‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 12 sur 93 · VIGNES ET VINS · texte numérisé non relu

VIGNES ET VINS

La marne qui occupe le fond intérieur des vallons intermédiaires entre la montagne et le lac, peu abondante en pétrifications, est douce, bonne et fosible. Cependant on en fait peu d'usage , y ayant peu de prairies dans cette Juridiction ; mais depuis quelque tems on emploie avec succès , dans les vignes en pente et de terre légère , la terre jaune qui couvre immédiatement la marne et participe de sa nature. Elle est friable , onctueuse, et par les labours fréquens, nécessaires à la vigne, se mêlant avec la terre légère de celleci , sur laquelle on l'a répandue en couche mince , elle lui donne de la consistance , conserve la fraicheur aux racines , favorise la crue du sarment , et par conséquent le provignement en usage dans la Principauté. Cette espèce d'engrais est préférée pour les terres minces , peu profondes , à ceux

produits par les chevaux surtout, plus abondans à Neuchàtel, parce que par leur nature ils sont de peu de durée quant aux effets. L'on ne peut employer la marne aux mêmes usages ; elle est trop compacte , et ses parties , trop adhérentes les unes aux autres , ne peuvent se diviser comme celles de la terre jaune, quoiqu'il y ait de l'analogie entr'elles; mais celleci étant une marne déjà décomposée , se rapproche plus de la terre sur laquelle on l'emploie, et s'incorpore plus avanta* geusement avec elle , tandis que la marne proprement dite ^ pénétrant en couche au travers de la terre, s'attache au chevelu des racines , empêche leur accroissement et nuit à leur nourriture , loin de leur en fournir.

Le salahre du vigneron se règle de deux manières dans la Principauté : dans les terres fortes, profondes, généralement peu en pente , mais productives , il est payé par une part à la récolte proportionnée au produit ; dans les terres légères, pierreuses, peu profondes, en pente plus rapide et d'un rapport iaible , il est payé à prix franc en argent , par ouvrier de vigne ; l'on y ajoute souvent une prime d'encouragement déterminée par le produit. L'espèce des vents, l'intempérie des saisons , la sécheresse, agissent d'une manière plus nuisible sur les terres légères , qu'elles pénètrent rapidement , que sur les terres fortes, dont la profondeur et l'adhésion de leurs parties opposent plus de résistance à leurs effets. Ces diverses circonstances du sol et de l'atmosphère influent sur l'abondance du produit et sur la qualité du vin. Dans les terres pesantes, à la qualité desquelles on ajoute, ou par des engrais d'animaux , ou pour les réchauffer et les diviser, d}X menu cailloutage , le produit en vin est plus considérable ; aussi la valeur de l'ouvrier de vigne de 4096 pieds carrés en surface s'est -elle élevée à Auvemier et dans d'autres territoires circonvoisins, vers la fin du XVIII* siècle, à la somme de L. 1440 et même L. 1560, argent de France. Mais si le

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propriétaire rencontre son avantage dans un plus grand produit , il n'en est pas de même pour la qualité, qui se trouve inférieure ; le soleil , dans des terres aussi tenaces , ne pontvant pénétrer jusqu'aux racines pour en élaborer les sucs et adoucir la sève, tandis que ses rayons passant au travers des terres légères et renvoyés en quelques lieux par le sol sur lequel reposent les vignes, adoucissent les sucs et les rendent plus vifs et plus savoureux. L'ouvrier de vigne de cette espèce ne pouvait , malgré la qualité , être évalué au plus haut prix qu'à L. 720 , toujours à la même époque , et au plus bas à L. 240. Ainsi s'établit une sorte de compensation pour le propriétaire, dédommagé d'un moindre produit par la supériorité de la qualité,, qui augmente le prix du vin et procure une jouissance agréable à celui qui Ta récolté.

Le coteau de la ville, exposé au sud et au sud-ouest, produit, par les raisons indiquées, du vin blanc de bonne qualité, mais inférieur à ceux de la Côte et de la Vaux. Le vin rouge est principalement estimé pour sa saveur , et dans plusieurs quartiers pour son parfum distingué et son velouté. L'on peut attribuer au mélange abondant de cailloux et de débris de roches dans la terre de ces vignes , le goût sulfureux que l'on remarque dans la plupart des vins après la fermentation, goût que le transvasage du printemps fait évaporer, et qui ne laisse après lui que de l'esprit et de la vivacité ; c^'est probablement pourquoi ces vins se conservent long-temps. Après quelques années de garde, les vins rouges de choix, dépouillés d acide , sont salutaires aux vieillards affaiblis par l'âge et le travail. Les vins clairets, recherchés par ceux cpi préfèrent le pétillant au velouté , quoique moms salubres , sont dès long-temps estimés au dehors, (b)

(h) En 1602, les Quatro-Ministraux envoyèrent une futaille de vin clairet an maréchal duc de Biron, pour lors à la fête d'une armée de Henri YI, dans les eoTirons. L*on doit supposer qu'il le connaissait et avait témoigné en

L'on ignore Tëpoque de Torigine de la culture de la vigne dans cette Juridiction ; cependant on peut la présumer fort reculée, la nature du terrain, la rapidité des pentes n'en permettant pas d'autres , dès que Ton cessa de faire usage des coteaux comme pâturages. Il est probable que les premiers plants furent en raisins blancs ; la facilité de s'en procurer, et plus d'abondance dans le produit, ont dû leur faire donner la préférence sur les vins rouges du voisinage, s'il y en avait. Ensuite, lorsqu'on eut connu les vins rouges de la Bourgogne et de la Champagne, on fit des essais heureux de leurs plants, et l'on en reconnaît encore la descendance dans les vignes actuelles qui donnent le meilleur vin. Le vin clairet ou rouge de Serrières était déjà servi avec distinction sur la table du comte Jean de Fribourg, en 1430. La plupart des quartiers connus aujourd'hui sont déjà mdiqués en d468, mais en apparence moins étendus, les défrichemens sur les hauteurs qui ont suivi cette époque , les ayant agrandis. Dans le nombre étaient le grand et petit Champagne, nom qui mdique la source du plant. L'on ignore aujourd'hui la situation de ces deux quartiers. (4)

Il ne parait pas durant long -temps , que le vin rouge fftt autant estimé que le blanc; car dans la vente en détail, à mesure égale^ il n'y a dans les XV« et XVI« siècles que la différence d'un denier, quoicpie le rouge dût être peu commun (c^.

Le commerce du vin était peu connu en spéculation avant le milieu environ du XVIII^ siècle. Cette denrée était vendue auparavant dans Tannée par les propriétaires. Les futailles

faire du cas, car on ne Toit pas ât quel autre propos FadministraUon municipale lui aurait fait ce présent. En la mémo année , au 31 juillet, le même maréchal fut décapité pour crime de haute trahison.

(c) En 44S4, rin rouge 6 deniers le pot, le blanc 5 den. En 1503, le rouge 1 sol, le blanc 1 1 dcn. En 1507, yXn blanc ponr ceux qui ne voulurent point boire de vin rouge.

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petites et peu nombreuses , les caves peu étendues , ne permettaient pas de resserrer le produit de plus d'une année \ de là une récolte abondante faisait baisser considérablement le prix du yin , comme aussi il s'élevait très -haut lors des récolles chétives et hors de la proportion des qualités ; et si dans les celliers du comte dans le XY« siècle , il se trouvait des fustes de 10 à 12 muids, il n'en fout point tirer la conclusion que des pièces pareilles existassent dans les caves des particuliers; mais la gprande consommation du vin au château rendait ces grandes pièces nécessaires pour acquérir de la place. Au milieu environ du XVIII® siècle , un négociant habile enseigna par son exemple à ses concitoyens quel parti ils pouvaient tirer de cette denrée précieuse. Il fit creuser à la Rochette des caves vastes et profondes , les meubla de grandes et. nombreuses futailles, qu'il remplit dans les années abondantes , et dont il ne vendit le vin que dans les années où les récoltes cl^étives en avaient fait hausser la valeur. Ses succès remarquables lui acquirent des imitateurs ; successivement les caves et les futailles s*agrandirent , se multiplièrent et enlevèrent ainsi à l'étranger cette branche d'industrie. Il parait d'abord que ce bénéfice ne devait être qu'en faveur du spéculateur , qui travaillait lui - même la denrée ; cependant il s'est étendu au propriétaire de vignes qui n'a point de cave , parce que la concurrence entre les acheteurs de vin en fait hausser la valeur ; ce qui a lieu dès avant la vendange , parce qu'ils offrent aux vendeurs un prix au-dessus de celui que fixe l'administration supérieure. Chaque année celle - ci , après avoir vu le rapport de la fixation des juridictions du vignoble , règle la valeur de la mesure déterminée du vin , valeur d'après laquelle les censitaires affranchis qui ne sont ni bourgeois de Neuchàtel ni bourgeois de Valangin , paient leurs cens en vin au souverain. La ville de Neuchàtel avait dès long-temps concentré ce commerce chez

elle; depuis lors il s^est étendu dans les tillages du vignoble, où Ton a construit caves et futailles en grand, H ils ont vu s'accrottre leur fortune. Le résultat de cette concurrence a été le perfectionnement de la culture , le bon choix dès plants , et plus de soins dans la manipulation du vin ; le goût général s'est encore perfectionné, par un plus grand usage des bouteilles de verre, rares auparavant. Ces attentions ont procuré un écoulement plus étendu et plus constant des vins rouges dans rétranger , où ils sont achetés en concurrence de ceux de vignobles renommés. Cependant l'avidité, qui ne calcule pas toujours juste , ayant introduit les mélanges , les achats du dehors se sont bornés aux caves connues pour en être exemptes , d'où est résultée durant quelques momens de la langueur dans ce commerce, qui ne s'est rétabli que par Tabandon de cette pratique. Plusieurs familles ont trouvé Taisance dans ce genre d'industrie.

Le premier règlement concernant le vin, n'était pas relatif à la culture de la vigne ; il émana du clergé , dont le cellier mal en ordre , et peut-être spolié , exigeait des précautions à regard des tonneliers qui soignaient le vin qu'y versaient en abondance les cens et les dimes dues par les vignes des particuliers (d). Il fut créé ensuite une compagnie des Vignerons, dont les réglemens fixaient les temps et la nature de la culture ; mais comme il n'y était question que de pénalités,

(d) Le 3 Juillet 4472, fut fondée la compagnie des Tonneliers ; à la tête de la fondation sont deux prélrcs chapelains de Téglise de Neuchâtel. Le 44 janvier 4520, Nicolas Halter, baillif du comté de NeuchMel pour le canton d'Unterwald, permit Tc^rection de la compagnie des Vignerons. Le tf Juin 4687, Henri-Jules de Bourbon, curateur de Tabbé d'Orléans, prince de Neuchâtel, réunissant les deux confréries, en forma celle des Vignerons telle qu'elle est aujourd'hui , à la réserve des primes. Les tonneliers n'y sont qu'en accessoire, le soin des caves qu'on leur confie ne dépendant que de rintérét de ceux qui les possèdent ; mais la compagnie a droit h Texamen et à la visite des futailles que construisent les tonneliers.

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auxquelles la commisëratioa bien ou mal entendue fait souvent échapper , ces régleniens furent peu efficaces , jusqu'à ce que des primes ou récompenses graduelles, créées depuis quelques années , excitant Tintérét et Témulation , eussent mis un contre-poids aux punitions. La culture s*est améliorée dès-lors.

L'on ne connaît dans cette juridiction nulle indication de métaux ni de houille ; rien n'y annonce la présence du gypse. En 1470, le magistrat fit des essais pour la fabrication de la brique et de la tuile avec la terre du Pâquier, de la fontaine de la Sauge (ces lieux ne sont plus connus aujourd'hui sous ces noms) et de Fahy, mais il paraît que ce fut sans succès, et que cette terre , que Ton retrouve encore à Fahy, n'était que la couverture de la mine de marne.

Avant les défrichemens et l'extension progressive du vignoble , les petits vallons , les collines recelaient dans leurs bois et buissons du fauve et du menu gibier. Le seigneur exerçait son droit de chasse dans ce district ; cependant , à mesure que la franchise ou la coutume non -écrite acquérait du poids , les bourgeois de la ville, qui trouvaient ces quartiers à leur convenance, y poursuivaient le gibier et s'en faisaient une sorte de droit.

Jean , comte de Fribourg, grand chasseur, revendiqua le sien exclusif : les bourgeois contestèrent, et le Conseil de Berne, juge reconnu, prononça en leur faveur en 1453, avec quelques modifications (e). Depuis lors , une culture plus

fe) L*art.52 de la franchise de i454 rappelle la prononciation du Conseil de Berne de i4S3, qui porte que le droit de laupogfne, ou de fauTe, appaHient au seigneur, permii cependant aux bourgeois de chasser dans le ban à chiens et oiseaux, mais sans aguets ou filets» Quoique ces termes à chiens et oiseauxsemble concentrer Texerdce de ce droit dans Tordre de la noblesse et des rassaux , cependant il fut rendu commun à tous les bourgeois , sans doute à cause de leur affiranchissement; mais Ils devaient au seigneur Thommage du membre le plus honorable de la bétc fauve qu'ils avaient tuëe. Le mot

étendae, qui a détruit les asiles du fauve, Tusage devenu universel à la chasse des armes à feu , avec lesquelles le chasseur atteint de plus loin et plus sûrement le g^ibier, TeKercice de la chasse , borné auparavant à une classe peu nombreuse d'individus, devenu général, ont (ait disparaître le iauve dès long- temps. On ne voit plus de cerfs ; le chevreuil, venu très -rarement des états voisins, n'a pas le temps d'y multiplier; le lièvre y était peu conunun avant les nouvelles ordonnances. Les sangliers, durant quelque temps, ont ravagé les propriétés de Chaumont ; la poursuite de chasseurs infatigables les ont détruits. Le lapin y est inconnu dans son état de liberté ; il existait dans le XYI® siècle une garenne audessus du pont du Yauseyon, mais il est probable que rétablissement des vignes dans ce quartier a rendu leur destruction nécessaire. Quant aux oiseaux. Ton voit rarement le coq de bruyère au sommet de Chaumont, et peu de perdrix dans le vignoble ; les oiseaux de proie, tels que le buzard, Tépervier, Témerillon , n'y sont pas fort abondans. Les deux migi*ations de la bécasse , en automne et au printems, donnent encore quelque exercice agréable aux chasseurs ; les autres oiseaux de terre sont les mômes que dans les parties tempérées de la Suisse , mais en moindre quantité , parce que nul règlement n'a encore pourvu à la conservation des petites espèces, qui sont précieuses en ce qu'elles détruisent pour leur nourriture les insectes nuisibles aux arbres.

De cet aperçu général on passe aux particularités locales de cette Juridiction.

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