SERRIÈRES
Au pied de Beauregard, dans un fond de cuvette, sort par une quantité de filets et au travers des décombres de la roche jaune supérieure, la rivière abondante de la Serrière, portant
(h) Les fourches patibulaires de Neuchûtel, appartenant an seigneur supérieur, araient 4 piUers; celles des vassaux ayant justice crimineUe, n'avaient que trois piliers.
Dans une reconnaissance de 4374, il est fait mention de vignes aux ïleilles Forcheê, ce qui ferait supposer un autre et ancien lieu patibulaire ; mais il n'est point indiqué où il était situe.
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an lac par deux embouchures son eau fraîche, dont la limpidité constante dans ses plus grandes crues indique une source éloignée. Dans un cours de moins d'un quart de lieue , elle fiât mouvoir nombre de rouages , de forges , de martinets , de papeteries , de moulins et de scies. Le village , cotaposé d'ateliers, est bâti sur les deux rives du courant, dominé de trois cdtés par le roc jaune, en partie en carrières, en partie ccavert d'herbes, d'arbres, de petits jardins. Ce lieu resserré est piquant par les contrastes qu'il présente. Sur un fond couvert par des cailloux chargés d'une mousse brune , coule l'eau de la rivière avec la tnmsparence du cristal , et, dans les chutes de ses usines multipliées, forme des bouillons de la blancheur de la neige. Les habitations enfomées des forgerons sont à côté de la verdure la plus fraîche et la plus brillante , et ces cyclopes modernes forment, dans leurs habits et leur peau noircie, une opposition saillante avec leurs voisins les meuniers couverts de farine. L'ouie .y est frappée et assourdie par le jeu et le bruit des chutes d'eau , des rouages, des pesans martinets, de la foule, de la trémie, de la scie , des tenailles du fil de fer, et de toutes les machines que l'eau y met en mouvement. Cette succession de tableaux qui attache l'œil de l'observateur , semble devoir exciter le talent du peintre paysagiste , et lui fournir des sujets d'un effet piquant.
La grand'route qui tend au pays de Yaud traverse ce village auprès de l'embouchure de la rivière; ïnais l'angle étroit des deux pentes rapides qui se réunissent sur le point le plus bas, étant souvent obstrué par des charriots et voitures dans ce passage très-fréquenté, le Conseil de ville arrêta en 1786 la construction d'un pont passant sur la hauteur et d'un rocher à l'autre. Il en fit même tracer les plans et devis par Céard, habile ingénieur français ; mais diverses circonstances en firent différer l'exécution jusqu'en 1807, le Prince ayant
alors accordé à la ville, pour indemnité d'une dépense aussi considérable, Toctroi d'un péage sur ce pont durant 101 ans; mais Tadministration municipale n'a pas cru, par divers motife|, devoir se prévaloir dé celte faveur.
La Serriëre était anciennement poissonneuse; sa pèche s'affermait (3); mais la multiplication des usines jusqu'à la rive du lac et le bruit des rouages ont probablement éloigné la truite, qui est allée chercher des courans plus paisibles pour y déposer son frai.
Serrières, quant au spirituel, paraît avoir relevé, en 1228, du décanat de Neuchàtel, qui relevait lui-même du chapitre de Lausanne; d'autres documens semblent indiquer que cette cure, sous le vocable de Saint-Jean, ne fut fondée qu'en 1263. Elle passa, en 1274, sous le patronat et la collature du chapitre de Saint-Imier; puis en 1329, sous celui de Bienne réuni avec celui de Saint-Imier. Elle fut jointe à la cure de Peseux en 1539, après la réformation. Son curé, ainsi que les autres du comté , était main-moiiable du seigneur •. à leur mort , il saisissait leur succession. Mais Louis d'Orléans, en 1510, voulut bien se relâcher de ce droit en faveur du chapitre de Saint-Imier, sous la réserve d'une grand'messe durant sa vie au jour de Saint- Louis , et d'un anniversaire en ce jour après
sa mort.
Après la réformation, la ville de Bienne, en qualité de collatrice et de protectrice du chapitre de Samt-Imier, se mit en possession de ses dîmes et rentes , conséquemmenl de celles qu'a retirait à Serrières ; mais en 1617, elle en vendit la collature et le patronat à la ville de Neuchàtel , pour 530 écus de 25 batz pièce , et abandonna peu après le droit de retrait qu'elle s'était réservé dans l'acte de vente. Le dernier curé de ce village , Emer Beynon , pour ne pas abandonner ses paroissiens , se réforma avec eux et fut leur premier ministre. {^)
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paucs^ etc.
En remontant au dessous du Suchiez, la Firde-VEtra passe sur un pont d'une seule arche, qui lie les rochers élevés entre lesquels passe le torrent du Seyon, qui de là suit, jusqu'à la ville y le vallon étroit dans lequel sont les deux moulins du Vaoseyon et de la Prise. La Fi-de4*Etra divise les deux coteaux de vignoble, dits les Parcs , probablement parce qu'ils étaient des pâturages antérieurement à leur culture. La partie inférieure, dont le sol a plus de profondeur et de consistance, donne assez abondamment un vin blanc de bonne qualité ; au dessus du chemin , où le sol est moins profond et où la terre plus légère est mêlée de cailloux, croît un raisin rouge dont le vin est estimé. Le quartier le plus élevé , appelé les Falangines parce qu'il avait appartenu aux seigneurs de Valangin , et dont la rapidité exige la multiplication des murs pour soutenir les terres, a un sol peu profond, mêlé en abondance de cailloux et de menus débris du rocher qui forme la colline ; cette circonstance, ainsi que son exposition au midi, y favorisent la culture du raisin rouge,. que Ton croit provenir du duché de Bourgogne en grande partie. Le produit en est peu abondant , mais la qualité en est supérieure par son parfum , sa couleur foncée , son velouté , sa force spiritueuse et la facilité qu'il donne de le garder durant un certain nombre d'années , sans autre altération , qu'au bout de ce temps se dépouillant de sa couleur, il prend le goût d'un vin d'Espagne amer ,^ et ses qualités stomachales.
A Test de ce vignoble , dont les parties sont distinguées par divers noms , et là où il se termine au nord , sont , sur l'ancienne route du Yal-de-Ruz , six habitations isolées , dont l'une, la plus apparente, a un domaine en vignoble. Son produit est en vin rouge d'une fort bonne qualité intrinsèque , mais l'ail sauvage qui abonde dans ce vignoble malgré les
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soins actifs du propriétaire pour l'extirper , communique an vin son goût , qui se perd cependant en peu d'années. Ce domaine fut érigé en fief sous le nom de Saint - Claude , en 1663, en faveur de J.-J. Tribolet, à cpii le Souverain donna L. 1500 sons la condition de réversibilité au domaine direct, dans le cas de mort sans enfant mâle. Le cas eut lieu , mais le Prince le revendit , car c'est une propriété particulière.
C'est au dessous de ce petit domaine que l'ancienne route, &pre et pavée , descendant du Yal-de-Ruz à la ville , croise celle de TEtra. Dans le point d'intersection est la borne de la police municipale, appelée, en jargon du lieu, Boine, Plus à l'est, cette route en croise une autre tendant à Chaomont, rapide, étroite et pavée ; elle conduit, par. une coupure dans le rocher , au court et étroit vallon du Pertuis-du-soth (i). Entouré au midi par des collines de rochers boisés , et au nord par la montagne de Chaumont , il est charmant par sa fraîcheur, par une belle verdure et la vigueur de ses arbres. Rien n'y trouble la tranquillité du petit nombre de propriétaires qui y habitent ; tout y invite à la méditation, à un genre de vie simple , dans un lieu isolé et qui semble hors de communication avec les autres humains; mais le spectacle change rapidement en sortant de ce vallon par la même gorge qui y donne entrée ; tout-à-coup se présente le tableau le plus vaste et le plus brillant. La ville, assez rapprochée pour que le bruit de ses raes arrive à l'oreille du spectateur , est à ses pieds \ les Alpes bornent sa vue au midi , et quoiqu'en général l'aspect en soit le même que celui de Chaumont et autres lieux élevés de cette Juridiction , cependant tous ont un caractère
(i) Dans les actes pins modernes , ce vallon porte le nom de Talion dn Pertui^Mr^oci c'est une erreur ; il est trop petit pour mériter les honneurs de la charrue, qui a peine à y tourner. Son vrai nom dans les actes antérieurs à Tan 1377, est Pertm$-dv^olh, Or, Soth, dans Ducange, signifie' un parc à faire paître les moutons, un bois; V. fore, $oiu9, $aiiu$.
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particulier et des nuances Tariées par les difiSérences des premiers plans , et par une position plus ou moins à Thorizon,
Auprès de ce vallon , sur la colline à lest , dans la roche escarpée qui la forme, est une grotte appelée V Ermitage; un solitaire de cet ordre y avait sans doute fixé sa demeure. Peu de lieuK sont plus propres à ce genre d'existence , où rien ne pouvait troubler ce cénobite dans ses méditations et ses devoirs silencieux. A peu de distance de là, il trouvait des secours dans labbaye de Prémontrés, fondée en 1143, à Fontaine» André. Elle fot enrichie par les comtes de la maison de Neuchâtel , en domaines , cens , dîmes et droits de pèche dans le lac , et son abbé était premier chanoine de Téglise de Neuchâtel. Sécularisée à la réformation, en 1 530, le Prince rentra en possession de tous ses dons. Aujourd'hui c'est une propriété particulière , quant aux bâtimens et au domaine environnant. Elle est située dans la chàtellenie de Thielle, par conséquent hors du sujet de ce mémoire.
Au dessous du Pertuis^u-soth, est une campagne nommée Bochetie, La maison d'habitation, sur le haut d'une colline, est au niveau de la Yi-de-VEtra au nord , où est l'avenue ; elle a son terrain en pente des trois autres c6tés , sans que rien de la longue terrasse qui règne au devant des bâtimens, gène la liberté de la vue sur le vaste et riche tableau qui se présente au spectateur. A ses pieds sont la ville et son faubourg soigné , dont tous les embelUssemens semblent faits pour l'agrément de ce site qui les domine sans être trop élevé. Cette campagne a un coteau de fort bonnes vignes pour la qualité du vin, étant exposé au midi et descendant jusqu'au faubourg. Des vergers sont sur les côtés et derrière les édifices. C'est là que furent construites les premières caves à spéculation , par un négociant revenu des Indes , et que la beauté de la situation du lieu enchanta et fixa. Le coteau de vignoble, dès cette campagne au Pertuis-du-
soth, porte aussi le nom de Machettes. Egalement exposé au sud, son sol peu profond, posé sur le rocher, fournit un vin rouge fin , délicat et fort estimé ; il est peu foncé.
Au devant de Tavenue de la campagne de la Rochette , passe la nouvelle route du Yal-de-Ruz > là elle croise la Vide-FEtra, qui suit le vallon étroit de Fahy, formé de vergers frais plantés d'arbres fruitiers. Son fond est une mme de marne qui y facilite , par Teau qu'elle y retient , rétablissement de puits permanens, mais pas fort abondans. Le coteau qui borde ce vallon au nord , est un vignoble qui augmente en produit à mesure qu'il s'avance vers l'est , mais diminue en qualité , parce que son sol est plus profond et plus substantiel , et parce que le courant d'air qui y est assez constant, est rafraîchi par les arbres des vergers et par ceux qui couvrent au midi les collines du Saarberg , de Fahy et de Clou-Brochet. A l'extrémité orientale de ce vallon , la route se divise : l'une tend, par le haut de Hauterive, à Lignières et à la montagne de Diesse ; c'était l'ancienne route d'^tfgusta JRauracorum ; l'autre , dite le chemin des Mulets , à cause de l'usage que l'on en faisait pour le transport des marchandises , avant que d'y employer des chars. Une coupure dans la colline , qui parait naturelle , a tracé ce chemin, qui tendait, par S^nt-Blaise , Anet, etc., à Aventicum.
HONRCZ.
Au pied de la descente est une petite campagne qui porte le nom de Monruz (k), placée entre la route et le lac qui baigne son enceinte au midi. Le vignoble qui en dépend,
(k) Dans d'anciens actes on trouTe ce mot écrit Molrup, Mon rup, probablement de Monê rupttu, à cause de It coopure de la coUine dans laquelle passe le chemin des Mulets. On récrit depuis long-temps Mont rus, dont rétymologie pourrait provenir de Texistence d'un ruisseau qui descend do la hauteur et qui est formé par les pluies abondantes et la fonte des neiges dans les vallons supérieurs. En 1374, Morruz,
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assis sur le galet du lac, a un sol peu profond et donne un vin de bonne qualité. L'habitation est ombragée par des arbres TÎgoureux qui lui procurent une firaiclieur délicieuse durant les chaleurs de Tété. Dans cette retraite charmante, le philosophe peut se livrer à ses occupations , quoiqu'au bord de la grand'route ; Thomme du monde peut y goûter les plaisirs de la société, n étant qu'à une demi -lieue de la ville. Les avantages que réunit ce petit domaine Tout fait comparer par un voyageur à ces campagnes délicieuses que les Romains , dans le temps de la splendeur de la république et de lempire, établirent sur le golfe de Naples, à Bayes, à Pouzzoles et à Gaête. Cette conformité d'une situation respective au bbrd d'une grande étendue d'eau , laisse cependant subsister des différences quant à la température, à la grandeur des objets et aux productions de la nature.