VIII
MATASCONE FET — + IVSE FACIT DESELE9AS. [VIII]
GENNARDVS + ERO - + VESVNCIONE DESELE'âVS. [Vil]
GENNARDS + ERIO — + VESVNCIONE DLE. [VII] '
Du GUalais {JXev. num.^ 1847, p. 99) dit : « Pourquoi VllI au lieu de Vil sur le
DOMNOLUS [seul).
9. CABILON NO FIT m. Buste de profil, k droile. Diadème prolongé au
sommet et en arrière par deux saillies en angle, terminées par des perles; une troisième perle, en haut et en bas, forme triangle avec les deux premières. Manteau largement drapé.
I^^ DOTNOLO T. Croix latine pattée, sur un globe. F. 1 gr. 27. — «. Poids 1 gr. 2d. Valeur : 120 fr.
Publié par Conbrouse, pi. XX, n» 1. Liste Cartier, n» 298.
10. CABILON NO FIT m. Buste de profil, à droite; diadème orné, au
sommet, de trois globules, et attaché derrière la tête par trois bandelettes terminées par des globules.
W' DO/T^NOLO T. Croix latine au-dessus de trois degrés. C (Chalon-sur-Saône.) — Voy. Batault, Descr. des Monn. mérov. de la coll. de Ch.-s.-S., p. 13, pi. III, n° 28. Poids : 1 gr. 40. Valeur : 120 fr.
Ce monétaire, que nous avons vu figurer dans une association avec Priscus, nous apparaît seul ici.
La monnaie qu'il signe est tellement différente du beau type de Priscus et Bomnolus, tellement marquée du cachet de la barbarie, qu'on serait tenté de l'attribuer à un autre monétaire homonyme;, et de la
triens de Saint- Vincent, de Priscus et Domnolus? » Je crois avoir répondu à celte question.
Le même numismatiste (loc. cit.) dit encore : « Le sens des mots DE SEDE PA est : De sede paslorali^ en sous-entendant auctoritate ou raiione, frappé à Châlon {Cahilo7ino fil) sous la garantie du siège pastoral. Domnolus a signé seul d'autres espèces de Chalon, sans y placer le nom de la cathédrale Saint^Vincent. Faut-il en conclure qu'il était a la fois monétaire de la ville et de l'église? Il y avait plusieurs ateliers à Chùlon-sur-Saône, puisqu'on voit Saint-Marcel, abbaye hors les murs, en possession d'un privilège analogue k celui de la cathédrale. On peut croire que, de môme qu'a Bannassac on ne trouve pas toujours le nom de Saint-Martin, de môme ailleurs les ecclésiastiques négligeaient de constater leurs titres sur les espèces, se contentant d'y inscrire le nom de la ville où leur église était située. "
Malheureusement ces commentaires et beaucoup d'autres auxquels le iriep.s de Priscus et domnolus a donné lieu, reposent sur une erreur de lecture. Les auteurs qui ont publié la monnaie n'ont môme pas reproduit exactement la légende. Conbrouse (pi. XX, n» 2) a fait graver DE SEDE PA et a transcrit DE SEDE PAST, ce que Cartier a admis eusuite. (R. N. 1847, p. 98.)
D'abord ce qu'on a pris pour Q est un L, et ce qu'on a pris pour P est bien le
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 17
reléguer à la fia des produits de Tatelier de Châlon dans une période d'immobilisation; mais cela n'est pas possible, pour les raisons suivantes :
1*^ Les tiers-de-sol signés de Domnolus seul n'ont pas d'ornement circulaire au revers; il faudrait créer un groupe spécial pour eux;
2° Ils présentent au revers le type le plus fréquent du 2°"^ groupe, la croix sur trois degrés ou sur un globe;
Z"" Le monétaire DomnittuSj contemporain de Domnolus, comme nous le verrons tout à l'heure, a émis aussi des produits barbares presque identiques à ceux de Domnolus, en même temps que d'autres produits qu'on peut considérer comme les chefs-d'œuvre du monnayage mérovingien; si l'on admet qu'il y a eu àQu\ Domnolus, il faut nécessairement admettre deux Domnittus, et par un hasard impossible, un Domnolus et un Domnittus contemporains auraient signé les plus beaux spécimens de l'art mérovingien, tandis qu'un autre Domnolus et un autre Domnittus également contemporains auraient mis leurs noms sur les espèces les plus grossières et les plus dégénérées. Cette théorie n'est pas soutenable.
L'unique Domnolus et l'unique Domnittus ont vécu au moment où fermentait la révolution artistique du milieu du vi^ siècle. Le monnayage romain périssait dans l'immobilisation, et en même temps l'art franc s'émancipait et cherchait sa voie. Rien n'était stable : les écoles artistiques n'étaient pas fondées; les modifications étaient brusques; la pente générale entraînait vers les rapides dégénérescences. Soit que Domnolus et Domnittus aient fait plusieurs essais avant de créer leurs
même caractère que sur les monnaies de Màcon, une haste verticale sous un demicercie 'T' . Je ne rencontre pas d'autre exemple de l'emploi de ce caractère dans l'épigraphie des monnaies mérovingiennes; mais si je remarque, d'un côté, que sur le triens de Gennardus cette lettre est remplacée par un ^ , de l'autre, que les nombreuses formes du G dans l'épigraphie mérovingienne sont presque toujours la combinaison d'un demi-cercle et d'un trait droit, sic G, ^ , Ç , C, je ne serai plu' étonné de le voir affecter la forme T» intermédiaire avec les formes ^el Lnque nous offre le triens de Gennardus. Dès lors je lirai DE SE LEGAS. Quant à la traduction de cette légende, je la demande à de plus habiles que moi. Serait-ce une déclaration faite par le monétaire pour attester que la monnaie est d'un bon titre ; DE SEcura LEGe ASseveratum; ou qu'il bat monnaie de son chef, sous sa responsabilité personnelle et sans titre officiel? Dans ce dernier cas la légende de Màcon, par exemple, signifierait : « Jiise fait^ Usez : De lui-même. » Celle de Chalon : « Priscus et Domnolus, lisez : D'eux-mêmes. » Ainsi interprétée, cette légende aurait une importance sur laquelle je n'insisterai pas, pour ne pas mciiter le reproche d'édifier un système sur une hypothèse.
beaux types, soit que leurs ouvriers, (car le monétaire n'était pas le même que le graveur de coin) * aient promptement cédé au courant qui les entraînait^ une très-courte période de temps a suffi pour descendre tous les degrés de Tart, et un seul jour a suffi aussi, avec le burin d'un habile graveur;, pour le faire remonter à son point culminant.
Le désordre épigrapbique de la monnaie de Domnolus n'est pas moindre que le désordre artistique, et c'est là encore un des caractères de cette période d'incertitude. Aussi, tandis que sur la monnaie de JSonnus nous voyons b pour B ou V, C pour E, et sur celle de Priscug et Domnolus D pour D, S et T probablement pour G, sur les espèces signées de Domnolus seul nous trouvons /T\etT pour M, HT pour FIT.
J'insisterai sur un rapprochement que le hasard ne saurait produire : deux coins de Domnolus sont décrits ici; l'un porte au revers une croix latine sur un globe, l'autre une croix latine sur trois degrés; or, des deux types que je viens de décrire comme les plus anciens du deuxième groupe, l'un, celui de JSonnus, nous présente une croix sur un globe; l'autre, celui de Priscus et Domnolus, une croix sur trois degrés. Il serait superflu d'insister davantage.
BOMNITTUS (l'« période).
H. + CABILONNO. Buste de profil, à gauche. Style grotesque.
9^. DOMNITTVS ETARIVS. Croix latine sur deux degrés.
C (Coll.de Ch.-s.-S.) (Bat., n» 52, pi. 111, n» 7) \ Poids 1 gr. 35. Valeur : 100 fr.
12. + DO/TiNIT TO n^ONI. Tête de profil, à droite; diadème très-bas et
presque horizontal, absence de front, œil en olive, lèvres formées de deux tiaits parallèles; épaules réduites a la proportion du cou. Le diadème forme en arrière deux pointes terminées par des perles.
W' CCOVIVO NNO FIT. (Commençant à droite, en haut du type.) Croix latine sur trois degrés. Filet uni a l'extérieur. I*. Poids 1 gr. 20. Fleur de coin. — G. Prov. de la coll. Dassy, n» 103. Poids 1 gr. 2S. — Coll. Hoffmann. Poids 1 gr. U. Valeur : 120 fr.
13. + CÂ U ILON NO FITi Buste de profil, h droite. Diadème avec saillies en
angle au sommet et h l'arrière. Un globule dans l'angle du sommet. Le dia-
* Voy. Recherches sur les Mann, mérov» de Touraine, p. 17, n» 26 (extrait de V Annuaire de Num., t, III, p. 100).
2 Ci'Ue pièce a été attribuée à Clotaire 111 (656-670), par suite d'une interprétation erronée de la légende du droit; on croyait lire.. OTARIVS DOMNINVS.
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 19
dème divise la chevelure en trois portions: boucle en boudin a la nuque, calotte et houppe frontale. Le buste est indiqué par un trapèze plat contenant une ligne horizontale de six globules.
9^ DOMNI TTO mO. Croix latine sur un globe.
P. Poids 1 gr. 30. Valeur : 80 fr.
Ainsi que je Tai dit, Domnittus appartient au S""® et au 3'"° groupe. Je partage la description de ses monnaies, afin d'étudier séparéuient chacune de ses deux manières.
Nous constatons, dans l'étude des monnaies frappées pendant la première période de l'administration de Domnittus, la tendance qui entraîne l'art monétaire vers le dernier degré de la fantaisie barbare. Pour peu que l'atelier soit fécond et les ouvriers peu lettrés, les coins^ qu'on renouvelait souvent alors, et qui chaque fois étaient copiés par des mains inexpérimentées sur des reproductions déjà dégénérées, subissaient de telles altérations, qu'en quelques semaines on pouvait descendre aux copies inconscientes, aux légendes inintelligibles, aux types les plus grossiers. Le public, habitué au maniement des monnaies, ne s'en apercevait même pas; mais un beau jour l'attention du maître de la monnaie était appelée sur cette défectuosité, et alors on revenait brusquement aux bonnes traditions. C'est ce qui s'est passé sous l'administration de Domnittus; nous voyons jusqu'à quel degré de dégénérescence un produit peut être entraîné très-rapidement (a°^ 11, 12); la réaction commence à se manifester sur le n° 13, et quand nous étudierons les espèces de la deuxième période qui inaugurent le troisième groupe, nous admirerons des spécimens de Tart monétaire vraiment irréprochables.
Domnolus avait considérablement restreint l'ampleur du buste ; en se frayant une voie nouvelle, Domnittus commence par réduire à leur plus simple expression les larges lignes horizontales ou ondulées des bustes romains immobilisés. Trois traits fort courts, superposés horizontalement, font tous les frais du buste et supportent une tête tournée à gauche (n° 11); les légendes sont complètes: + CABILONNO— DOM- NITTVS MONETARIVS; la croix placée sur deux degrés. Si l'on examine la manière dont est traitée celte tête, unique dans son genre, à Châlon ; si Ton fait attention à l'agencement des cheveux, à la couib(i de l'oreille en sens inverse de la nature, au profil, aux lèvres, à tout l'ensemble, on reconnaîtra, pour peu qu'on soit initié à la numismatique mérovingienne, que le type produit ici par Domnittus a fait son chemin vers Orléans et a eu une très-grande iniluence sur la formation du groupe de types connus sous le nom impropre de têtes au chaperon
perlé. Naturellement on fera coïncider Tépoque où notre triens était en circulation avec celle où Cliâlon et Orléans furent réunis sous le même sceptre.
La légende résistait d'abord à l'altération du type (n° 14); mais voici qu'elle subit d'étranges modifications : il faut vraiment savoir que Domnittus est un monétaire de Châlon pour lire CABILONNO dans CCOVIVONNO; pourtant cette bizarre légende peut contenir unerévélation : nous trouverons ailleurs la forme CACILONNO, et, en considérant comme un L mal placé le deuxième V de CCOVIVONNO, je me demande avec quelques motifs si COOVILONNO et CAOILONNO nesont pas deux expressions du langage vulgaire, équivalentes de la forme classique CABILONNO- Dans tous les temps les illettrés écrivent comme ils prononcent; la forme classique Cabilonnum se prononçait évidemment Cavilonnum, et de 1^ est résultée la confusion constante du B et du V. Le B était plus correct, plus conforme aux vieux textes; mais la langue parlée s'écartait plus ou moins des types adoptés dans les usages de la langue écrite, et Ton ne peut guère expliquer la transformation de Cabilonnum en Chalon sans admettre qu'à un moment donné le peuple a prononcé le V lui-même en radoucissant, comme le faisaient autrefois les Grecs et les Gaulois, chez lesquels cette lettre n'existait pas. Je n'ai pas besoin de rappeler qu'ils écrivaient Ssouvjpcç le nom de Sévère, Aousvio le nom d'Avignon. Le V avait donc à peu près la valeur de notre W ou de OU; or il suflit de comparer les prononciations diverses dans les langues modernes de la syllabe cawj pour s'expliquer comment, à Tépoque mérovingienne, elle aurait pu s'exprimer par CCOV (côv) ou par CAO, et pour avoir la raison des formes CCOVILONO et CAOILONNO- On trouve dans la numismatique mérovingienne d'autres exemples du B remplacé par 0; j'ai vu notamment un triens de Beaumont avec la légende OELLOMONTE-
Le buste des n°Ml et 42 est extrêmement réduit ; mais il s'élargit en même temps que la légende s'améliore dans le triens n" 13, + CABILON
NO FIT — DO/TkNITTO mO-
Je constatais plus haut qu'on ne pouvait pas nier la contemporanéité de Domnolus et de Domnittus à cause de ce fait que chacun de ces deux monétaires a émis à la fois des types dont le revers offre une croix sur trois degrés, et d'autres dont la croix est placée sur un globe; j'ajouterai comme nouvelle preuve ce détail d'épigraphie que tous les deux donnent à l'M les formes m et T, et au D la forme D .
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 21
BONNASilJS.
U. +CABILO NNO FIT. (La légende commence en haut, k droite, et est coupée par le buste.) Buste de proûl, a droite; diadème de perles avec deux courts rubans d'attache.
Ç^. BONN A SIVS. (Légende commençant en haut à droite, et coupée par les degrés de la croix.) Croix latine accostée de CA, sur deux degrés. List. Gart. 185, anc, coll. de la Monnaie. Bout., pi. Il, p. 342. Valeur : 300 fr.
Je n'ai pas vu cette monnaie en nature ; elle est décrite par Bouteroue. Les gravures données par cet auteur s'éloignent tant de la réalité, qu'on ne saurait leur accorder une entière confiance; cependant Tornement circulaire serait un détail assez important pour n'avoir pas été omis par le dessinateur de Bouteroue, et il est évident dès lors, que l'exemplaire que ce numismatiste a eu sous les yeux appartenait au 2'"'' groupe; j'admets donc un monétaire du nom de Bonnasius distinct de Bonifa- C2MS. Toutefois je fais remarquer que ce dernier nom, sur un exemplaire rogné, a pu être hi Bonnasius, sic : BONir'Av.lVS- Si l'interprétation de Bouteroue est défectueuse et qu'il faille restituer la monnaie à Bonifadus, il en résultera que ce monétaire appartient aux 2"'" et 4™^ groupes, comme Domnittus au 2°*^ et au 3""^, et cela s'accordera parfaitement avec mon système, car Bonifacius et Wintrio, qui ont associé leurs noms sur des espèces, sont évidemment les deux premiers monétaires du 4"^*^ groupe.
CHLOTHARIUS, rex.
15. CAVILO NNO FIT (rétrograde). Buste de profil, à droite; diadème se
divisant en deux branches au sommet de la lôte et à l'arriôre. Le manteau, peu drapé, est orné d'un globule en avant et d'une fibule k Tarrièrc; {\o. cette fibule descend obliquement une bande ornée d'une ligne de perles.
I^. + CHLOTHARIVS REX. Croix latine accostée des lettres CA, sur trois degrés. (La croiselte de la légende est au-dessus de la croix.)
P. Autrefois coll. Baudot, de Dijon. Poids 1 gr. 13. Valeur : 2,000 fr.
Nous sommes en face d'un problème capital pour la numismatique de Chalon-sur-Saône.
Trois Clotaire peuvent avoir droit à cette médaille :
Clotaire P^ roi de Bourgogne, de 558 à 561,
Clotaire IT, roi de Bourgogne, de 613 à 628,
Clotaire Iil, roi de Neustrie et de Bourgogne, de 656 à 670.
II semble, au premier aspect et avec les données acquises, que Clotaire P^ serait le dernier auquel on devrait songer à Tattribuer; en effet, d'un côté nous avons cru pouvoir établir * qu'à Lyon, bien près de Châlon,on en était encore, du temps de Clotaire P^aux grossières imitations des tiers-de-sol de Justinien avec la Victoire au revers; d'un autre côté, pendant cinquante ans après la mort de Clotaire P"", on frappait encore à Marseille, à Vienne, à Viviers, à Valence, à Arles, à Uzès, au Puy, en un mot, dans toute la vallée du Bhône, des monnaies avec les noms de Maurice-Tibère (582 à 602), de Phocas (602 à 610), d'Héraclius I (610 à 641); enfin on s'habitue à attribuer au règne de Clovis II et à rattacher au nom de S. Eloi la période la plus florissante du monnayage mérovingien, de sorte que nos espèces de CHLOTHARIVS, qui paraissent tre d'une très-bonne époque, conviendraient parfaitement à Clotaire III , fils aîné de Clovis II.
On comprend notre perplexité; posons la question d'une manière encore plus précise.
La monnaie qui nous occupe est du même âge que les espèces qui portent les signatures de Nonnus, Priscus et Bomnolus, Domnolus seul, Bomnitiîis.
Nous pouvons établir approximativement les dates suivantes :
540 pour les monnaies de l'évêque Stephanus, dont le nom ne se trouve pas dans les chroniques ecclésiastiques ;
545 pour les monnaies de Théodebert P';
548 pour les monnaies de Nonnus.
Avant la mort de Justinien (565), pour les monnaies de Priscus et Domnolus y les tiers de-sol Victui Cavelono et sans doute aussi la première manière de Domnittus.
Or, la monnaie de Clotaire, contemporaine de tout ce 2® groupe, est antérieure à la seconde manière de Domnittus,
Donc elle semble ne pouvoir être attribuée qu'à Clotaire P"" (558-561)^ le seul dont le règne coïncide avec la durée d'émission du 2^ groupe.
Mais, pour qu'il en soit ainsi, il faut que la ville de Châlon ait devancé
Excursion numismatique en Bourgogne au vu*' siècle. Ann. 1866, p. 117.
presque toutes les villes de France dans l'affranchissement de ses types monétaires ; il faut que, à Châlon au moins, Théodebert soit l'initiateur et non le précurseur du monnayage d'or des rois francs, et nous sommes habitués à croire qu'après sa tentative isolée et hardie d'émettre des monnaies d'or à son nom, les Francs se traînèrent encore un demisiècle dans la servile reproduction des types romains.
Quand on y songe, du reste, peut- on s'étonner qu'une telle initiative soit partie de Châlon?
Près d'Autun, qu'on a surnommé la Rome Gauloise, sur la Saône qui était le grand chemin de TEst, Châlon prenait, dès le milieu du vi^ siècle, une importance à laquelle elle dut son titre de capitale du deuxième royaume de Bourgogne.
Il ne faut pas perdre de vue que l'illustration de Châlon appartient au VI® siècle et non au vii^; on ne doit pas séparer la numismatique de l'histoire. Que fut Châlon sous Contran, de 561 à 593? La florissante capitale d'un roi pacifique, qui possédait les parties les plus civilisées de la Gaule. Que fut Châlon pendant le vif siècle? Une simple ville épiscopale comme cent vingt autres, sans résidence habituelle de roi, sans église métropolitaine, sans industrie, sans pèlerinage célèbre, et n'ayant pour gloire que ses souvenirs, ses couvents et le tombeau de Contran.
Supposons qu'au lieu d'appartenir à Clotaire P"", qui est monté sur le trône de Bourgogne onze ans après la mort de Théodebert P"", la monnaie qui nous occupe appartienne à Clotaire II, parvenu au même trône cinquante-deux ans après la mort de Clotaire I", ou à Clotaire III, couronné quarante-trois ans plus tard ; il faudra admettre que tout le monnayage du 3' au 8° groupe, toute la fécondité de l'atelier le plus fécond de France aura correspondu à une époque où Châlon était déchu de son rang de capitale. Et, dans cette hypothèse, les dates que nous avons déjà fixées seraient un échafaudage d'erreurs et d'illusions, la période de grandeur de la ville ne se signalerait dans les monnaies que par les informes imitations des types romains. Dans cette nuit de barbarie artistique qui se serait prolongée un demi-siècle, l'étoile des belles espèces de Gondebaud, Sigismond et Théodebert se serait perdue dans les grossières productions de l'évêque Stephanus; mais alors, comment réapparaîtrait-elle sur la monnaie de Nonnus, puisqu'il est admis en numismatique qu'on ne revient pas aux types abandonnés? Tout cela semble bien étrange, et cependant la science est si peu avancée qu'aucun des numismatistes de notre époque ne penserait, je crois, à l'heure qu'il est, à chercher une autre effigie sur notre monnaie que celle de Clotaire II ou de Clotaire III. N'a-t-on pas, du reste, un argument qui semble décisif? Contran n'écrivait pas encore son nom sur les
monnaies de Châlon, comment Clotaire P', son prédécesseur, aurait-il pu y mettre le sien?En effet, aucune monnaie de Châlon connue jusqu'à ce jour ne nous révèle le nom de Contran; mais si ce roi pieux, et modeste ne s'est pas prévalu de la prérogative royale sur les monnaies du lieu de sa résidence ordinaire, il ne s'abstenait pas complètement de Tinscrire sur les produits d'autres ateliers, et ce nom apparaît notamment sur une monnaie de Sens.
Si la monnaie dont nous nous occupons appartient à Clotaire P% la plupart des noms inscrits sur les monnaies de Châlon se dressent comme des noms connus dans l'histoire, avec une parfaite concordance de dates.
S'il n'en est pas ainsi, tous sont des hommes inconnus, d'obscurs ouvriers.
Dans la première hypothèse nous reconnaissons sous la qualification de monétaire, le fameux juif Priscus qui trafiquait avec Chilpéric; le duc Wintrion, général de Contran et de Childebert II, vaincu par Frédégonde à Soissons; le célèbre et ingrat patrice Mummole; l'orfèvre Abbon, qui fut le maître de S. Éloi, alors qu'il dirigeait l'ateUer de Limoges, etc.
Avec la deuxième hypothèse il faut renoncer à toutes ces attrayantes identifications.
Mais il faut se défier du sentiment quand on se livre aux recherches scientifiques, et par cela même qu'une théorie est séduisante, il faut ne l'admettre qu'à bon escient.
Réservons donc encore notre jugement, attendons une longue et minutieuse instruction, et contentons-nous pour le moment d'indiquer la place qu'occupe chronologiquement la monnaie du roi Clotaire dans la série des espèces frappées à Châlon.
Elle ferme la série des monnaies du second groupe 5
Elle ouvre la longue série des types aux initiales CA accostant la croix du revers *.
' Ces deux leltres subsisteront jusqu h L fin comme partie intégrante du type de Châlon. Au mérite d'offrir les initiales du nom de la ville, elles ajoutent celui de rendre un hommage k cette croix que le respect des monnayeurs hausse sur un triple piédestal ou sur le globe du monde et k laquelle on va faire une auréole du diadème impérial : on peut les lire Crax Adorandx (V. Du Glialais. U. N. 1844, p. 159), et c'est peut-être pour cela qu'elles ont été adoptées dans toute l'Austrasie; enfin, introduites pour la première fois sur une monnaie de Clotaire, il n'est pas impossible que, dans la pensée de l'artiste, elles aient eu un autre mérite, celui d'offrir un monogramme du nom du roi t C-|-A = (ChloTbArius).
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 25
Tout cela résulte de Texamen du style et notamment des observations suivantes, qui ne peuvent laisser aucun doute dans notre esprit :
V La ligne de petits points qui coupe la légende du droit, au-dessus de la tête royale, sic : CAVILO.-.NNO FIT, se trouve également indiquée au-dessus du buste et dans la zone de la légende, qu'elle coupe de la même manière, sur le beau triens de Domnittus, que nous décrirons en tête du 3"'^ groupe. Clotaire est donc contemporain de Domnittus, et comme son triens appartient encore au 2""° groupe, tandis que le triens de Domnittus fait partie du 3'"% on peut dire que le Clotaire clôt la seconde série avec les monnaies de la première manière de Domnittus^ et que ce dernier monétaire ouvre la troisième.
2° Le buste du triens de Clotaire n'est pas seulement le prototype, mais le modèle servilement copié par le graveur du premier triens de Wintrio, que nous retrouverons au 4"''' groupe; je parle du buste et non pas de la tête ; j'appelle l'attention notamment sur la bande oblique qui descend de gauche à droite. Elle est reproduite sur les n°^ 41 à 43 ainsi que sur les n**^ 48, 49 et 75, mais comme, pour ce dernier coin, le graveur n'a pas pris la peine de renverser son dessin, il en résulte que le pallium est drapé à l'envers. Le diadème placé sur la tête de Clotaire ne diffère de celui qui est représenté sur les monnaies de Nonnus et de Wintrio {ïf 41) que parce que les deux bandeaux se touchent à la hauteur des tempes, au lieu d'être parallèles. La ligne de points n'existe pas sur la tête du triens de Wintrio comme sur la monnaie de Domnittus; mais la coupure de la légende est faite a la même place, + CA- VILO NNO FIT, et de toutes les monnaies du 4'"^ groupe, cette pièce de Wintrio, qui olîre tant de caractères de ressemblance avec celle de Clotaire, est presque la seule où la coupure soit ainsi faite. Il est donc incontestable que le triens de Clotaire (n° 15) est contemporain de celui de Wintrio (n» 41), et que, par conséquent, Wintrio ouvre la série du ^me groupe, comme Domnittus ouvre celle du 3"^«.
TROISIE]\IE GROUPE.
DOMNITTUS {seconde période).
16. CAVILO....* NNO FIT. Buste de proûl, à droite, orné d'un double dia-
dème terminé par des globules au sommet de la tête et derrière le cou; ce diadème divise la chevelure en trois portions : houppe frontale, calotte ei nuque en boudin. Le buste est large et drapé k Tantique d'une manière irréprochable, avec ornement d'attache sur l'épaule à gauche.
^ 4- DOMNITTO + MONETA- Croix latine au-dessus de deux degrés et d'un globe; dans le champ, CA, à droite et à gauche de la croix. Une guirlande de feuillage sépare le champ de la légende. Type irréprochable. Un des plus beaux spécimens de l'art mérovingien.
P. Poids 1 gr. 26. Valeur : 200 fr.
17. CABILO NNO FIT. Buste de profil, k droite, diadème; manteau drapé avec boucle sur l'épaule, à gauche.
^. 4- DOMNITTO MONETARIO- Croix latine au-dessus de deux degrés et d'un globe, accostée de deux globules; CA à gauche et à droite des degrés. Couronne de feuillages.
C. (Batault, n» 17, pi. Il, n<^ 13.) Poids 1 gr 30. Valeur : 100 fr.
18. CABILO NO FIT. Buste de profil, a droite, diadème; cheveux divisés en trois portions: houppe, calotte et mèches derrière l'oreille; cou long, manteau drapé à l'antique, nœud d'attache sur l'épaule en forme d'anneau.
W' + DOMNITTO MONITARO- Croix latine dont les quatre extrémités sont terminées par un globule, au-dessus de deux degrés et d'un globe, accostée de CA, dans une couronne de feuillage.
C. (Bat., no 16, pi. II, n^ 12.) Poids 1 gr. 30. Valeur : 100 fr.
19. LO+NNO FIT. Buste de profil, a droite; double diadème faisant
saillie assez développée au sommet de la tôte. Manteau non drapé, indiqué par des rangs de perles horizontaux et des traits verticaux et ayant la forme d'un trapèze.
W' + DOHNIITO MONETA. Croix sur deux degrés et un globule écrasé, accostée de CA, dans un grènetis. (Conbr., pi. XVIII, n" 3. — Rev. num., 1840, pi. XIII, n» 24.) Valeur : 60 fr.
Le ri'' 16 est la plè(;e la pLis importante de cette série; sous une influence que je ne saurais expliquer que par le concours d'un graveur vraiment artiste et lettré, le type de Domnittus se modifie tout d'un coup en un charmant triens qui forme la tête du 3° groupe. Le pallium est intelligemment drapé, les épaules sont larges, le profil trèscorrect et élégant; le double diadème de Nonnus et de Priscus et Domnolus afl'ecte une courbe gracieuse dans son parallélisme. Les lemnisques flottent derrière la tête; une élégante couronne de feuillages,
finement gravée, entoure la croix du revers. La légende est à peu près complète, et son épigraphie irréprochable est exempte d'innovations. Je ne dirai rien de plus des n°^ H, 48 et 19, imitations plus ou moins réussies du n° -16. Le n° 19 porte un grenetis au revers, mais je ne le décris que d'après un dessin publié par Conbrouse, et je suis persuadé que cette irrégularité est le résultat d'une négligence du dessinateur, qui, n'attachant pas d'importance à ce détail et n'y regardant pas de près, a rendu la couronne, très-tine d'ailleurs, par une ligne circulaire de petits points.
BAIULFUS ET BAIO.
20. CAVILO NO FIT. Buste de profil, à droite; double diadème, dont les
extrémités supérieures font saillie, s'écartent et contiennent un globule, et dont les extrémités inférieures descendent en se rapprochant; ce diadème paraît formé d'un double chapelet de perles. Deux boucles de cheveux tombunt derrière le cou. Manteau drapé à l'antique; boucle d'attache circulaire sur l'épaule, à gauche.
W' 4-BAIOLFOGT U AION G mONI- Croix latine au-dessus de deux degrés et d'un globe; CA accostant les degrés au pied de la croix. Couronne de feuillage. Charmant triens.
Cî. Poids 1 gr. 30. — P. 1 gr. 23. Valeur : 200 fr.
Je n'ai trouvé qu'un seul type émis par cette association. Le premier nom est écrit Baiolfo, mais sa forme normale est Baiulfo.
Les raisons fondées sur le style, qui assignent à cette monnaie un rang immédiat après celles de Domnùtus, sont les suivantes :
1** Le buste, en ce qui concerne l'agencement du pallium et l'indication des draperies, est la reproduction exacte du beau triens de Domnittus, n° 16.
2° Le diadème est traité de la même manière que sur le n° 18, avec deux parties saillantes formant angle sur l'occiput. Les lemnisques tombent derrière la nuque avec la même courbe que sur les n"* 16 et 18; enfin deux longues boucles de cheveux, se détachant derrière l'oreille, reproduisent un détail semblable du xf 18.
DOMULFUS.
21. CAVILO NO FIT. Buste de profil, à droite; diadème se divisant au sommet en deux branches dans l'angle desquelles on voit un chapelet de perles qui descend sur le diadème et forme un nœud derrière la tête; deux boucles de cheveux entre le nœud du diadème et le cou. Manteau très-correctement drapé a l'antique. Devant la poitrine, trois petits traits semblent indiquer une main.
^' -f DOnnVLFO nnONITARIO. Croix latine, sous la croisette de la légende, sur deux degrés et un globe. Les degrés accostés des lettres CA« Couronne de feuillage.
P. Poids 1 gr. 26. — G. 1 gr. 30. — Coll. Charvet, incomplète, \ gr. 07.
Valeur : 100 fr.
J'appellerai l'attention sur Tomission d'un N dans la légende CAVI- LONNO. Si c'était un fait absolument isolé, on pourrait n'en tenir aucun compte, mais c'est un véritable caractère d'époque, puisque nous l'avons rencontré sur des espèces de Domnic tus , Baïul fus et Baio, que nous le retrouvons ici, et que nous allons encore le constater sur les espèces de Domulfus et Baio et de Baudomeres et Rignoaldus, Nous n'avions pas besoin de cet indice pour aifirmer la contemporanéité de tous ces types et l'unité de l'atelier qui les a produits; tous sont absolument du même style et dérivent du beau triens de Domnittus (n° 16). On peut constater encore les deux boucles de cheveux comme sur les n°' 18, 20; on les retrouvera sur les n°' 23, 24, 26, 31, 40, etc.
DOMULFUS ET BAIO.
22. CAVILO + NO FIT. Buste de profil, k droite. Manteau drapé régulièrement. Trois plis ou une main devant la poitrine.
I^. + DOmVLFO GT BAIONI m ONT- Croix sous la croisette de la légende, sur deux degrés et un globe; les degrés accostés de CA» Couronne de feuillage.
€}. Poids 1 gr. 30. Valeur : 80 fr.
23. CAVILO NO FITV- Bustede profil, h droite, diadème; deux mèches de cheveux tombent derrière le cou. Manteau drapé correctement. Un filet uni extérieur contourne la légende.
^' + DOmVLFO GT BAIONI m"N. Crojx latine sur deux degrés et un globe; les degrés sont accostés des lettres CA- Couronne de feuillage.
P. Poids 1 gr. 20. Valeur : 80 fr.
MONNAIES MEROVIX'GIEXNES DE CHALON-SUR-SAONE. 29
24. CABILO NO FIT- Buste de profil, à droite; diadème, drapé k l'an-
tique; deux mèches de cheveux derrière le cou.
9^. + DOmVLFO GT BÂ..-. fTION. Croix latine sur deux degrés et un globe; les degrés accostés des lettres CA. Couronne de feuillage. (Le dessin publié par M. Batault indique une couronne en torsade; ce doit être une erreur du dessinateur.)
C. (Bat., n» 18, pi. Il, n» 14.) Poids 1 gr. 30. Valeur : 80 fr.
23. CABILO NNO FIT- (Légende commençant a droite et coupée par le buste.) Buste de profil, a droite; le diadème forme deux saillies en angle k la partie postérieure et sépare la chevelure en trois parties; un énorme boudin de cheveux tombe entre le cou et les lemnisques du diadème. Le menton et la mâchoire inférieure ont des proportions démesurées; le graveur a sans doute voulu représenter une figure avec sa barbe. Les épaules sont très-larges, sans autres traces de draperie que des plis horizontaux d'une épaule k l'autre.
Ç^. hOMVL..*. T BAIO MO» Croix latine soudée sur une base, au-dessus d'un globe, accostée des lettres CA rétrogrades. Couronne de feuillage; filet extérieur uni.
— Ci. 1 gr. 30 fort. — P. 1 gr. 21. Valeur : 120 fr.
Quand même ces espèces ne porteraient pas les noms de deux monétaires que nous connaissons déjà, nous n'hésiterions pas à les rapprocher des piodmis s\^nés de Baiul fus et Baio et de Domulfus seul; le style est absolument le même : btiste ample et drapé^ boucles de cheveux derrière le cou, etc., etc. La même main a gravé la plupart de ces types; pourtant un des coins de l'association Domulfus et Baio s'écarte trèssensiblement des autres et tend vers un nouveau style, sans doute sous rinfluence d'un foyer artistique voisin; ainsi les boucles de cheveux (n°25) sont changées en un seul boudin en tire-bouchon qui devient trèslarge en tombant sur l'épaule. Le revers nous otîre une croix soudée sur une base, au-dessus d'un globe, type très-rare à Chalon, et seul spécimen de ce genre de croix que nous rencontrions dans le 3^ groupe. Les croix soudées sur une base appartiennent aux plus anciennes monnaies de l'Austrasie; leur groupe, antérieur au type messin, a été répandu dans toute la vallée de la Meuse et s'est propagé jusque dans la Champagne, notamment à Troyes. A propos de cette croix basée, nous ferons remarquer que pour faire son chemin de la vallée de la Meuse à Troyes, elle a passé par Chalon ; si Ton compare les monnaies de Troyes signées par Audolenus et Mummolinus à notre n° 25, on restera convaincu que les types ont été servilement copiés les uns sur les autres; mais c'est Troyes qui a copié Chalon et non Chalon qui a copié Troyes, puisque cette dernière ville ne s'est même pas abstenue
de reproduire les lettres C A, qui ne sont pas les initiales de son nom. Ainsi notre n°25 est le trait d'union entre Verdun et Troyes. Le graveur^ qui a fait son apprentissage dans une des villes de la vallée de la Meuse, a fait un stage à Chalon près de Domulfus et de Baio; puis il a porté son industrie à Troyes, où il a créé plusieurs coins.
Nous retrouverons dans le ¥ groupe un tiers de sol de Wintrio avec la même croix soudée sur la base, détail que j'ai déjà signalé comme indice de contemporanéité entre le 3^ et le 4^ groupe.
La couronne du revers prend l'aspect d'une torsade sur le dessin du n*" 24 publié par M. Batault; n'ayant pas eu l'exemplaire en nature, je ne puis dire si c'est le dessinateur qui a mal exprimé cette couronne, ou si réellement elle a été altérée sur la monnaie; 'dans ce dernier cas nous verrions là un exemple d'immobilisation, qui du reste n'a pas eu de suite.
BAUDOMERES et RIGNOALDUS.
CAVILO NO FIT. Buste de profil, à droite; diadème perlé, terminé au sommet par deux liges dont l'extrémité porte une perle, avec un globule au-dessus, et à l'arrière par deux bandelettes formant chapelet de perles. Deux mèches de cheveux derrière le cou. Buste haut de style; manteau drapé assez correctement; globule d'attache sur Tépaule, à gauche; perles semées sur l'étoffe; devant le buste, trois traits semblent indiquer les doigts d'une main.
W' + BAVDOmeRG GT R|G,N0ALD0 m. Croix latine, sous la croisette de la légende, au-desius de deux degrés et d'un globe aplati; les degrés sont accostés des lettres CA» Couronne de feuillage. Flan large.
G. 1 gr. 30. - P. 1 gr. 19. Valeur : 100 fr.
CAVILON + NO FIT. Buste de profil, a droite; un diadème de perles, dans une position presque verticale, contourne la têle en formant une courbe inverse à la convexité du crâne. Le front est démesurément bombé, et l'œil est presque a l'occiput; pas d'oreilles ni de mèches de cheveux; manteau drapé, mais mal rendu. Un rameau vertical occupe le champ devant le profil.
W* + BAVDOM.... E. RI...ALDO m- Croix latine au-dessus de
deux degrés et d'un globe; les degrés accostés de CA. Couronne de feuillage.
fi». 1 gr. 22. Valeur : 150 fr.
NO FIT Buste de profil, k droite.
IX» 4- BAVDO AL DO M. Croix latine sur deux degrés et
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 31
un globe, accostée de CA, dans une couronne de feuillage. (La croiselte de la légende est en haut.) Coll. de Ch. S. S. (Bat., n» 5, pi. II, n" 37. Poids 1 gr. 30. Valeur : 100 fr.
(M. Batault lit : BLONNO FIT- — IX BAVDOMERE ET
• • • AGNOALD-, et décrit le revers : croix à branches égales, sur deux degrés, au-dessous un losange en relief, etc.)
CAVA LONNO* Buste de proBI, à droite, diadème; cou plus court que ^^T les types précédents. Manteau de forme raide et carrée, orné d'une broerie de perles qui suit son contour; Irès-peu drapé a l'intérieur de cette
bordure. Couronne de petits cônes imbriqués au pourtour extérieur de la
légende,
W* + BAVDEMIR E RIGNOALD- Croix latine potencée et chrlsmée, à droite, sur un globe aplati; accompagnée des lettres AM» Couronne de feuillage.
P. 1 gr. 20. Valeur : 200 fr.
30. + BAVD EMIREX* Buste de profil, a droite, diadème, a mi-corps; riche "vêtement orné de galons et broderies; bras apparent, tenant une petite croix.
W' BAVDEnniR -I- E RI<3N0ALD. Croix latine sur deux degrés et un globe, accostée de CA dans une couronne de feuillage. Valeur : 500 fr.
Collection du marquis de Lagoy, 1 gr. 19; provenance : Collection Soret. Trouvée près de Genève. Publiée par M. de Lagoy, Recherches sur les monogrammes de quelques médailleSy etc. Aix, 1856, p. 15, pi. n» 14.
Voici une autre raison sociale qui prend place immédiatement après celle de Domulfus etBaio. Elle continue la filiation des types précédents, accusant de moins en moins les contours des plis sur la draperie du pallium^ pour aboutir aux vêtements du bas empire, où toute la souplesse de rétotfe disparaît sous les broderies et les pierres fines.
Le n° 26 ouvre cette série; tous les détails caractéristiques du 3° groupe que j'ai signalés jusqu'ici sont reproduits, jusqu'à l'unique N de CAVILONO que nous constatons pour la dernière fois.
Gomme particularité de ce type, je signalerai les quelques traits placés en avant du buste, qui semblent indiquer la main; c'est une imitation des mains bénissantes qu'on a émises dans d'autres ateliers.
Le n*" 27 otïre au-dessus de la tête, dans la coupure de la légende CAVILON + NO, une croisette qui régulièrement devrait être au commencement du nom, mais qu'on a souvent placée au-dessus de la tête, sans avoir égard à la disposition de la légende, sans doute pour la symétrie. Le même fait, que nous avons déjà pu observer sur un triens
de Domnittus (n° 49) se retrouvera sur une monnaie de Mummous^ au 4^^ groupe, ainsi que sur toutes les espèces du T groupe.
J'ai déjà parlé du rameau qui figure dans le champ devant le profil, et, le comparant à la croix qu'on trouve à la même place sur un triens de Wintrio , j'en ai conclu par induction que les 3^ et 4^ groupes étaient contemporains.
Le n*' 29 m'a fourni un argument semblable; son revers a pour type une croix chrismée qu'on trouve sur plusieurs monnaies de Wintrio, Ce triens a été gravé par une autre main que les deux précédents; le faire en est tout à fait différent, bien que certains détails, notamment l'agencement du diadème, lui assignent sa place ici. Les types du droit et du revers sont tellement semblables à ceux d'un triens de Langres, qu'il y faut reconnaître le travail du même ouvrier. Les lettres qui accostent la croix sont A M au lieu de C A; je pense que c'est la copie inintelligente des initiales de Marseille ou de Mâcon ; il arrive souvent, en ettet, que les graveurs renversent le type, quand ils perdent de vue le sens de ce qu'ils copient; ils reproduisent le modèle, sans penser que la frappe donnera une inscription rétrograde; en copiant MA, on obtient ainsi AM ; de la même manière, à Troyes et dans d'autres villes, la copie maladroite des initiales CA a produit pour résultat AD. Nous en avons vu un exemple dans un triens de Domulfus et Baio, n° 25.
La dernière remarque que je ferai sur le bizarre type dont je m'occupe, portera sur la forme de ses légendes. Le graveur du coin était un ouvrier très-peu lettré, qui n'a tenu aucun compte de l'orthographe, ou un innovateur hardi, qui poussait à l'alfranchissement de l'art. La langue de ses légendes n'est plus du latin classique, c'est du patois franc, si j'ose m'exprimer ainsi; nous assistons à la bifurcation des deux langues. Les lettrés résistent et avec eux la plupart des graveurs de coins monétaires ; le latin pur se conserve dans l'Eglise et dans les couvents, mais les illettrés, notamment la plupart des lapicides sculpteurs d'inscriptions funéraires, suivent l'entraînement du peuple vers une déformation du langage qui doit produire la langue française.
Au lieu de Cavilonno — Baudomere et Rignoaldo, nous lisons Cavalonno — Baudemir e Rignoald, Cavilonno était déjà l'adoucissement de Cahilonno; Cavalonno est un acheminement vers Chaalon; le v tombera tout à fait, le c sera chuinté, la syllabe finale Jio se perdra dans l'immobilisation; elle n'aura plus déraison d'être, la syllabe précédente étant accentuée et les cas étant supprimés; ainsi se sera formé le nom français. Baudemir est une dégénérescence de Baudomere , qui déjà était
une altéralion de Baldomaro ; Rignoald est une altération de Ragnoaldo; voilà déjà ces deux noms privés de terminaison, indéclinables par conséquent; ces formes ne sont pas des abréviations, car il est bien remarquable que dans l'épigraphie mérovingienne les noms propres ne s'abrègent jamais par la suppression de la terminaison; ce sont des formes franques, on pourrait presque dire françaises. Une curieuse altération est encore celle que subit la conjonction et réduite à la voyelle e; si cette forme ne se trouvait pas ailleurs qu'ici, nous dirions que c'est un accident, mais nous la verrons plus loin dans la raison sociale Bonefacius et Wintrio, et nous la trouvons également à Lyon dans l'association des noms de Petrus et Guirius ' .
Mon travail sur les monnaies de Ghalon était terminé, déjà livré à rimprimeur, quand j'ai découvert la curieuse monnaie que je décris sous le n° 30. Elle confirme d'une manière remarquable mes appréciations sur Baudomer, et je me réserve d'y revenir quand je parlerai du rôle historique des monétaires. \}\\ rapprochement de noms, les caractères non équivoques d'une figure royale dans le buste aux larges épaules que nous offrira surtout le n° 34^ les traces d'une main en avant du buste à mi-corps^ une foule d'indices insaisissables me portaient à chercher dans ce Baudomer une personnalité supérieure au vulgaire; et la découverte du triens publié en 1856 par le marquis de Lagoy est venue donner un poids immense à mes soupçons.
Je me contenterai pour le moment de reproduire les réflexions que cette monnaie a suggérées à M. de Lagoy^ l'un des numismatistes les plus judicieux de notre siècle :
« La terminaison reic, dit-il, de la légende BAVDEMIREX) surcette monnaie de Chalon-sur-Saône, conviendrait très-bien à un nom propre gaulois; mais elle est singulière pour celui d'un personnage franc. Aussi, croyant d'abord voir le titre de roi dans cette terminaison, j'avais cherché vainement à faire de Baudomir quelque souverain ^burgonde
ou autre » — « Le buste royal à mi-corps, richement vêtu et tenant
une petite croix, est un type particulier et sans analogue sur toutes les
' On peut s'étonner de celte persistance du t dans la conjonction française ef, alors que les autres langues romanes l'ont aboli, et que nos poètes ont sanctionné sa suppression en interdisant, pour cause d'hiatus, son emploi devant une voyelle. Les Mérovingiens étaient conséquents, et, puisque la réaction littéraire a été impuissante à maintenir la dentale t dans la prononciation, e'ie ne devait pas l'imposer à rorlhographe, Si l'on estimait le prix du temps qu'on perd à écrire une lettre inutile et l'argent qu'on dépense à la faire imprimer, on reconnaîtrait que ce luxe coûte plusieurs millions chaque année.
monnaies de ce genre connues jusqu'à présent. La fabrique de la pièce ne manque pas d'une certaine finesse relative assez rare pour celte époque. »
Quand on lira la partie historique qui termine mon traité des monnaies de Clialon, on verra combien est importante la san ction que le triensdu marquis de Lagoy apporte à mes pressentiments.
BAUDOMERES.
31. KUILO NNO FIT. Buste de profil, à droite, diadème;, deux longues mèches de cheveux derrière la nuque; cou allongé; manteau drapé. (Style des espèces des premiers monétaires du 3^ groupe.)
9^. + BAVDOMERE Croix latine sur deui degrés et un globe,
accostée de CA. Couronne de feuillage.
F. Poids 1 gr. 20. (Voy. pi. IL) Valeur : 120 fr.
32. + CÂBILO NNO FIT. (Gommnçantk droite en haut.) Buste de profil a droite; double diadème formé de deux traits parallèles, terminé au sommet par un ornement en forme de croissant. Manteau bien drapé.
W' + B/VDOMERES MONETARIVS. Croix latine sous la croiselte de la légende, sur deux degrés et un globe, accostée de CA dans une couronne de feuillage.
«. Poids î gr. 30. Valeur : 100 fr.
33. CABILON NO FIT- (De droite à gauche et en dehors.) Buste de profil, à droite, diadème; manteau large mais sans draperie, affectant la farine des trois côtés supérieurs d'un hexagone; les ornements consistent en une ligne de perles descendant de l'épaule, à gauche, et diverses lignes formant bordures et bandes horizontales.
I?. + B/VDOiVERES MOInEARIVS. Croix latine dont la haste est plus courte que les autres bras, au-dessus de deux degrés et d'un globe, accostée des lettres CA- Guirlande de feuillage épaisse. Ci. 1 gr. 30. — P. 1 gr. 23. — Collection Lacroix à Maçon, Poids 1 gr. 30.
Valeur : 80 ir.
34. CABILON NO FIT. Buste de profil à mi-corps, tourné à droite. Diadème épais, prolongé au sommet et derrière la tôte par deux doubles saillies ou appendices formant angle et ciselés. Les épaules sont très-larges et semblent porter un collier; on ne voit pas trace de draperies dans le vêtement, mais comme une ouverture en forme de cœur sur la poitrine.
IJ. + BA/DOA/tRES MONEARIVS. Croix sur deux degrés et un globe, accostée des lettres CA- Guirlande de feuillage. B». Poids 1 gr. 18. — C. (Bat., pi. Il, n° 3.) Poids 1 gr. 13. Valeur : 100 fr.
PL. Il
4^^^ Groupe
J.- Dardel j^c
Annuaire de la Socrétp lie ^umismahûur,l8~3
MONNAIES MEROVINGIENNES DE CHALON-SUR-SAONE. 35