‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 25 sur 93 · EUE DU CHATEAU · texte numérisé non relu

EUE DU CHATEAU

Dès la porte, la rue descend par une pente généralement rapide jusqu'à la tour dite de Diesse, à laquelle était appuyée la Maleporte, ancienne clôture du Castrum dans cette partie, et d'où Ton traversait le Seyon sur un pont-levis. La tradition porte qu'il existe au pied , aujourd'hui profondément enterré , de cette tour, des anneaux auquels on attachait les embarcations dans des temps reculés, mais que la population ayant augmenté , l'on accrut et éleva le sol en retenant les alluvions du torrent et les galets du lac, et en employant les décombres des lieux supérieurs à farmer une rue, soit chaussée, dès la tour au Seyon. Ces matériaux, en exhaussant le sol , couvrirent la partie inférieure de la tour. Une portion d'ancien mur y est encore liée dans la partie supérieure , et Ton en retrouve un fragment dans une propriété particulière au midi. Ce quartier , dès le château ancien à la tour, était distingué du reste de la ville dans la charte de 1214 par une exemption de cens. Or comme le cens était le prix du rachat de la condition servile, on doit en conclure que ceux qui

(c) Il £aut qu'il y ait eu dès-lors des changemens dans le local environnant , et que le jardin n'occupât qu'une petite partie de cet emplacement ; car il n^est pas probable que la grande entrée de la nef fût masquée par un jardin, et l'espace est trop resserré pour y avoir placé un jardin et une ave-* nue , surtout en admettant le passage dès la rue au Donjon , qui doit être antérieur à 1450.

rhabitaient étaient de condition franche, vassaux ou ecclésiastiques , ou autres gens attachés par leurs offices à la maison du seigneur. Hors de ces limites , le propriétaire , préjugé être de la classe inférieure ou plébéienne , payait un cens , et devait reconstruire son habitation dans trois ans, sinon le sol retournait au seigneur , auquel il appartenait déjà avant raffranchissement. La condition de reconstruire dans un an les maisons dès le château à la tour de Diesse, ayant paru trop fâcheuse après Tincendie de 1450, le conseil de Berne prononça que le terme serait désormais de cinq ans (d), (voyez Commandise et taille, 1374, pour deux taillables qui y demeuraient). Au milieu de la descente de la rue, au dessus de la tour de Diesse, est un bâtiment qui appartenait au seigneur ; là logeait le chancelier de Tétat qui y tenait son bureau. Les dangers des cas d'incendie, Tinconvénient de ce dépôt hors de Tenceinte du château et du siège du gouvernement, ont fait réunir ce bureau aux autres de Tétat au château, et le chancelier n'étant plus obligé de demeurer auprès du siège des affaires de son gouvernement qu'il va soigner an château , le bâtiment a été vendu.

Au dessous et vis-à-vis est la fontaine dédiée à Saint-Guillaume et bénie en 1466 ; elle fut réparée en 1604 et alimentée par un filet d'eau, rarement pure, sortant du rocher sur lequel est assis le château. Elle est conduite dès la pente au dessus de la rue des Moulins par une voûte creusée vers la fin du Xyin<! siècle , sous la maison destinée au diacre , de l'autre côté de la rue. Cette maison fut brûlée en 1714 avec plusieurs manuscrits précieux pour l'histoire du comté.

(d) Art. 43 de la charte de 4214 : Tautê les chezaulx (maisons) hor$ des portes du chasteau nous doivent cens. On doit entendre par portes celles de la >ille au château et la Maleporte k la tour de Diesse. Art. %i : Us chezaulx du chastel , s'ils ne sont édifiés et habités des propres possesseurs ou hôtes compétens (c'est-à-dire par personnes franches, non sujettes aux cens, ayant droit de demeurer par leur condition dans le pourtour du château) dans un an et jours , sont nostres.

DE NEUGHATEL. 81

La Maleporte existait encore en 1657, puisqu'on y dressa un arc de triomphe, sous lequel passa le souverain Henri II, duc de Long^ueville , à son arrivée à Neuchâtd.

Au devant de la fontaine de Saint-Guillaume, la rue se divise en deux branches; la plus rapide passe au pied de la tour de Diesse *, Tautre , tournant an sud-ouest , forme la rue du Pommier, sans doute parce que dans ce quartier, où étaient des jardins, il y avait un arbre de cette espèce remarquable par sa grosseur et sa beauté. Avant 1714 , un sentier formait la rue ; mais Tincendie qui arriva en cette année ayant consumé toutes les maisons de ce quartier , leur reconstruction donna la facilité d'y tracer une rue large et belle par ses édifices. La ligne inférieure ou du midi, qui a de petits jar-* dins dans cette face jusqu'au bord du rocher sur lequel les maisons sont fondées , et cpii faisait partie de Tenceinte du Castrum, laisse encore voir dans un vide un pan de mur antique , qui parait être un reste de celui qui bordait la roche dès la tour de Diesse à celle des prisons ; roche alors escarpée , dont le pied a été successiveAient garni d'alluvions et de décombres , et est devenu un s(d à jardin et à construc^ lions. A rextrémité occidentale de cette rue, et près de l'ancien château , est sur Torle du rocher une maison de construction moderne , faisant4)artie du fief de Bellevaux (e), A c6té de ses murs était un escalier public , raide et étroit , communiquant dès le haut de la rue du Château au bord du

(e) Le fief de BcIIevaux, érigé par Louis, comte de Ncuchàlcl, en iZkk, en faveur de Girard de Bellcvaux qui lui donna son nom, était considérable. Il consistait environ en 70 hommes iaillables et main-mortables , en cens, en argent et en grains , outre une partie de la grande dime d^Areuse , la maison , la cour et le jardin de Bellevaux à Neuchâtel , une maison de refuge, des jardins, un clos de 25 ouvriers de vigne près la Maladière , dos prés aoprès de la Thlelle, 32 poses de terre au Val-de-Travers et les moit* lins d*Arease. Il fut encore augmenté en 1494 et en 1495, avec le consentement du seigneur. Depuis lors il a été démembré , réuni et démembré encore. Fort diminué aujourd'hui , c'est. un bien patrimonial.

(Jnnalcs de J, Boyve.)

9fi VILLE

lac. Dev^u inutile aujourd'hui , parce qu'auprès de là il y en a un plus largue et plus commode, il est fermé pour le public. Sous le rocher de cette maison est la tour de YOriette, et au dehors à Touest une maison de bains et des enclos particuliers, dont les murs sont baignés par le lac. A la tour de rOriette finit à Toccident le littoral du lac concédé par Jeanne de Hochberg à la ville ; la Pierre-à-Mazel en est la borne orientale.

Au dessous de la maison de Bellevaux , la rue descendante se divise en deux : Tune, celle de 1714, aboutit rapidement à celle dite aujourd'hui de la Balance; l'autre , d'une pente plus douce , soutenue par des murs , fut construite aux frais d'un magistrat de Neuchâtel, qui consacra à cet ouvrage utile les revenus de plusieurs années de la charge de banneret qull occupait. Cette dernière rue , bordée d'arbres , conduit au pont sur le Seyon, construit en 1790; jusquelà elle est bornée au sud par deux promenades fermées de balustrades et garnies d'arbres; la plus ancienne, qui date probablement du commencemeut du XVIII^ siècle, à en juger par la force des arbres, est la plus rapprochée du canal du torrent. Ces deux enclos , petits et resserrés , ne sont plus aujourd'hui que les lieux d'élratts des petits enfans , qui peuvent y être conteaus sans danger pour eux. En temps de foire, elles forment des places supplémentaires à celle du Marché.

En reprenant la rue du Château h l'endroit où elle se bifurque , c'est là , comme nous l'avons dit, qu'est la fontaine de Samt-Cuillaume , très fréquemment à sec ; sa colonne est couronnée par un griffon , qui portait un écu aux armoiries de hi ville, lesquelles furent effacées là et ailleurs en d806. Il est à croire qu'elle portait d'origine la statue du saint auquel elle fut consacrée , mais qu'à la réformation cette statue fut abattue avec les autres.

TOUR BE DIESSE.

Au dessous, raocienue rue fort rapide passe au pied de U Tour de Dietse et du logement y attenant qui est de méoie construction. Carrée et bâtie de forts et épais matériaux en bossages rustiques, comme la partie inférieure de la tour des prisons, elle parait avoir la môme origine, et sa pierre avoir été tirée de la même carrière. Elle fut probablement crénelée, mais, soit lors de Tincendie de 1714, soit à une époque antérieure , ses crénaux furent abattus. A cette date, le feu qui consuma la rue Tatteignit , embrasa tout ce qu'il y avait de combustible, et dégrada la partie supérieure en entier; on la reconstruisit et Ton y établit une horloge à quatre faces , fort utile aux environs par son élévation. Elle appartenait encore dans le XV I« siècle à la famille de DIesse , d'ancienne noblesse, que Ton croit avoir donné son nom au village et à la montagne de Diesse, qui étaient sa propriété. La tour fraisait partie d'un fief que cette famille possédait dans le comté de Neuch&tel, sans doute pour maintenir Tastriction de la garder. Les affaires de cette famille étant dérangées , elle dut vendre pour satisfaire ses créanciers. La tour donnait le droit de fief, mais il devint inutile aux Quatre Ministraux, par les réserves qu'y mit Marie de Bourbon, lorsqu'ils Tacquirent en \ 586. Son élévation dominant toute la ville, l'a rendue propre à y placer le guet , qui y reste jusqu'au jour dans les nuits orageuses , annonçant sa présence par des coups frappés à chaque quart d'heure sur la cloche. Dans les nuits ordinaires, il y monte pour se faire entendre à chaque heure.

Au dessous de la Tour de Diesse commence le Bourg, partie basse de la ville. Il y avait déjà là sans doute quelques maisons avant 1214, car la charte de cette année parle dans l'art. 18, des bâtimens hors du château et en bas. Les premiers terrains formés au pied du rocher sur lequel est assis

le Castrum, ont dû Tétre par les alluvions du Seyon que refoulaient les vagues du lac ; et chaque construction augmentait ce dépôt. Ainsi les premières maisons de la ville basse ont dû être bâties hors de la Maleporte , sous la protection du château. Aussi cette ligne au pied du château jusqu'aux moulins , portait-elle dans le XIV^ siècle le nom de Neuveville(f). C était le bourg bâti sur la rive occidentale du Seyon. Le rocher , base du château , et cpii dès le moulin va se réunir à la colline opposée après avoir formé une barre an torrent qui s'en précipite pour entrer de là dans son canal au travers de la ville, a été tranché dans cette partie pour y élever une porte , appelée dans les anciens actes porta Megechien (mange- chien), sans que rien indique Torigine de ce nom, déjà en usage en 1373. Ainsi que les autres, elle avait une tour et le logement du portier qui était salarié à Tannée; mais il parait qu'il n'ouvrait que durant le jour, et que la clef se portait le soir chez le maître-bourgeois en chef. Elle est réduite aujourd'hui à un arc simple, cependant avec porte, et il a été établi auprès une fontaine vers la fin du XYIll^ siècle.

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