SAAR OU SART
Entre cette promenade et la route de Saint -Biaise et de FAllemagne, est un cdteau de vignoble appelé le Sciar. Ce vignoble, en raisin rouge, est peu abondant ; mais le sol léger, rempli de débris de la roche qui en fait la base , et son ex* position au midi, donnent beaucoup de qualité au vin qui en provient et qui est fort estimé. L'étymologie du nom de ce quartier (l) donne lieu de croire que c'est un défrichement moderne, entre lequel et le lac était un sentier, puis un chemin fort étroit par lequel on enlevait les récoltes. Le roc escarpé sur lequel il repose, et dont le lac baigne le pied, avait plusieurs crevasses qui ont obligé à la construction de petites voûtes pour rendre ce chemin praticable. La route qui con^ duisait à Saint -Biaise par la yi-de4'£tra et le chemin des Mulets , étant trop longue , on préféra celle du Saar , plus courte et plus droite ; mais on dut Télargir, et surtout adou* cir les deux pentes de son entrée et de sa sortie, ce qui eut lieu vers la fin du XYIII^ siècle.
En quittant cette route à Voccident, au haut de la montée, la vue , qui jusqu'alors ne se portait que sur le lac , s'étend tout-à-coup et saisit le voyageur qui y arrive pour la première fois. Le tableau qui se développe sous ses yeux l'étonné et
(l) Sar, Sart, dans les actes anciens, parait provenir du terme local ierter, défricher. En effet, ce coteau est encore couvert , au dessus des vignes, do broussailles et de jeunes chênes que Ton semble avoir laissé subsister parce qu'il n'y restait plus assez de terre pour des vignes, mais qu'il y en avait suffisamment encore pour la végétation de ces bois maigres et petits.
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fixe agréablement son attention. Il voit devant lui, à un quart de lieae en perspective, la ville et son brillant faubourg ; plus loin y le Jura qui se perd dans la vapeur, les belles prairies , vignes et villages qui revêtent son pied, lextrémité occidentale du lac, terminé par la ville dTverdon , la rive méridionale de ce grand bassin et les collines boisées ou cultivées qui le séparent des masses imposantes des Alpes. S'il ne partage pas la comparaison qu'en fait le voyageur dont on a parlé à raiticle Monruz , avec la découverte inopinée de Naples en arrivant d'Averse, il éprouve an moins un plaisir imprévu.
ANTIQUITÉS. — NOIDENOLEX.
C'est au lieu où s'ouvre cette riche vue, que l'on entre sur un terrain réclamé par les savans antiquaires. Ils ont cru que l'enceinte de la ville de Nbidenolex du Pagus Aventicus, dans l'Helvétie (m), avait commencé là , entraînés dans cette opinion par les avantages de la position de cette espèce de bassin, couvert à Test et au nord par des collines boisées, jouissant d'un port à l'abri des vents d'est par la pointe du Niddu-Crô, et des vents d'ouest par la butte dite le Crét , et son sol , de bonne qualité , s'élevant .en amphithéâtre dès le lac aux collines du Saarberg y de Fahy et de Clou - Brochet , à
l'aspect du midi. A ces considérations, se joignaient les tours
(m) Noidenolex fut une des douze villes que les Helvéticns brûlèrent , lorsque, abandonnant leurs foyers, ils youlurent se faire une nouvelle patrie dans les Gaules. Mais, défaits par Jules-César, ils en reçurent Tordre de rentrer chez eux et de reconstruire leurs \illes, ce qui eut lien pour Noidenolex. Quant à Tëpoque de sa destruction finale et totale, on en est réduit aux conjectures. Peut-être eut-elle lieu lors des irruptions des nations du nord, qui ravagèrent les contrées au midi du Rhin; peut-être aussi ne fut -elle détruite que vers la fin du V* siècle, lorsque les Bourguignons joignirent ces contrées dévastées au royaume qu'ils venaient de créer. iVoH itJMÀtx était compris dans le Pontet {/r&iyenic^, ou canton d'Orbe ; mais après la reconstruction d'Avenches, il se trouva placé dans le V^mia Aventicttês auquel celui d'Orbe fut réuni.
dont on voyait encore les restes à la fin des XVI^' et Xyil« siècles, au Nid-du-Crô, au pied de Clou-Brochet, sur le chemin qui se rend dès le lac à la Vi-de-rEtra , par la coupure des collines de ce nom et de Fahy, et au Crét, qui semblaient devoir appartenir au mur d enceinte et protéger la ville dans ces trois avenues. Cette hypothèse approchait certainement d'autant plus de la certitude, que les antiquités et monumens découverts dans ces cpiartiers semblaient assigner là la place de cette ville, sur laquelle on avait plus que des doutes, jusqu'à la connaissance de ces restes précieux que fit connaître le chancelier Hory , et après lui le chancelier de Montmollin, dans un mémoire intéressant , dont le baillif Sinner de Ballaigues a fait imprimer un extrait dans son curieux et piquant voyage dans la Suisse occidentale ; cet ouvrage étant entre les mains de tout le monde , dispense de la transcription , même par extrait, du mémoire du chancelier dans cette description. (5) Mais depuis 1809, cette hypothèse a perdu en certitude par les fouilles qu'ont occasionnées la construction de ThApital Pourtalès et l'établissement du nouveau cimetière , les deux dans l'enceinte supposée de Noidenolex. Dans ces deux entreprises, après l'enlèvement de Irlerre végétale de la surlace , celle au dessous était vierge , en grande partie arène , et une autre partie en terre compacte, argilleuse et mêlée de cailloux , mais ne contenant nulle part aucun vestige d'un travail antérieur , ni décombres de constructions ; et comme ces deux établissemens sont peu éloignés de la rive du lac et du port présumé, on doit croire qu'il aurait dû y avoir là des édifices. Ainsi, la non-existence des restes de ceux-ci rend improbable celle des bàtimens ou de la ville dans la partie supérieure jusqu'aux collines. D'un autre côté, l'on ne peut rejeter l'assiette de cette ville à une grande distance , après les fortes présomptions que' donnent les découvertes faites. Il faut donc la chercher dans un site peu éloigné et qui offrait les mêmes avantages.
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Les restes de murs , les iTa{pnens de briques , des charbons trouvés dès long-temps et depuis peu dans le quartier de Vieux -Ghàtel , peu éloigné de celui de la Maladière , de Trinckeri, de Clou-Brochet, semblent décider la question en sa faveur. Il avait les mêmes avantages ; le camp retranché qu'on dit avoir existé sur la colline de Fahy, la tour sur le chemin de Clou-Brochet qui y aboutissait, celle du Nid-du- Crd (n), celle sur la butte dite le Crét, servaient é{][alement à sa protection , encore plus assurée au couchant par le v<msinage du CasteUum Novum ou Neufchastel. Son port avait une sûreté égale \ le Crét le mettait à Tabri des vents d'est, et les attérissemens à Tembouchure du torrent du Seyon , des vents d^ouest. Les antiquités trouvées disséminées sur le premier emplacement, où elles ont pu être transportées facilement, vu le peu d'éloignement , ne peuvent détruire cette seconde probabilité pour le quartier de Vieux -Châtel (o). Une objection se présente pour Tun et l'autre emplacement, c'est Teau courante ou de fontaine, si nécessaire aux Romains pour leurs usages, ou d'utilité, ou de propreté, ou de commodité. Or, l'on n'en aperçoit de vestiges ni dans l'un ni dans l'autre quartier ; il n'y parait que l'eau du lac qui pouvait suffire aux bains , et des puits pour Tusage domestique. Mais à Cheyres , sur la rive opposée , les Romains
(n) Crô, son da croassement du corbeau solitaire, qui fait son nid dans les rochers écartés et élevés. Ce mot conservé fait préjuger que Touvcrture du rocher auquel on a donné ce nom ne remonte pas à une époque bien reculée, puisque le jargon auquel il appartient est un amalgame des langues des diverses nations qui envahirent l'empire romain, et de la langue de celui-ci.
(o) Le nom du quartier de Fieux-^hàtel, qui s'étend dès la butte dite le Crét , mais plus à Test, jusques aux portes orientales de la ville, peut avoir son étymologle dans Tancienne existence de Noidenolex , et surtout dans la tour sise sur le Crét, envisagée comme un château. Dans des actes fort anciens il est appelé Vie-Chastel; le mot fie est-il lu en éiision, ou est-ce une corruption de Viay chemin du Chastcl ? On ne peut résoudre ces questions.
ne s'en contentèrent pas et amenèrent de Tean de loin pour leurs besoins. L'on peut donc croire qu'ils en firent de môme à Noidenolex ; mais il n'y a nul vestige ni d'eau ni de leurs travaux pour la conduire et la diriger. En supposant cette nécessité , l'on ne voit dans les environs la possibilité de se procurer cette eau vive et coulante, que dans la coupure des filets venant des vallons supérieurs dans le passage de Qou- Brochet. Il est possible que des recherches faites avec soin en procurassent le recouvrement.
Dans le mémoire cité il est rapporté une inscription qui feit mention des pierres transportées à Avenches pour la construction des murs de cette ville. On en voit encore dans les restes qui en demeurent sur pied ; c'est du roc jaune , probablement tiré de la carrière de la Favarge, la plus voisine. Le transport en était facile par eau , en se rendant par la Broyé dans le lac de Morat, où le débarquement s'en faisait à peu de distance d' Avenches, ce lac étant alors plus étendu qu'aujourd'hui , à en juger par l'inspection des lieux.