‹ Description topographique et économique de la mairie de Neuchâtel, avec des notes historiquesChapitre 24 sur 93 · LIBÉRÉ · texte numérisé non relu

LIBÉRÉ

Le Libéré a lieu la veille de ce jugement en public (a), La procédure est déjà instruite et le criminel convaincu ; mais ses aveux , foits dans la prison , doivent être confirmés en plein air et dans un état de liberté. A cet efTet on le sort de la prison à trois heures après midi , affranchi de ses liens , entre

(a) On attribue Torigine de cette coutume au foit suivant. En 1520, deox artisans partent de Neuchàtcl et se rendent à Bâle; l'un d*eux continue sa route après avoir fait cchangc de vètcmcns avec son compagnon qui retourne à Neuchâtel. La vue de cet liabillemcnt le fait soupçonner d'avoir assassiné son camarade ; il est arrêté et interrogé ; il nie , on rapplique à la torture, où la violence des tourmens lui fait avouer un crime dont il n'est pas coupable, et il est exécute. La procédure fut expédiée avec tant de célérité, qn'au bout de huit jours son camarade revenu le trouva déjà supplicié, et expliqua Terreur causée par réchange d'habits. En réparation de ce jugement inique et précipité, les députés des douze cantons, alors possesseurs du comté , ordonnèrent Texhumaiion du cadavre du sol des fourches patibulaires et son inhumation honorable au cimetière , et firent une pension à la veu>'e. Le bailUf de Ncucfaâtel fut mandé à Bade, où il reçut une àprc censure. Il fut ordonné aux juges d'apporter désormais plus de circonspection dans leurs jugemens ; une partie d'entr'eux moururent dans l'année , rongés apparemment de remords, et l'on croit que c'est h la suite de cet événement et pour en prévenir un pareil , que fut instituée la forme du Uhéré pour avoir l'aveu libre du criminel. (Ann, de /. Boyse).

88 VILLB

les huissiers qni raccompa^pnent ^ et cependant escorté par des gardes de la police , pour empêcher toute tentative d'é« vasion. Il est ainsi conduit hors de la ville à deux cents pas de la porte sur Tancienne route de France. Les jurés et le maire Ty attendent debout, et le peuple assiste à la cérémonie. Le greffier lit la procédure, et à chaque aven fait par le criminel dans la prison , le maire lui demande s'il le confirme (b) ; après la lecture il est reconduit dans la prison , et dès ce moment il a le choix de ses alimens , auparavant réduits au nécessah*e. Les ecclésiastiques se rendent alors auprès de lui et ne Tabandonnent plus jusqu'au moment où il a subi sa peine. La cérémonie finie, les jurés qui doivent prononcer sur son sort le lendemain, s'assemblent pour former leur opinion consultative.

A l'extrémité des maisons canonicales à l'occident , était un jardin dont le sol est occupé aujourd'hui par une fontaine élevée à la £13^ du XVIII^ siècle. Tarie quelquefois, son eau ne répond en aucun temps à sa grandeur.

Au dessous du mur méridional du Donjon, est une maison spacieuse, formée de celle qu'occupait le prévôt du chapitre de Neuchàtel et de celle des seigneurs de Vaumarcus , attenante à la porte de la ville. Celle du prévôt reçut un agrandissement en 1450 environ, par l'échange que fit avec lui le comte Jean de Fribourg d'une maison qu'il possédait auprès,

fb) L'on suppose que dans le cas où un criminel (ce dont on n*a pas encore d'exemple) rétracterait au Lil^éré les aveux faits dans la prison , il y serait reconduit pour y être examiné de nouveau et ramené à ses aveux précédons. Si Ton voyait clairement que cette rétractation, qui pourrait se répéter, n*est que le désir d'ajouter quelques jours à son existence, quoique malheureuse , il est probable qu'on passerait par dessus. Comme aussi s'il pcrs 'vcrait dans cette rétractation par obstination et dans le même motif, les preuves d'ailleurs étant convaincantes , lors môme que la torture n'est plus en usage, il est à croire qu'on lui en présenterait les préliminaires pour faire cesser sa résistance à confirmer ses premiers aveux , faits sans «voir employé ce moyen.

DE NBUGHATEL. 80

contre un jarâhi qui appartenait au prévôt, sur le sol duquel le comte fit élever la chapelle de Saint Guillaume (c). A la réformation , celte maison , retirée par le souverain qui prit possession des biens de Téglise non-revendiqués par les donateurs ou leurs descendans ^ fut aliénée par lui , et devint propriété particulière. Ce fut là que logea en 1699 le prince de Conti, bravant de cette demeure la duchesse de Nemours, qui, comme souveraine , occupait le château.

Page 1