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JURIDICTION ou MAIRIE.
La Juridiction ou Mairie de Neuchàtcl , d'environ une lieue et demie carrée en surfiice, a la figure d'une équerre du sud au nord et de Test à Touest. Elle est bornée au midi, sur la longueur d'environ % de lieue , par le lac de son nom , au couchant par la juridiction de la Côte , au nord à la division des eaux sur le sommet de Cbaumont par la mairie deValangin, et au levant par la châtellenie de Thielle.
L'on ne connaît point l'origine de cette limitation, fort ancienne ; mais une particularité qu'elle offre, est sa double limite au couchant. La plus étendue, ou extérieure, appelée la Brévarderie, indique le point jusqu'où la police de Ncuchûlel a le droit d'établir des garde-vignes ; l'autre, intérieure, qiri partage la rue ou roule occidentale du village de Serrières , détermine les limites de la mairie ou sa juridiction civile et sa séparation de celle de la Côte.
(*) Lcft renvois en lettres repondent aux notes placées au bas des pages; ceux en chiffres aux notes additionnelles portées à la fin du mémoire.
Dans une pente presque continue dès le sommet de Chaumont au lac , le sol de la mairie offre des variétés assez sensibles. Il est peu profond sur la montagne , plus profond et plus riche dans les petits vallons intermédiaires, où les pluies ont entraîné et déposé les terres menues et les décompositions végétales des hauteurs. La terre du vignoble qui est sur la pente exposée au sud, est mêlée de cailloux et de débris des rochers qui forment sa base , et aux bords du lac , de galets rejetés par la vague. Cette variété dans les compositions, ainsi que les diverses températures , sont les causes des différences de produits et de celles de leurs qualités.
La masse de la montagne de Chaumont et des premières collines à son pied, est formée à Texlérieur d'un roc calcaire gris-de-perle, dur, vif, pesant et susceptible d'un demi-poli. On en fait une chaux excellente et d'un blanc brillant (a). La pierre qu'on en tire pour les constructions sert aux soubassemens et aux fondations , sa solidité la mettant à Tabri des dégradations. Dans ces carrières sont des bancs ou lits assez épais et compacls pour en former de grands bassins de fontaine d'une seule pièce.
Le noyau des collines inférieures, les plus voisines du lac, est composé d'une autre espèce de roc ; il est de même calcaire, mais sa partie terreuse est formée d'ocre jaune, lié par le spath. Le grain en est grossier , mais la pierre tendre au sortir de la carrière , se travaille facilement , sans être susceptible ni de délicatesse ni de poli. Elle se durcit à Tair, mais à raison de sa porosité et de sa nature , on n'en peut faire usage que hors de terre, étant sujette à s'altérer et à se
(a) Cette chaux doit se fondre brusquement et à grande eau, sans quoi elle se brûle et n*est plus de serrice ; au contraire la chaux de Savoie, faite lu midi du lac de Genève, appelée chaux maigre, doit se fuser à peu d'eau versée dessus peu-à-peu; Teau mise avec plus d'abondance Tempéchcrait de se fondre. Elle se fait avec du nwrbre.
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décomposer dans les lieux humides et qui ont des principes salins dont elle se charge promptement. Ces deux espèces de roc ont dans leurs interstices des géodes de diverses formes et couleurs : ce sont des prismes poly-anguleux, des gouttes ou mamelons ; la plupart ont la transparence du cristal dans le roc gris , en jaune ou brun dans le roc jaune , suivant les veines ferrugineuses auxquelles elles correspondent.
n y a encore d'autres natures de rocs daûs ces quartiers i les uns, jaunâtres, peuvent s'employer avec sécurité dans les lieux humides ; leur dureté les met à Tabri de la décompo^ sition , tandis qu'elle rend très -difficile leur travail au mar* teau ; les autres schisteux, se feuillettent et se décomposent à rhumidité , et redeviennent le même limon qui les forma. D'antres , qui semblent annoncer une marne profonde , paraissent en être la couverture, pénétrée d'un spath abondamt, et ne sont que des fragmens irréguliers, intraitables au marteau, sous lequel ils se brisent en morceaux informes. Quel^ ques blocs de marbre de diverses nuances donnent lieu de croire qu'il en existe des carrières qu'on ignore encore; mais le lit de roc le plus singulier est à la pente occidentale de la montagne de Chaumont^ sur la route de Valangin : c'est un roc composé en entier de coquillages contigns les uns aux antres; on y en aperçoit à peine quelques formes et qudques stries ; ils sont remplis du même spath qui les réunit ; mais quoique cette masse blanche, sans taches ni veines, offre en apparence une substance compacte dont les parties solides peuvent recevoir un assez beau poli, cependant le spath n'ayant pas rempli tous les vides, l'on ne peut guère en iaire usage pour des olijets de décoration, comme des chambranles de cheminées , des tables, etc.
Indépendamment de ces masses solides en carrières , Ton trouve dans cette mairie, comme dans les autres districts au pied du Jura , des fragmens de roches étrangères , dont les
aoalognes ne soBt connus que dans les montagnes primitives. Ces fragmens sont en pierres roulées, granits de diverses compositions, dont il se voit au-dessus de la ville un b!oc considérable, élevé au-dessus de terre et d'une profondeur inconnue. Il est difQcile de rendre raison de la présence d'une pareille masse sur ce plan incliné, et de celles de même nature et de toutes grandeurs disséminées sur cette face du Jura , dans le Val- de-Ruz et autres vallées intérieures de ce mont. L'opinion que ces blocs sont provenus des Alpes, qui semblent être leur matrice par Tanalogie de leur composition , est susceptible d'objections. Lors même qu'on supposerait un temps où rintervalle de 20 lieues environ qui les sépare n'aurait été qu'une pente unie et égale , il resterait toujours à expliquer comment ces fragmens anguleux , dans le moment oii ils ont été détachés de leur masse primitive , ont pu rouler ou glisser sur une pente aussi adoucie dans son prolongement ; et, si dans cette hypothèse sur leur origine, l'on suppose qu'un volcan a pu les lancer aux lieux où ils reposent, quelle force prodigieuse n'a pas dû avoir une explosion aussi étendue, pour les jeter à cette distance et sur une si grande surface et si prolongée P 11 en est de même en attribuant leur transport à la force de l'eau. Quelle masse n'en aurait-il pas fallu, et quelle devait être sa violence pour déplacer des blocs aussi pcsans , et les rouler avec leurs faces encore anguleuses ou plates, à une distance aussi grande P II se présente une autre hypothèse qui a ses probabilités .* c'est que le mont Jura , large dans les diverses lignes des montagnes et des vallons qui le forment , quoique en apparence formé de roches calcaires , aurait pour base des roches primitives. Des volcans, brisant et déplaçant celles-ci , en auraient rqeté les fragmens sur les flancs , où les uns sont restés à nu , les autres ont été recouverts gradudlement et successivement par les roches calcaires , par la marne qu'a
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formée la décomposition des coqiiiIIa{];es, et par les alluvions des parties supérieures. Cette supposition devient plus apparente par le nombre de fragfmens de quartz , scfaoU , silex , serpentine, porphyre, jaspe môme , en pierres roulées , que Ton trouve sur la rive septentrionale du lac. Or ces pierres primitives ne sont point amenées là par les eaux venant des Alpes , qui n'ont point de communication avec le lac , mais par les ravins descendant du Jura. L'on peut donc en inférer qu'elles ont là leur matrice , et qu'il y en a de vastes magasins qui ne cessent d'en fournir dans les eaux abondantes.
Quoi qu'il en soit , cette question , susceptible de plus de développemens, fait plutôt l'objet d'un traité particulier que d'un mémoire de la nature de celui-ci, dans lequel on se borne à une indication , la matière ofli^ant un vaste champ aux amateurs et savans en géologie, pour varier leurs systèmes avec des probabilités affirmatives et négatives.