‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 17 sur 93 · PIERRE A HAZEL · texte numérisé non relu

PIERRE A HAZEL

Dans le port présumé de Noidenolex , près de la Maladière , à cent pas environ du bord , est un îlot formé d'un rocher que le lac couvre dans ses grandes crues. Il est appelé Pierre à Mazel, de macellum , boucherie. Or, comme l'on ne peut pas supposer que l'on ait établi une boucherie à cet éloignement et sur un plan aussi incliné que la surface de ce rocher, il reste une autre interprétation dans Térection d'un autel sur lequel les nautonniers immolaient des victimes pour se rendre Neptune favorable ; conjecture fortifiée par la situation de l'Ilot.

Noidenolex détruit, son sol demeura couvert de décombres et fut abandonné aux cultivateurs voisins de Neuchàtel, qui le déblayèrent et employèrent à leur usage les matériaux qu'ils y trouvèrent. Peu amateurs ou peu connaisseurs en antiqui*

ou MAIKIE. 29

tés, ils durent briser une partie des monumens qui se présentèrent à eux , en employer raun*e dans leurs constructions ; et quant aux ouvrages de Tart , en métaux , s'il en était encore demeurés, ils ne les regardèrent sans doute que comme du métal , n'y ayant probablement alors nul connaisseur à Neuchàtel , ni homme instruit dans cette partie. Il est donc peu étoimant qu'il soit resté un aussi petit nombre de fragmens de l'antique Noidenolex. Peut-être au reste en demeuret-il quelques-uns d'enfouis et dont le hasard procurera l'heureuse découYcrte. Cependant-l'on ne sait si l'on peut se flatter de trouver quelque chose d'important sur ce point , la ville de Noidenolex ne paraissant pas avoir joué un certain rôle, surtout vis-à-vis d'Âvenches, le chef -lieu du canton auquel elle appartenait.

XAXADIÈRE.

Retournant au sol sur lequel la première supposition a placé Noidenolex, on trouve là le quartier du vignoble appelé la Maladière. L'on ne peut dire au juste si c'est la même qui dans d'anciens actes latins est appelée le Proseria (p); mais cela est vraisemblable, puisque sa destination était la même, et qu'elle était le lieu où devaient se rendre les personnes atteintes de la lèpre ou de la ladrerie , maladie commune en Europe dans les XI I« , X11I« et XIY« siècles , soit que les Croisés l'eussent apportée d'Asie , soit qu'elle eût d'autres causes. Pour en empêcher la propagation, la loi des Hébreux sur la séquestration des malades fut mise en vigueur , et on leur formait un établissement hors de l'enceinte des villes ,

fp) Il existait déjà une Maladi^re dans le XIII* siècle. Dans an acte de I2S9, U est dit : Finea Fila Anti le Proserium Noçkoêtri; mais on ne peut affirmer qu'elle fàt au même lieu, quoique la fréquente mention qui en est faite dès-Iurs, puisse le donner à penser. Peut-être cet édifice fut-il reconstruit en 4419, car on y employa 4000 ancelles ou bardaux et 4000 cla- TÎDs: quantité trop considérable pour un simple entretien.

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dans lequel ils devarent habiter. Il leur fut donc élevé un bâtiment dans ce lieu déjà cultivé; et Ton y envoyait tous ceux qui étaient atteints de ce mal (q). Rien n'indique si la caisse publique pourvoyait à leur entretien, ni si Ton s'occupait de leur guérison. Ce qui ferait présumer qu'il y avait une caisse destinée à fournir à leurs besoins (au moins dans des temps postérieurs de beaucoup à 1289), c'est que des propriétaires charitables assignèrent à ces infortunés , pour toujours , une portion du revenu de fonds de terre qui leur appartenait; c'est ainsi que la majeure partie des vignes de ce quartier sont chargées du cens du tiers ou de la moitié de leur produit , sans avances ni frais. Ce cens subsiste encore, quoique l'établissement ait pris fin ; il entre dans les revenus de la ville. Il faut croire qu'avant cela , ainsi que chez les Hébreux , les aumônes particulières venaient à leur secours.

On peut trouver surprenant que la nécessité sentie d'éloigner cette classe de toute communication avec la société, n'ait rien opéré , que fort tard , pour les secours spirituels , dont probablement ils étaient privés dans le principe admis de leur séquestration.

La chapelle de Yieux-Châtel, la plus voisine de leur quartier, leur était sûrement interdite ; mais cette privation parut dure et injuste, et il fut enfin pourvu à ce qu'ils pussent prendre part au culte religieux. En 1492 , il fut érigé à la Maladière une chapelle à laquelle l'évéque de Lausanne attacha des indulgences (r), et elle releva de la cure de Neuchàtel ,

(q) En i477, les Quatre-Ministraux , le barbier et le soubtier (huissier) etuiyhenl Jean Vermondin, lequel s^est troui^é laidre. Le barbier était le médecin et le chirurgieii de la ville ; mais on voit que Fexamen et la décision de la maladie devaient se faire avec des formalités.

(r) Actes d'indulgences données par Aymon de Honifaucon , évéque de Lausanne, comte de Sacrigny, prince d'Empire, à ceux qui fréquenteraient la nouvelle chapelle de la Haladière à de certains jours de fétos, ou qui contribueraient à sa construction et à son entretien : 7 mars 44951.

ou NAIRIE. 31

qui la fusait desservir par le curé ou son vicaire. Il ne tarda pas à s'élever une dîfliculté entre les malades et les desservans de Tautel, qui prétendaient s'approprier les dons journaliers que faisaient les âmes charitables , et qu'ils déposaient sur Tautel, disant qu'ils devaient en vivre. Les malades, privés de ces secours , se plaignirent , et en 1524 , les ambassadeurs des douze cantons qui occupaient alors le comté de Neuchâtel, mirent la chose en règle par une prononciation. (6) La réformation, en 1530, abolit la cliapelle et les prétentions des desservans ; la maladie déclina dans le Xyi<^ siècle , et cessa enfin entièrement (7) ; cependant on continua encore d'y recevoir, durant quelque temps , des personnes affligées d'autres maladies , et qui payaient leur pension. Mais enfin cet établissement devenu onéreux fut supprimé , et les bùtimens détruits ou vendus.

Au dessous du rocher appelé le Nid-du-Crô, défendu des vagues du lac par une jetée, est un petit quartier de vignoble donnant un bon vin blanc. Le haut rocher escarpé qui le garantit au nord , formé en niche par la nature , rassemble les rayons du soleil au midi, et fait acquérir aux divers fruits que portent des espaliers , un goût supérieur à celui qu'ils obtiennent dans les autres propriétés près de la ville.

C'est sur ce même sol de la Maladière qu'a étéjtransporté le cimetière de la ville, en 1810, et plus à l'ouest, vis-à-vis de la Pierre - à - Mazel , le nouvel hôpital fondé par M. de Pourtalès , dont il sera parlé plus bas.

CBÊT.

En suivant la route de là à Neuchàtel, on trouve une butte de rocher d'environ vingt pieds de hauteur au dessus du chemin et s'avançant dans le lac; on lui a donné le nom de Crét ou élévation. Il y avait là une des tours de défense de Noidenolex, dont on voyait encore des restes à la fin du XVII« siècle.

32 JURIDICTIOli.

Cette butte paratt avoir eu aussi une destination pieuse (s). Au milieu du XY III<^ siècle, un magistrat de Neuchâtel changea son aspect et en fit un lieu d'agrément pour le public , en appliquant les appointemens de sa charge à en applanir la surface, à la couvrir de terre, à y faire construire des bancs, à y planter des arbres , et à en faciliter Tabord par deux rampes. De cette élévation peu étendue, on jouit d'une vue . très agréable sur la ville, qui en est à un petit quart de lieue, et sur son faubourg gai et riche, tant par les édifices que par la promenade publique qui le sépare du lac ; des cAteaux qui s'élèvent de là jusqu'au Jura qui les couronne par la bordure sombre de ses sapins, et le prolongement de celte montagne, dont les sommets variés et la pente couverte jusqu'au lac de vignobles et de prairies entremêlées de villages , donnent le plus grand agrément à cette vue. La facilité de se rendre dans -ce lieu si agréable en diminue le prix aux yeux des habilans de la ville ; l'étranger en fait plus de cas. Peut^tre en sera-t-il un jour de ce but de promenade comme du Mail , et plus de mollesse encore dans le genre dfd vie le fera - 1 - il trouver pénible à atteindre.

Il paraissait que le Crét devait terminer le faubourg de la ville à l'est ; cependant les habitations s'étendent déjà an delà. C'est au pied de cette butte qu'une borne marque la fin de Texercice de la police municipale.

L'on s'occupera actuellement de la ville dans son enceinte, puis de son faubourg ; mais on fera précéder ces détails de ce qui est relatif au Seyon, torrent qui la traverse, l'a ravagée et peut la ravager encore.

(g) Dans un acte de 4430, il est fait mention d'une vigne à Fiez-Chastel près du Tronc de Saint -Nicolas en bixe. Saint -Nicolas étant le patron des «avigateurs, sa statue ou sa chapelle devait être placée sur un lieu ëlevë que Ton aperçût de loin sur les. eaux, pour pouvoir l'invoquer dans les momens de détresse. Ainsi il est vraisemblable que sa statue était sur le Crét, comme elle était h Toccidcnt de la ville, sur la hautcbr qui porte encore le nom àv ce saint.

SEYOIV.

Le Seyon, torrent Faible, a sa source au dessus de Villiers au Val-de Ruz, et au pied septentrional de la montag^ne de Chaumont ; il prend peu d'accroissement de là jusqu'à Valan{jin, quoiqu'il reçoive le tribut de toutes les eaux de cette vallée; mais les ruisseaux qu'elle fournit sont si faibles, qu'un seulement, nommé la Sauge (t), qui a sa source près de Coffirane, peut itiire mouvoir les rouages d^un moulin à son entrée dans le bourg de Valangin.

Lorsque la fonte des neiges arrive, lorsque des pluies abondantes ou de durée ont rempli les réservoirs des montagnes caverneuses qui entourent le Val - de - Ruz , surtout dans la chaîne au nord , il se forme des torrens impétueux et abondans dès la frontière de TErguel ; des ravines descendent de toutes les hauteurs et se réunissent au Seyon, qui reçoit cette masse, avec ce qu'elle entraîne, dans son lit profond et resserré par les rochers escarpés qui le contiennent, dès Valangin jusqu'au moulin du Vauseyon, et à l'Ecluse au dessus de Neuchâtel. Cette eau, chargée de limon, de sable, de pierres, de bois , qu'elle roule avec fracas , arrive dans le canal resserré que lui forment au milieu de la ville deux rangs de mai-

ft) Dans un acte d^arrangement du 23 mai i448, entre Jean, comte de FrUwurg, et Jean, seigneur de Valangin , pour leurs limites respectives da côté de Serroue , il fut décidé que la rivière du Morron ferait limite dans cette partie, et que le comte de Ncucbàtel et le seigneur de Valangin y auraient chacun un pôchcur. L'on ne connaît aujourd'hui dans ce quartier que le ruisseau de la Sauge, qui n'a point de poisson.

sons , qui , comprimant cette masse , la forcent de gagner en profondeur ce qu'elles Tempéchent d'acquérir en largeur. Les malheurs arrivés dans les siècles précédens, rendent redoutables ces hausses du torrent , dont s'eflbrcent-de prévenir Tengorgement des hommes placés sur les ponts avec des crochets , pour diriger les longs bois dans le fil de Teau et empêcher que, se mettant en travers, ils ne forment une digue que le poids toujours croissant de Teau et sa violence surmonteraient bient6t, et entraîneraient avec elles les maisons attenantes qui lui fourniraient des matériaux pour de nouveaux obstacles et une ouverture dans les rues, où le torrent s'échapperait avec encore plus d'impétuosité, renversant jusqu'au lac tout ce qui s'opposerait à son cours. Ce danger des obstacles a lieu dans l'espace entre le pont de la petite boucherie et celui des boutiques , où le canal , plus étroit , est encore rendu plus à craindre pour les accidens, parceque les extractions des maisons en saillie sur le torrent, sont soutenues par des poutres implantées en évasement à peu de distance au dessus de Teau. Or , si dans une crue un des bois que l'eau entraîne se mettait en travers dans ces poutres , il formerait bientôt digue , arrêterait le courant , dont l'effort se faisant des deux côtés renverserait probablement une ou deux maisons , et pénétrerait de suite dans les autres qui ne tarderaient pas à éprouver le même sort.

Un mémoire imprimé à Neuchàtel en 1756, porte à i500 pieds cubes le limon que le torrent emporte par minute dans le lac, lors de ses grandes craes ; si ce calcul était vrai, depuis le temps que le Rhône coule dans le lac de Genève, entraînant des décompositions des grandes Alpes , il devrait avoir réduit, dans la même proportion, ce lac en plaine susceptible du travail de la charrue. Prenant donc cette assertion pour une hypothèse, il n'est pas moins vrai que le transport des alluvions par le Seyon a dû être immense depuis

qu'il coole. C'est Tabondance de ces matières que le torrent déposait dans son canal, qui, jusqu'à 1756, a occasionné les inondations fréquentes qui ont afiQiçé la ville basse, parce que son lit étant exhaussé, une plus grande quantité d'eau débordait dans les rues et pénétrait dans les parties basses des maisons. Â ces causes il s'en joint une autre dans Tinondation de 1579. Probablement il se forma des engorgemens au de- Yant des quatre ponts , par des bois qui se mirent en travers et formèrent digue, car ces ponts forent emportés. Les fondations peu solides de Thôtel-de-ville , déjà sur le même sol qu'il occupa dès-lors jusqu'en 1786, forent ébranlées, l'édifice croula et avec lui quelques maisons voisines. L'inondation de 1750 , qui couvrit d'eau les rues basses de manière à ce qu'on &e pouvait les parcourir qu'en bateau, ne fot due qu'au lit du Seyon trop élevé. Cette cause, qui se renouvelait fréquemment , obligea à la recherche des moyens de s'en préserver dans la suite. Le Magistrat appela alors Tingénieur De Rovéréa, dont il approuva et fit exécuter les plans. Disons un mot de ces derniers.

Jusques alors , le lit du Seyon , placé sur un plan incliné dès le Pré Barrou jusqu'aux moulins de la ville , laissait à Teau toute son impétuosité -. la chute même qu'elle faisait entre les deux rochers derrière les moulins ne l'arrêtait pas, parce qu'elle n'offrait qu'une pente plus rapide au Seyon ; il arrivait de là que le torrent charriait, sans en laisser, toutes les matières dont il était chargé, creusait même son lit dans son passage à l'Ecluse, et ne déposait les alluvions que lorsqu'il était arrivé dans le canal plus horizontal qui traverse la ville et où le courant perd de son activité. L'ingénieur connut la cause du mal ; il n'y trouva de remède qu'en élevant le lit dès les moulins à la maison du Pré Barrou, et en rendant sa pente fort douce ; par là , il disait que l'eau du torrent déposait en grande partie sur ce plan peu incliné les matières

qu'il laissait auparavant dans le canal de la ville, et diminuant rimpétuosité du courant, il prévenait son action rong^eante dans son lit de TEcluse. Pour arriver à ce moyen préservatif, il profita habilement de la fecilité que lui offraient les deux masses de rochers que le torrent avait divisées auprès des moulins, pour donner à son travail la plus grande solidité possible. L'in{;énieur fit creuser dans ce rocher, à droite et à gauche, un lit large et profond, pour y appuyer, sans courir aucun risque de dérangement dans la suite , les assises d'un mur de gros quartiers de roc taillés exactement; les fondations creusées profondément , furent placées sur un fort et épais gnllage, pour empêcher leur affaissement. Ce mur, tracé sur une ligne semi-circulaire, oppose la résistance de la voàte à Teffort de Teau, qui le rend par là plus solide, tandis qu élevé à la hauteur des rochers qui lui servent de culée , il a forcé Teau de prendre à TEcluse un niveau plus horizontal; et rendant ainsi sa pente plus douce, il lui a fait déposer dans ce lit la majeure partie des alluvions dont elle est chargée. Un des premiers bons effets de cette opération a été que les tuyaux des fontaines de la ville qui traversent le lit du Seyon , emportés presqu'à chaque crue d'eau précédente, sont dès-lors demeurés en place , parce que le courant , loin de creuser , les a couverts des matières qu'il entraînait. Quant au canal traversant la ville, l'avantage qu'il a retiré de cette construction est que, d'abord, il se charge moins de décombres ; ensuite que , la chute perpendiculaire et élevée de l'eau à l'estacade rompant la force du courant, il n'a plus que la vitesse que lui donne sa masse sur un plan médiocrement incliné et dans un cours peu prolongé ; ensorte que dès-lors les inquiétudes se sont calmées , en voyant que les grandes crues qui sont arrivées dès 1756 , n'ont eu aucune des suites qu'elles avaient auparavant. Cependant , on ne se relâche point des précautions pour empêcher les engorgemens aux arches des ponts.

DE NEU€HATEL. 37

U parait qu'avant le XVI1« siècle on employait , pour diminuer la masse du torrent , un moyen devenu inexécutable depuis Texhaussement du bas de la rue du Château et du pont des boutiques, qui a rendu la rue des Moulins plus enfoncée qu'auparavant. On ouvrait, dans les grandes abondances d'eau , un passage au dessus des moulins , par lequel l'exubérance du torrent se jetait dans la rue des Moulins qu'elle parcourait jusqu'au lac ; moyen aussi pratiqué pour se procurer de l'eau dans les cas d'incendie (u),

Quoique la situation de la ville de Neuchàtel ait beaucoup d mconvéniens, cependant elle a été construite, peu grande, à dire vrai ; mais l'intérêt qu'elle a excité, l'espèce de prospérité à laquelle elle s'est élevée , engagent à en rechercher les causes.

L'on croit pouvoir assigner trois époques à sa construction. La première , qui serait son origine, est incertaine, quoique l'opinion l'attribue aux Romains , qui y auraient établi, sans' que rien en indique la date, un château fort , Castrum, soit pour protéger Noidenolex , soit pour mettre cette partie de l'Helvélie, devenue province romaine, à couvert des invasions des nations barbares du nord qui pouvaient y arriver par la Vi-de-VEtra peu éloignée de ce fort (f>), La seconde comprendrait le temps écoulé dès le séjour du premier seigneur

(u) Arrêt du Conseil de ville du i4 février 1546 : Ordonné que cewx: qui ont de$ fumieri en la rue des Moulins, qu'ils ayent à les mettre hors, et laisser la R(yye ainsy qu'elle estoit cy devant, afin que s'il estoit de hesoing, faire courrir Caigue pour le feu. Il est même apparent que celte ouverture par laquelle CD introduisait Tcan, a donné le nom à V Ecluse appelée dans d'anciens actes C/oiwa Seonis; ouverture qui se fermait dans les temps ordinaires.

(r) Quelque apparence qu'il y ait que Castrum 3'orum doive sa construction aux Romains, cependant il se présente des objections qui ne sont pas sans quelque force : i* L'on n'a nulle idée ni connaissance qu'il ait été trouvé dans cette enceinte, médaille, monnaie, inscription quelconque qui prouve

de Neuchâtel qui y fixa sa résidence , jusqu'en 1214 , et la troisième, dès 1214 à nos jours. L'on tracera en raccourci ce que Ton présume de ces trois époques.

I. Nul document connu ne donne quelque lumière sur Tépoque de la première construction de Novum Castrum. Des probabilités assez vagues se présentent seules , non pour la date , qui reste toujours incertaine , mais pour la nation qui rédifia. Ceux qui se croient plus grands, parce qu'eux ou ce qui leur appartient viennent d'une origine ancienne et illustre, font, ainsi que dans plusieurs autres lieux de l'Europe , remonter rérection de ce fort à Jules -César; mais ce grand général n'entra point en Helvétie , et en dépit des glorieux, la date de Novum Castrum est plus récente.

La conjecture , qu'à quelque époque que ce soit les Romains en furent les constructeurs, est appuyée par la nature des matériaux, par leur force, l'épaisseur des murs, la solidité du mortier des parties que dans cet édifice on peut regarder comme appartenant à son origine. Mais son but, ainsi qu'on le dit dans la note (v), ne peut avoir existé que lorsque les nations du nord eurent entamé les frontières orientales, puisqu'avant cela le fort de Novum Castrum se trouvait avancé

une origine romaine. Cependant partout où les Romains ont construit, U est resté des monumens de ce genre qui attestent qu'Us ont fbndé ou séjonmëc 2* Le mot de Casti^m appliqué, dans les temps de la république romaine et durant long -temps sous les empereurs, aux camps retranchés qui servaient de demeures aux légions et aux cohortes et qui sont deyenûs par la suite des villes en plusieurs lieux destinés à couvrir des frontières contre des invasions étrangères, ne parait pas convenir au No^m Castrum, dont l'enceinte resserrée, même en y comprenant l'espace dès le vieux cMteau à la tour de Diesse, n'aurait pu contenir une garnison suffisante pour U destination du fort. Ainsi, par Castrum, U faudrait entendre Jrx^ fort, citadelle, plus convenable et à son enceinte et âi sa position difficile. Dè*-loPa on peut envisager cette construction comme plus moderne , ce qu'appuie encore J'épithète de Noçum, qui rapproche sa date de notre ère. 3" En admettant cQt4c idée, il reste, pour conserver les fondateurs romains, la supposition qu'ils élevèrent ce fort lorsque les barbares avaient déjà entamé

dans les terres de Tempire et conséqnemment inutUe sous le point de vue de protection, à quoi le rendait cependant trèspropre sa situation sur un rocher escarpé de toutes parts , qni en faisait une place presque imprenable alors. On peut encore aujourd'hui se faire une idée de la force de cette assiette. Le rocher sur lequel est assis Tancien château, tranché dans ses faces méridionale et occidentale , Test encore dans le prolongement sur lequel est le Donjon ; il est au nord inaccessible par TEcluse , comme il Test dans la face orientale du château moderne au dessus de la rue des Moulins , jnsqu^à la tour de Diesse , comme il Tétait encore de là à la tour des prisons , avant que Ton eût élevé le sol inférieur et construit les maisons au dessons du rocher. L'on ne pouvait y arriver que par deux entrées que fermaient deux ponts-le- Yis, Tnn au devant du vieux château, Tautre sur le torrent au pied de la tour de Diessé. Ainsi ce château était d'une prise difficile avant l'invention de l'artillerie, puisque, indépeivdanmient de l'escarpement du rocher, celui-ci était encore bordé par un fort mur, dont au reste l'on voit peu de traces, les nouvelles constructions l'ayant remplacé en plusieurs endroits.

les frontières de Tempire, au III* ou IV* siècle, ou Ton pourrait attribuer cette construcUon aux Bourguignons, lorsque ayant, Ters le milieu du V* siècle, enyahi THelvéUe du consentement des Romains, ils détruisirent probablement Noidenolex, si même elle ne rétait pas déj^ par des invasions précédentes. Il se présente cependant une objection dans le nom même de Ifontm Coilrum^ qui appartient à une langue encore ignorée des Bourguignons. Au reste, comment marcher ayec quelque sécurité, après le passage de ces hordes barbares dont le mot d*ordre était destruction? L'ignorance existait déjà \ leur arrivée, ils la propagèrent et la consolidèrent. Ce ne fut que long-temps après, que des couvens établis dans cette partie du pays firent connaître récriture, dont les moines se servirent d'abord pour leur intérêt; puis il y en eut de temps à autre qui formèrent des chroniques des choses qui se passaient de leur temps. Mais à ces époques reculées il n'en existait pas ; ensorte que dans cet intervalle de plusieurs siècles, il existe une lacune qui n'est remplie que par des conjectures ou des romans. -

Rien ne peut indiquer si sur le sommet de ce rocher, aujourd'hui occupé par le donjon, Téglise collégiale et le château moderne , il y avait quelque édifice , car ceux qui y existent paraissent être d'une construction postérieure. La seule apparence d'un fort ancien mur est la muraille crénelée qui soutient le jardin appartenant au château au devant de sa iace méridionale, et au pied de laquelle est la rampe qui conduit à cette élévation ; mais comme on a pu faire usage , dans sa construction plus récente, d'anciens matériaux de démolitions , on ne doit rien en conclure pour une date ancienne.

Mais quoi qu'il en soit du but de ce fort, soit pour couvrir à l'occident Noidenolex, fort rapproché du château en le supposant sur le sol du quartier de Yieux-Châtel, soit pour s'opposer à des invasions en Séquanie par cette partie de l'Helvétie, on doit l'envisager dans cette première époque cooune borné à l'enceinte ci-dessus , jusqu'à la tour dite ensuite de Dietse. Cette assertion est appuyée par le silence de l'acte de .fondation de l'abbaye de Bevaix , en 998, qui n'en parle point, désignant le lac sous le nom de lac d'Yverdon. Celui qui fit cette fondation possédait sans doute cette terre, puisqu'il en disposait en partie ; mais il n'était pas titré, non plus que le fondateur du prieuré de Corcelles (w). Dans l'enceinte

(w) Fondation du priooré de Bevaix, do Tordre de Cluny (bénédictins)» Tan 998, par Rodolphe, au temps d'Henri évoque de Lausanne. Il donne à ce monastère, situé sur le bord du lac d'Yverdon, dans Tévéché de Lau* sanne : i** la manse de Chico Robert, m villa Btvacemiy sept autres manses (demeures) avec leurs appartenances ; 2** tout ce que le fondateur possédait depuis la borne du chemin public du dit lieu jusqu'au lac, et à termino MontU se refrangentis usque in Corçum; 3** une vigne au dessous de l'église jusqu'à une pierre dans le lac, et ad Montem pertusum; 4" ce qu'il possédait dans le lieu appelé Occhasi, dans le village aussi qu'on appelle Broch, a termino casalium, jusqu'à la montagne noire ; 5** Téglise dédiée à Saint-Martin dans le village do ce nom ; 6** plusieurs familles de serfs. Don fait à Dieu et à Saint-Pierre.

Fondation du prieuré, de Corcelles, de Tordre de Clony, l'an 1092, par

DE NEUGHATEL. 41

da château habitaient les soldats et quelques gens nécessaires à leur entretien, pécheurs ou cultivateurs ; mais il ne parait pas qu'il y eût encore alors aucun édifice dans la partie basse de la ville.

II. Ce n'est qu'à la laveur des actes de fondations pieuses que Ton peut découvrir quelque chose sur la suite des seigneurs de Neuchàtel, très4ibéraux envers ces fondations dont ils firent plusieurs. Les ecclésiastiques avaient un trop grand intérêt à conserver ces titres de leurs droits, pour les laisser perdre ; mais si Ton y trouve une suite, on n'y découvre pas l'origine de la maison de Neuchàtel ; on est réduit aux rapprochemens, aux conjectures, et l'on n'a pas de certitude entière. C'est ainsi que Ion doit présumer que Rodolphe, fondateur de l'abbaye de Bevaix en 998, et Humbert, qui fonda le prieuré de Corcelles en 1092, étaient de la maison de Neuchàtel, quoiqu'ils n'en portassent pas alors le nom (8). Ils possédaient toute la terre de Neuchàtel, car dans la fondation du prieuré de Corcelles il y a des fonds assignés au Yal-de- Ruz, qui ne portait pas encore ce nom. Le chef-lieu de cette maison parait avoir été la terre d'Arconciel dans l'Uchtland, mais elle en possédait encore d'autres. Rien ne peut établir clairement l'époque à lacpielle elle entra en possession du fief de Neuchàtel , faisant partie de la Bourgogne transjurane , dont Conrard, empereur, s'empara en 1034, et détruisit le

Humbert, sons le règne du roi Henri. II donne l'égUse de Corcelles avec toutes ses appartenances au dit ordre, à Dieu et aux S.S. Apôtres Pierre et Paul; de plus: i^ six jugera de terre, tuhtui Fillam, et un pré qu'il y possède , et toute la dîme en vin du village ; 2"* l'usage des montagnes , forêts, champs, prés, pâturages, eaux, cours d*eau, et aussi nommément la forêt de Bancon ; piscariam qtioque in lacu posita per quindecim dies, unam kçatam ; S* réglise de Curfrano (Coffrane) et des familles de serfs. Les peines et menaces faites contre ceux qui voudraient anéantir cette fondation , sont si étendues, qu'on peut, avec quelque fondement, soupçonner que c'est une des inventions pieuses communes en ces temps. (V. 29)

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