TEMPLE NEUF
Lorsque la pièce de Thôpital dans laquelle on célébrait le service divin devint trop resserrée , lorsque Ion jugea enfin l'emplacement peu convenable , et lorsque la révocation de l'édit de Nantes eut augmenté le nombre des auditeurs , le conseil de ville arrêta la construction d'un nouveau Temple. Nul lieu ne lui parut offrir autant d'avantages que les jardins derrière l'hôpital; il en acquit plusieurs en 4C95. L'édifice entrepris aussitôt , reçut la forme d*un carré long , isolé de tons côtés. Dix ans après on reconnut qu'il n'était pas assez spacieux pour contenir le nombre des auditeurs, et Ton y fit à Test une adjonction en demi -cercle. Des colonnes en bois soutiennent des galeries de même qui régnent sur trob côtés; la chaire est au centre du quatrième au nord. Le plafond , aussi en bois , est simple , à voussure et peint en grisaille ; les murs l'étaient en blanc avec des pilastres peints en marbre gris veiné. Tout y était extrêmement simple et d'accord avec le culte qu'on y célébrait. Ce ne fiit que vers le milieu du XVIII» siècle , qu'au moyen de souscriptions et du produit d'une loterie, l'on put y élever, ainsi que dans l'église collégiale, un orgue pour soutenir le chant des psaumes. Celui du Temple neuf, soit par le défaut de sa position humide à l'ouest, soit par le vice de sa construction, exigeant une restauration,
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il en a été commencé un nouveau en 1807 dans le côlé oriental. La lenteur et la cherté de sa construction sont un puissant préjugé en faveur de la bonté de Touvrage. Les fonds en sont faits avec des dons particuliers, auxquels supplée la caisse pu-
blique. Les hommes se placent dans les galeries, les conseils supérieur et municipaux ont leurs bancs fermés au dessous. Celui des pasteurs de la ville est dans le centre auprès de la table de la communion ; à côté est celui de la gouvernante ^ tous deux fermés. Tout le reste de Taire est garni de bancs ouverts pour lauditoire féminin. Nul banc n'est une propriété particulière. Le Magistrat les fit établir, il lui appartiennent; ils furent distribués dans Vorigine aux diverses familles existantes dans la ville, pour en jouir et non en disposer. Après leur extinction , ils retournent au Magistrat qui les adjuge à d'autres. L'on a fait deux observations sur cette église : lo la chaire placée dans la partie étroite , rend le débit du discours fatiguant pour Torateur , parce que sa voix , refoulée par le mur vis - à - vis , retourne 9 lui en ligne droite , qui est celle du mur; ainsi elle ne parcourt pas le vase comme si la forme en était circulaire , et les auditeurs placés vis-à-vis de la chaire et à sa hauteur sur les gradins de la galerie, absorbent la voix du pasteur. Cet inconvénient aurait été évité si ion eût placé la chaire à la face de l'ouest, vis-à-vis la partie arrondie de l'est. 2^ La peinture du fond du pourtour, renouvelée en rouge assez vif, (décoration théâtrale), ne parait convenir , ni à un culte extrêmement simple , ni en général au but de l'édifice.
Un seul monument public existe dans ce Temple , c'est répitaphe en lettres d'or sur marbre noir à la droite de la chaire, au dessus de la tombe qui recouvre le corps de Jean- Frédéric Osterwald , pasteur de cette église , et qui l'édifia longtemps par ses vertus, ses mœurs pures, son dévouement à ses devoirs, son zèle pour la religion et sa prédication. Né
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avec de grands talens, il les développa à Saumur, alors université protestante (Tédit de Nantes n'ayant pas encore été révoqué] ; il y perfectionna ses connaissances dans les lan^ gués savantes et dans les sciences relatives à la théologie, à laquelle il s*était voué. De là il fit quelque séjour à Paris, où il acquit Tart de la déclamation pour la chaire. De retour dans sa patrie , il ne tarda pas à être placé à Neuchâtel , où il déploya ses connaissances, non-seulement à Tégard de ses concitoyens, mais aussi pour les états protestans voisins, par la correction du texte de la bible , par la composition d'une lithurgie ou livre de prières pour le service public , et par d'autres ouvrages de piété pour tous les âges. Il soutint une correspondance sur les matières de la religion avec le savant évéque Burnet et avec la société royale anglaise pour la propagation de la foi. Onctueux , simple , noble dans sa prédication, doué d'un organe doux et sonore, il attirait un nombreux auditoire, dont il savait fixer Tattention , et il fit ainsi fructifier son ministère. D ailleurs, bon père de famille, bon mari , d'un caractère doux , et dévoué entièrement aux devoirs de son ministère , il fut en vénération à son troupeau par l'exemple qu'il lui donna des vertus publiques et privées. L'apoplexie qui le frappa en chaire en 1747, causa une affliction générale, et sa mort qui suivit de près, un deuil public; ensorte qu'à l'assentiment unanime de ses concitoyens, le conseil de la ville s'écarta de l'usage reçu , en ordonnant son inhumation dans Téglise et Térection du monument dont
nous venons de parler.
Chaque année a lieu dans ce Temple la cérémonie publique de l'adjudication des prix aux écoliers méritans des deux sexes, qui ont fréquenté les écoles et les collèges ; ils sont là réunis sous les yeux du Magistrat, qui y reçoit le compte de l'état de ces établissemens. Les écoliers sont alors , suivant leurs progrès, avancés dans une école ou classe supérieure.
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En 1786, rassemblée nombrense des corps et communaatés (à la réserve de la classe des pasteurs , qui s'en était retirée en 1768,) se tint dans cette église pour traiter la question si S. M. Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, neveu et héritier de Frédéric II , était dans le cas de la charte de 1454, et s'il devait prêter le serment à ses sujets. La pluralité ayant voté pour raflBrmative , le souverain y déféra.
Le 18 novembre 1806, S, M, Tempereur des Français et roi d'Italie, à qui Frédéric-Guillaume III avait cédé la prin* cipauté de Neuchâtel, en ayant fait don à S. A. S. le prince Alexandre Berthier, vice-connétable, tous les fonctionnaires publics fiirent sommés de se rendre dans ce Temple pour y prêter à S. A. S. le serment de fidélité que reçut en son nom S. £. Mr Lespérut, son commissaire général et extraordinaire, dont le compliment en réponse donna les plus grandes espérances pour la continuation d'un avenir heureux.
Lors de la construction du Temple , la rue qui passe devant , jusqu'au mur de la ville , portait le nom de rue des Chaudronniers, Un métier aussi bruyant n*étant pas compatible avec l'attention qu'exigeait le service divin dans les jours ouvriers , il fut relégué dans la me aujourd'hui de la Balance , à laquelle il donna son nom.
De là à la rue voisine de Saint -Maurice , et dans tout ce quartier entre le Seyon et le mur de la ville, étaient plusieurs jardins, quelques maisons et quelques granges : il s'y forma successivement des rues , dont celle de Saint-Maurice est la plus ancienne. Les deuxvpartics de la rue Saint-Honoré, qui commence au pont neuf sur le Seyon et se termine au mur de la ville à Test, sont les plus modernes. Leur nom primitif, les Épancheurs, indique leur destination, savoir un étendage sur la plage. Cette rue et la ligne de maisons la plus rapprochée du lac, paraissent dater de la fin du XVII* ou du commencement du XVIII* siècle, et avoir remplacé quelques jar-