. Poids 0 gr. 85. Valeur : 250 fr.
6. IVTDIV 4- CAVELONO (VICTVI rétrograde). Buste de profil, h droite;
double diadème, dont Tinférieur est en perles. Manteau largement drapé,
9^. IVIITONIVAVITORVM. Croix latine potencée, soudée sur une base, au-dessus d'un globe écrasé; accostée de deux globules très-peu apparents et des lettres C G, au-dessous desquelles le chiffre VIL Au-dessous un trait
horizontal. A lexergue, ON.
«. 1 gr, 35. Valeur : 250 fr.
Dans notre premier groupe le type de la Victoire a résisté à rémancipation du monnayage, mais la légende VICTORIA a disparu; ici c'est le contraire, la croix s'est emparée du champ^ le souvenir de la Victoire persiste dans la légende.
Les trois monnaies que nous plaçons en tête de ce 2^ groupe devraient être décrites un peu plus loin. Elles sont postérieures à celles émises par Priscus et Domnolus^ car le chiffre VU qu'on voit dans le champ du revers fait allusion à un système monétaire postérieur à celui qui est indiqué par le chiffre VIH, comme nous Texposerons tout à Pheure.
11 faut expliquer comment la légende VICTVI, débris du mot VIC- TORIA, a pu persister après Tapparition de types sur lesquels il ne reste aucune trace de la figure ou du nom de la Victoire. Voici Texplication que je propose :
Deux tendances se manifestaient dans la composition des types monétaires; parmi les graveurs de coins^ les uns continuaient les traditions romaines et croyaient peut-être ainsi donner plus de crédit aux espèces qu'ils fabriquaient; d'autres, esprits hardis et initiateurs, s'affranchissaient de rimitation des types romains, créaient des types entièrement nouveaux, et s'accréditaient non plus de cette servile imitation dont on avait étrangement abusé, mais de leur signature même., qu'ils gravaient sur la monnaie pour en garantir le bon titre. Les types copiés sur les anciens coins sont extrêmement défectueux; les légendes sont illisibles et n'ont plus de sens; tout accuse cette négUgence et cet affaiblissement d'un art qu'aucune responsabilité, aucun amour-propre d'auteur ne tend à soutenir; la seule préoccupation du graveur consiste à indiquer tant bien que mal le nom de la ville et quelques initiales qui paraissent essentielles, telles que le chiffre VII, indiquant le nouveau système monétaire, et les lettres CG, dont le sens nous échappe encore. Au contraire, les nouveaux types créés par les véritables initiateurs du monnayage mérovingien se distinguent et par le progrès artistique, et par la perfection des légendes, et par la pureté du métal, et surtout par la signature, qui engage la responsabiUté des monétaires.
Ainsi, pendant la seconde période du monnayage de Chalon-sur- Saône, on fabriquait des monnaies simultanément dans divers ateliers de la ville, et tandis que plusieurs monétaires produisaient les coins que nous examinerons tout à l'heure, d'autres continuaient à copier grossièrement les monnaies romaines; de sorte que, même après que Nonnus, Priscus, Domnolus^ avaient mis dans la circulation les élégants produits que nous allons décrire, il y avait encore à Ghâlon des monnayeurs anonymes, qui recopiaient les vieux types et n'avaient pas même conscience de la signification des légendes DN IVSTINIANVS — VICTORIA AVGVSTORVM, dont ils copiaient des fragments tronqués et bouleversés.
Le type du revers des trois monnaies que je viens de décrire a eu un sort particulier qu'il est curieux de constater en passant ; il a été porté vers le midi, et, sur les coins de quelques ateliers voisins des Pyrénées, la croix accostée des initiales CG et du chiffre VII est devenue un type local qui caractérise les monnaies mérovingiennes de Comminges, de Bigorre, de Foix et d'autres ateliers de la même région. Ce même type a fait aussi une courte apparition à Limoges.
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 13
NONNUS.
7 NONNVS MONITâRIVS. Buste de Fprofil, a droite, avec double diadème; manteau assez large, ouvert en cœur sur la poitrine, avec deux lignes arrondies sur les seins.
ï^'. CABILOINO CIVITATE. Croix latine, dont chaque extrémité est
terminée par deux globules. Sous la croix, un globe écrasé; au-dessous, une
étoile. Une autre étoile dans le champ, de chaque côté de la croix; celle de
droite disparaît dans une bavure causée par une fente du coin.
F. Poids 1 gr. 23. — «. 1 gr. 30. — P. 1 gr. 23. Valeur : 300 fr.
Le triens de Nonnus est certainement le plus ancien produit de Fatelier de Châlon portant un nom de monétaire. Il appartient à l'époque où le monnayage local a commencé à s'affranchir de l'imitation des types romains. La Victoire du revers est déjà remplacée par la croix; mais Tétoile qu'on remarque dans le champ des monnaies de Gondebaud et de Théodebert a persisté. C'est un principe de numismatique, qu'en général on ne revient pas à un type abandonné; il faut en conclure que les monnaies signées par iVb/înws sont, de toutes les espèces qui composent le 2™^ groupe, les moins postérieures au règne de Théodebert P"" (534-547). On peut fixer leur date approximative à Tan 548.
Deux autres caractères indiquent encore l'époque d'émission des monnaies de Nonnus :
1« L'abondance des légendes : NONNVS MONITARIVS — CABI- LONNO CIVITATE. Pas une lettre ne manqne à Tintégrité de ces deux énonciations, et c'est là un signe d'ancienneté. Malgré la petitesse de leurs coins monétaires, les Francs étaient sobres d'abréviations; ils ont presque toujours supprimé ou abrégé les substantifs qualificatifs, mais c'est parce que ces mots étaient connus pour avoir été inscrits intégralement dans l'origine. Une abréviation suppose la connaissance parfaite de la formule tronquée, et cette connaissance suppose l'inscription préalable; en effet, les légendes les plus anciennes sont en général les plus complètes; sur les monnaies encore presque romaines nous
lisons CIVITATE, MONETARIVS, EPISCOPVS, OFFICINA, en toutes lettres, et plus tard tous ces mots sont abrégés en CIV.> MONv EPS-^ OF., etc.;
2° L'ampleur du buste. Les types romains immobilisés à Châlon, à Lyon, à Lausanne, ont des épaules très-larges; le buste du tiers-de-sol de Nonnus présente ce caractère particulier et, sous ce rapj>ort, fait groupe avec les espèces signées de Priscus et Domnolus du 2""^' groupe, et avec Baudomeres, Domulfus et BaiOj Domnittus du troisième.
PRISCUS ET DOMNOLUS.
8. PRISCVS ET DOMNOLVS. Buste de proQl, a droite, avec un double diadème surmonté d'un ornement en forme de croissant, dans la concavité duquel est une étoile. Le buste est orné d'une bande verticale entre deux lobes semi-circulaires.
^. + CABSLONNO FIT DESELETAS. Croix latine au-dessus de trois degrés, accostée du chiffre VIII.
F. Poids 1 gr. 27. — P. 1 gr. 2o. Valeur: 500 fr.
Publié par Conbr. pi. XX, n" 2. — Cart. Rev. Num. 1847, p. 98. — Liste de Cartier, n^ 691.
Les espèces signées de cette association de monétaires sont contemporaines ou à peu près de celles de iYonnw^. Il suffît, pour s'en convaincre, de comparer la manière dont le haut du corps est traité. Le triens n° 8 est intermédiaire entre le n° 7 et le n"^ 34 signé de Baudomeres. La même conviction résultera de l'examen du diadème formé de deux bandeaux parallèles, qui placent ce produit entre le n" 7 et le n*^ 41 signé de Wintrio ; seulement Tornement du sommet du diadème offre une analogie avec des produits un peu postérieurs. Cet ornement présente Taspect d'un croissant et a inspiré Tornement semblable figuré sur les n"' 43, 49, 52, 53 et 55 de Wintrio. Dans le croissant, on voit encore figurer l'étoile dont nous nous sommes occupé à propos du triens de Nonnus; elle est remplacée par un globule dans le type de Domnolus seul, n« 9, et son rôle est fini à Châlon.
La marque numérale placée sous le bras de la croix est VIII ; j'ai dit plus haut que je considère ce chiffre comme faisant allusion au poids des triens en siliques. Or^ si le triens pèse 8 siliques, le sol en pèsera 24 ; et comme la livre romaine en pesait ^728, il suffit de diviser ce dernier chiffre par 24 pour savoir à quel système de taille appartient le triens de Priscus et Domnolus. On trouve exactement la taille de 72 sols à la livre, la même taille qui semble indiquée par les lettres grecques numérales OB, dans les marques CON-OB. TR-OBj, etc. La livre romaine correspondant à 326 gr. 357, le triens de 8 siliques devait peser, avant d'être rogné ou altéré par le frai, 1 gr. 51 .
Quoique extrêmement rare, findication de valeur VIII n'est pas unique dans le monnayage mérovingien : on la retrouve à Dijon et à Mâcon, mais elle n'apparaît jusqu'à ce jour que dans cette région relativement restreinte de l'ancienne province Lyonnaise. Si notre hypothèse relativement à la signification du chiffre VIII est justifiée, la date d'émission
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 15
de notre monnaie est antérieure au règne de Maurice Tibère (582-602), car les sols de cet empereur frappés à Marseille portent la marque XXb et les tiers-de-sol, VII, chiffres qui font allusion à une taille plus récente de 81 sols à la livre. Nous pouvons préciser davantage et dire que le triens de Priscus et Domnolus a été frappé avant la mort de Justinien (365), puisqu'il est antérieur au n° 4, sur lequel on trouve à la fois la trace du nom de Justinien et la marque VII du système plus récent.
On a lu jusqu'à ce jour au revers les lettres DESEDEPAS, qu'on a interprétées par les trois mots DE SEDE PAStorum, du siège des pasteurs. Cette opinion paraissait d'autant plus rationnelle que la monnaie du premier groupe est déjà une monnaie épiscopale. Je n'oserais pas, pour le moment, proposer d'autre interprétation, mais je veux éclairer les esprits désireux d'approfondir cette question en mettant sous leurs yeux trois légendes qui me paraissent être contemporaines et avoir une signification identique. La numismatique mérovingienne est accidentée de problèmes qui se dressent à chaque pas ; celui-ci n'est pas sans intérêt :
On a lu sur une monnaie de Besançon : VESVNCIONE DESELEGS; on a bien eu l'idée de comparer cette légende au CABILONNO DESE- DEPAS. J'ai proposé moi-même, très-timidement, de compléter la légende de Besançon par les mots DE SEDE LEGIS; or voici qu'un triens de Mâcon, découvert en 1872 à Saint-Bonnet-Champsaux (Hautes- Alpes), nous donne une troisième formule analogue, qui me porte à croire que les trois formules n'en font qu'une, ordinairement mal lue, et ayant un seul et même sens. Il est possible que cette formule soit plus ou moins raccourcie et altérée sur les divers monuments où nous la rencontrons, et qui ne concordent pas exactement entre eux; mais, en rapprochant les variantes, on parviendra peut-être à trouver le texte original ou la meilleure version; voici les formes que présentent les exemplaires de ma collection :
PRISCVS.ET DOMNOLVS — -f CABILONNO FIT DESELETAS.